‹ Paris pendant la révolutionChapitre 4 sur 46 · II, U · texte numérisé non relu

II, U

. PARIS PJWPAMT Ui RÉVOLUTION. 23

alUmand, répétait partont, notamment à la Convention dans la séance du 17 Novembre 1793: « La religion est a le plus grand obstacle à mon utopie » . « Il n'y a pas

d'autre Dieu que la rs'uture, d';iutro souverain que le ^'onre humain, le Peuple-Dieu « . <« La raison réunira tous les hommes * ».

Ces démolisseurs radicaux de religion dont Cbaamette resta le chef, appuyés sur une faction tapageuse et menaçante» redoutés du clergé de Paris qui tremblait devant eux, redoutés notamment de Févéque constitutionnel, Oobel, bomme sans aucun caractère» ne cessaient d*activer le mouvement dans le sens de leurs projets destructeurs.

li'int l'oduction du nouveau (■altMidri«M' répuMicain, acte d'hostilité déclarée vis-à-vis de l'Église, ou plutôt menace de mort, les servit à point.

La République cherchait, dans toutes les directions, à se créer à elle-même, à donner à son action, à son activité des formes toutes nouvelles. Elle voulut donc une ère nouvelle, une division nouvelle du temps, de l'année, des mois et des jours. Et comme elle songeait à appliquer le système déciiu.tl mx monnaies républicaines, aux poids 01 rnosures qu'on allait établir, il fallait aussi faire, autant que [los.sible, usage du mémo système pour la nouvelle division de Tannée.

Le nouveau calendrier entra légalement en vigueur le 5 Octobre 1793. L*ère nouvelle data de la fondation de la République, 22 Septembre 1702 : ce jour du

* Mnnit., lU Nov. 1793, p. 239. C(. Avenel, Aaachar4iM doots^ Paris, 18(30, vol. {U traii,)

22 Septembre fut le premier jour du premier mois de Tannée républicaine. Les décrets du 23 Octobre et du 24 Novembre Tinrent compléter cette création et don^ ner des noms aux jours et aux mois. Les douze mois, chacun de trente jours, s'appelaient, comme on sait, Vendémiaire, Brumaire, Frimaire, Nivôse, Ventôse, Pluviôse, Germinal. Floréal, Prairial, Messidor, Thermidor, Fructidor. Chaque mois était divisé en trois décades de dix jours (primidi, duodi, etc.) : les cinq jours complémentaires de la fin de Tannée étaient dits tanS'Culottides et devaient être des jours de fêtes : fêtes de la Jeunesse , du Génie , du Travail , de TOpinion, des Récompenses. Au Heu des noms de saints on attribua aux jours des noms empruntés aux choses de la nature, noms de plantes et d'aiiimaux ; on eut surtout en vue dans cette nomenclature l'édification du campagnard. Ainsi le 7 Vendémiaire reçut pour attribut la carotte ; le 15, l'âne ; le 25, le bœuf ; le l» Brumaire, la pomme ; le 7 Frimaire, le cbou-fleur ; le 12 Messidor, Tarticbaut, etc

1 MmtUeur du 30 Oct. 1793. — Le eatondrier révoluttonnaira a été, on peut lé din, inventé» «n 1788, par Sylvain Maréchal

qui fit paraître, cette année-là, son Almanach fies honn/*trs gent, date .ie Van prt'mù'r du ri''(jnc de la Raî^'m. Des noms d' hf^nnèteâ gens » sont substitués aux saints et saintes du calendrier grégoriAQ. La plupart des mois changent de nom. Chaque mois est dlviaé eo tmM décades et let cinq on aiz jonrs oomplémenlaires (jours épagoménes) sont consacrés aux fêtes de l'Amour, de THy> roéoée, delaReconnaii8ance,de 1 Amitié et des Grands hommes. T.e Pailempnt ordonna la destruction d'? rnlniunach et Sylvain Maréchal fut enierme quatre mois à baiiit- Lazare. Son almanach reparut les années suivantes : 1789, 1791^ 1792, 1793. La Convention

Je ne m'arrête ni aux protestations que souleva le nonyeau calendrier, ni aux changements d'importance

secondaire qu'il subit avec le temps. La vieille expression « calendrier » dut disparaître elle-même : on dit : « annuaire ».

