PROJBT DB FONDATION DE C0NPKRBNCR8 DB DROIT
A COHBEIL (an XI).
Avx eitoyent Maire et AijakUt de la commune
de CorbeiL
C1TOYBN8 Maoistrats,
L'espèce de révolution qu'éprouve la jurisprudence par la formation d'un code qui va réi^ir uniformément Tune des plus belles et des plus riches nations du monde, présente aux jurisconsultes les plus distingués des sujets de méditation que jusqu'alors quelques-uns d*entr'euz n'avaient pas encore conçus.
Elle ouvre également aux jeunes gens dont la vocation est consacrée ;i l'iMude du nouveau droit françois une carrière aussi vaste que belle, dans laquelle on ne pourroit faire de rapides progrès qu'en s'j livrant constamment et sans relâche.
Quoique jeunes encore, Texpérience que nous avons acquise depuis que nous nous sommes consacrés à nos premières études, nous a démontré que le meilleur moj^en de s'instruire étoit celui de se stimuler en s'adjoignant pour coliaborateurs de jounes camarades dont l'amour et de désir de s'instruire nous sont parfaitement connus.
C'est dans cette position. Citoyens magistrats, que pénétrés de l'importance attachée aux fonctions que remplissent si dignement les personnes de qui nous
2S2 APPSIfDICS.
tenons les élémens de la science à laquelle nous nous vouons ; qu'animés du désir de nous rendre à TaTenir aussi utiles à nos concitoyens qu*à nous mêmes;
qu'inspirés par rumour d'un travail qui nous promet pour récoropen«îe les prog^rés que chacun <!•' nous pourra faire dans l'établissement que nous tltf.suuus former, que nous vous prions de nous permettre de nous rassembler certains jours de la semaine, à l'exception toutes fois des dimanches et fêtes, afin de nous livrer à Tétude des lois qui régissent et régiront Tordre soeial, à une étude enfin qui peut nous rendre un jour dignes de nos contemporains.
Dans l'espoir que notre société, quoique peu nombreuse, pourra nous honorer de votre intérêt en y observant toute la décence et l'honnêteté qui sont indispensablement nécessaires nous implorons votre protection, même votre surveillance, si vous le jugez convenable ; elles en seront le principal soutien.
Faisant droit à notre demande, Citoyens magistrats, vous trouverez en nous des cœurs qui vous seront aussi reconnoissans qu'ils vous sont dévoués.
A Corbeil,le seize Floréal an onze.
MALLGT, SALMON, Clerc du C. Randoim. Clerc du C. Dan court.
COURS PB JURISPEUnBNCB
4 Prairial an 11. Nous, Maire de la ville de Corbeil, sur la pétition à
APPKTDICB. SOd
nous présenter parles citoyens .Salmm, flemeiirant rhés le citoyen Dancourt, avoué près le tribunal de cot arrondissement, et Maliet, demeurant chés le citoyen Randonin, notaire en cette ville, par laquelle ils nons témoignent le désir qn'ils ont de former nn eonrs d*étode des lois et d*j réanir les Jennes gens qui voudront le suivre.
Nous ne pouvons trop encoura{?Gr une entreprise de cott€ naiure qui, en occupant essentiellement la jeunesse, la rend utile à la société en la mettant à même de se rendre arbitre dans les différeats qui peuvent naître et à secourir la classe des malheureux opprimés* Mais, avant de donner notre assentiment à un établissement aussi utile, il est de notre devoir de prendre des renseignements sur ceux qui le forment. Nous, affermi de plus en plus sur les sentiments que nous inspirent les pétitionnaires, aussi leur concours accepté, nous engagons les citoyens Salmon et Mallot à suivre 1 impulsion qui les dirige et à cet égard nous les invitons à nous faire connoître le lieu de leur séance ainsi que les jours oii elles se tiendront dans le cas où ils croiront nécessaire d'établir un mode pour leur tenue. S*ils croient que nous puissions contribuer & son exécution, nons les invitons à nons en donner les eonnoissances.
Fait et arrêté en la Mairie, ce jourd huj, quatre Prairialj an onze de la République.
