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Rapport du bureau central du 1*' nivôse.
Esprit public. — De Texamen des rapports du jour résultent les observations suivantes. Pendant la journée d'hier, Paris a été calme. Le mécontentement, comme nous l'annonçons depuis longtemps, se propage chaque jour; il s'accroit en raison de la misère extrême qui afflige la majeure partie des citoyens de cette grande cité; les plaintes et murmures augmentent^ et, dans leur colère, les parties souffrantes profèrent, sans respect, ni ménagement, les injures les plus grossières contre toutes les autorités constituées, les agents du gouvernement et autres classes d'hommes qu'elles regardent comme les instruments de leur malheur. Il est facile de s'en convaincre d'après lanalyse suivante.
Groupes. — Un inspecteur rapporte que nombre de citoyens des deux sexes, rassemblés au coin de la rue Thévenot, autour d'un marchand de journaux, disaient que toutes les mesures prises par le gouvernement ne faisaient rien diminuer, que la portion du pain était toujours la même, et que le Directoire exécutif ne serait pas plus sorcier que les anciens Comités. Le même inspecteur ajoute que, dans ce groupe, quelques particuliers se sont même permis d'avancer que, la banqueroute étant le seul moyen de faire cesser les calamités, il valait mieux sauter le pas tout de suite que d'exposer plus longtemps le public à languir et périr de misère. Du rapport d'un second inspecteur il conste que les esprits sont très échauffés ; que de toutes parts on maudit la République, et que l'on dit hautement : « Ce n'est donc pas assez que Ton nous fasse mourir de faim : il faut encore que Ton envoie nos enfants à la boucherie, c'est-à-dire à l'armée, d'où ceux qui reviennent sont tout nus et attaqués de maladies incu- Tables. D Cet inspecteur observe que beaucoup de malveillants profitent de la malheureuse situation du peuple pour soufflerie feu de discorde et aigrir les esprits. Un troisième inspecteur déclare qu'au mépris des lois les agioteurs continuent leur commerce au Jardin- Égalité, et que, sous différents prétextes et par des mesures perfides, ils avaient fait monter le louis jusqu'à 5,500 livres. Un quatrième
inspecteur expose que, dans plusieurs endroits, on répandait assfz Tome II. 3:i
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mystérieusement le bruit qu'on allait fermer les barrières pour cause très importante. Le même agent ajoute que les Jacobins, dont le nombre se multiplie, déclament avec force contre le régime actuel, témoignent hautement, en termes peu mesurés, leurs regrets sur le temps passé, et se plaignaient qu'on négligeait les mêmes mesures que le gouvernement décem viral avait mises en usage avec tant de succès. Le rapport de cet agent porte aussi que les royalistes jetaient également beaucoup de défaveur sur le gouvernement actuel, au sein duquel, disaient-ils, régnent la division et la mésintelligence.
Cafés, — Les inspecteurs qui ont surveillé les cafés rendent compte des conversations par eux entendues, dont voici l'analyse. Les malveillants font courir le bruit que les émigrés ont fait une descente en Bretagne, que les jeunes gens de la première réquisition se sont révoltés et réunis au nombre de huit mille aux Chouans, pour raison de quoi le général Hoche demande, disait-on, cent mille hommes à TefTet de terminer cette guerre, qui devient plus dangereuse que jamais. Ces mécontents se permettent encore de dire que le vœu de la grande majorité se prononce contre le gouvernement républicain. Dans ces mêmes endroits on n'entend, disent les inspecteurs, que des réflexions affligeantes. Les rentiers surtout se désolent et accusent publiquement le Corps législatif de les laisser périr de faim, d avoir deux poids et deux mesures, et de ne leur faire payer que la centième partie de ce qui leur est légitimement dû
Du rapport particulier des officiers de paix il appert que, dans un groupe au Janlin-Egalité, on s'entretenait des différents partis qui existent dans ce moment pour anéantir le gouvernement actuel. On a même dit que le Conseil des Cinq-Cents faisait tout son possible pour éclipser le Conseil des Anciens. Les disputes continuelles qui s'élèvent au même jardin entre les citoyens nécessitent, disait-on encore, des patrouilles plus fréquentes de la Légion de police, qu'on
accusait de rester oisive
Cousix.
Arch. nat., AFiv, 1472, et F » «^ IIÏ, Seine, 18.)
Extrait des rapports particuliers.