La Commune de Paris avait vivement poussé à radoption du nouveau calendrier : à la suite da vote de la Convention, le 20 Octobre, elle prit un arrêté

avait donc aoiu 1m jrax an modtto de MleniiHer qu'elle raint de trèe prte. Le Nàêtradumiu moderne, Liège» 1790, iD-16^ appartîent à la même iaspiration. Au contraire, VAlmanach du pfrt

Gérard par rnllnt rî'flerhois (1702) n'a rien de subversif ; n'est un almanach constitutionaelet modéré. Les sainte y sont marqués, ainsi que toutes les fétea de l'Église catholique. Toutefois, dans las BHMtew qai font «aile aa calendrier, la rdigion Mt fwt nalm«n4«, et 1m prêtres Mat déjà iavitét an mariage. Cf. Welschinger. Le» aimamieht de ta Rivetuikn, Paria, 1684. pp. i-29.

SjiTain Maréchnl est auteur <lraiTiatique en même temps qu'inventeur d'aimanach : il ht jouer au Théâtre de la République, en Octobre 170B : Le dernier Juyement de$ rois, prophétie en un acte. VojM Le moniteur univertei du 90 Octobre 11S3, foL 158, 8* mL m. Welechinger, dans son exMllent oûvrage sur Les almanarfit df ta dévolution, date à tort cette pièce de 1791 (p. 5).

C'est 1 vjiierameot sur l'almanach type de Sylvain Maréchal que Gilbert iiomme, représentant du Puy-de-Dôme, dressa les condu- •ion» do Mn rapport i la Conveation, en date dn 20 Septembre 1793. Son projet de nomenelatore mérite d'être relevé ici, bien qu'il ait été rejeté par la Convention. Les douze mois devaùent porter les noms suivants : République, Unité, Fraternité, Liberté, Justice, Égalité, Régénération, Réunion, Jeu de paume, Bastille, Peuple, Montagne. Les jours de la décade s'appelaient : Niveau, Bonnet, Cocarde, Pique, Charrue, Compas, Faisceau, Canon, Chêne, Repos. Fabred'BRiaatine, l'antenr de V Intrigue ipMolaire et du PhUinte de Mo/iire Ait chargé de tronfer quelque chose de mieux. Il est l'auteur de la nomenclature qu'adopta ia Convention. (WeUcbioger, iùid,, pp. 38-43). {U trud,)

très hostile à l'Église pour défendre à tous les marchands de fermer leurs boutiques aux jours qualifiés dimanches et fêtes; ceux qui ne se conformeraient pas à cette défense seraient considérés comme suspects et poursuivis comme tels. En revanche on n'insista pas encore sur la célébration du dixième jour, le docadi : on laissa les marchands libres de fermer ou d'ouvrir ce jour-là leurs boutiques.

Profitant immédiatement de cette situation, dés le mois de Novembre, Chaumette et ses fougueux amis remportèrent pour leurs plans de destruction et de fondation religieuse une victoire si brillante et si complète que Robespierre lui-même, malgré son aversion pour la religion nouvelle et ses fondateurs, dut courber la tôte et laisser passer rora^zo, sauvant ainsi sa peau. Qu'on n'oublie pas, on off«^t, fjur. tandis (^1»' Ciiannu'tto et ses tidùles, attelés an mai criaiisnie d'Holbach, se préparaient à réaliser le cuite de la Nature et de la Haison, Robespierre, adepte de Rousseau, gardait, malgré son hostilité pour le christianisme, la foi & r « Être Suprême » et & T « Immortalité de Tàme ».

Le 7 Novembre, au sein de la Convention, révéque Gobel, menacé et terrorisé par les meneurs, abjura solennellement avec quohiues membres de son clergé le culte catholique et lt> chrisiianisme ; les prôtros qui faisaient jiartie de la Convention suivirent imniodiatemoat sou exemple et la Commission de rinstruction publique se vit renvoyer des projets qui avaient pour objet de remplacer le culte catholique par un culte civique conforme aux lois de la Raison. Mais, dès le

