‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 91 sur 141 · H0UDE\'ER · texte numérisé non relu

H0UDE\'ER

(Arch. nat., F » <= III, Seine, 17.)

Rapports présentés au ministre de l'intérieur.

I. — Café Chrétien, — On y a parlé de la séance de la Société du Panthéon, où l'on a lu des lettres de Marseille et de Toulon qui annoncent que les patriotes (dans le sens de ces messieurs) triomphent dans ces deux communes ; on y a aussi résolu d'appeler furorlstes, etc., tous ceux qui appellent les patriotes terroristes. Des paysans des environs de Senlis sont venus leur demander des éclaircissements sur leur nouvelle Société, atîn d'en établir une à l'instar chez eux et de

DIRECTOIRE EXÉCUTIF [17 dkcembre 1795]

3rrespondre avec eux. Ils espèrent beaucoup sur les douze municialités de Paris, comme devant être composées de leurs partisans, n y a déchiré Lagarde, secrétaire du Directoire, comme auteur de i disgrâce d'Antonelle ; enfin Ton y a dit qu'il s'établissait plusieurs ociétés particulières dans Paris, afin de couvrir d*un plus [grand] 3cret leurs opérations.

Comiatin, — L^affiche du général Villiers sur son affaire * a éclairé opinion publique et détruit les jactances des royalistes et les so- ►hismes de cet accusé pour dévier la juridiction du tribunal miliaîre. Il a toujours dans le public des partisans, quoique sa seconde iïiche n'ait pas eu grand succès.

Voleurs. — On en a trouvé hier cinq occupés à enlever des barres le fer devant le jardin du ci-devant Luxembourg, dans la partie du lord des Champs-Elysées. La garde ayant été requise, elle a répondu |ue, quand même on mettrait à bas tous les bois des Champs-Elysées, ;ela lui serait égal; cependant, à force de sollicitations elle s*e$t endue sur la place, et n'ayant point trouvé les voleurs, elle a refusé le faire patrouille, ne voulant point, disait-elle, se crotter. Dans la luit, on a coupé dans cette promenade des petits arbres et on a arraché le bois des barrières. A la fin du jour, les brigands s'emparent ellement de toutes les issues qu'à six heures du soir personne n'y ose )araitre.

Mat'chés, — Malgré la fermeture de la Bourse, les denrées y lugmentent du jour au lendemain. Le pain s'y vend 50 francs la ivre. Les gens des campagnes n'y veulent vendre leurs denrées que >our du numéraire. Les cultivateurs, tout en apportant leurs marhandises, disent qu'ils voudraient voir Paris à feu et à sang, parce )ue ce sont les Parisiens qui ont fait la Révolution.

Emprunt forcé, — On espère qu'il donnera plus de valeur aux issignats. Les malveillants ne négligent rien pour lui trouver des déautSy et ils assurent qu'il n'en résultera aucune diminution. Si on les ',n croit, il sera plus d'un an à être mis à exécution. Les propriétaires lisent qu'il en sera de l'emprunt forcé comme des autres contribuions qu'on n'a pas exigées.

Subsistances. — On assure que, dans deux ou trois mois, nous >erons dans la plus grande détresse, si le gouvernement ne prend pas les mesures. Un particulier, qui a parcouru plusieurs départements, i dit que, les fermiers étant obligés de payer en grains les personnes

I. Nous n^avons pas retrouvé cette aflichc. Nous savons seulement que le rapxirteur du Conseil de guerre était le capitaine Villiers. Cf. Henri Wclschinger, iventures de guerre et iVamour du baron de Connatin,^. 135.

[17 DKCEMBRE 1795J DIRECTOIRE EXÉCUTIF 526

qu'ils emploient, beaucoup de terres resteront incultes, faute de grains pour les ensemencer.

Spectacles, — On prétend que la police [va] les faire cerner. Cette mesure regarde, dit-on, les jeunes gens de la première réquisition.

Maisons de jeu, — Un grenadier de la Convention fréquente la maison de Bossard depuis quelques jours; il y a paru jusqu'à ce moment en habit bourgeois; mais hier il s'y est présenté en uniforme; il y a joué gros jeu; on prétend même qu'il y a perdu 20,000 livres. La Société a paru surprise de voir un soldat jouer si gros jeu.

Cours des changes, — Malgré la fermeture de la Bourse, le cours des changes a toujours son effet ; le louis vaut aujourd'hui 4,300 livres.

II. — Suivant le Journal des Lois^ il n'est pas de calcul perfide que la malveillance ne sème sur la mesure de l'emprunt forcé pour en atténuer l'effet. Les uns cherchent à effrayer les citoyens sur l'arbitraire qui, dit-on, ne peut manquer de s'introduire dans les rôles; les autres cherchent à persuader que les assignats rentrés sortiront aussi vite du Trésor public qu'ils auront été reçus et qu'ainsi nous nous retrouverons encore avec 30 milliards d'assignats dans deux ou trois mois, et qu'il faudra recommencer la même opération. D'autres enfin nous menacent de l'accroissement subit des denrées, malgré la diminution du prix de l'or, fondé sur le besoin où les marchands vont se trouver de vendre cher pour payer beaucoup. Le journaliste cependant rassure tous les citoyens sur ces ruses diaboliques, inventées par l'agiotage aux abois, et leur persuade que la malveillance sera déjouée par la rentrée subite de la contribution, qui sera surtout répartie avec justice, et qui ne retombera que sur ces fortunes scandaleuses et colossales qui se sont élevées tout à coup, et qui décèlent ainsi leurs coupables artisans.

