‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 97 sur 141 · Pcut-C'lre faut-il lire pendre · texte numérisé non relu

Pcut-C'lre faut-il lire pendre

\ DIRECTOIRE EXÉCUTIF [24 décembre 1795]

lernés rues de Lourcine et Mouffetard, sont partis hier de Paris, iir se rendre, dit-on, à Versailles.

Hannocque-Guérin, Houdeyer.

(Arch. nat., F » « III, Seine, 18, et AF iv, 1472.)

Rapport présenté au ministre de l'intérieur.

Les vols se multiplient dans Paris et les environs. En plein jour, e cuisinière changeait à la Halle un assignat de 1,000 livres, pour payer 50; comme elle remettait l'échange dans son portefeuille, coupeur de bourses le lui arrache de la main et s'évade dans la lie. Au même instant, une autre marchandait une carpe, en argent ; e présente une pièce de 6 livres à la marchande : un fripon saisit eu et s'évade de même. Dans les campagnes, des brigands observent 3 gens qui portent du grain aux moulins et se mettent en embuscade ur prendre leur farine au retour. Une femme a été volée de cette mière, en sortant d'un moulin près de Créteil. Ces vols ont été nonces plusieurs fois; il n'en sont pas moins fréquents; on y liappe rarement, même en prenant des chemins détournés pour k'enir chez soi. Rien de plus rare que de rencontrer des gendarmes soir sur la grande route; jamais on n'en voit sur celles de traverse; pendant ils font viser leurs feuilles dans les communes; mais ils .musent dans tous les cabarets, ils galopent ensuite à toute bride ur regagner le temps perdu. En général, le service de la gendar- 3rie et des subalternes de la police se fait d'une manière assez uivoque. La terreur se répand dans les cantons voisins; les rôdeurs, nt on a déjà eu l'occasion de parler, continuent d'aller de maison maison, de ferme en ferme, sous le prétexte d'échanger des effets ntre du pain ; ils menacent hautement d'une incursion prochaine t la part des environs et des habitants des faubourgs de Paris. On i a vu marquant des maisons et faisant des listes. Est-ce un épou- .ntail pour se faire donner du grain à un prix raisonnable, ou bien trame-t-il quelque nouvelle machination? C'est sur quoi l'on n'a ûnt encore des données certaines. Cependant tout indique la néces- :é d'une surveillance active.

Les jeunes gens de la première réquisition, qui cherchent à éluder exécution de la lui, font courir le bruit qu'on veut les éloigner de urs familles, afin de ne point trouver d'obstacle à une opération ojetée sur les denrées et marchandises. On ajoute que les soldats ntonnés à Choisy et autres lieux circonvoisins ont reçu l'ordre de

se porter dans les communes, aussitôt qu'il n'y aura plus de jeunes gens pour enlever les grains. Ce bruit redouble l'activité des délenteurs à employer toutes les ruses pour dérober leurs denrées à la recherche. C'est surtout dans les environs de Versailles qu'on annonce que la troupe se portera d'abord. On parle aussi de placer en garnison chez les fermiers les Vétérans et les Invalides pour les espionner. Cette mesure a, dit-on, eu le plus grand succès aux environs de Lille pour forcer les fermiers à approvisionner les marchés.