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10 Novembre, Tétrange culte de la Raison fut inauguré à Notre-Dame par les impatients* novateurs de la Commune. Qui ne sait comment, ce jour-là, la Raison se fit Chair? comment la jeune et belle ' femme de Timprîmeur Momoro joua le rôle de la Raison» eostamée à la grecque ? comment, au sein de la Convention, le président' donna le baiser fraternel à la Raison incamée ? et comment enfin la ConTention elle-même fit en masse le pèlerinage de Notre-Dame, ponrehanter, elle aussi, une hymne à la déesse Raison, après avoir préalablement décrété que l'église Notre-Dame prendrait désormais le nom de « Temple de la Raison ? » C'est ainsi que la religion devenait un spectacle et le spectacle une religion. Aberration et folie 1 Les acteurs étaient une imperceptible minorité et la seule curiosité ' poussait la foule béate à contempler ce spectacle. Je suis loin de vouloir raconter ici ces scènes de la Révolution, et cette Raison abstraite à qui on donna dans Paris et en dehors de Paris l'estampille d'une déesse sensuelle, et cette déesse qu'on dégrada en ca faisant une femme et enfin cette unité divine qui se transforma en une multitude de déesses-femmes ou de femmes-déesses. Jamais assurément la religion n*avait

' Auiru jugemenl porté sur la femme Momoro : <i Cette déesse Mt trè» terrestre : des traite passables; des dents affreuses, une voix de poissarde, uae tournure gauche ; voilà ce qui constitue

Madame Momoro ». {Journal des événements arrivés à Port-Lihre^ ci-devant Port-Roya/, dans Dauban, Les pi-ixons de Paris, p. 329). Gréf^oire cite, outre la femme de Momoro, trois autres noms entre lesquels on peut suivant lut hésiter. Voyez Grégoire, Hist. dei sectes reUgieuseSt nouv. édit., 1. 1«% 1828, pp. 32, 33. (£c trad,)

été plus déraisonnable qne le jonr où on déifia la Raison Et cependant nne impulsion normale, — car tous les phénomènes exceptionnels ont aussi leurs lois, — gouvernait ce bouleversement général et ce renversement de tontes choses renfermait un grand enseignement historique.

La Convention, sans volonté, dominée et terrorisée par le parti de la Raison, parti très peu nombreux mais forcené, entassa décrets sur décrets pour inciter les ecclésiastique à Tapostasie ou les j forjer.

On n*épargnft nt récompenses, ni menaces. Le 22 Novembre, on promit une pension ;l tous les évêques, curés et vicaires qui quitteraient leurs fonctions et renonceraient à la prêtrise, I)e son côté, la Commune se hâta de porter, dans Paris, des coups violents à la religion. Le 23 Novembre, elle ordonna la fermeture de tous les édifices « connus sous le nom d*églises » ; cet exemple fut aussitôt suivi dans toute la France par les autorités communales, fanatisées ou terrorisées. On ne s'arrêta pas là : ce fut bientôt une guerre, un assaut général aux statues et aux images, mouvement d'iconoclastes tel que le monde n'en avait jamais vu. Sur un mot d'ordre, les églises, surtout à Paris, mais aussi dans beaucoup d'autres lieux, furent dévastées d*ttne façon sauvage par des troupes de sans^ulottes. de femmes et d*enfants ; à coups de marteau, à coups

t Sur le culte de la Raison voir notamment : Ludovic Sciout, HitMre de la CmutHviion ehfile du clergé, t. III, pp. 608-610 ; Ajilard, £e culte de kt à^eo» et U eutte de ^Étre Supprime (imiTM), ffMfli kktoriquÊ^ Paris, 189^. (le tntd,)

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de hache ou autrement, on brisa les autei.'^, les bénitiers, les vitraux, les sculptures et les peintures, les statues et les images des saints et des anges. Les vases d*or et d'argent furent enlevés et remis — quand des particuliers ne les volèrent pas — partie à la Commune, partie à TÉtat. Depuis lors, la [plupart des églises de Paris servirent de magasins pour dcpdta et provisions de toutes 80i"tes

Dans un tel état de choses, prononcer :\ la Convention et au sein de la Commune de Paris les mots Liberté des cuUes^ faire mine de ne vouloir ni faire, ni souffrir de violences contraires à cette liberté, c'était pure simagrée. La persécution contre la vieille religion alla même si loin que, le 8 Décembre 1703, toutes disputes religieuses ou théologiques furent prohibées et une peine décernée contre ce délit et que, le 12 Alars de IMiinéc suivante, l'usage de tous « titres cléricaux » fut interdit