Le Censeur des journaux recommande à la surveillance de la police cette foule d'étrangers qui arrivent à Paris depuis quinze jours, et dont l'objet peut bien n'être que do jouir dans celte ville des plaisirs d'hiver, mais dont le rassemblemfcnt peut devenir un moyen de secousses.

La Bourse est enfin fermée, dit le Courrier de Paris ; le peuple applaudit à cette mesure, l'agioteur frémit de rage et prépare sa vengeance. Le journaliste invite en conséquence le Directoire exécutif à ne pas perdre courage, à poursuivre ce monstre abhorré de tous les citoyens, à le frapper comme l'auteur de nos maux, comme celui qui, depuis trois ans, fait la misÎTe publique, qui tous les jours discrédite le papier national et appelle enfin la contre-révolution.

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Le Courrier de VEgalité parle aussi de Temprunt forcé. Il prétend que les citoyens aisés, les hommes qui exercent des professions lucratives, ceux qui ont des propriétés sufflsantes pour s'acquitter, doivent être, de toute nécessité, compris dans la première classe. Il s'en rapporte toutefois à la sagesse, à la justice des administrateurs chargés de percevoir celte rétribution pour placer dans les plus hautes classes ces hommes qui ont calculé le gain le plus sordide sur la misère, les larmes et le sang de leurs concitoyens, ces vampires féroces dont les fortunes se sont accrues avec tant de rapidité et dont l'existence accuse le ciel et fatigue la terre.

Charles Duval nous menace d'une insurrection très prochaine dans la Gazette française [sic). Selon lui l'arrière-ban des royalistes est convoqué à Paris. Ils s'y rendent en foule ; ils veulent un 13 vendémiaire ou du moins le rapport de la loi du 3 brumaire. Il n'est question dans ces sociétés que du retour dans six mois au régime ancien, dans toute sa pureté. Pour le déjouer, Charles Duval conseille au Directoire d'ouvrir les magasins au peuple.

La plupart des journaux, et notamment le Mercure universel, rendent le compte le plus satisfaisant de la situation présente de notre armée de Sambre-et-Meuse. L'armée de Jourdan et celle de Pichegru sont maintenant dans la position la plus avantageuse, et sont en état de repousser les Autrichiens en dépit des victoires de leurs gazettes.

Le Courrier français Qi quelques autres journaux prétendent qu'Antonelle, privé de l'avantage de donner à ses opinions politiques un caractère officiel, s'en venge aujourd'hui complètement dans le Journal des hommes libres. Ce n'est point en faisant l'éloge de Marat et en voulant déifier celui que la nation a jugé à propos de dépanthéoniser, mais en versant des larmes sur la tombe du ci-devant député Goujon^ un des proscrits du 4 prairial, dont un triple voile couvre encore les événements.

« Nous ne pouvons croire, dit le Courrier du Corps législatif, que Merlin (de Thionville), qui a tout fait pour la liberté, se soit fait recevoir membre d'une société qui veut renverser la liberté et la Constitution. Nous pensons que Duhois-Crancé et Gauthier (de l'Ain), rédacteur de VAmi des Lois^ sous le nom de Georges Sibuet, n*ont eu d'autre objet en imprimant cet article que d'insinuer adroitement & Merlin (de Thionville) que, s'il voulait, ainsi qu'eux, faire une amende honorable, aussi lâche que contre-révolutionnaire, les frères jacobites, qui ne veulent plus la mort du pécheur, ouvriraient au repentant des bras avec lesquels, il y a quelque temps ils l'auraient étouffé, si son courage n*avait apporté quelque petit obstacle à leur bonne

volonté. Quoi qu*îl en soit, Merlin serait membre de cette réunion, que nous n'en aurions aucune crainte, persuadés que sa présence, loin d'encourager les factieux, arrêterait leurs projets liberticides. » VAmi du peuple peint avec des couleurs fort noires quelques représentants du peuple. 11 décharge surtout sa bile contre Boissy d'Anglas, Aubry, Saladin, Lanjuinais, Rovère, Cadroy^ Ghambon et Mariette. La première source de nos maux, suivant le journaliste, [c'est] Tépoque désastreuse de thermidor. Depuis ce temps, une poignée de factieux s'est emparée du timon des affaires; ne dirait-on pas que la terre est destinée à languir sous l'oppression de quelques brigands?... Avant cette époque le peuple était heureux et triomphant ; depuis, la République a été déchirée, et Ton est parvenu i pouvoir impunément affamer le peuple. Pour mieux Tasservir, ses tyrans le flattèrent d'abord ; mais ils levèrent le masque, dès qu'ils eurent rassemblé autour d'eux tous les ennemis du peuple échappés à la vengeance des lois, tous les émigrés rentrés, tous les marchands avides qui désirent le retour de la monarchie. Du reste, le journaliste ne laisse rien à désirer sur l'éloge de Robespierre et du régime de sang qu'il avait organisé; on voit qu'il excite le peuple contre le riche : les ennemis les plus acharnés du peuple, dit-il, sont les riches, car leur joug et celui des rois est le même.