Signé: BOISNEOF*.
1* Commaniqné par von oonMr» «t ami, M. Oufour (de Corbeil).
JUOBMBNT PORTÉ PAR UN ALLEMAND (lS COMTE O. DE BGHLABRBNDORP)^ BN 1804, SUR l'œUVRB DE LA
révolution et sur celle de napoléon bn fait d'instruction publique.
Le comte Oustavc de Schiabreudorf, (ailleurs SchlaberadorQ, né à Steltin, le 22 Mars 1750, fit sesétudcîi à Francrort-sur rOrîer et à Halle. A la mort dt; son orr»*, jx-rsontiage politique assez connu, il se trouva à la téle d uue grande fortune qu'il coni»acra à de* voyagea. Pendant la Révolution, il se fiia à Parie oà il s'occupa de Unguieiique et de philoiophie, prenant un grand intérêt aux événements politiques et accordant un concourt généreux à benucotip d'entreprises phil uuhropiquep. Ami des Girondins, il fut incarcère peii.laiit la Terrt-ur. ],e 9 Tiiermidor le sauva. Scblabrendorr, lixe a Pans, y otiourut en IHH.
Le curieux onvraf^e anonyme publié en 1804 soae ce titre : Napoléon Bonafmrte untt dot firantôiiseke Vofk unttr ««ittem Consulate {Bonaparte et le peuple français ^ous son Consulat) a plo écrit par Gustave de Schlabrendorf <. Tompossé à Paris (la i)ieface est datée de Priri!«>, cet ouvrage fut p-i'dié w in a Germanien » pur les soins de J.-F. Reichardt, ami de l'auteur. Lee rédacteure du Conversations 'Lexikon m*apprennent que Napoléon nlnqniéta pat O. de Schlabrendorf. J'en eonelns que le dictateur, mal servi par sa police, ne perça pas Tanonymat de Schlabrendorf et jirobablement ne connut jamais l'important ouvrage dont noua traiiuisons ci apr«''-^ 'l'v biues paires. Le jugement sévère que portait, eu l8(iÂ, uu Allemand perspicace et compétent enr l'aenvre nniverettaire de Napoléon Bonaparte, ne sera pas pour les contemporains dénué d'intérêt, j'ose dire du plus piquant intérêt. Les notes sont, les unes de Sehlabren-
' Le Conversaliom ï.p.riknn se sert de cette expression : « Das M Buch... ist wpsentlich sein Werk ■> (C onrfvsatinn^ Lf.rikon, t. XIV, l8«jô, p, .iti/j; c'est a ce recueil que j emin unto ces rensetjçnemenis eommaiies sur Schlabrendorf.
liori. Ips autrp« âe moi-même. Ce«» dernières sont distinguéet par un aâtensque. Joignez plu» haut, p. 230, note. {Le trad.)
Dès le commencement 4e la Révolution, lea Français ont été dominés par cette orgueilleuse pensée :
agir en grande Nation éclairée, depuis longtemps arrivée à une haute culture. Ils ne devaient donc prendre pour modèle aucune révolution antérieure ; pour tjpe la Constitution d'aucun autre peuple : ils devaient, an contraire, offrir leur propre Constitution en modèle à tons les siècles & venir et à tous les peuples. La Constitution anglaise gardait à leurs jeux des traces trop nombreuses de ces temps barbares pendant lesquels le régime féodal régna sur presque toute l'Europe. La Constitution américaine ne leur paraissait bonne que pour un petit peuple, nn peuple neut et très disperse qui ne pouvait demander qu'au système fédératif consistance et durée. Quant à elle, la grande Nation, la Nation civilisée par excellence, elle devait tendre vers les cimes les plus élevées que poisse gravir rbumanité et, par conséquent, constituer pour le monde entier par sa masse lumineuse nn pbare politique et moral, éclairant les deux pèles de ses rajons !