La guerre aux usages anciens pour les funérailles formait Taccessoire tout spécial de la persécution religieuse. La piété pour les morts étant, aux jeux de Chaumette, une conséquence funeste des idées religieuses et notamment de la crojance à Timmortalité

i Mercier. IV, UG et suîy., m et tuiv. llonUil, XK/I/* siieie

I, 262. Tahfran r^ 11,

* Il y a là quehjiies laexaciu 1 l i'^s. Le ilécret de la Convention du 8 Décembre n9J porte seulement : « La Convention invite « lom Ifls bons citoyens, au nom d« la piirie, à t'abttenir de « tontes diepntfls tbAologiquee ou élrangèrei aa grand intérêt du « peupla français, pour coneonrir det«Mi« lei moyene au triomphe « de la République et à !r» ruine de tous ses ennemis Le décret du 12 Nîrir^ porte seulement: «Les titres cléricaux n'exia- « tentpius a 1 égard des ecclésiaati^ues déportés ». (Le irad.)

de l'Ame, il voulnit l:i délruiro aussi jusqu'à la racine. C e.st pourquoi, dès le 17 Novembre 1703, la Comminio, à 8on instigation, interdit toute solennité aux enterrements : un commissaire en bonnet rouge ira tout simplement lever le corps, le suivra et présidera à renterrement De son côté, la Convention déclara, le 2 Décembre 1793, que les cimetières recevraient désormais les corps de tons les citoyens indistinctement ; on d'autres termes, elle enleva aux cimctière^i tout caractère confessionnel '\ Cela se pouvait comprendre

« la |woeà8-v«rlMil de Tattenblée du CoomiI général de la Ck>mmaiie du 27 Bronaire «n II (17 Nov, 179B), inaéié an Monl-

teur^ porte seulement : «> Sur la demande de la Section do l'Homme armé (ju'il soit (létf^rminé un mode -le !a ««"pulture des citoyens, le Conseil arrête que provisoiremeul, et eu. attendant le rapport général sur cet objet, un commissaire civil assistera aux inhumationa doo oitoyonB ». Voy. Môniteur du 19 Nov. 1793, p. S38. (Le trad.)

s La décision do la Convention visée ici n'a pas très nottoment, en soi, le caractère que lui attrihuo ^f. Schmitlt. On pourrait même, à la riprueur. y reconnaître une tendance tout opposée, mais ce serait, sans nul doute, une erreur d'interprétation. Voici ce petit document : t La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport du Comité de légielation enr la pétition du citoyen Rogeau, membre de la commune de Warloy-BaiUon, district d'Amiens, dans laquelle il expo^ie qu'un attroupement considérable de femmes a empêché linhumîïtion d'une protestante, franche aristocrate, dans le cimetière de cette commune, et demande des mesures pour empêcher le renouvellement de pareille eeéne ; que cttaque citoyen exerce librement le culte qu'il adopte : qu'il y ait autant que faire se pourra, un lieu particulier de sépulture pour chaque secte » ;

« Con«iidérant qu'aucune loi n'autorise à refuser la sépulture dans les cimetières publics aux citoyens décédés, quelles que soient leur* opinion» religieuses et l'exercice de leur culte, passe A l'ordre du jour ».

et, pour beaucoup de gens, c'était une décision raisonnable. Mais on fut saisi d'horreur, lorsque tout signe de deuil, toute conduite du corps, toute cérémonie sur la tombe fut interdite : aucun parent, aucun aminé put

accompagner le défunt jusqu'à sa dernière demeure ; il fallut se contenter de remporter par la ville et de l'enfouir comme une bête. On s'habiîu.i puuruiiit peu à peu à ce mode d'enterrement, odieux mais économique: il survécut à la Terreur. Et c'est seulement vers la fin de Tannée 1706 qu'une réaction ins^pirée parles sentiments les plus naturels se manifesta. Ce mouvement d'opinion donna lieu à un projet singulier de Daubermesnil qui voulait faire des enterrements une affaire toute privée, chacun pouvant faire brAler où il voudrait ou faire enterrer les corps de ses proches, librement, en se cuntbrinant seuloLuenl aux mesures de police et d'iijgiène qui seraient prescrites. Mercier combattit ce projet avec ardeur et il ne fut jamais mis à exécution. Les enterrements indécents que je viens de décrire, restèrent longtemps encore la règle, règle qui souffrit, il est vrai, des exceptions de plus en plus nombreuses dans le sens d'un retour aux habitudes anciennes

M Le préMDt décret, ne sera point imprimé ; il sera inséré au « BnllAtin ». Vojêi Momitêttr du 4 Dec. 1793, édit. dn temps, p. 300 (Le trad.)