(Arch. liât., AF iv, 14-2.)

JorRXAUX.

(Jazrtle francaisf, du 27 friniaire : u La Bourse est fermée: le Palais-Roval osl rodovenu le rendoz-vous dos îijîiotcurs. L'n arrêt de la police défend do se trouver plus de quatre réunis ensonible dans lo jardin; les ai;ioteurs s'y promènent trois à trois, et rient entre eux de la défense. Le louis et les marchandises ont monté. Ainsi, la fermeture de la Bourse n'aura servi qu'à donneriin caractère moins officiel à la dépréciation du signe. I/assignal n'en ira pas av(»c moins de rapidité à sa dégradation totale, si d'autres mesures plus hea» reuses ne viennent appuyer son crédit chancelant. »

DX

Rapport du bureau central du 28 frimaire. [Esprit public, subsistances, agiotage, cafés. — Inquiétudes, plaintes.; Société de la Réunion, — Dans la séance qui s y est tenue hier,

OQ

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s'est occupé de l'adresse au peuple pour lui faire connaître ses véritables amis et ses plus cruels ennemis. On y a parlé du Midi, dont on a rapporté d'excellentes nouvelles. Le public s'y est porté en foule, mais il a disparu de très bonne heure, au moment où un citoyen se disposait à faire lecture d*un plan d'exécution sur l'emprunt forcé, qui doit ne peser que sur les riches.

Spectacles. — Rien contre le bon ordre et la tranquillité publique. Nous observerons néanmoins que les passages analogues aux circonstances sont toujours saisis avec beaucoup de partialité. Hier, au théâtre de la rue Feydeau, la représentation du Comte Albert a singulièrement prêté à la pitié sur le sort des émigrés, qui, dit-on, rentrent de toutes parts et habitent les grandes villes. Au théâtre du Vaudeville, dans la pièce Revanche forcée, on a beaucoup applaudi à ces paroles : a Tout a changé de mode, et le bon temps est passé, d

Surveillance. — Sept à huit jeunes gens à cheveux retroussés se sont assemblés au marché des Quinze-Vingts-Honoré, et, prenant le bas de leurs redingotes sous le bras, ils ont dit : « Allons donner à rinstant la consigne aux barrières s ; et ils se sont mis à courir à toutes jambes

HoUDEVifIR.

(Arch. nat., AFiv, 1472, et F» Mil, Seine, 17.)

Rapports présentés au ministre de l*intérieur.

I. — Café Chrétien, — Les habitués craignent que le patriote par excellence, Lebois, ne soit assassiné. Ils font courir le bruit que, dans le Conseil des Cinq-Cents, il n y en a tout au plus que soixante-dix légalement nommés ; ils comptent que la Montagne se relèvera sur un second 31 mai. Vadier, les ex-généraux Dufresse, Rossignol, eu parlant des subsistances, ont vomi mille horreurs contre le gouvernement, qu'ils ont dit être complice du brigandage qui se commet dans Paris. Selon eux, Cormatin n*a fait que son métier, et les députés qui Taccusent et la plupart des membres du Conseil des Cinq-Cents méritent plutôt la mort que lui.

Rassemblements, — Les anciens membres des Comités révolutionnaires, qui ne sont ni habitués du café Chrétien, ni de la Société du Panthéon, se rassemblent tous les décadis à Charenton, où ils espèrent tromper la surveillance de la police. Des femmes et des anciens employés à l'administration de police, tels que Niquilie^ Sadous, jadis officiers de paix, connus pour avoir protégé pendant leur exercice les maisons de jeu et autres individus {sic}, se rassemblent TOJIE 11. 34

[18 DÉCEMBRE i795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF 530

tous les jours chez un nommé Leblanc, rue Mêlée. Les uns et les autres disent partout qu'ils vont culbuter le plan de police que le ministre de Tintérieur va mettre au jour, et que ce ministre n'est entouré que de coquins. Chez ce Leblanc on fait des dépenses considérables ; c*est toujours bombance. Depuis quelque temps, on voit beaucoup d'individus, portant à leur gilet un cœur d*or percé d*ane flèche, fréquenter les rues de Lille et Varenne, faubourg Germain. Hier soir, vers les huit heures, une trentaine d*hommes mal vêtus, rassemblés sur le quai des Théatins, paraissaient vouloir s'organiser ; ils étaient d'abord convenus de se donner des noms étrangers aux leurs, mais ils décidèrent que chacun prendrait un numéro quelconque. Peu de temps après, ils disparurent.