Cependant on a vu cette même Nation, en un tel début, négliger, durant les dix premières années de sa Révolution et même oublier entièrement Tinstruotion publique, qui, plus que toute autre cbose, exigeait une réforme totale. En revanche, pendant la période la plus sauvage de la Révolution, alors que tonte la Nation errait à Tavcugle et sans ibein parmi les flots
tumaltueoz d'une mer orageuse, ses solides penseurs ont songé à rinstruction publique et, au milieu du désarroi général, ils ont trouvé assez de ealme d*esprit et une protection suffisante pour lui donner une certaine organisation.
En tout temps et sous toutes les formes, le pouvoir public en France a toujours .secondé les grandes et brillantes entreprises de préférence aux simples fondations sans éclat et de première nécessité, destinées à assurer le vrai bonheur du citoyen : aussi fitron pendant la Révolution, pour certains grands établissements déjà existants, établissements qu'on a améliorés et conduits jusqu'à une perfection idéale, plus que pour Tinstruction scolaire proprement dite, po!ir l'instruction génci ale. Le Jardin des planii's, déjà U!uqu«' (Ml '<on irt'nre, atteignit une perfection et uno splendeur incomparables. On réunit au Jardin des pUmtes des laboratoires et des chaires de chimie, d^histoire naturelle et de toutes les sciences qui s'y rattachent. Cet ensemble est unique au monde.
Vn Institut national remplaça les anciennes Académies. Cet Institut embrassa toutes les sciences et tous les arts. Par sa constitution, par son recrutement, par ses travaux, il laissa loin derrière lui toutes les fondations analogues qui Tavaient précédé.
A la place des anciens grands collAgres royaux, surgit un établissement d'enseignoment supérieur, je veux parler de VÉeoU polytechnique^ unique, elle aussi, en son genre. Les cours y embrassent tontes
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le« Beienees. L*mifeigiiement j est à 1» fois théorique et pratique.
On fit moins ponr les écoles proprement dites des
villes t't des campagnes, pour ces écoles où l'on s'occupe d'instruire la maâse du peuple ; mais on fit cependant quelque chose.
Durant ces quatre ou cinq dernières années, les écoles centrales ont réalisé bien des progrés : la paix devait donner le mojen de faire davantage et d'étendre ' Tesum.
Certes, un pédagogue allemand, tel que Campe *, a dù trouver tout eela extrêmement médiocre et même
miséniblc ! Le coeur d ■ cet ami sensible et zélé de la jeunesse doit saiguti iuijuurd'hui. car il peut constater que ses espérances ont été bien mal réalisées et juger qu'au fond et en toute vérité ce qui se fait à l'heure actuelle avee ordre et régularité, sera plus manvais encore que ce qui a précédé. Le règlement général édicté par les Consuls pour les lycées qui remplacent les écoles centrales est un parfait échantillon du genre à Tusage des États soumis à un despotisme militaire.
> Voyez les voyages de Campe en France et en Angleterre. — * Joachim-Henri Campe, né en 1746. n Deensen, dans le duché de Brttnswick, est mori, en 1818, à Hruuswick. On lui doit: un volumineux travail d'ensemble sur 1 éducation et l'instruction pour lequel il t^asaoeia un groupe de péd^goguee ; aa remanieBMnt du Hobinsm de Daniel de Fe6 ; plaeieure véeitt de voyife. Voici l'indication exacte de diver? ouvrages de Campe que vise notre auteur et .auxquels le lertprn- pourra se reporter : firicff am Furis sur Itit der RevoitUion, ll^i (tirage à part du Braun-
Tout d*abord, le premier article nous prouve qu'on a pris pour type les misérables écoles fran^ses d^autrefois : On enseignera essentiellement dans les lycées
le latin et les mathématiques. Le dernier article nous apprend, ù son tour, que, dans les nouvelles écoles comme dans los anciennns, on s'est préoccupé du salut des âmes chrôticDncs et catholiques. Il est ainsi conçu : Ily aura un aumânier dans chaque lycée
Les maîtres de latin et de mathématiques enseigneront accessoirement le calcul, la géographie, la mythologie et Thistoiro ancienne. De langues auiros que le latin, langues anciennes ou modernes, de morale, do philosophie, de poésie, etc. il n'est dit moi ; en revanche, les exercices militaires figurent au programme. L'art. 19 est ainsi coneii : Un ufficirr imtrwteur sera chargé d'apprendre l'exercice aux élèves qui auront plus de douze ans; il enseignera à ceux qui auront atteint cet âge^ le maniement des armes et f école du peloton ; il sera obligé de se trouver d toutes les heures pour commander les marches des élèves dans leurs différens mouvemens de la journée.
