‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 90 sur 141 · DIX · texte numérisé non relu

DIX

Rapport du bureau central du 27 frimawe.

Esprit public. — Des rapports de ce jour, il résulte que l'esprit public est toujours le même, et qu'il ne varie qu'en raison des opinions propres aux individus des différentes classes de la société. — En général, la modique portion de pain délivrée chez les boulangers, la cherté révoltante de toutes les denrées et marchandises font la base des entretiens du public. Les citoyens se plaignent toujours très^ amèrement de la mist^re horrible qu'ils éprouvent à cet égard; ils en-^ désirent le terme avec la plus vive ardeur. Leurs plaintes se dirigent comme de coutume contre Tincurie du gouvernement, la cupidité des marchands et la voracité des gens de campagne, qualifiés d'affa- — meurs. Les agioteurs, cette vermine indestructible, trouvent toujour des points de ralliement, à la faveur desquels, malgré l'active surveil—

523 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [17 décembre 179S>]

lance des patrouilles, ils échappent aux recherches. A cet égard, un inspecteur rapporte avoir entendu dire que, si on avait bien trouvé les moyens de détruire en un moment les Jacobins de toute la France, on pourrait bien, si on le voulait sérieusement, extirper les agioteurs. Un autre inspecteur annonce des menaces de la part des royalistes contre le gouvernement et contre la réunion de citoyens à Sainte-Geneviève, et aussi des inquiétudes que Ton conçoit de l'armée cantonnée aux environs de Paris, dont le prompt départ est ardemment désiré par ceux qui peuvent y avoir intérêt.

Cafés. — C'est principalement dans ces lieux que s'agite la discussion des objets politiques, spécialement sur l'emprunt forcé. Les opinions à cet égard étaient partagées. D'une part, on prétendait que cet emprunt ne contribuerait encore qu'à l'augmentation du prix de toutes choses et ajouterait de plus en plus au discrédit des assignats. D'un autre côté, on disait que cette mesure était utile à la chose publique, mais qu'il était important que le gouvernement prit les moyens de l'activer promptement, et que cette contribution devait peser essentiellement sur les cultivateurs et sur la classe dite regratlière, dont la fortune était devenue depuis quelque temps très considérable. On s'entretenait encore hier dans les cafés de nos armées; plusieurs particuliers annonçaient que l'armée du général Jourdan avait fait sa jonction avec celle de Pichegru; on rapportait même quelques succès, doux espoir d'une paix prochaine et avantageuse . Nous devons compte à cet égard au gouvernement du rapport particulier d'un inspecteur, qui déclare que l'annonce faite hier par un journaliste que l'empereur demandait la paix et que le Directoire exécutif avait reçu de l'Angleterre deux envoyés pour en traiter, s'étant répandue dans le public, avait occasionné la sensation la plus vive de plaisir et d'allégresse.

Spectacles, — ... Au théâtre de la République, à la représentation dEpicharis et Néron, les passages susceptibles d'applications aux circonstances ont été vivement saisis par le public, notamment les paroles suivantes : Brutus frappa le tyran et non la tyrannie. — Le spectacle du Vaudeville est plus décent et plus tranquille. Le public se plaint toujours d'être rançonné par ceux qui vendent des billets, dont souvent il en existe de faux. On désirerait, à cet égard, qu'il fût fait défense expresse d'en vendre et distribuer ailleurs qu'aux bureaux. On ne désire pas moins un règlement général sur la police

des spectacles

HouDEYER, Cousin.

(Arch. nat, AFiv, 1472, et F»eïlï, Seine, 17.)

[17 DKCEMBRE i795J DIRECTOIRE EXÉCUTIF 524

Extrait des rapports particuliers.

Mœurs et opinions, — De fréquentes patrouilles rôdent autour des cafés du Jardin-Égalité et dissipent les rassemblements d'agioteurs. Le peuple voit avec plaisir la surveillance dirigée contre eux, mais il s*indigne de la continuation du renchérissement des denrées. Le discrédit des assignats excite les plus violenls murmures. Partout on dit que si, d'ici à quinze jours, les moyens les plus efûcaces ne sont pas employés, il en naîtra du désordre. Les entretiens roulent sur l'état

des finances et les moyens propres à les améliorer Au café

Chevalier, Porte-Martin, les citoyens disaient que le feu couvait sous la cendre, et que le peuple était prêt à se réveiller. Le bruit se répand qu'il y aura un nouveau mouvement de la part des jeunes gens. On en voit beaucoup achetant des fusils à deux coups. Toutes les boutiques où les armes se vendent en sont garnies, surtout dans le Palais-Ëgalité. Le bruit court, sur la section du Théâtre-Français, que Ton prépare à Meudon des canons et des boulets rouges pour bombarder Paris Il existe, maison de Noailles, une réunion de députés. Ils y discutent, dit-on, les lois. — Les rapports faits sur la Société du Panthéon, le café Chrétien et celui des Bains-Chinois portent que le fond de la composition de ces réunions est patriote, mais qu'on ne peut se dissimuler qu'il y existe des citoyens qui, par l'exagération de leurs opinions, font douter s'ils ont de bonnes intentions. On sait qu'il y existe aussi des gens immoraux et mal famés. On continue de les observer. La séance de ce soir s'est tenue suivant l'esprit du vrai patriotisme et de manière à faire penser que cette Société peut être un heureux contrepoids pour balancer les réunions de contre-révolutionnaires

Page 1