Esprit public. — S'il faut ajouter foi à ces rêveries, les employés près le Directoire rendent compte à la Société du Panthéon de ce qui se passe dans leurs bureaux ; le Directoire fait tous les frais de cette Société, et Barras en est particulièrement le protecteur. Ce même esprit (sic) prétend que la destitution de Barthélémy vient de la désunion qu'il y a entre les membres du Directoire, dont trois veulent absolument faire ressusciter la Terreur ; cette opinion prévaut tellement que^ dans les cafés et les spectacles, on ne parle que de préparatifs de voyages et de retraites. On est étonné que la commission nommée pour la vérification des pouvoirs, au Conseil des Cinq-Cents, n'ait fait les rapports que sur les procès-verbaux, et noh sur les députés qui peuvent se trouver dans le cas de la loi du 3 brumaire ; on se demande si cette commission, qu'on appelle jacobine, veut attendre quelque mouvement pour proposer Texpulsion des députés dont l'énergie constitutionnelle pourrait gêner les vues secrètes de? meneurs jacobins.

Affiches. — Celle du ministre des finances sur l'emprunt forcé a beaucoup fixé l'attention du public, qui Ta regardée comme les fanfaronnades des charlatans qui prétendent ne pouvoir suffire à [la] distribution de leurs drogues ; il paraissait, pour ainsi dire, surnaturel qu'il se trouvât des citoyens attachés assez peu au numéraire pour aller si vite le porter à la Trésorerie.

Jeunes gens, — Ceux de la première réquisition désertent Paris dans la crainte qu'on les ramasse (c est leur expression), et se cachent ou dans les environs de cette commune, ou dans les maisons de campagne de leurs parents et de leurs amis.

Agioteurs. — La garde qui veillait aujourd'hui au Jardin-Ëgalité les a bien empêchés de se grouper, mais elle n'a pas empêché qu'ils ne traficassent. Tout en feignant de se promener, ils s'accostaient, se par-

B31 DIRECTOIRE EXÉCUTIF [18 décembre 1795]

laient à Toreille, se quittaient pour se joindre à d'autres, qui également se promenaient dans les allées voisines, et les marchés étaient terminés. On pense que, pour écraser cette vermine, le gouvernement ne devrait pas employer des troupes, mais des patrouilles grises, qui, semées çà et là, chaque jour en engloberaient une partie et finiraient enfin par la détruire. Malgré la garde, ils vous demandaient encore aujourd'hui, sous les colonnades du théâtre des Variétés et sur le perron, si vous n'aviez pas quelque chose à vendre. Une foule de ces coquins s'était portée ce matin aux Champs-Elysées pour y trafiquer, mais ils se sont dissipés d'après les menaces qui leur ont été faîtes. — Le nommé Beaufils, ci-devant administrateur des subsistances de l'armée des Pyrénées occidentales, demeurant rue de Grenelle, ou Varenne, a vendu, il y a trois jours, 2,000 louis, la majeure partie doubles. Il est étonnamment riche depuis qu'il a passé par cette place.

Marchés. — Hier à la Halle, les denrées ont été toutes enlevées avec du numéraire, et le malheureux qui n'avait que des assignats s'est retiré sans avoir rien acheté. Les ouvriers mécontents ont voué à l'exécration et le gouvernement et la République.

Société du Panthéon. — Dans la séance du 24, on s'est occupé d'une adresse au peuple pour le prémunir contre les insinuations de plusieurs journalistes qui, criant contre tous les malveillants, les royalistes, les aristocrates, afi*ectent de confondre avec eux les patriotes énergiques qui sont ses vrais amis. Séance du 26 : lecture ayant été faite du rapport sur les représentants Cadroy, Mariette, etc., la discussion s'est ouverte, et il a été décidé qu'on ferait une adresse au peuple pour raconter les massacres des patriotes du Midi.

Les murmures du peuple sur les subsistances commencent à prendre un caractère très sérieux.

(Arch. nat., F ^ 3840.)

IL — Esprit des journaux. — « Nous sommes certains, dit VAmi des lois y que de nouveaux assassinats viennent de se commettre à Avignon. Onze patriotes y ont été impitoyablement égorgés. Voilà le fruit des belles maximes préchées par certains missionnaires anii^ terroristes^ qui, sous prétexte d'un retour aux principes de justice et d'humanité, ont organisé dans tout le Midi la contre-révolution. Si le gouvernement ne fait un grand exemple contre ces derniers égorgeurs, j'ose lui prédire que les patriotes, trop longtemps vexés, opprimés et assommés, se rallieront enfin pour repousser la force par la force, et que la guerre civile la plus terrible désolera la France. Il

faut que les autorités constituées qui ont laissé commettre les assassinats d'Avignon soient poursuivies et jugées avec toute la rigueur des lois. »

