‹ Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à ParisChapitre 98 sur 141 · Il »«Kit >ant doute du ministre de la police · texte numérisé non relu

Il »«Kit >ant doute du ministre de la police

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cains, qui se trouvaient dans la pièce, ont été reçus très froidement du public. Un soldat de la Légion de police, caserne rue Verte, faubourg Honoré, qui a fait la campagne de la Hollande Thiver dernier, se trouvait au parterre ; il a tenu les propos les plus inciviques, prêché le discrédit des assignats, blâmé les législateurs, et conseillé à quelquesjeunes gens, qui se trouvaient à côté de lui, de passer à Tennemi, sitôt qu'ils seraient à Tarmée.

Jeunes gens. — Leur départ fait toujours la matière des conversations privées et publiques; ils paraissent s'obstiner à ne vouloir point partir. L'on n'en rencontre presque plus dans les promenades et les spectacles ; on dit que beaucoup d'entre eux, à l'aide de faux extraits de naissance, ont obtenu des passeports pour les pays étrangers. La classe indigente murmure de ce que beaucoup de jeunes gens riches obtiennent des dispenses, conservent leurs places dans les différentes administrations, et cela par la protection des députés sollicités par des femmes. Enfin, les royalistes espèrent qu'il y aura un soulèvement, lorsque Ton publiera la loi pour leur départ.

Esprit public, — La fermeture de la Bourse avait fait plaisir à bien du monde, et surtout à ce qu'on appelle le peuple; mais, en voyant les agioteurs remplir les allées du Palais-Égalité et continuer leurs brigandages, en voyant la loi de la police, qui défend de s'assembler plus de quatre personnes pour traiter d'affaires, méprisée et foulée aux pieds, il n'est personne qui ne blâme la police d'avoir rendu une ordonnance qu'elle ne pouvait faire exécuter, et qui ne désire T ouverture de la Bourse, car Ton préfère l'agiotage légal à ce brigandage. — L'on parle partout du combat qui s'est livré sur le Rhin, mais les versions sont différentes selon les différentes opinions de ceux qui en parlent. Le bruit s'est répandu au faubourg Marceau que les Autrichiens étaient à Metz, et que les Chouans avançaient à grands pas. Les citoyens peu éclairés, qui composent la masse de ce faubourg, croient tout perdu. Ils se rappellent le temps de Robespierre, où la République était triomphante et où Ton vivait à un prix modéré ; ils comparent ce temps avec le temps présent, et le gouvernement ne gagne pas au parallèle ; mais, si on donnait une plus forte ration de pain à ce peuple vraiment malheureux, les bénédictions succéderaient aux murmures. — La nouvelle du brisement de la planche aux assignats y a produit un bon effet. — Des citoyens, venant de Marseille et autres villes du midi, se plaignaient amèrement des horreurs commises dernièrement sur les patriotes de ces contrées, et en accusaient Cadroy et Chaudron-Roussau. — Les malveillants vont répétant partout que l'on va démonétiser les assignats ; ils choisissent surtout les

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quartiers populeux pour répandre ces fausses nouvelles. — Les vob et les escroqueries se multiplient sans nombre ; Paris est devenu le refuge de tous les brigands des départements. L*on est scandalisé^ en traversant les Tuileries le soir, du côté de Teau, du libertinage et de la licence qui y régnent entre les soldats et les fllles publiques. — Il y a tous les jours un grand rassemblement au café Vacelet, me Montmartre ; on y tient les propos les plus séditieux, et Ton y manifeste les intentions les plus contre-révolutionnaires. — Le ministre Charles Delacroix est devenu, dit-on, un royaliste outré; on va le destituer pour mettre à sa place un terroriste. — - Beaucoup de personnes désireraient que le gouvernement provoquât, au moins par dessous main, la dénonciation des riches agioteurs et des sangsues du peuple, pour les faire contribuer. — • Les prêtres réfractaires, ceux surtout de la rue Pot-de-Fer, ont dit la messe cette nuit dans plusieurs maisons de royalistes, et le réveillon s'en est suivi. — Le louis, qui était ce matin à 4,200 livres, est ce soir à 5,400. — - Le nommé BoquiUon, dont il a été plusieurs fois question dans cette feuille, est un des douze coid* missaires que le pouvoir exécutif a nommés pour surveiller Paris ; il est chargé des sections du Roule, des Ghamps-Éljrsées, des ToilerieB et des Gardes-Françaises. Beauvallon, ancien garde du corps, qui, jadis, a été arrêté par le Comité de sûreté générale pour fait de royalisme et pour l'avoir prêché ouvertement dans les cafés, est son secrélaire. — On fait courir le bruit que les jeunes gens se rassemblent dans la vallée de Montmorency, mais personne n*y veut croire.