D'un autre côté, les sacerdociens (sic), qui enragent des mesures prises pour assurer l'exécution de la loi contrôles prêtres réfraclaires, disséminent les contes les plus ridicules et les plus absurdes pour corrompre l'esprit public, qui est excessivement mauvais. Selon eux, le Directoire a sollicité un Comité général secret pour aviser aux moyens les plus efficaces de faire fermer les temples et d'empêcher de dire la messe. Le procès de Cormatin a été terminé par une pétarade, afin de ramener l'esprit des soldats envoyés dans la Vendée, lesquels, convaincus aujourd'hui qu'on les avait engagés dans la mauvaise cause, sont prêts à tourner casaque et à faire l'acquit de leur conscience. La déportation prononcée est une chose de con^ vention pour endormir tous les partis, niais Cormatin ne tardera pas k reparaître comme Cambon, Vadier, Pache et autres, et le ciel, qui évidemment le protège, le reproduira triomphant. Enfin on termine toutes ces extravagances par dire que deux commissaires ou députés, chargés d'accompagner la fille de Capet jusqu'à Bàle, ont essayé de la violer en route. Toutes ces absurdités, appuyées de la monstrueuse licence que Ton tolère chez les écrivains périodiques et pamphlétaires, de ces placards dégoiltants dont les murs de Paris sont tapissés, lels que celui contre Cadroy, adressé déhontement aux héros des 2 el 3 septembre, n'indiquent que trop un parti dispersé qui veut, à quelque prix que ce soit, se relever, vaincre ou périr.

Toujours et puis toujours de la chair de cheval pour fournir aux queues qui s'étendront bientôt depuis la voirie d'Ivry jusqu'à la barrirre de l'Hôpital; l'équarrisseur est obligé d'acheter de vieux chevaux hors de service. 11 les paie 450 et 200 livres au plus. Au dernier marché de Longjumeau, il a été acheté un très grand nombre pour cette destination; mais, comme c'est de la viande fraîche tuée Hsprès, ce n'est pas 10 livres, mais ^0 et 25 qu'il la vend la livre. Une nuée de femmes, la hotte sur le dos, demandèrent ces jours «lerniers à un boucher, qui conduisait une voiture de viande à Paris, ♦H qu't'lles croyaient être du cheval, s'il voulait leur céder sa cargaison à \\ Iivre> au-dessus du cours du jour. Ces femmes se lamentaient

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d'être arrivées trop tard et d'être obligées de s'en retourner la hotte vide.

Rapport du bureau central du 5 nivôse.

Esprit public. — Pendant la journée d'hier, la tranquillité de Paris n'a été troublée par aucun événement digne de remarque. Les rapports de la surveillance de ce jour nous donnent à connaître que Tesprit public s'attiédit. Les causes que tout homme raisonnable peut assigner à cette oscillation populaire sont toujours les mêmes que celles consignées depuis longtemps dans notre rapport journalier, telles que : les promesses toujours illusoires d'un soulagement prochain, la durée d'une guerre sanglante et interminable, la prolongation d'une misère qui n'a point d'exemple, le renchérissement excessif de toutes choses, la presque nullité du papier-monnaie, la cupidité mercantile et enfm le brigandage des affameurs du peuple, connus sous le nom d'agioteurs, qui jouent, d'une manière aussi scandaleuse, à la hausse et à la baisse, la fortune et la vie même de leurs semblables. Tous ces fléaux accumulés fatiguent le public à l'excès, lui font perdre tout à la fois patience, courage et confiance et provoquent sans relâche ses plaintes ainsi que ses murmures. En ajoutant à des circonstances aussi difficiles les intentions perfides des malveillants de toute espèce, toujours habiles à profiter des occasions favorables à leur système désorganisateur, on aura la juste mesure du mal présent et du remède efficace et prompt nécessité par l'urgence des conjonctures. Du pain, plus d'aisance, voilà les moyens qu'il faut mettre en œuvre pour consolider la République, contribuer au bonheur du peuple, ressusciter ses heureuses dispositions et les seules propres à anéantir sans retour tout projet liberticide.

Culte catholique. — Hier, fête de Noël, il y a eu grande aiïïuence de monde dans les édifices destinés au culte, dont les cérémonies se sont faites avec décence; il ne s'y est rien passé de contraire aux principes adoptés par le gouvernement.

Groupes. — Un inspecteur rapporte que beaucoup de jeunes gens cherchent à se soustraire à la réquisition et persistent à ne pas partir.