Le Courrier de Paris prétend qu'il ne suffit pas de poursuivre à outrance les petits agioteurs, ceux qu'on voit répandus çà et là dans les différents lieux publics et cafés, mais c'est aux gros surtout qu'il faut s'attacher, à ceux dont les infâmes manœuvres ont affamé la France et Font mise à deux doigts de sa perte. Le journaliste ajoute qu'il faut les punir par la bourse et par l'ignominie. Il désirerait, en ce cas, que ceux saisis en flagrant délit fussent aussitôt traduits au tribunal de police correctionnelle, qui, après avoir constaté le crime, condamnerait le prévenu à être attaché au pilori pendant quelques heures, à recevoir ensuite de la main de l'exécuteur public cinquante coups de nerfs de bœuf; les assignats contenus dans son portefeuille, les louis saisis sur lui seraient distribués en sa présence aux indigents, et il serait condamné à une amende proportionnée à sa fortune.

Quelques journaux, notamment le Courrier français, annoncent que le ci-devant comte d'Artois, à la suite de sa fameuse expédition de la Vendée, est obligé de rester à bord sur le vaisseau qui a favorisé sa fuite, parce que Son Altesse Sérénissime, ne pouvant payer les dettei» dont elle est criblée, se trouverait exposée à être arrêtée par ses créanciers, qui n épargnent personne. 11 ferait beau de voir dans les prisons d'Angleterre un des fils aînés de France

Le Bonhomme Richard écrit contre les privilèges qui existent dans certains bureaux, préférablement aux autres. Il demande, par exemple, pourquoi les employés aux subsistances ont 1,000 à 1,200 livres de plus que les autres, et une livre de pain par jour, ce qui n'existe dans aucun autre bureau. Le Bonhomme Richard prétend que c'est un abus de plus à corriger, parce que cet abus est contraire à la loi; et il ajoute que nous avons fait la Révolution pour détruire les abus et les privilèges; et il conclut par dire que, tous les représentants du peuple étant payés également, tous les employés doivent aussi être également payés

Le Messager du soir dénonce Charles Du val, auteur du Journal des hommes libres, et Lebois, auteur de VAmi du peuple ; le premier, pour avoir jeté quelques fleurs sur la tombe de ce qu'il appelle « les généraux proscrits de prairial » ; le second, pour avoir expliqué en termes fort clairs et non énigmatiques son horreur pour ce qu'il appelle, lui, « rexécrable journée du 9 thermidor ». Après un assez long article sur cet objet, l'auteur termine ainsi : « Le Journal des hommes libres ne voit d'autre moyen pour tout déjouer que d'ouvrir les ma-

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gasins au peuple; Lebois ne veut pas que le peuple altende plus longtemps cette ouverture. »

La Gazette nationale parle fort au long de la Société du Panthéon. Le journaliste ne paraît pas tranquille sur le patriotisme et sur les vues de ceux qui la composent. Si on Ten croit, il s'y trouve beaucoup d'hommes au moins exagérés; on y rencontre même des individus qui ont figuré contre le gouvernement aux époques de thermidor, de germinal et de prairial. Le journaliste ne paraît pas du tout approuver cette société; il dit formellement qu'à en juger d'après ce qui se passe sous nos yeux, il paraît qu'on a de nouveau conçu Tespoir d'entamer le Corps législatif, comme autrefois la Convention. Il invile le gouvernement à ne pas s'endormir sur cet objet et à veiller de près sur tout ce qui se passe dans cette société.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

DXI

Rapport du bureau central du 29 frimaire.

Esprit public. — Paris a été parfaitement tranquille pendant la journée d'hier; aucun événement signalé n'en a troublé le calme

Agio. — Le prix du numéraire va toujours croissant; les agioteurs ne cessent de faire leur trafic ; le nombre s'en multiplie tous les jours. — Quelques inspecteurs annoncent que, très incessamment, les marchands des halles ne voudront plus recevoir d'assignats. Ils ajoutent que l'on blâme beaucoup la taxe sur les postes et messageries, et que, de cette mesure, il résulte visiblement que le gouvernement lui-même n'attache plus aucun prix au papier-monnaie, et un inspecteur rapporte avoir vu quelques soldats de la troupe de ligne insulter le bourgeois paisible par gestes et mauvais propos

(Arch. nat., AFiv, 1472, et F » c m, Seine, 17.)

Extrait des rapports particuliers.

Esprit public. — Beaucoup de jeunes gens ne marchent plus

qu'armés à l'italienne. — Richer-Serizy tient, dit-on, un rassemble

[19 OKCEMBRS 1795] DIRECTOIRE EXÉCUTIF U4

ment nocturne dans une maison rue Vivienne, n* 7, au ^ étage, sur le derrière. Cet objet est à la surveillance. — Le bruit court que le citoyen Descave ? membre du Conseil des Cinq-Cents, agiote la chandelle, qu^il achète à 10 livres la livre dans les magasins de la République

HOUDETER,

(Ârch. nat., F > • III, Seine, 17.)

Rapports présentés au ministre de l'intérieur.