(Arch. nat.. F » « III, Seine, 18.)

Journaux.

•Journal drs Hommes libres, p. 231 : « Au rédacteur du Journal des Hommes libres, Paris, 4 nivôse an IV. Citoyen, je vous prie d'insérer dans votre feuille le trait suivant. Hier, mon jeune frère, âgé de quinze ans, se promenant sur le boulevard de la Madeleine, aperçut une affiche que plusieurs messieurs lisaient. Après Tavoir considérée, il Tarracha avec indignation. Celle affiche était ainsi conçue :

LA LOI rX ROI RKPrBLlQlK A VENDRE, A BAS PRIX

en numéraire s'adresser aux saints sires.

Les ?n(îwi>Mr5 furent fort surpris; et, lui ayant demandé pourquoi il agissait ainsi : « Il n'y a que des Chouans, leur dit le jeune républicain, qui puissent « lire cela sans l'arracher, » Ils l'auraient maltraité sans quelques volontaires

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nationaux qui, par leur approche, firent lâcher le pied à ces messieurs, — Salut, M... .T fils. »

Rapport du bureau central du 6 nivôse.

Esprit public. — Continuité du calme à Paris pendant la journée d*hier. Comme les rapports de la surveillance ne nous apprennent rien de bien nouveau sur l'opinion publique, et que les inspecteurs nous y retracent sans cesse le détail des misères et des calamités qui pèsent sur le peuple, nous pensons devoir nous référer aux observations préliminaires énoncées dans notre feuille précédente. En conséquence, nous nous bornerons aujourd'hui h observer que la plupart des citoyens des deux sexes qui se rassemblent aux portes des boulangers sur les places et dans les rues, devenus depuis longtemps très insouciants sur les objets politiques, se contentent à présent de vaquer à leurs affaires et de chercher en murmurant les soutiens d'une vie languissante. Au surplus, il résulte d*un rapport remis sous nos yeux que le bruit courait que la séance du 3 au Conseil des Cinq- Cents avait été très orageuse, et qu'on n'espérait pas mieux de ce Conseil que de la Convention ; qu'on louait la fermeté du Directoire et TacUvilé des ministres. Par ce même rapport, il est annoncé que des marchands forains de Versailles avaient dit que les six mille hommes cantonnés dans cette commune s'attendaient à partir au premier moment, qu'ils paraissaient en augurer que les choses vont très mal, et que les chevaux devaient [être] mis en réquisition comme au temps de la Terreur.

Cafés, — Le rapport ci-dessus nous apprend aussi que l'on disait dans un café que le gouvernement n'avait fait donner l'alerte à la Bourse que pour tàter les gens qui s'y rassemblent et en tirer partie, que Ton y accusait les membres du Directoire exécutif d'avoir les plus grandes craintes et de faire paraître beaucoup d'inquiétude^ par la manière dont ils mettent leur palais en état de défense. Ce bruit est sans doute répandu par la malveillance à l'effet de jeter un vernis odieux sur le compte des gouvernants dans l'esprit du peuple crédule et facile à séduire. L'incertitude de la nouvelle d'une victoire signalée remportée par les Français sur les Autrichiens,

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répandue ces jours derniers avec éclat, attristait hier les bons citoyens et leur donnait beaucoup d'humeur contre les journalistes qui, dans leurs feuilles, accréditent ces bruits, plutôt nuisibles, quand ils sont controuvés, qu'avantageux k la chose publique; ces mêmes patriotes prétendaient qu'en pareil cas on devait rendre les imprimeurs responsables. L'emprunt forcé faisait aussi la matière des entretiens, mais toujours avec beaucoup de dissentiment d'opinions. Quoi qu'il ep soit, il parait que les mesures prises par le gouvernement sont approuvées par le plus grand nombre d'habitués de ces cafés. On manifeste à cet égard le plus vif désir sur la nécessité des moyens à prendre pour atteindre les millionnaires de fraîche date, ainsi que les agioteurs qui pullulent plus que jamais au Jardin-Egalité

Commerce. ^^ . . .Les plaintes et les reproches qui sont dans toutes les bouches paraissent dirigés particulièrement contre les membres du Directoire. — Une femme a été trouvée mourante de besoin dans la section des Champs-Elysées. On l'a conduite au plus prochain corps de garde, et, pendant le temps qu'on a été cherché le commissaire de police, elle a expiré, quelque secours qu'on lui ait administré.

