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Rapport du bureau central du 3 nivose.
Esprit public, — La surveillance nous donne aujourd'hui quelques détails intéressants sur Topinion publique, dont nous allons transmettre les principaux faits par une analyse succincte. Il est dans les rapports que le calme a régné hier à Paris, mais ce calme n'est, d'après Fagitation des esprits, que celui de l'impuissance, ainsi que du désespoir occasionné par la misère extrême qui afflige et tourmente à Texcès la masse indigente et malheureuse, et surtout la classe des pauvres rentiers, dont le sort déplorable ne laisse plus d'autre ressource que celle de la mendicité, vu les sacrifices sans nombre qu*ils ont faits depuis si longtemps, en vendant leurs meubles et effets pièce à pièce pour subsister. — Les inspecteurs ne cessent de nous entretenir des funestes effets de Tagiotage, lequel, en dévorant toutes les fortunes publiques et privées, établit en quelque sorte la disette, disons plus, la famine au milieu de Tabondance. De ces tristes et fâcheuses circonstances sortent nécessairement les projets liberlicides combinés avec perfidie par les frondeurs de toutes les factions, dont, malgré des vues sans doute opposées, le but est de renverser la République. A cet égard, un inspecteur rapporte que
C'étaient deux artistes de la rue Favarf.
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dans Paris les malveillants et les ro\alistes fomentent et forment des projets (le contre-révolution ; il ajoute que Ton dit qu*iis se rassemblent dans certaines maisons, non désignées, pour insinuer au peuple, à la faveur de l'extrême cherté de toutes choses, l'espoir d'une insurrection. Un second inspecteur déclare que de toutes parts on maudit la République, qu'il n'y a qu'un cri, celui de demander le nécessaire, faute de quoi, ajoute cet agent, le peuple, qui regrette le régime royal, ne voudra pas reconnaître le gouvernement actuel.
Affiches. — Il parait une nouvelle afiîche, qui a pour titre Les Patriotes de 89 au peuple» L'auteur y accuse Cadroy, représentant, d'avoir organisé les massacres du Midi. Une seconde, ayant pour titre Le Gardien de la Constitution de VanIVy par Tobois *, servant de prospectus à un journal qui doit paraître tous les jours. Le rédacteur de cette affiche, au dire d'un de nos inspecteurs, a déjà écrit avant le 13 vendémiaire en faveur des jeunes gens et des sections de Paris. Cafés, — Ces lieux, où la discussion dos événements politiques esl reléguée, ne cessent d'être le théâtre des opinions pour et contre sur la guerre et les finances. Au sujet de la guerre, les uns prétendent que les Autrichiens avancent à grands pas, chassent les Français d'outre-Rhin, battant nos troupes à plate couture, désorganisée:? autant par les revers que par la misère et la désertion. D'autres, d'après une lettre adressée à un représentant du peuple, prétendent (ju'il y a eu une sanglante aflaire à rannée de la Moselle et que, la victoin* ayant balancé longtemps, los Fninçais ont fini par rester maîtn's du clianip de bataille, et ont poursuivi l'ennemi la baïonnette dans b"^ reins. Sur l'objet de la finance, et spécialement de l'emprunt forcé, les avis sont également très parta^xés. Les bons patriotes le regardent comme l'unique moyen de sauver la France; les mécontents, comme la mesure la plus pernicieuse. Sur ce fait, un inspecteur rapporte ce qui suit. Les Chouans royalistes et agioteurs forment le projet, à l'aide des classes de la société fatiguées de la misère, d'écraser l'inventeur du projet, ses conseillers et les membres de la police ; il ajoute (jue, conformément à ces desseins infâmes, il circulait liier dans Paris des députations. et qu'il a recueilli ces particularités dans quelques groupes et particulièrement dans les cafés du Jardin-Égalité. — Le bruit se propage plus que jamais qu'il se forme une rivalité trcs dangereuse entre les deux Conseils. On prétend
1. (ie pr(»spc<tus. on forim; mm d'afliclie, mais «ruii imprime de 4 p. in-S. se lioiivc rt'liô en trtr «In Cnrdh'n tic in Cinistitution ;Bil»I. nat.. Le 2/900, in-4;.Nous ne p(»nvons identifier ni nons explii|uer oe nom de To^oi*, qui, dans l'autre expédition du rapport, est «'crit Tobori, Vtdei l'intitulé exact du prospectus: Le <'inr^ dieu de la Constitutiun de /'a/< 7I'', par Joi.i.ivet, dit Bahalkke.