I. — Café Chrétien, — La haine des sociétaires contre les soixantetreize, déjà connue depuis longtemps, a été assouvie aujourd'hui. Us les ont accusés de tous les maux que souffre la France et se sont promis la douce jouissance de les voir monter tôt ou tard sur Téchafaud. Leur haine seule pour les thermidoriens peut égaler celle qu'ils portent au victimes du 31 mai; ils échauffent le peuple de leur côté; les royalistes, du leur ; et si des mesures salutaires n'amènent une amélioration dans les affaires, un choc terrible sera le résultat de toutes ces menées. On a clabaudé contre le Directoire» qui a retiré son abonne* ment à VOrateur plébéien; enfin on a lu quelques lettres de différents cantons voisins de Paris, qui annoncent déjà une correspondance. Barère et Yadier se rendent souvent dans cette Société; ils se sont aussi fait recevoir au club du Panthéon, dont ils dirigent les principales opérations. Une partie de ces sociétaires sont placés au Directoire; d'autres se flattent de Télre bientôt. Les réunions de Jacobins se grossissent de jour en jour; bien des politiques sont persuadés que, si elles parviennent à prendre de la consistance, elles ramèneront Tanarchie et le désordre, et seconderont efficacement les efforts des malveillants et les intrigues des cours étrangères, qui voudraient renverser la nouvelle Constitution.

Agioteurs. — Ils ont fait monter aujourd'hui le louis à 3,000 livres. Quand les patrouilles les gênent trop dans le Jardin-Égalité, ils entrent dans les cafés et principalement dans les salles de vente, où ils concluent tout à leur aise. Le café de la rue Martin, en face du théâtre Molière et celui, dans la même rue au coin de celle Merry, sont deux nouveaux points de ralliement pour eux.

Accapareurs. — On désigne presque tous les hôtels garnis des rues Fossés-Montmarlre, Pagevin, Petit-lleposoir, Vieux-Augustins et Croix-des-Pclits-Champs, comme leur servant d'entrepôt d'où ils enlèvent journellement des marchandises et denrées pour les transporter dans les départements.

DIRECTOIRE EXFXLTIF [19 décembre 179dJ

Mlroupements. — Dans plusieurs, formés hier soir, au bas du it-au-Change, des ouvriers déclamaient avec véhémence contre le ivernement, auquel ils attribuaient la calamité publique; des dats s'y plaignaient aussi amèrement des mauvais traitements on leur fait éprouver aux armées, et témoignaient presque la résoion de n'y pas retourner. Ceux de la Légion de police murmurent tre couchés sur la paille, pendant, disent-ils, que les grenadiers de représentation nationale ont des matelas et sont bien traités. esprit public. — Le rejet au Conseil des Anciens de la résolution celui des Cinq-Cents, sur les opérations des assemblées primaires, uve beaucoup d'approbateurs. Ils prétendent que le but de cette olution était d'écarter petit à petit tous les députés nouveaux élus ie réaliser le projet dans lequel la Montagne avait échoué après [3. On reconnaît assez aujourd'hui que, si le Directoire paraît acder quelque protection aux terroristes, ce n'est que pour ôter tout oir aux débris de la faction de vendémiaire. On s'attend à la chute chaine et totale des assignats; on pense môme que le gouverneit ne veut pas prononcer leur annulation, mais que, sentant bien il faut qu'ils disparaissent, il aide de tout son pouvoir l'impulsion érale vers ce but. Le désir de la paix est si général et si vif que nonce seule, faite dans le Journal du soir y d'une proposition d'ar-

tice avait répandu une espèce de joie parmi tous les citoyens

. . On cherche à insinuer dans le public la nécessité d'un ministre ticulier pour Paris, et quelques journaux ont déjà talé l'opinion à ;ujet, mais elle ne se prononce point encore, si ce n'est par la inte de voir distraire cette partie essentielle d'administration à la veillance du ministre, aux talents duquel on a la plus grande conce. Ceux qui ont mis ce projet en avant désignent déjà celui qui . être porté à ce ministère : le représentant Gauthier. ormatin. — Il vient d'être condamné à la déportation; deux de coaccusés à une détention de six mois, et les autres sont renvoyés s leurs communes sous la surveillance des autorités constituées '. . — Esprit des journaux, — Le Courrier de V Égalité, sans désrouver ouvertement la mesure qui ferme la Bourse, parait cepent désirer qu'on la rouvre au plus tôt; car, en parlant du prix du s, qui valait 1,100 livres le 24 frimaire, et qui en vaut aujourd'hui K) livres, il dit : « Si cette manière de fixer à huis clos le prix de durait longtemps, elle ferait plus de mal que celle qu'on vient de 'uire. »

Cf. M'elschinger, p. 137.

