‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 92 sur 141 · DXII · texte numérisé non relu

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Rapport du bureau central du 30 frimaire.

[Esprit public, cafés, spectacles, — Rien de notable.]

Sociétés réunies. — Deux inspecteurs déclarent qu'il se forme à Paris trois Sociétés réunies sous le nom de patriotes : la première, au faubourg Saint-Germain; la seconde, au Panthéon; et la troisième, au faubourg Antoine. Ils ajoutent que les individus qui composent ces Sociétés sont des sectateurs de Marat, frondeurs du gouvernement actuel, dont ils blâment les opérations. Ces mécontents, au dire desdits inspecteurs, répandent encore le bruit que de la réunion seule de ces Sociétés dépend le salut de la patrie, et que plusieurs étaient déjà en activité dans le Midi, où les choses commençaient à bien aller.

Pain. — ... Environ cinquante personnes ont été tout à fait privées de pain dans Tétendue de la section des Droits-de-r Homme. . .

Agiotage, — Les agioteurs sont poursuivis dans tous leurs repaires; au café Maillard, près la rue aux Ours, restent habituellement un grand nombre de Juifs dont les intentions sont très suspectes, mais il? parlent une langue étrangère à ceux envoyés pour les surveiller. Il existe aussi un billard vis-à-vis le théâtre de la rue Martin, occupé tout le jour par des Juifs, qui paraissent jouer très gros jeu.

HOUDEYER, IIaNNOCQUE-GuÉRIN.

(Arch. nat., AF iv, 1472.)

Extrait des rapports particuliers*.

. . . Une surveillance, ordonnée aujourd'hui à deux heures par le ministre, a produit les rapports dont voici l'extrait. A deux heures après midi, une vingtaine d'ouvriers imprimeurs se sont réunis chez un marchand de vin traiteur, rue de la Huchette. Ils occupaient une chambre particulière et faisaient une dépense considérable en vin, volailles et autres viandes. A six heures du soir, le rassemblement n'existait plus, et les ouvriers étaient sortis l'un après l'autre, avec tant de précaution qu'on ne s'était pas aperçu de leur sortie. — A sept heures, les cabarets sont fermés, et l'on n'aperçoit aucun rassemblement; tout est tranquille; on continue de surveiller.

HOUDEYER.

(Arch. nat., AFiv, 1472, et F »« III, Seine, 17.)

Rapports présentés au ministre de l'intérieur.

I. — Esprit public, — On ne peut concevoir pourquoi le Conseil des Cinq-Cents n'a pas adopté sur-le-champ le message du Directoire exécutif, qui demandait qu'outre les receveurs généraux des départements, les receveurs de districts ou de chefs-lieux de cantons exerçassent provisoirement leurs fonctions; cette mesure paraissait infiniment sage, pour pouvoir mettre promptement à exécution le nouvel emprunt; car on ne peut douter que ces anciens receveurs, par l'expérience acquise de plusieurs années, ne soient plus en étal que d'autres de connaître les véritables fortunes des contribuables et d'accélérer plus promptement la rentrée de l'impôt forcé. Ces receveurs, n'étant que provisoires, ne pouvaient pas porter atteinte à l'acte constitutionnel. Quant à la dépense qu'ils auraient pu occasionner au gouvernement, on ne voit pas que, d'ici à deux ou trois mois, elle puisse être diminuée à cet égard, puisque les anciens receveurs de district seront toujours obligés de suivre et de terminer, avec la Trésorerie nationale, les premier et second exercices républicains, car il paraît que ce ne sera qu'à compter du troisième exercice qu'ils rendront compte aux receveurs généraux de département des fonds qu'ils auront pu recevoir jusqu'alors, pour que ceux-ci en suivent et en perçoivent les recouvrements; sans cet ordre, on pense

1. Cet extrait se trouve par exception à la suite du rapport du 29, relatif à la journée du 28. H est de la main d'IIoudeyer.

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qu'il pourrait se mettre de la confusion dans les receltes et dans les comptables.

Café Chrétien. — Le jugement de Gormatin a inspiré une telle fureur aux habitués de ce café, qu'ils ont hautement traité de scélérats ses juges, le Corps législatif, le Directoire, l'univers entier comme complices de cet accusé ; mais l'insurrection générale qu'ils se promettent d'organiser, et les flots de sang qui vont couler, expieront le crime d'avoir laissé la vie à ce chef de Chouans; on a donc arrêté d'ouvrir une correspondance suivie avec les patriotes des départements pour frapper le grand coup partout. Le même esprit règne dans celui des Bains-Chinois. D'autre part, on a remarqué dans plusieurs cafés que le jugement de Gormatin avait rapproché du gouvernement beaucoup de gens connus pour aristocrates; ils s'attendaient à le voir condamner à mort.