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même que celui des Cinq-Cents renversera celui des Anciens, et que dès lors le pouvoir exécutif, restant sans force, tombera de lui-même, d'où il résultera les effets cruels d'une réaction très funeste. — On parle encore d'une déclaration de guerre faite à la Hollande par le roi de Prusse, qui doit, dit-on, recevoir un renfort de la Russie.
Spectacles, — Ont été tranquilles, à la réserve du théâtre de la rue Favart, où Taffluence du monde était hier si considérable, qu il y a eu un grand nombre de montres et de portefeuilles volés à l'entrée du spectacle, jusqu'au chapeau d'un factionnaire qui lui a été pris sur sa tête. La foule était si grande que la garde a été forcée. — Dans l'intérieur de la salle, pendant la rei)résentation, plusieurs traits faisaient allusion au départ des citoyens Ellevion etGavaudon, artistes; ils ont été universellement applaudis, principalement dans Philippe et Georgette; lorsque M. de Bonnefoy est obligé de renoncer à la main de sa maîtresse, Chenard a dit : « Et ce jeune Bonnefoy, que va-t-il devenir? » Gavaudon a répondu : « Eh bien ! il va chercher fortune ailleurs. » Du reste, il ne s'est manifesté de la part du public que des regrets; aucun genre de sédition n'a été remarqué, pas même à l'apparition des deux acteurs, qui ont été demandés et qui ont obtenu les plus vives acclamations. Un inspecteur déclare qu'au foyer du théâtre des Amis-de-la-Patrie, vingt jeunes gens avec une femme ont tenu sur le départ d'Ellevion etGavaudon les propos les plus indécents, accompagnés d'invectives contre le Directoire exécutif. . .
Marchés. — Les denrées augmentent journellement de prix; cependant tout s'enlève assez rapidement, et même avec ordre et tranquillité...
Agiotage. — Les agioteurs sont toujours en grand nombre au Pa-
lais-Egalité ; ils y continuent leur commerce avec plus d'audace que jamais. Le défaut de force armée ne permet pas de les saisir. D'autres assiègent les portes, demandant aux passants s'ils n'ont rien à vendre.
Hannocque-Guérin, Iîoudeyer.
(Arcli. nal., AFiv, 1472. et F » «^ III, Seine, 18.)
Autre rapport nu bureau central en date du 2 nivôse *. Un particulier s'est présenté aujourd'hui au Bureau central et y a
1. Dans l'original, ce rapport est daté par erreur de frimaire. On verra qu'il fut écrit le 23 décembre, pui8(|u'on y lit : Demain i4 décembre. Si nous le plaçons ici à la suite d'un autre rapport du 3 nivôse, se rapportant à la journée du 2 nivôse, c'est que, par exception, il se rapporte à la journée mAme dans laquelle il fut composé.
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annoncé que quelqu'un l'avait prévenu qu'il se préparait un coup, que ce coup devait éclater cette nuit et se prolonger pendant deux ou trois jours. Le projet, dit-il, est d'assassiner ceux qui ont pris part aux journées des 1®', 2 et 3 prairial derniers, soit parmi les Conseils, soit parmi les fonctionnaires et autres. Le Directoire exécutif n'est pas oublié.. .
Les citoyens composant la commission administrative du culte catholique qui s'exerce dans l'église de Saint-Merry ont annoncé qu'ils prétendent, permission ou non, faire célébrer la messe de minuit, demain 24 décembre (v. s.). Ils ont en conséquence prévenu les agents nationaux des sections environnantes. Le signataire de cette lettre est le citoyen Maupas.
Il résulte de ce qui est dit d'autre part qu'un mouvement parait se préparer.
La coïncidence des trois objets énoncés semble nécessiter des mesures. Ne serait-il pas bon de doubler les postes, de faire faire des patrouilles très fréquentes et successives, de manière que le mouvement soit perpétuel, de mettre toute la troupe en état de réquisition, de tenir prêts les détachements de Choisy et Vincennes * ?
(Arch. nat., F * « ïll, Seine, 17.)
Rapport du bureau de surveillance *.