[19 iiÉCKMBBf. 17051 DIRECTOIHE EXECI;TIF M

n Nos théâtres, tlil le Courrier de Paris, onl besoin d'une gnunle réforme; ils (ippellent toute la sollicitude du gouvernemenl. Depuis longtemps les fsclicux agitent nos spectacles, le luxe insulte a la rnlsi>re publique, l'on voit des citoyens s'y diviser pour des chansons, pour des Tragmenls de vers et de prose, où l'on cherche d'une rasniÈre alTeclée des applications perfides contre le gouvernemenl ou contre le parti qui se trouve le plus faible, s

L'Ami des lois, apn>s avoir vivement bUmé Boissy d'Anglas d'hoir fait la proposition de mettre de nouvelles entraves à la liberté Ai la presse, lui demande une reddition décomptes qui le mette i l'abri contre timles les imputations qui lui onl été faites, soit dans le* papiers publics, soit dans les aftiches dont on a placardé les murs de Paris. Il l'accuse, sinon direcLement, du moins indirectement, d'aroîr amené la disette dans Paris, lui qui avait été chargé de son approvisionnement, et qui avait dit à la tribune qu'on devait Être Iranqnille sur les subsistances de celle commune, puisqu'elle élait «p|iPOïisionnée pour six mois. Il invite en conséquence Boissy d'Anglas if faire taire les discours que ne cessent de répéter contre lui beaueo^ de ■ mauvais plaisants », el de les faire taire, non par des loisqii leur imposent un silence forcé, mais par cet abandon conrageux d'one ànte vraiment honnête, qui met au grand jour tout ce qu'elle aété«l tout ce qu'elle a fait.

Le Journal de Perlet prétend qu'avoir fermé la Bourse est une mesure très insufTisante, puisque celte mesuren'a point détruit l'agiotage. « On l'a seulement déplacé, dit-il, et on le laisse toujours faire sans aucune espèce de frein. »

La Gazette nationale de France, dit le Messager du soir, nous annonce qu'on a conçu de nouveau l'espoir d'entamer le Corps législa^f, comme la Convention le fut elle-même tant de fois, et qu'on a repris la marche qui fut suivie, lorsqu'on voulut opérer au 31 mai, que plusieurs députés sont désignés comme devant ôlre atteints par la loi. Voici les réflexions du journaliste : « Que le gouvernement rapproche tous ces indices avec les placards, les journaux, qu'il consulte l'opimon publique sur les propos attribués à certains Montagnards dans le club de Noailles, el il reconnaîtra que les amnistiés, loin d'être rassasiés du sang du peuple et de celui de ses représentants, veulent encore ce qu'ils onl toujours voulu, assassiner la vertu, renverser la Constitution, et sur ses débris recréer les échafauds, les bastilles et le goif vernement décemviral. »

L'emprunt forcé, suivant le youmaMe5/'alnof«(/e 89, doit frapper: i* les fermiers ; 2" les agioteurs ; 3" les compagnies noires qui onl fai'

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des gains immenses en agiotant les biens nationaux; A^ les infâmes marchands d'argent. Pour atteindre tous les coquins, le journaliste propose la formation prompte d'un jury composé de ces anciens négociants qui ne se sont pas mêlés de l'affreux brigandage qui nous a tous dévorés.

On lit dans le Journal des Lois une forte dénonciation contre les marchands

Les Nouvelles politiques parlent dans le même sens et ajoutent que ceux là mêmes qui se sgnt enrichis tant des dépouilles delà République sont les premiers à crier contre l'emprunt forcé...

Le Tribun du peuple^ après avoir rapporté succinctement ce qu'il a déjà fait pour le bonheur du peuple et la destruction de la nouvelle tyrannie qui pèse sur lui, après avoir cité la lettre d'un officier général d'une de nos armées méridionales, qui lui dit : « Frappe fort, ne crains rien »; une autre de la région du Pas-de-Calais, où il est dit: « Nos Sans-Culottes attendent avec impatience que les hommes du 31 mai forment l'avant-garde de Tarmée plébéienne contre les tyrans affameurs, afin d'agir de concert dans leurs arrondissements; ils n'oublient pas que le citoyen d'une république ne peut faire un pas sans marcher sur son terrain, sur sa propriété. » L'auteur, après ce début, examine ce qui reste à faire : une nouvelle révolution, rétablir la Constitution de 93, l'honneur et la mémoire des Loustallot,des Marat, des Robespierre, des Saint- Just, etc., punir le faste insolent des nouveaux tyrans, le Directoire, dont l'instruction adressée aux commissaires nationaux a été rédigée par Real, qui a diné avec Cormatin et qui a puisé ses raisonnements à cette source. Il vomit sa rage contre Rovère, Aubry et Boissy d'Anglas, dont le dernier donne Têtre à ce code d'oppression que les habitants du faubourg Antoine appellent la Constitution d'Anglas, Enfin il s'indigne contre les membres de l'ancienne Montagne, qui^ oubliant la gloire qu'ils avaient acquise en germinal et prairial, sont devenus assez petits pour consentir d'être les machines subalternes d'un nouveau code basé sur tous les vices et sur les débris de celui pour lequel ils avaient si vaillamment combattu : c Si la faction de Catilina eût triomphé, dit-il à ce sujet, je doute que Cicéron eût voulu être son premier ministre; et si Pompée eût survécu à la victoire de César, je doute qu'il eût eu assez peu de caractère pour vouloir être son lieutenant. »>

(Arch. nat., AFiv, 1472.)