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Un autre déclare que Topinion royaliste gagne dans les halles et marchés jusqu'aux femmes, qui ne ménagent pas les épithëtes les plus sanglantes contre le gouvernement actuel, en affectant de le confondre avec celui de la Convention. Un troisième expose qu'il lui arrive de rencontrer fréquemment une assez grande quantité d'hommes dont les principes politiques lui ont toujours paru suspects, couverts de houppelandes sur les épaules, à laquelle [$ie) se trouve un petit liséré blanc. 11 ajoute qu'il ne fait cette observation que parce que, jusqu'alors, il n'en a encore vu qu'à ces sortes d*lndividus.

Cafés. — Il n'était bruit hier que de l'affaire importante que Ton assure s'être passée sur les bords du Rhin. Tous les bons patriotes, en vue d'une paix tant désirée, désirent que cette nouvelle heureuse des avantages obtenus par les armes de la République puisse se confirmer, mais le public s'étonne que le Directoire exécutif n'en ait pas encore fait part oflîciellement; ce retard jette des doutes sur cette victoire, qui, dit-on, si elle a eu lieu, doit avoir été très meurtrière.

Spectacles. — ... Le public se plaint toujours qu'on délivre aux bureaux plus de billets qu'il n'y a de places et trouve très mauvais que nombre de personnes accaparent les billets, qu'ils revendent i un prix exorbitant. Un inspecteur observe qu'il y a lieu de penser que les sujets qui composent la Légion de police, et principalement la cavalerie, ne sont pas bons républicains ; il rapporte à cet égard avoir entendu deux de ces soldats, au théâtre du Vaudeville, dire que, si les jeunes gens faisaient bien, ils ne partiraient pas

Balle aux farines. — Il s'y est présenté peu d'acheteurs, et tout y est encore de beaucoup augmenté

Marchés. — Us étaient très peu approvisionnés

Agiotage. — Des inspecteurs s'étant rendus chez le juge de paix de la section de la Réunion, afin de concerter avec lui les moyens à prendre pour empêcher l'agiotage qui se fait dans les cafés de la rue Martin, cet officier public leur a dit que ces cafés devaient être considérés comme la place de commerce des juifs, qui se rendent habituellement dans ces endroits

HOUDEYER.

p. s. — Le Bureau central a fait deux arrestations d'individus présumés émigrés ; le premier se nomme Perouse; il est présentenaent à la chambre d'arrêts ; et le second est Mathieu Montmorency, qui vient d'être conduit devant le juge de paix de la section de l'Ouest. Ce dernier était déjà surveillé de près.

(Arch. nat., F «cm. seine, 18.)

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Extrait d'un rapport particulier, du 4 au 5 nivôse.

On s'est beaucoup entretenu hier, au café Conti, de la grande affaire du Rhin : quelques-uns prétendaient que soixante mille hommes des nôtres étaient restés sur le champ de bataille. Cette nouvelle fut démentie dans un café voisin du Théâtre-Français par deux Américains, qui disaient sortir de chez le ministre de Finlérieur. Ils annoncèrent que les nouvelles officielles portaient qu'ont 'était battu pendant trentesix heures, que Tennemi avait perdu vingt-cinq mille hommes, et que nous, avec une perte infiniment moindre, nous étions restés maîtres du champ de bataille. Ce rapport des Américains n'a persuadé personne. — La hausse du louis est attribuée à Tachât qu'en a fait faire le gouvernement, le 2 et 3 du courant. On prétend que le gouvernement fait acheter partout du numéraire, attendu que les fournisseurs des armées ne veulent plus d'assignats. On crie beaucoup contre ces fournisseurs ; on leur reproche des dépenses scandaleuses, notamment au juif Mayer, qui, dit-on, donne souvent à manger à des députés et à de^ ministres. On assure qu'un repas donné par lui à dix personnes^ il y a quelques jours, a coûté 300,000 livres. — Les soldats de la Légion de police se plaignent de ce que le gouvernement les trompe en les envoyant à l'armée sous prétexte de les faire sortir de Paris pour protéger l'arrivage des farines et contraindre au paiement de l'emprunt forcé. — On prétend que le gouvernement a des vues particulières en n'empêchant pas les rassemblements très nombreux, soit des Jacobins ou autres, dont on assure qu'il est bien informé. . .