Mœu7*s et opinions, — Chez le traiteur de la porte Denis, au coin de celle de Cléry, beaucoup de courtiers s'entretenaient de la ferme-
1. Le ministre de l'intérieur écrivit le niî^me jour au Bureau central du canton de Paris une lettre (que Schmitit donne en partie, t. III, p, i \) où il dit, entre autres choses : « Veillez demain sur Saint-Merry; empAchez surtout la messe de minuit ; redoublez votre surveillance, et assurez la tranquillité publique par votre zèle .... » — Môme date : autre lettre du ministre au département de la Seine : « Mais je suis positivement instruit que les catholiques de Saint-Merry veulent faire dire la messe de minuit demain ; je me suis fortement prononcé contre ce projetet ce rassemblementnocturne; j'espère que, si la permission vous en est
demandée, vous la refuserez > — Même date : troisième lettre du ministre au
ffénéral en chef de l'armée de l'intérieur ; il le prévient qu'un mouvement se prépare, c|ui pourrait éclater à la ci-devant fî^te de Xoël ; qu'une messe de minuit doit être célébrée par les partisans du culte catholique à Saint-Merry, que 1* Société du Panthéon veut prendre les armes, que la sûreté des membres des deux Conseils et du Directoire exécutif est menacée, etc.... Sans ajouter beaucoup de foi à ces bruits, il invite le général à prendre les mesures qu'exige la prudence. — (Arch. nat., F»*: IIÏ, Seine, 18.)
2. C'est la première fois que nous rencontrons cette sorte de rapport, ^^ émane de Tun des bureaux du canton de Paris. Il y a en outre, à cette date, une feuille d' o extraits des rapports », signée Hannocque-Guérin et datée par erreur de 1 an III. Elle n'olfre rien d'intéressant. On la trouvera dans F*^ III, Seine, t5.
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lure de la Bourse ; ils disaient qu^il n'était pas étonnant que les louis augmentent, que le gouvernement avait des agents secrets à son compte pour en acheter à tel prix que ce soit, que les assignats avaient si peu de valeur qu'ils n'avaient plus cours dans le commerce; ils disaient en outre que les Cinq-Cents ne savaient pas où donner la tête pour ramener l'équilibre des assignats. — On fait courir le bruit qu'une division existe dans le pouvoir exécutif, ainsi que parmi ceux qui tiennent au gouvernement. Les ennemis de la chose publique semblent s'en égayer et disent : « Cela fera aller nos affaires.» — Les débardeurs du port Bernard, assemblés rue de Seine, disaient que, malgré qu'ils avaient 300 livres par jour, ils ne pouvaient vivre» que Ton ne voulait plus de leurs assignats ; que, si le gouvernement ne mettait point ordre sous peu de jours, ils s'assembleraient pour commencer le branle.
[Commerce. — La mauvaise qualité de la viande débitée par certains bouchers a amené le commissaire de police à saisir cette viande et à la faire jeter dans la rivière. On assure que les bouchers achètent celte mauvaise viande le matin à la Halle, pour la substituer à celle qui leur est fournie par Tadministration, qu'ils vendcmt très cher aux riches.]
Hannocque-Guéhin.
{Arch. nat., F » « III, Seine, 18.)
Rapport présenté au ministre de l'intérieur.
Café Chrétien, — On y espère que Lebois viendra à bout de poursuivre légalement Cadroy, Chambon et Mariette, comme chefs d'égorgeurs dans le Midi. On s'y est échauffé sur la dénonciation faite au Conseil des Cinq-Cents contre Job Aymé, qu'ils ont traité de Chouan, ainsi que la majorité du Conseil. Verdière, président dans l'affaire de Cormatin, autrefois arrêté par les ordres d'Hanriot, a été appelé intrigant et royaliste décidé. Enfin on y a lu des lettres de divers départements annonçant l'établissement de plusieurs Sociétés de patriotes. Les patriotes de 89 ont fait placarder aujourd'hui une affiche uniquement dirigée contre le représentant Cadroy; elle a été lue avec avidité et accueillie du public. Le parti de ces hommes se grossit considérablement; les ouvriers surtout l'embrassent avec avidité. On dit tout haut que le moment de se montrer est arrivé. Fis reprochent au Corps législatif de n'être composé que de royalistes. H est certain que les chefs de ce parti ont envoyé des émissaires dans divers départements, et l'on voit depuis peu dans Paris de nou-
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vclles figures révolutionnaires, entre autres Jourdan le coupe4ète^; il se promène dans les rues avec Saint-Huruge.