* Lefort, 1, 173. Rondonnaau, II, 81. Meraier, VI, 31 et eniv., aL 40 et aaiv., Ftankreich im Jahr 1796, III, 356 et suiv. Cf. le même oiivrac'^ en Janvier 171)9. — Daubernifînil proposait pour les eiilerreiiieiits uit rite qu'il décrit longuement. Libations de lait, de miel, de via c aux mânes» pieux de noire concitoyen ». Diseours et ehantt. Paroles {Nronon^ées en tenant to laee qui

PARIS PSUDANT LA ItAYOLimON.

Mais revenons au temps de Chaumette.

Aq début, le club des Jacobins ne laissa pas que de lai venir en aide. Car Robespierre n*osait pas encore faire énergîqnement face aux triomphants fanatiques du culte de la Raison. Et même l'idée de Chaumetie de remplacer la religion par des spectacles avait pris racine au club des Jacobins. Le 25 Décembre 1793, ce club adressa au Comité d'Instruonon publique de la Convention un message contenant cette proposition : « Qu'on établisse dans toutes les grandes communes « de la République des spectacles à Tinstar des

« Grecs » ; que la Convention a décrète que, dans

« toutes les villes de 4,000 habitants, il y aura une « salle de spectacle, où les élèves des écoles publiques « et autres personnes pourront s'exercer, et ne pour-

eontimt Vnn ; le vase qni eontient la terre ; le vate qtd contient le symbole de Tair ; le vaee qui contient Thuile ; le vase qui

contient le sel. Encens jeté sur le brasier et discours de lu consolation. — Pnésîps. — Ici \f plus AfT»^ parents prpnfi !e vase qui contient 1 eau, verse lentement de 1 eau dans le feu, en di&anl : « Etlet et cause du mouvement de la nature, décomposileur dangereux, élément puiteant et vaincu, -eerviteur ennemi mais néeetiaire, tort, pour rineimctton des hommes, des corps que tu avais pénétrés de ta substance ». Il dit ensuite à voIt trè*? haute : « Ainsi que l'un de ces deux éléments, etc. *. «• Auteur éternel de !a nature... etr, » Voyez : Extrait d'un manuscrit intitulé Le culte des adorateurs, Paris, an IV, p. 20. L*auteur donne «es inventions rituelles comme le « culte saint que suivirent les premiers hommee qui babitéreni la terre • (p. v). Les dépositaires fidèles de ce culte « soulèvent aujourd'hui un coin ilu voilf» qui l'a couvert jusqu'à ce moment Le taux titre est signiticatif : Fonnu/r:? reli(jieuses. Toutes les circonstances de la vie sont passées en revue et sanctitiées. {U trad.)

u ront iicanmoins donner (iue des pièces sentimentales « et dans le sens de la Révolution... . presque toutes « ces villes ayant des églises vacantes, on peut éviter

« de bâtir Rien ne serait plus propre à instruire le

« peuple, à lui faire oublier les siogertes des prêtres « et enfin à régénérer les mœurs * ».

A Paris et dans toute la France Tétonnement et la peur rendirent muet le peuple animé de sentiments chrétiens. Cependant, de cùté et (l'autre, les convictions oiiposantos se firent jour, notamment dans Genève annexée : le 11 Mars 1794, cette ville osa se prononcer publiquement pour le maintien du culte chrétien, et cela par 2,862 voix contre 380. Bientôt il devint très évident que si les temples' de la Raison avaient, dans le premier moment, attiré la foule, celle-ci n^avait été mue que par un sentiment de curiosité, par l'amour des spectacles ci di!s divertissements. En effet, dès (pie la cnr'iositi' fnt refroidie, les temples de la Raison, disent les témoins oculaires, devinrent déserts et leurs fêtes ne furent plus qu*un passe-temps pour les femmes. On mande, le 20 Mars 1794 : <i On voyait autrefois dans les églises beaucoup « plus de femmes que d*hommes ; il en est de même « dans le temple de la Raison ' ».