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Journaux.

Censeur des Journaux du 29 frimaire : <c . . . Ce n'est pas dans les cafés qu*il faut aller chercher Tesprit public, et encore moins la morale publique; mais on entend parfois, dans les cafés, des jugements, des arrêts, des mots qui peuvent mettre sur la trace des événements. Hier, par exemple, an café Chrétien, j'entendis un homme dire avec une grande véhémence que le joug des rois et celui des riches étaient également despotiques et devaient être également brisés; que le peuple était heureux avant le 9 thermidor, et que, depuis, le peuple languissait et mourait à petit feu ;• que ses ennemis étaient tout-puissants, et qu'il fallait opposer la force à leurs intrigues..., etc. Ces discours étaient écoutés avec avidité et applaudis avec transport. Ah! dis^e en moi-même, voilà le langage des Jacobins ! i'allai ensuite au café ya]ois,et là je ne fus pas moins affligé dVntendre que le gouvernement actuel s'entourait de Jacobins et de brigands, que la confiance, une fois perdue, ne pouvait pas plus se regagner en politique qu'en amour, que les factions, les partis, les intrigues et les conspirations continueraient de nous déchirer et de nous broyer tant que l'autorité serait égarée en des mains aussi faibles et aossi multipliées... Ronî m'écriai-jc, voilà ces royalistes. J'entrai au café de Chartres. Je vis des hommes à l'œil farouche, au regard sinistre, qui se parlaient tout bas, qui s'étudiaient, qui se mesuraient. J'entendis parler de plans de finance, d'assignats, de louis d'or, d'emprunt forcé. « Combien vaut le café? » disait l'un. « Les payements se feront le 5 », disait l'autre. — «J'û ]K)ur 15 millions de chandelle », murmurait tout bas un grand homme sec, à rorcilK» d'un sapajou, plus noir cju'un nv*^ro cl plus éveillé qu'un chat. — i< Ce sont des aiîiotcurs », ino dit un jeune homme de la première réquisition qui, à mon air étonné, me prit pour un étranger... Etranger aux affaires, il avait raison. Allons au café Militiiirc; là nous n'entendrons ni malédictions rontre le gouvernement, ni complots contre notre bourse. Là nous verrons de braves défenseurs de la patrie se réunir dans leur haine contre les tyrans el dans l(»urs vœux pour la République. J'entre, et le premier objet qui frappe ma vue, c'est un groupe de ein(i offieicTs qui raisonnaient sur la prise de Manheim à perle de vue. L'un soutenait qu'elle avait été livrée ; l'autre disait que c'était un piège qu'on nous avait tendu; le troisième était d'avis qu'on destituât Piehegru; le quatrième pensait qu'il fallait faire un procès à Merlin (d(^ Douai;. A une autre table, on parlait d'aller détrôner l'empereur à Vienne et rimpératriceà IVîtersbourg, avec trente mille hommes commandés par un bon général, et l'orateur se désignait assez clairement; il répondait du succès.. . On ne fait rien, parce (lu'on ne veut rien faire. Au fond de la salie, on parlait de paix: c'était la chose du monde la plus facile, comme la plus nécessaire. Mais des généraux, qui trouvent leur compte à faire la guerre, cherchent à la prolonger, tantôt par des succès, tantôt par des défaites, mais toujours par des récils mensongei^s de la position des ennemis, de la faiblesse de Clerfayl? et d'un plan merveilleux qu'ils ont dans la léle. — Ce sont des frondeurs. — Mais partout je ne vois que des politiques mécontents qui donnent carrière à leur imagination, el à (jui, pour culbuter l'Klal, il ne manque qu'un peu plus d'audace ou de pouvoir. » — Gazette française du 2 nivôse : « Charlotte- Antoinette, partie samedi dernier, à quatre heures du matin, pour Bàle, était

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accompagnée de M"**^ de Saucy, fille de Madame de Mackau, mère nourrice de Louis XVI ; de M. Hue, son ancien valet de chambre, d'un capitaine de cavalerie, de l'un des gardiens du Temple, et d*un nomme Caron, garçon de service. Les préparatifs du départ ont été faits, dans le secret qu'exigeait la prudence, par le citoyen Cadet de Vaux. Le ministre de l'intérieur fut prendre Charlotte-Antoinette au Temple, la conduisit à son hôtel, où une voiture de voyage l'attendait. On a fourni de la manière la plus convenable à ses besoins, même à ses goûts. On porte à plusieurs millions le prix des effets qu'elle a emportés avec elle. » — Journal des Patriotes du 4 nivôse : « Charlotte- Antoinette est partie le 28 frimaire (19 décembre), à quatre heures du matin... (le reste comme ci-dessus.) Bientôt son échange contre les députés et autres prisonniers français sera consommé, et Paris verra dans son enceinte ces infortunées victimes de la trahison de Dumouriez. >>

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