Jeunes gens, — Diaprés plusieurs renseignements assez préds, iiy a lieu de croire qu'ils feront du bruit ce soir an théAtre des Italiens à Toccasion du départ des acteurs Gavaudon [et] EUevîon. Ils doifettt s*y porter en foule pour empêcher le départ non seulement de ces deux acteurs, mais encore celui des autres jeunes gens. Le mouvement, imprimé d'abord à ce théâtre, doit se communiquer aux Cftfiés du Palais-Égalité et se propager de là dans tout Paris. Si ce projet vient à échouer, il est question de se rassembler à quelques lieues de Paris, de gagner la troupe, de cerner le Directoire et mettre en arrestation le Corps législatif, à l'exception du nouveau tiers et de quelques Anciens, tels que Boissy d'Anglas, Henr^'-Larivière, Lanjuinaîs, etc. Ils n'ont pas fait grande sensation au Vaudeville; ceux qui en remplissaient les loges parlaient entre eux de la réquisition, les uns avec assez de calme, les autres en éclatant en injures contre le gouvernement. Ce couplet : La République nous appelle^ a été assez vivement applaudi, mais du parterre seulement. On dit qu'ils ont formé des rassemblements considérables dans les différentes villes où ils ont passé et ont refusé de rejoindre Tarmée. Quelques-uns d*entre eux ont repris la natte et le costume qu'ils avaient en vendémiaire, et se promènent avec un air d audace, armés de cannes à sabre. Hier au soir, quelques-uns se sont attroupés près du café des Bains-Chinois, y sont entrés, ont insulté la maîtresse et les personnes qui s'y trouvaient. Quelques-uns des habitués du café Chrétien, sur l'avis qu'on leur en a donné, sont venus disperser ces agœsseurs, qui de là se sont portés au café Chrétien, où ils ont cassé quelques carreaux. Ils y sont revenus de nouveau ce soir et y «mt insulté quelques individus; cependant raffaire a été assoupie, mais les habitués de ce café se proposent d'en tirer vengeance.
Esprit public, — Parmi les fortunes monstrueuses qui se sont élevées depuis la Révolution, l'on cite celle des citoyens Pyot et Conceil (jeunes gens, dit-on, de la première réquisition], rue de Cléry, qui dans l'espace de dix-huit mois ont acquis deux maisons dans Paris, 100 arpents de terre à Courbevoie, une maison à Passy, une dans le faubourg du Roule, dite la Chartreuse, au prix de 7,200,000 livres; ils ont beaucoup de numéraire, des magasins d'épicerie à Marseille, Bordeaux. — Les meneurs des sections sont rentrés dans Paris, et,
1. Jouninn, dit (*oiip4^tr*te. n'existait plii9 alors. W s agissait d'un autre Jour-; dan. Voir plus haut. p. .m1, ot. plus loio, le rapport au ministre du 13 nivùse an IV.
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si le gouvernement n'y prend garde, bientôt le royalisme relèvera la tête. — Les malveillants ne cessent de répéter que nos armées, celle du Rhin surtout, sont entièrement désorganisées par la misère qui y règne; qu'une colonne entière de cette dernière a déserté; que plus de quatre mille jeunes gens de Lyon ont pris Jes armes pour se soustraire à la réquisition; qu'il y a des rassemblements dans la forêt de Mormal ; que l'armée de la Moselle a été battue, et que Tennemi s'avance sur Metz; qu'enfin c'est pour s'occuper de tous ces désastres que les Cinq-Cents se sont formés en conseil secret. — On dit partout qu'il n'y aura pas de pain dans Paris avant le mois d'avril prochain. — Plusieurs députés royalistes disaient, dans une Société, qu'ils avaient entendu certains de leurs collègues, partisans des Jacobins, manifester Tintention de faire incarcérer les riches comme suspects, pour en avoir ensuite de l'argent en leur rendant la liberté ; ils ont ajouté que les auteurs de ce projet avaient soutenu qu'il était indispensable. — Parmi les nouvelles figures que Ton voit errer dans Paris, on distingue le nommé Montagnac *, parent du duc du Chàtelet. Cet individu était absent de Paris depuis longtemps ; il loge hôtel de France, rue Bourbon-Villeneuve.
(Arch. nat., F * «^ IIÏ, Seine, 18.)
Journaux.
Gazotie française du 3 nivôse : « La liberté de la presse, si cruellement oulrajçée dans ces derniers temps, vient d'iHre solennellement consacrée par le tribunal de police correctionnelle. Le citoyen Lebois, sous le nom duquel se publie VAmi du peuple, avait été cité à ce tribunal pour y répondre sur quelques faits que l'on disait controuvés ; il a fourni les preuves de ce qu'il avait avancé, et, sur les conclusions du commissaire du pouvoir exécutif, il a Hé mis hors de cause et de procès. » — Censeur des Journaux du 4 nivôse : « Dos polissons jetaient avant-hier des pétards à travers les jambes et à la isçiire des promeneurs du Palais-Royal. Les sentinelles voyaient ce jeu et ne lisaient rien. Un citoyen, moins endurant que les autres, se fit justice au déaut de la justice publique ; il tomba à coups de canne sur les espiègles artiîriers, et le jeu finit. »