Royalistes. — Il n'est aucun moyen qu'ils n'emploient pour dégoûter les citoyens de leur amour pour la liberté et de leur attachement au gouvernement. Selon eux, la ville de Strasbourg est dans un état de détresse, le soldat manque de tout, les magasins sont vides; ils soutiennent que très peu de personnes payeront l'emprunt forcé, que d'ailleurs cette mesure ne sera point salutaire; enfin ils sont rayonnants de joie de ce que les coaccusés de Gormatin sont absous. Le café du Rendez- Vous, rue du Théâtre-Français, est surtout un de leurs repaires. Plusieurs d'entre eux y disaient que, si le trône était relevé, en France, le nouveau monarque se conduirait avec autant de justice que de clémence, en faisant égorger, pour le plaisir du peuple, et à jour Vixe, tous les membres de la Convention, tous les Comités révolutionnaires, tous ceux enfin qui ont marqué dans la Révolution, et qu'après ce grand acte de justice le peuple serait heureux.

Subsistances, — Leur excessive cherté pousse le peuple à bout et lui fait regretter le règne de Robespierre ; la fermentation s'accroît tous les jours par les placards des Patriotes de 89, les feuilles du nouvel Ami du peuple, et surtout par les insinuations habituelles des républicains par excellence; mais, si l'on augmentait la portion du pain dans les sections, les autres denrées diminueraient insensiblement, et l'on verrait cesser les clabaudcries contre la République et le gouvernement.

Maisons de jeu. — Le nommé Verdun, ancien postillon, s'est vanté chez Bossard d'être le secrétaire de Barras et d'être initié dans les secrets du gouvernement. C'est un homme immoral et qui est connu depuis la Révolution pour n'avoir respiré que le sang. Il a promis à

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Boyer, capitaine de hussards, joueur de profession et dont les papiers ne sont pas en règle, de lui faire obtenir une prolongation. — la banque de 1,300 louis en or et de 800,000 livres en assignats a santé chez Descarrières dans la nuit du 28 au â9; Beaujour, fameux joaeor, a gagné presque tout Tor et 500,000 livres en assignats; ensuite^Ie nommé Chalabre, bailleur de fonds, a renouvelé cette banque de pareille somme. Ces sortes de maisons peuvent fournir des renseignements très utiles sur les nobles, les agioteurs, les femmes intrigantes, les opulents, les inconnus, les faussaires, enfin tous les gens suspects.

Jeunes gens de la première réquisition. •— Les mesures actives et vigoureuses du Directoire à Tégard des jeunes gens de la première réquisition leur font jeter feu et flammes, lis s^agitent, se réunissent, écrivent dans les départements ; on dit même que cette vaillante jw^ nesse^ feignant de partir pour Tarmée, doit se réunir à une vingtaine de lieues de Paris, marcher sur le Corps législatif, et mettre un terme aux maux de la France ; d'autres disent qu'au lieu de rejoindre ^a^ mée, ils iront grossir le nombre de nos ennemis.

Champs-Elysées» — Le particulier qui a loué Thôtel de la Vaopalière, attenant à cette promenade, abat les arbres du jardin au détriment de la nation. Il y a, dans ce même hôtel, nombre de voitures <rémigrés, ainsi qu'une grande quantité de livres exposés aux injures de Tair, et dont on ne prend aucun soin. Cette maison est gardée par un homme simple, que Ton pourrait facilement tromper, et qui témoigne beaucoup de mécontentement du peu de soin que Ton prend de tous ces effets.

Sœurs grises. — Les ci-devant sœurs grises, rue du Pot-de-Fer, faubourg Germain, s'étudient à inspirer aux enfants qu'elles élèvent la plus grande aversion pour le Corps législatif et le Directoire. Sitôt qu'un enfant se permet d'en parler en bien, il est congédié sans miséricorde. 11 n'est permis de s'entretenir dans cette école que du Roi, de la confession et autres hochets de l'ancien régime.

Le Mémoire de Cadroy sur sa mission dans le Midi est dévoré depuis que le Directoire en a arrêté la distribution «.

(Arch. nat., AFiv, 1472.)

11. — Esprit des journaux. — Le Courrier de l'Égalité signale, sans toutefois les nommer, plusieurs ci-devant conventionnels qui, avant

1. n s'ji^'it sans (huile du Happort du représentant Cadroy sur ses diverses missions dans les départements ynériitionaujc. Paris, inipr. nationale, frimaire an IV. n-8. Bibl. nat., Le 39/305.

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leur nomination sans fortune, étalent maintenant un luxe insolent à Paris, fruit de leurs concussions, ou fie leur agiotage, qu'ils continuent d'exercer sans honte et sans pudeur.