Cn peu auparavant, le 14 Mars, Hébert et ses stMdos avaient été mis en état d'arrestation à Tinstigatioa de Robespierre. Ce coup étourdit le petit groupe des altra^révolutionnaires, qui exerçaient le despotisme

« Tableaux, il, 136.

tv 8

34 FAkiS l'ENI'ANT LA UKVOLL'TIOX.

au nom de la Raison et déiia la langue des opprinu';^. Dès le lendemain, Brâge, ministre protestant, député vers la Convention par la Société populaire de Montbéliard, disait publiquement : « li n*cst pas possible « que nous restions comme cela ; on a beau faire, il « faut une reîijrion au peuple ! » Ce propos fit dire que les protestants étaient plus l'aiiuliques i|ue les catholiques

Le 17 Mars, on dotuia au théâtre do la Cité un nouveau drame où les évéques de rancien régime, les prêtres et les moines étaient bafoués. La pièce fut très applaudie. Le rapporteur en conclut « que le « peuple est totalement désabusé de la superstition ». C*e8t évidemment une conclusion erronée. La pièce était, nous dit-on, <• mêlée de boufTonneries qui ont « beaucoup fait rire les spectairurn »> ; il est clair que ces applaudisïii iiicnts s'adressaient aces IjuuU'uniu ries, « restes dégoùiauts de l'ancien régime », écrit le rapporteur, ou, du moins, s'adressaient surtout à ces bouffonneries ; en outre, il no faut pas confondre le |)Guple avec le public d*un tbéâtre

D'autres symptômes montrent bien de quels sentiments le peuple, en masse, était animé. Le lendemain, lorsque la nouvelle de Parrestation de ChaunMîtte, de Gobel et consorts circula par la ville, on témoigna dans tous K s calés une joie extrême. On était déjjroùté do ces conteraplours do la reiifjrion, de ces fondateurs du culte de la Raison, do tous ces gens qui s étaient

s II, l&k

PAIU8 PENDANT LA RETOLUTIOK. 35

signalés par des mesures ultra-révolutionnaires. Dans réglise Saint Sulpice ' qui avait été elle-même convertie en temple de la Raison , les sans-cnlottes qualifiaient les citoyens arrêtés de « braillards qui « n^étaîent occupés qu*à faire des motions insidieuses n . Ces mots désirent surtout on même désignent exclusivement les motions religieuses ; car, au point Uo vue politique, ces Sans-culottes étaient au nombre des Patriotes, c'est-ri-dire des Jaculun.s ; ils avaient sans cesse à la bouche le cri de : Vive la Âépublique ! On assurait que Cbaumette était arrêté « pour Tobjet « du culte, par la suppression duquel il voulait, <( disaitpon, soulever les esprits ». Les mots manquaient pour qualifier la conduite de Févêque Gobel et « sa tt démarche auprès de la Convention ponr se dépré- « triser lui et son Conseil ». On disait ironiquement : « Il s'imag-inait recevoir impunément les 100, UOO « livres. Cloots ? £h bien ! Cloots n est plus et Gobel « est dedans : voilà comme chacun reçoit sa récom- «< pense ». On attend avec impatience, lisons^nous dans un rapport du 27 Mars, le jour oil Chaumette sera traduit en jugement ; il est violemment accusé parropinion publique. Dans un groupe aux Tuileries, on assurait <» qui", depuis son ré(iuisitoire contre les « prêtres, il avait été fort mal vu * ».

t II y a là ua lapsus. Il est quettioa de l'église Saint*A.ttgiifltiii.

{Jahh'nus, H. 173). {le Uad.) I II, ItiG, 173, ld3 et smv., m.

96 PARIS PENDANT LA rAvOLUTTON.

Le 14 Avril, Chaumette et Gobel furent condamnée à mort. Le peuple pour qui la religioD est un besoin, respira enfin.

LES FÂTBS DBCADAntKS ET LB CULTB DB

L*âTRE SUPRÊME.

Personne n'avait vu nvec plus de mécontenlomoMt que Robespierre la fondîi tioii du culte de la Raison par Chaumette. Robespierre haïssait ce culte nouveau autant que rancien et comme ces deux cultes repré* sentaient, & ses yeux, les denx extrêmes, il s'effor^ de prendre une position intermédiaire et créa, en eonséqnence, un coite moyen, le cnlte de FËtre Suprême.