Ainsi la direction intérieure tout entière est militaire et, à l'avenir, toutes h s ocole*; frant^aisos civiles seroat, en réalité, des écoles militaires. Les écoliers
schw. Journal) ; Rcisf (fiirch England und Frankreuih in Hnefen^ 1803, 8 vol; Hùcki-eise von Paris naeh Braum^veiy, Br»an* •ehveig, 1804. Voy«« : Oittoa, Jff»toi»v de Ndueatùm et de tin*' traction, trad. RadoUI, PariSp 1880, pp. SU, €18, 819.
>' Sur le retour à réduca(ion et à la morale religieuBes on lira
avec fruit : l'ahlié .Sicanl, Léffwation morale et civiqw avant et peti'lant la Hcvvlutiont Paris, lâëi, pp. 4î6-57a.
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sont divisés par compagnies; ils ont leurs sergents sergent-major et caporaux; ils marchent en carp$; dans tontes leurs promenades, ils ont à leur téte on centeur, un nuAtre de quariier, an officier àutructeur et an maUre itexereice.
L'art. 23 est assez remarquable et veut être cité : Joui ce qui est relatif aux repaSy aux réa'éntinns, aux promenades, an sommeil, se fera par compagiur. I.ci» peines sont celles usitées dans l'armée française : la prison et les arrêts ; igoutez : la table de pénitence» Dans les écoles de ce genre déjà créées à Paris» on bàtonne aussi les enfants et cela d'une manière tout à fait inhumaine: Findescriptible saleté qai y règne rend difficile k Tobservateur le plus sélé un séjour de quelque temps dans ces maisons. A l'intérieur elles ressemblent tout à fuit ;i de très vulgaires casernes, à cela près que ces dernières eiont ordinairement plus propres.
Les articles du règlement les plus dignes d attention ou plutôt les plus lamentables Bont les art. 11 et 27, qui concernent les livres servant à renseignement et les livres de lecture. Ils méritent une citation m extenso :
Art. 11. — // sera niniinic deux (Commissions, l'une pour le latihy l'autre pour les mathématiques. Elles dresseront une instruction qui déterminera dune numière ffrécise les parties qu'on doit enseigner ihns chaque classe et les cours qvCon doit suivre : elles traceront avec soin tordre à établir entre les cours qui seront svivis sitnul' tanément et la durée de chaque classe: elles s'occuperont
de la rênn/)rtssti)tt des ni(teurs rimsi/fiœs, et la disposeront de manière qu'il, y ait autant d*' volumes qu'il y a de ciamit em réumsiani dans un seul et mène volume tant ce que doit mmUrer le profeetew pont wne cUute de latm^ ttùm que tout ce qui appartient â une clone de mathématiques. Om pourra dioiter les volumee selon k$ parOn d^emei^nement pour Vusoffê des élevés. Le prof esseiir ru' pourra, sous quelque prétexte que ce soi/, enseigtipr d'autres ouvrages.
Art. 27. — // y aura dans chaque lycée une InàUothèque de 1 ,500 volumes ; toutes les MUotkèques seront composées des mêmes ouvrages; aucun autre ouvrage ne pourra y être placé sans Vauiorisation du nùnàtre de tiniérieur. Les ouvrages seront prêtés aux élèves pour qu'ils puissent Ure dans leur récréation les jours de fêtes et de vacances.