Beaucoup de citoyens se plaignent de ce qu'on laisse grossir celle honie de contre-révolutionnaires qui arrivent par toutes les routCï^. On a remarqué hier que, parmi le nombre des arrivants, il n'y avait point de femmes, et que la plus grande partie de ces voyageurs descendent dan^ les maisons garnies de la section Le Peletier et de ses
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environs. — On observe que beaucoup d'assemblées se tiennent dans des maisons du Marais, et que ceux qui les composent se retirent à la nuit tombante. — On assure que, ce soir, la Société du faubourg Antoine doit se transportera celle qui se tient à Sainte-Geneviève, et que la démarche tend à dénoncer un député qui, soi-disant, a commis des horreurs dans son département. — Hier soir, le groupe du Pontau-Change se répandait en plaintes les plus amères contre le gouvernement; chacun disait qu'il mourait de faim, et qu'il ne pouvait plus atteindre à rien. — Hier soir, le Palais-Égalité était rempli de militaires ; quelques rixes ont eu lieu entre sept à huit soldats de la Légion de police et des jeunes gens, dont partie de la première réquisition; mais elles n'ont eu aucune suite Les marchés sont assez
garnis de pain : il se vend 40, 45 et 50 livres et avec beaucoup de tranquillité.
HOUDEYER.
(Arch. imt., F » ^ IIÏ, Seine, 17.)
Rapport présenté au ministre de l'intérieur.
Café Chrétien. — La Société y a été très nombreuse : Javogues, Vadier, Ghoudieu, Dufresse, Rossignol en faisaient partie. On y a déchiré à belles dents Real, pour avoir été défenseur officieux dans l'affaire de Cormatin; Chapelain, nouveau représentant, pour avoir Hguré dans celle de Turreau; les rédacteurs du Courrier de Paris, du Jowmal des Lois et du Messager du soir, comme maltraitant les terroristes. On a parlé d'une nouvelle adresse au peuple; on a lu une lettre des patriotes d'Arras, qui promettent de venger sous peu la mort de Robespierre; enfin il parait, par leurs discours et leurs projets, que le jour n'est pas loin où Ton chassera du Corps législatif les parents d'émigrés, et où une nouvelle insurrection remettra de nouveau les Jacobins sur le pinacle.
Société du Panthéon. — Sa séance du 28 a été consacrée à la discussion de l'adresse à faire au peuple pour lui dévoiler les imposiures contenues dans le rapport de Cadroy sur les massacres du Midi. Elle sera afQchée sous ce titre : Vérité au peuple, etc. Cette Société, jusqu'alors ignorée dans le quartier, commence à donner de l'inquiétude, non pas aux royalistes, mais à tous les bons citoyens. En effet, ceux qui tenaient, le 12 germinal, le représentant Auguis entre leurs piques et leurs baïonnettes, ceux qui tenaient, le 2 prairial, une assemblée en révolte ouverte contre la Convention, tous ces hommes enfin qui applaudissaient au meurtre de Féraud, sont les membres
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connus de cette Société, déjà composée de douze cents patriotes de le»- ^ trempe. On dit que le commissaire de police de la section se dispos;..^ à faire disperser ce rassemblement, mais qu*il. a reçu ordre du g^ versement de se contenter de le surveiller. Plusieurs obsenrate s'accordent à dire que ces sociétaires, ainsi que ceux du café Ctti^. tien, s'agitent, envoient des émissaires dans les faubourgs pour y soulever les ouvriers. Si on les en croit, la troupe doit faire Cëuse commune avec eux. Leur grande sollicitude est Texpulsion et Texildes soixante-treize. Cependant nombre de politiques prétendent que le gouvernement ne les laisse parler si haut que parce qu*il veut se servir de la patte du chat pour tirer les marrons du feu.
Etprit public. — On n'entend que plaintes et murmures contre le discrédit des assignats, devenus presque de nulle valeur; il esta craindre que le peuple ne se porte à quelque soulèvement à ce sujet. Dans tous les lieux publics, on a regardé la loi qui augmente le port des lettres et paquets comme un fléau. Les cito^^ens choisis par le Directoire pour composer les municipalités de Paris, celle surtout de Tarrondissement du Panthéon, ont mérité les suffrages du public. On se plaint beaucoup de l'arbitraire que se permettent les Comités militaires de section envers les citoyens qui ne se présentent point pour monter leur garde; on les condamne souvent à huit jours de prison pour cette faute. On dit que les ouvriers de tous les ateliers vont cesser leurs travaux, si on ne leur donne pas les assignats de 100 livres pour 20 sous, en se contentant alors du prix des journées de 1790. — Les habitants du faubourg Marceau et des sections voisines réclament plus que jamais la livre de pain.
Maisons de jeu. — Le nommé Mulmasette, ci-devant de la maison du roi, a dit chez Bossard que les maisons de jeux de hasard étaient protégées par le Directoire, le ministre de l'intérieur, la police cl le? officiers de paix. On joue la nuit chez Gravier, n® 36, au Palai?- Egalité, et sous les arcades de bois, aux n^ 222, 224 et 232. S*il faut en croire ce que chacun raconte, sous peu nous essuyerons un coup terrible; le frùrede Rossignol, çx-général, est désigné comme devant être à la tête d'un parti. — Le louis était aujourd'hui à 5,200 livres; depuis quelques jours il devient très rare. Les paysans abondent dans Paris et achètent à quelque prix que ce soit notre numéraire.
(Arch. nat., AF iv, 1472.)
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