HOUDEYER.

(Arcb. nat., F»«III, Seine, 18.)

Rapport du bureau de surveillance.

Mœurs et opinions, — Quelques volontaires, passant hier à midi rue de La Harpe, disaient : « On nous fait partir pour les armées ; mais, quand nous y serons, nous passerons de l'autre côté. » Quelques personnes, entendant ces propos, répondirent : « Vous ferezfort bien.» — On dit^sur la section du Théâtre-Français, que les membres du Directoire exécutif sont bien éloignés d'être d'accord entre eux, qu'ils passent toute la journée à se disputer, plutôt que de s'occuper du bonheur du peuple. (Ceux qui tiennent ce propos sont connus par leur incivisme.) — La résolution prise hier de n'admettre les assignats dans l'emprunt forcé que jusqu'au 15 nivôse a fait le sujet de Tentretien de tous les

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groupes ; celle mesure rehausse l'e^pérarice des amis» de la République; il« s'accrtriienl Ions <i liirc qu'ello doit produire le meilleur effet ; le* ma Ivei liante n'ostnt émettre leur opinion. — Il &e répand plnxieuri) bruits, relativement au dApart d«s troupes; les uns dinenl que eu déport est le prélude du rapport de la loi relative auïi parenl^ d'émisrés, et ()ue ce rapport doit avoir lieu cef jours-cî. D'autres prétendent i[ue la troupe, gagnée par les royalistes, devait opérer le maj*- «acro de tons les pstriolri^, et que c'est pour déjouer ce complot que le gouvernement l'a fait partir. Les jeunes gens de première réquisition disent que mainleuanl on ne les contraindra plus de rejoindre. IjCB royalistes, la joie pointu sur le visage, se croient à la veille d'élir réarmés.

[Commerce. — On w plaint des mnmliands de pain, qui vendent à faux poid», cl d^* lioulani;i'rs qui ont loitjours du pain de resLc et n'en rendent aucun coniple. — Virifi jiiihli/iw. — t)n se plaint d'une malproprelr affreuse de*

ruL-'. <■ Janiiii* l'iiris n'ii i^ii'- >t«ns un tel éUl de saleté qu'il est ci-l liivi-r. " I

HntlDEÏEB.

lArrh, nat , F'-irt. Sdiit. ISj

HAPPOKT PHKSKNTÉ au NINISTHE DB L'iUTÉHIELB.

Café Chrétien. — La société y était nombreuse ; on y a parlé de la nomination du ministre de Paris < ; les uns ont^ assuré que ce serait Thuriol ; les autres, un montagnard pris dans les Cinq-Cents ; mais tous ont conclu que, si ce n'était pas un patriote(à leur manière], on ferait encore une fausse démarche. On y a annoncé comme certain que le Directoire allait ordonner des visites domiciliaires pour découvrir les accapareurs. Plusieurs d'entre eux se sont vantés d'avoir la confiance du Directoire et de parvenir bienti>t à faire remettre la terreur à l'ordre du jour; le nommé Baudrais surtout a été cité comme y ayant un grand crédit. Ils doivent faire une nouvelle adresse au peuple.

Spectacles. — Dans celui du Vaudeville, il s'est formé un groupe au parquet, où l'on a jeté feu et flammes contre les terroristes, que l'on a dit être soutenus du Directoire, puisqu'il n'arrêtait pas leurs projets de sédition et de révolte, qu'il ne pouvait ignorer. On s'est mutuellement invité à porter des armes, puisque ces coquins s'armaient déjà. Un y a applaudi avec fureur tout ce qui frappait sur le régime de la terreur. Dans celui des Italiens, les fréquents éloges aux républi-

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