Ainsi, j\ l'avenir, plus d inijiriiiieries dans le monde entier pour les écoles françaises^ et leurs (Mèvcs : les trésors que les anciens nons ont transmis en des centaines de volumea seront réduits, à Tusage des enfants et des jeunes gens» sur Tezanien et eonfonnément ans Tues des commissairet nommés par le Consnl, à six volumes ; car il n*j a qne six classes de latin et chaque classe ne doit avoir qn^nn Yolnme par année. Les oovrages d'histoire et de mathématiques coui(»usos par lt«9 jésuites ol lurui.iut d'énormes tomaisons n^mplironl la grande bibliothoque do 1,500 volumes, et c'est ainsi que la jeunesse du siècle qui commence aura sous la main tous les moyens d'instruction et de parfaite culture: elle sera tout juste aussi cultivée que son Consul qui dans TEcoU
aoi
militaire où il pasia sa jeunesse n*a luiHoième rien ironvé de mieux. Qiles ^ee daConsnl sont ezadement remplies dans la confection des « six livres n dont il vient d*étpe parlé, ces six volomes fourniront à la
postérité la très exacte mesure du degré de culture atteint par le peuple français au XIX* siècle.
La haine que nourrit le Consul contre tout ce qui revêt une forme républicaine 8*étend à toutes les institutions scientifiques et artistiques dont Torigine même ou la forme actuelle remontent à la Révolution. Tont, depuis le ^nd Institut national qai déjà remplissait l'Europe entière de sa gloire jusqu'à l'école des trompettes de Versailles, tout, devait reprendre le vieux trantran antérieur à la Révolution. 11 y avait à l'Institut national une classe spéciale de philosophie, morale, sciences politiques et législation ^ Richelieu qui s*y entendait beaucoup mieux, n*eût rien autorisé de ce genre dans ses vieilles Académies. Donc, pour foire disparaître sans bruit ees horreurs ofticielles, l'Institut national est désorganisé : les
1* titre officipi ptait : Sciences mornfp^ rt poUfifjuc:^. Voyez : Aucoc, insiiiiit de France ^ Lois, statuts et règlements concetnant les {inciennes Académies et l'IiutHut, Paris, 1889, p. 15.
La olSMê dM Mieiieat mondst «t politiquM ftit rétablie tout !• nom d^Acaéimie dm Sekneef nwratei et pom^que» par ordonnance du 26 Oelobro 1832 sur un rapport au Roi de Bf. Gn'zot (Aucoc, ibid., pp. 123-1?6). Le secrétaire perpétu dt> l'Académie des sciences morales, Nî. Jules Simon, écrivait récemment dans un moment de forte distraction : la Restauration « supprima l'A- « cadémiê des sciences morales et politiques > Temps dn 88 Oot. 1891). Cette rapprtMion remionto an Goatnlat, non pat à la Rmtaoratioa*
902 APPKlfDICS.
quatre anciennes Académies royales sont rétablies ' ; à l'aveuir, on ny abordf^ra pas plus qu'autrefois sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, moins encore, aucun siyet scabreux. Le fils dénaturé de la Révolution se dresse at^ourd'hut très haut, plus haut que tous ces Louis : et cette même lumière qu*ils cnUguaient, lui aussi, la hait et la craint. Dans quelques-unes des écoles centrales ofOcielles remplissant dans une certaine mesure leur mission, on s'occupait déjà de morale et d'histoire philosophii|ue. jn. me de statistique — les Frani;ais jusqu'alors y étaient restés pit>que entièrement étrangers — ; bien que ces études fussent misérables et fragmentaires, c'était pourtant une voie ouverte à la pensée pour les maîtres et pour les écoliers. Il j a donc \k un danger ; le conquérant ne veut pas former autre chose qu'une Nation militaire ; tout ce dont le guerrier, aveuglement docile, peut et doit se priver, est supoi'flu dans l'enseignement. Des jésuiies enseignaient jadi>î lo latin ei les mathématiques dans les é( (»l< s françaises : ic latin et les mathématiques y seront de nouveau enseignés et tout ira bien. Trois maitres de mathématiques et trois de la langue latine, rn tuffitt écrivit le Consul au bas du vaste plan d*étude tracé par un Cuvicr et un Fourcroix, plan qui comblait toutes les lacunes et embrassait toutes les connaissances ; et
' * Le rapport sur lequel n été pris Tarrèto des Tonsuls qui réorganise l'Iostitul {Zi Janvier 18(K3). etst signé : CUaptal. M. Attfloe en a publié l« %aX»t çmrage cité, pp. 67-72. Sur Bosa* parte et Uê Mvants joignw ici : Aradt, GeUt der Zeit, 1. 1*^, UtOS, p. 401.