Marchés, — Ils étaient très faiblement approvisionnés ; il n*y avait pas même de pommes de terre au carreau

Agiotage. — Les marchands d'espèces se trouvaient rassemblés en groupes au Palais-Egalité et négociaient entre eux avec autant de liberté qu'à la Bourse. Le louis est monté jusqu'à 5,600

(Arch. liât., F»« III, Seine, 18.)

Mœurs et opinions. — L'on s'entretenait hier, dans différents cabarets, de la Légion de police; on est étonné de la dépense que ces militaires font partout, soit dans les cafés, chez les restaurateurs, ou autres lieux publics où ils se présentent avec des femmes prostituées, qu'on avait d'abord annoncé qu'ils étaient l'élite de la troupe, mais qu'au contraire c'était l'écume de tous les corps, que la plupart étaient des voleurs et des assassins. — On observe que beaucoup de jeunes gens reprennent la natte retroussée avec des ganses blanches au chapeau ; d'autres portent à leur chapeau rond une petite cocarde par derrière; on regarde toutes ces marques particulières comme de nouveaux signes de ralliement. — Le bruit court qu'il va y avoir sous peu une réquisition de tous les citoyens depuis dix-huit jusqu'à trente- cinq [ans] ; on dit à cette occasion : /< Il faut

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donc que nos affaires aillent bien mal sur la frontière, puisqu'on en vient à une pareille extrémité. » — Il y a eu hier du tumulte chez Nicolet : il a été occasionné par un capitaine de dragons qui, voyant en scène deux personnages avec la cocarde noire, a crié : A bas la cocarde! D'autres voix ont crié : Non, non! Ce choc d'opinions a été la cause du bruit, qui bientôt a été apaisé

HOUDEYER.

(Arch. nal., F*« III, Seine, 18.)

Rapport présenté au ministre de l'intérieur.

Dans plusieurs cafés, ceux Corazza, du Caveau et Conti, quantité d'individus qui, par leurs discours, paraissent être amis du gouvernement, se plaignaient du peu de lumières dont l'administration de police est entourée. « Si, disaient-ils, un nombre infini d'émigrés rentrent dans Paris, c'est par sa facilité à accorder des visas de passeports et par son insouciance à faire feuilleter les registres des teneurs de maisons garnies. Cette administration fait beaucoup de poussière, croit en savoir autant que Sartines, mais elle est bien loin d'avoir son génie. Sartines n'eût pas laissé échapper trois émigrés qui, il y a quelques jours, sont descendus dans la rue Saint-Dominique et sont partis après avoir ramassé tout ce qu'il y avait d'or sur la place, et du nombre desquels était un nommé Thibaudière. » D'après des renseignements qu'on s'est procurés, il y a, dans une des maisons garnies de Paris, un Anglais qui recrute des jeunes gens pour la Vendée et auxquels il donne un louis par jour ; en parcourant ces maisons, la police peut aisément le découvrir. — Un nommé Guérin, chirurgien, demeurant rue des Vieux-Augustins, n<* 23, ancien doyen des Jacobins, chargé sous l'ancien Comité de salut public, avant le 9 thermidor, de la police de Paris, se flatte, non seulement que le ministre de Paris, que Ton va nommer, culbutera celui de l'intérieur, mais encore qu'il deviendra possesseur du bureau d'esprit public de ce dernier, ayant envoyé au Directoire un plan que ses employés ont rédigé sous ses yeux.

Société du Panthéon. — On y a adopté un projet d'adresse au peuple, qui sera incessamment affichée, et qui fera le cinquième numéro de la Vérité au peuple. On y a lu une lettre dans laquelle on attribue la victoire remportée en Italie à la destitution du général Kellermann et à son remplacement par le général Scherer. Un membre a communiqué un long travail sur le moyen de terminer la guerre de la Vendée, en faisant un appel général à tous les patriotes;

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ce travail est terminé par un projet pour remettre toutes les choses de première nécessité au prix de 1790. On pense dans le public que cette Société, ainsi que celle des Quinze- Vingts, presque en entier composées d'ouvriers et d^anciens comitaires (ne), sont organisées et animées par celle de THôlel de Noailles^ à la tète de laquelle sont plusieurs membres des Cinq-Cents, qui se proposent d'anéantir l'autre Conseil ; que le bal qui se donne chez Cardinaux n*est qa*un prétexte pour attirer du monde et faire des prosélytes ; qu*enfin cette Société se propose de faire placer dans les départements les patriotes trop connus à Paris, et à Paris ceux trop connus dans les départements.

