‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 96 sur 141 · DXVI · texte numérisé non relu

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Rapport du bureau central du 4 xivose

Esprit public, — Suivant les rapports de ce jour, Paris a joui hier, la nuit et le jour, de la plus parfaite tranquillité. L'aspect de cette grande cité n*a offert que très peu de différence dans Tesprit public, dont les résultats sont toujours déterminés par la cohérence ($k) d'opinions qu'adoptent les partis opposés. Mais ce qui ne varie pan, c'est le mécontentement presque universel, occasionné par la misère la plus fâcheuse, l'excessive cherté des denrées, ainsi que par le discrédit presque total des assignats; effets terribles de Tàpreté et de la hardiesse des agioteurs qui, de plus, semblent se jouer d'une manière atroce du sort de l'humanité souffrante. Voici ce que nous disent à cet égard plusieurs inspecteurs. Le premier déclare que Paris est toujours dans la même agitation, que les plaintes du public sont habituelles contre le gouvernement, qui, dit-on, ne fait pas exécuter les lois contre les agioteurs et les marchands, dont la plupart refusent les assignats. Le même ins^peeteur nous annonce encore avoir entendu beaucoup de mauvais propos contre la Légion de police, pour raison de quoi ou se réjouissait de leur (sic) départ. — Un second, en parlant de ragitalion des esprits, rapporte que Ton murmure très amèrement dans le public de l'inégalité de la répartition du pain chez les boulangers. Dans quelques sections on en dcmne une hvre par télé, et dans d'autres on est toujours réduit aux trois quarterons. Un troisième agent dit que le peuple voit avec la plus grande indignation que le pain exposé et vendu sur les places à un prix énorme n'est autre chose que du pain de section. — Un quatrième annonce avoir appris, «l'une personne qui [)araît mériter assez de confiance, que des Jacobins et royalistes se rassemblent dans le faubourg Antoine, à TefTet d'exciter, au premier moment, uu soulèvement à la faveur duquel le peupl*^ demandera un roi. — Par un cinquième enthi il est dit que le bruit court dans une petite partie du public que nous touclions à l'instant d'un grand mouvement provoqué par les mécontents. Il ajoute que des plaisants disaient hier, par gaité de caractère, que, si on voulait conserver la République, il est temps de la marier avec la paix.

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Cafés. — La majeure partie de nos inspecteurs, en nous rapportant que la nouvelle de la victoire éclatante remportée par nos troupes sur les bords du Rhin contre les Autrichiens circulait hier dans les cafés, s'accréditait beaucoup dans le public et répandait la joie la plus vive dans le cœur des bons citoyens, nous apprennent en même temps qu'elle a été contredite par les malveillants, qui cherchent au contraire à propager le bruit d'une défaite considérable de nos armées, et qui, par dérision, lorsqu'on leur parle de la jonction de Jourdan et de Pichegru, font la comparaison de Cartouche et Mandrin. — L'emprunt forcé faisait aussi le sujet des conversations. D'une part, on applaudissait aux mesures vigoureuses prises par le gouvernement pour Texécution de celte loi. De Tautre, on disait qu'il eût mieux valu hypothéquer les assignats sur les biens nationaux, et même sur les patrimoniaux, que de cette manière on aurait attaché les riches au succès de la Révolution, au lieu que la voie de l'emprunt forcé les en éloignait de plus en plus. On s'étonnait encore, dans quelques cafés, de l'insouciance du gouvernement sur le sort des pauvres rentiers; quelques particuliers s'écriaient aussi contre la cupidité des marchands, qui suivent bien la progression du numéraire pour augmenter leurs marchandises, mais qui ne tiennent aucun compte de la baisse pour en diminuer le prix.

Spectacles. — ... Un inspecteur rapporte qu'au foyer du théâtre de la rue Feydeau, il a remarqué huit jeunes gens qui prenaient des glaces et leur a entendu dire : « Dépensons nos chiffons; aussi bien nous allons partir. » A quoi l'un dit : « Oui, nous nous rendons à l'armée, mais à laquelle? » Et qu'un second ajouta : a Avec nos amis de la Vendée. Nous saurons là tout au moins pour quelle cause nous combattrons. »

Surveillance. — ... Deux militaires de la Légion de police ont volé cette nuit, rue Helvétius, environ 200 livres de fer. Ils ont été conduits ce matin chez le commissaire de police de la section de la Butte-des-Moulins. Le peuple, en les voyant passer, disait : « Voilà de ces coquins que Ton nous met pour garder nos propriétés; ce sont eux-mêmes qui volent et pillent partout. »... Aucune église n'a été ouverte ; quelques femmes se sont présentées dans divers endroits aux portes deséglisesy croyant qu'on y célébrerait la messe de minuit; la plupart se retiraient paisiblement, voyant les portes fermées. On n'a remarqué de rassemblement et de mécontentement qu'à la porte de l'église Sainte-Marguerite, oii les femmes se plaignaient qu'on empêchait l'exercice de leur culte

Halle aux grains. — La farine est augmentée de prix, elle se vend Tome H. 36

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20,000 livres le sac, et 53, 55, 57, 58 et 60 francs la livre en détail.

Halles. — Elles étaient assez bien approvisionnées; il y avait même une assez grande quantité de pommes de terre. Elles se sont vendues 140 livres le boisseau les blanches, et 200 livres au plus les rouges.

HOUDETER.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 18.)

Extrait des rapports particuliers.

Les matines de Noël s'officient à grand chœur à Saint-Gennainl'Auxerrois ; les portes de l'église sont ouvertes. Il y a beaucoup de monde . . .

Houdetkr.

(Arch. nat., F» « III, Seine, 18.)

Rapport du bureau de surveillance.

Mœurs et opinions. — • . • Au faubourg Antoine, des citoyens, s*entretenant sur la reddition des fusils que Ton devait effectuer pour les engager à monter leur garde, dirent qu'ils ne les recevraient pas, attendu qu*ils étaient décidés à ne plus monter la garde, n'ayant point de pain et ne pouvant se fournir de subsistances. — Hier, dans un cabaret de la cour Saint-GuilJaume, rue de la Loi, des parliculicR s'entretenaient sur Tagiotagc et des moyens qu'il conviendrait d'employer pour donner de la valeur aux assignats; l'un dit qu'il faudrait prendre * une douzaine d'agioteurs du Palais-Egalité. Un autre dit que c'était par ceux qui gouvernent qu'il fallait commencer, et que, pour cela, il fallait les prendre (sic) depuis la tête Jusqu'à la queue, parce que c'était eux tous qui avaient laissé avilir et discréditer les assignats au point où ils étaient, qu'ils n'avaient d'autre parti à prendre que de «lettre la clé sous la porte, et de dire : « Nous sommes bêtes et coquins, nous ne pouvons plus rien » ; qu'alors un seul mettrait ordre à tout. On n'a pu arrêter la teneur de propos aussi outrageants. L'observateur qui l'a entendu était seul, et lui, bien accompagné de gens qui applaudissaient à ce qu'il disait; mais il est signalé, et on est activement à sa recherche. . .

Surveillance. — Les soldats de la Légion de police, qui étaient

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