APPBITDICB. HOB
il biffa ce plan depuis le l ommencement jusqu'à la fin. Ces dignes savants et leurs pareils n'ont pris aucune part à la rédaction du règlement consulaire : c'est ce que prouvent et la pensée générale de ce document et ses prescriptions et, pour ainsi dire, chacune de ses expressions.
Dans quelle piètre estime et dans quel dédain Bonaparte tient-il donc la Nation française qu'il ose tenter de la faire, pur de tels règlements, rétrograder d'un siècle ! Mais que cette Nation justifie, à sa honte, un tel mépris en souffrant tout, silencieuse ! Et c'est la Nation qui eut ses Descartes, ses Malebranche, ses Bajle, ses Pascal, ses Montesquieu, ses L*Hopital, ses Daguesseau, ses Colbert, ses Mably» ses d^Âlembert, ses Voltaire, ses Rousseau, ses Diderot, ses liajnul, ses Helvetius, ses Tlioaias, ses Mirabeau ! C'est la Nation qui sous la Monarchie absolue écoutait avec enthousiasme et applaudissait tout haut, dans les œuvres de ses Corneille, de ses Voltaire et d'autres encore, les plus fiers accents de la liberté ; c*est la Nation qui depuis longtemps déjà considérait HonteS'» quicu comme un politique et un théoricien trop prudent, trop circonspect, quoiqu'elle pùl lire, à la première page de ce beau livre consacré aux droits et au bonheur derbumanité, que la vertu, partout prônée par Tauteur, c^est, à ses yeux, t amour de la pairie et de Ngaliié*.
C'est la Nation au sein de laquelle un vrai sage, a, pendant quarante ans, enseigné, sans s'interrompre un
1 De fufrit de» Unx, AvertUtèmenit p. 1.
moment, lavertti et le droit. Sans qu'on puisse lai reprocher un seul pas équivoque, ce sa^je n'a ress'é de combattre pour les droits (\o celle Nation. |M'ur sa solide sécurité, pour son bonheur, obtenus par les lois et par les mœurs ; apôtre zélé, pressant, infatigable, il a scellé son enseignement de son propre exemple et de sa vie tout entière. J*ai nommé Mably *. De Mably Je rapprooberai Thomas qui, pendant toute sa noble Tie, a saisi avec sèle tonte grande occasion de déposer dans le cœur de ses auditeurs avec toute la puissance de l'éloquence et le feu très pur du génie et de la vertu, les ensoig^nements que Mably, dans cette langue si simple qui convient à l'étude et à l'art didactique, soumettait aux réflexions d'un lecteur
t firisard a admirabUineni caraeléiùé oe &<»bl« éerifain dsat
son Éioffe Mttonqme : Un hotnme est oenUf qm, nmuri de la
lecture dc'! tinnpns, rt-tyourn lians leurf écrits les traces de ce type rétcstr, (/<• <p hraxi d(mt nons nvionn perdu tout scntitnent : et, fun des premiers parmi les modernes, nous dévoita inlltunce inHme de tm momie et de ia politique, et démmUra 911e le» mumn eont la wwree et la ka»e de la félicité pubUque : il rappela foici le» hommes et toutes snt îètés à cette idée simple et sublime par sa shnplirifé nu^rne. Tr<ufr sa vie, tom .*M écrits p^ihlies dans Cespace de quarante ans, furent employés à t/évehpper tettf utile et féconde vérité. L'exemple de tous les tiges et de tout les peuples vint MNM ta plume à Fappin de ae* moMmet lily a dont tout ce qu^ila écrit une unité. Je ne 4Hrai pas de e^tème, maiâ de doC' frnie, dont il ne s'est jamais écarté. Ses principes étaient sûrs ; il it'y tint iipiuiâlretiti fit (iflnché : on ne le rit Jamuts 7u varier, ni flotter au (jri' des opinions vulgaires. U dit ttrs vérités sévères ; il les dit avec force^ avec énergie, et quelquefois avec une certaine êruequerie, qui n'est que CiniKgnation de la vertu qu'irrite taepeet du vtee et de rim'uitiee, dam un tOcle têtentiellement frivole et cwv w npu. *Lm ttttvm 4« Mably» atws ombliéM at^oard'lmi.