« Une bande immense d'agioteurs, dit le Mercure universel^ encombre dans ce moment le Palais-Egalité ; ils s y promènent trois à trois avec une audace affectée et vraiment révoltante; de nombreuses patrouilles parcourent le repaire de ces fripons, mais ils les narguent, et n'en continuent pas moins effrontément leur infâme commerce. Le gouvernement, ajoute le journaliste, ne laissera sans doute pas impunie une telle révolte contre la loi. »

Le gouvernement, dit le Censeur des Journaux, a reproduit aujourd'hui pour la seconde fois, des procédures contre Camille Babeuf, à raison d'un faux commis par lui dans l'exercice de ses fonctions du district de Montdidier. Pourquoi? Pour avoir un prétexte de le faire arrêter? Est-ce que le gouvernement a besoin de prétexte? La justice des républicains ne doit rien avoir de commun avec la chicane des Parlements, et si Ton voulait empêcher Babeuf d'écrire, on pouvaille faire arrêter comme perturbateur, le faire juger comme fou et le faire déporter sans délai.

Parmi les clubs nombreux qui s'élèvent dans Paris sur les débris de la Société des Jacobins, si Ton en croit le Messager du soir y l'un des plus fameux est celui qui se tient à l'hôtel de Noailles. On prétend que ce club est dirigé par Siéyés; on compte, parmi ses membres les plus assidus, Charles Du val, Merlino, Tallien, Collombel, Quirot, etc. Le journaliste prétend qu'on assure qu'il s'y est tenu une assemblée le 22 frimaire, que la séance était composée d'environ quarante membres, et qu'on s'y entretint de la nécessité de chasser du Corps législatif les membres du nouveau tiers, et non des deux autres, qui seraient parents d'émigrés, conformément à la loi du 3 brumaire. Dans cette même séance, un député d'un certain âge dit : <K II faut nous défaire de Defermon, c'est un scélérat; si nous ne nous en défaisons pas, il nous préviendra. » On assure qu'il y fut question de Boissy d'Anglas et de Lanjuinuis comme de conspirateurs du 13 vendémiaire, qu'il fallait les poursuivre à ce titre, ainsi que beaucoup d'autres dont on ne devrait rien attendre de bon. S'il en faut croire le journaliste, Gauthier (de l'Ain) y joua son rôle et y a paru un des plus ardents.

Le Bonhomme Richard^ qui a poursuivi toujours avec outrance les prêtres réfractaires, comme auteurs de tous nos maux par le fanatisme qu'ils soufflaient partout, appelle aujourd'hui la sensibilité républicaine sur les prêtres constitutionnels ; il invite le gouvernement

à les rendre à leurs droits ; c'est un acte de justice qui produira sur tous les esprits le meilleur efTet possible

On lit dans le Balave une lettre de Versailles, qui dit qu'il y a dans cette commune, au café du Pavillon, un rassemblement des Juifs et autres agioteurs qui ne cessent du matin au soir d'acheter du numéraire, et cela très vulgairement, sans recevoir le moindre empêchement, pas même des autorités constituées *.

a Quelque sensation agréable, dit la Gazette française, que la fermeture de la Bourse ait faite dans une certaine classe du peuple, elle a toujours produit un ^rand mal ; elle nous a laissés sans régulateur pour nos transactions journalières ; l'acheteur ne sait plus quel prix mettre aux marchandises dont il a besoin, et le vendeur incertain, craignant une erreur funeste à ses intérêts, met sa marchandise à un prix tel que Terreur même lui soit favorable. » Après ce préambule, le journaliste demande si Ton doit ouvrir ou fermer la Bourse ; la solution de ces deux questions lui paraîtrait assez indifférente, si Ton cessait d'offrir, dans un papier-monnaie discrédité, un aliment perpétuel à l'agiotage et à la fureur de ces joueurs déboutés qui jouent la fortune publique à la hausse et à la baisse. « Jusque-là, ajoute-t-il^ il y aura des dangers à ouvrir la Bourse, comme il y en aura à la fermer. Tout le travail du gouvernement consistera à se déterminer pour le parti le moins dangereux ». »

On remarque l'article suivant dans le Journal des Lois, qui, après une longue discussion sur TafTaire de Gormatin, qu'il appelle l'ennemi de nos lois, et sur ces journalistes déboutés qui paraissent prendre sa défense, se rejette ainsi contre ceux qui cherchent à troubler Tordre public : « Toujours avides de dénonciations, de haine et de vengeance, quels moyens n'emploient-ils pas pour troubler l'harmonie du corps social ? Ne se démasquent-ils pas par la célérité avec laquelle ils saisissent toutes les occasions d'épancher leur fiel, parla rapidité qu'ils mettent à dresser et charger leurs batteries? Aujourd'hui, le procès de Gormatin; demain, la loi du 3 brumaire; tous les moyens leur sont bons, pourvu qu'ils affichent^ dénoncent, calomnient, et par ce moyen entretiennent dans Tesprit du peuple le ermc du soupçon, de la défiance. C'est ainsi qu'ils aggravent ses maux, sous prétexte d'une hypocrite surveillance et d'un faux amour de ses inlérels. »

(Arch. nat., AFii, 1472.)

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