Café Chrétien. — La dénonciation faite contre Rovère par Y Ami du peuple et le triomphe que ce rédacteur a paru remporter sur Cadroy donnent l'espérance aux habitués de ce café de voir dénoncer tour à tour les députés qu^ils haïssent (les thermidoriens) et chasser des deux Conseils tous ceux qui ne sont pas de leur clique. Alors ils s*attendent à un mouvement qui fera rentrer provisoirement les députés Jacobins expulsés, et cette époque ne leur pandt pas éloignée. S'ils ne parviennent pas à organiser une insurrection qui puisse tourner sur-le-champ en leur faveur, ils se proposent de soulever sous main les royalistes, a6n de profiter alors des mesures que le gouvernement sera forcé de prendre. — On y a lu une lettre d'une commune des environs de Chantilly, qui annonce que les patriotes commencent à y reprendre Je dessus et qu'ils demandent des instructions pour établir une Société à Tinstar de celle du Panthéon. Cette lettre a causé la joie la plus vive et a déterminé plusieurs des sociétaires aisés à parcourir les départements pour faire des prosélytes. La femme de Sijas court, intrigue, s'agite, prêche les ouvriers, et veut absolument venger la mort de son mari. Ces hommes ne cessent de se plaindre de ce que les bureaux du gouvernement ne sont remplis que de seclionnaires royalistes et d'anti-patriotes.

Esprit public. — Job Aymé trouve l>eaucoup de partisans ; on dit que le Conseil des Cinq-Cents se conduit on ne peut plus mal envers le nouveau tiers, qui ne tardera pas à être mis dans les fers. On s'attend toujours à une secousse. Un Nantais assurait, au café Italien, que c'était San terre qui avait fait passer des armes aux rebelles de la Vendée, et que Ton ne concevait pas, dans le pays, comment on avait pu remettre cet homme en liberté. On y espère les plus heureux effets de l'emprunt forcé ; mais on voudrait, après son recouvrement, que Ton rapportât le décret qui déclare l'argent marchandise, et qu'on ne laissât en circulation que les assignats de 23 jusqu'à 500 livres. Ce sont surtout les fermiers que l'on voudrait voir

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fortement imposés. — Le bruit court que le général Pichegru est dans ce moment à Paris incognito, et qu'il est venu demander au Directoire cinquante mille hommes et cent millions en numéraire. — L'on prétend que les agioteurs de Paris ont envoyé dans les principales villes de commerce des hommes pour y faire monter le louis à 10,000 livres. Le louis s'est couché à 5,600. — Les vols se multiplient d^une manière effrayante : la maison du ministre des États-Unis, à la barrière de Clichy, vient d'être pillée. Malgré les recherches des agents chargés de reconnaître les jeunes gens, il en échappe beaucoup à leur surveillance. Plusieurs d'entre eux se procurent des assignats des Chouans, à tout prix, pour se jeter chez eux, lorsqu'ils sortiront de Paris. Quelques-uns, se trouvant à l'Opéra, où il est survenu une dispute, et croyant que ce spectacle était cerné, ont employé tout leur courage à chercher les moyens de se cacher sous les banquettes et dans les loges. On dit que leur départ occasionne beaucoup de fermentation dans la Beauce, et que l'on y force de partir jusqu'à des hommes mariés de trente-cinq à quarante ans *.

(Arch. nat., F»c ni, Seine, 18.)

Gardien de la Comtilulion du 5 nivôse : « On dit que le Directoire exécutif vient d'établir un bureau pour la surveillance des papiers périodiques ; que ce bureau est à la maison de Croy, rue du Regard, n® 4, qu'il est composé de cinq commis, qui occupent à eux seuls toute la maison, dans laquelle il existe pour plus de dix millions de dorures et de glaces, et qu'enfin ces glaces seraient bien mieux employées à l'achat des subsistances qu'à orner un bureau de censure. »

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