APPlNDtCB. 305
éclairé. Lbl Oberté êst h premier droit de rkmme, le
étoit de n'obéir qu'aux loix et de ne craindre quelles. Malheur à l'esclave qui a^aindroil de //ro/iofïri'r son uom! Malheur au pays où le prononcer serait un antne / — L'homme, né libre ^ mais avec le àewin d'être gouverné , s'étmt soiimit à des Imx Jamais aux caprices d^unmedtre. Nul homme n*a k droit de commander arèUrairment à un autre ; qui usurpe ce pouvoir, détruit son pouvoir même. — La lui est tout ; la constitution des États peut chnnqer ; les droits du citoyen sont toujours les mêmes. Ils sont indépendam et de l'ambitieux qui usurpe et du lâche qui se vend : fondés sur la natur€f ils sont inaltérables comme eUe,
Il est possible que ce noble, ce zélé, cet académique orateur n'ait pu faire pénétrer pendant sa vie jusqu'au peuple sa parole et ses écrits ; mais la voix puissante de Mirabeau lit éclater et tonner du haut do la tribune de TAsscmbléc nationale toutes les vérités et toutes les revendications des droits de l'homme et des droits du citojren que Thomas avait, depuis vingt ans, formulées dans tous ses ouvrages. Vigoureux partisan de la vraie Monarchie constitutionnelle, au sein de laquelle la liberté civile d*un grand État peut le mieux être assurée par les lois et les mœurs, et protégée par un pouvoir bien ordonné, Mirabeau iicrdit sa popularité toutes iQ6 foi» qu'il combattit avec non ardeur ordi-
joaaieDt un grand r6I« au moment d« la Révolution : les législateur'; <]f 1791 s'en sont souvent !n<?piré8. Voyez à ce sujet : Guerrier, L ahhé de Mnhlij, Pans, 18ô6 ; COmpte*reQdu dans Revue Imiorique^ Sept.-Oct. 18â(i, p. 12^.
30(5 APPKNDICE.
naire poar les droits du Roi, sachant bien qa*on ne saurait fonder une Bionarchie vraiment constittittonnelle sans établir un trône solide, inébranlable
Et cette Nation qui alors — c'est-à-dire il y a dix à douze ans ! — nV-stimait aucune liberté assez pure, aucune lumière assez vive, aucune institution scientifique assez vaste, cette Nation se laisse aujonrd'hai dérober la liberté et Tinstmetion par an étranger qui doit à elle senle ce qn*ll a eu en sa vie de liberté et d'instruction ' !
t llirab«an qal, homme d*État, fut un vrai Monarehiste, un Honarolliste oontéquêiit, qui, homme, Tut un citoy«ii tièt incon- •équent, combattait encore du haut de la tribune pour la Monarchie, tout à la fin de «n vie. Lorsque Tinviolabilité du Roi constitutionnel lui a Tordre du jour, il s'exprima ainsi : Sotre serment de fidélité au Roi est dans la Constttulion ; il est vonstttutUmel. — Il est profondément h^'urieux de mettre en doute notre retpeet pour ce eerment. Cehti qui le met en doute mérite le premier hhhne. Après cette déclaration non équivoque et pour laquelle je lutterai avec tout le monde en énergie^ fjten décidé que Je suis à coinhattre f»ufc espèce des factieux qui VQUéroient porter atteinte aux principes de la Monarchie, etc.
* * Le morceau qu'on vient de lire se trouve dans Schlabrendorf» pp. 308-880. Sur rinttraoUon pabliqae voir aussi dans le mémo ouvrage les pagvs UO à 116.