C'etft le 7 Mai 1791 qu'il prononça le discours remarquable ' qui servit de préface au décret sur les fêtes décadaires et sur la liberté des cultes. En tête de ce décret, la Convention faisait cette déclaration : « Le peuple français reconnaît Texistence de TÉtre « Suprême et Timmortalité de TAme », On établissait, en conséquence, un culte digne de l'Être Suprême et une série de fêtes, u pour rappeler Thomme à la « pensée de la Divinité et à la dignité de son être • ».

t Ce diieonra oélèbn mnndt été composé par Tabbé Pvrquet, à la demande de Robeepîerre, nom aesiire rauteiir de rouvnge

intitulé : La Harpe peint par lui-mime. Parie, 1817, pp. 86, 87,

Ni Ernest lïamp!, ni !«»^ historiensi modernes que j'ai pu lire ne font allusion a cette curieuse anecdote. Un anonyme l'a signalée avant moi dans La semaine feligieme du diocèse de Tourt du 18 Septembre 1880.,(£e irad.) * • Être » daîie le Momttmr ; à tort, ce me «emble. {Le trad.)

38 PARUt PENDANT LA RÉVOLUTION.

L*art. 7 créait à la place des dimanches chrétieils les fêtes décadaires. Voici l'énumération et l'ordre de ces fêtes : à l'Etre Suprême ; à la Nature ; au Mi-nrc humain ; au Peuple francnis ; aux Bienfaiteurs de THumanité ; aux MartjTs de la Liberté ; à la Liberté et à rÉgalité ; à la République ; & la Liberté du Monde ; à rAmour de la Patrie ; à la Haine des tjrans et dea traîtres ; à la Vérité ; à la Justice ; à la Pudeur ; à la Gloire et à rimmortalité ; à rAmitié ; à la Frugalité ; au Courage ; à la Bonne Foi ; à rHôruïsme ; au Désintéressement ; au Stoicismo ; à l'Amour ; à l'Amour conjugal ; à l'Amour paternel ; à la Tendresse maternelle ; à la Piété filiale ; à l'Enfance ; à la Jeunesse ; à l'Age viril ; à la Vieillesse ; au Malheur ; à F Agriculture ; à l'Industrie ; à nos Ajeux ; à la Postérité ; au Bonheur. Le nombre de ces fêtes correspcmd aux 36 décadis du calendrier républicain. Les Comités de Saint public et d'Instruction publique étaient chargés de présenter un plan d'organisation et la première fête de l'Ktre Suprême . tait fixée îiu 20 Prairial (S Juin), qui était, en même temps, un dimanche d'après l'ancien calendrier. Le décret contenant d'ailleurs C(tte phrase vide de sens : « La liberté des cultes est maintenue » ; mais on prohibait en même temps, sur un ton terrible, « tout rassemble- «c ment aristocratique et contraire à Tordri public m, et on déclarait punissable «• selon la rigueur des lois », « toute prédication fanatique, toute iii&inuation contre- « révolutionnaire ».

Ainsi une infime minorité et son chef exigeaient

PARIS i'ENDANT LA RÉVOLUTION. 39

encore une fois du peuple un changement à vue, une métamorphose religieuse. La Commune qui représentait le [>eui)le de Paris se vit obligée, le 14 Mai, au lendemain du jour oh elle avait acclamé le culte do la Raison de Chaumette , de féliciter la Convention d'avoir reconnu l'existence de l'Être Suprôme.

Grâce à llobcspicrre, le désarroi religieux fut à son comlde. Les agents du> gouvernement terroriste ne pouvaient suivre le mouvement : les principes diri-> géants changeaient trop vite. La religion de Chaumette et la religion de Robespierre, Tathéisme et le déisme, se coudoyaient, F un et Tautre en lutte avec les idées anciennes. Des agents manœuvraient en faveur du cuUo (If la llai-on et envovaieiit des rapports en co sens, alors que d'autres le proscrivaient déjà et commençaient à opérer pour le compte de i*£tre

Ainsi, le 17 Mai, Biondeau, agent national de la commune de Louvre-en-Parisis , personnage sans aucune éducation, comme le prouve sou ignorance complète de Torthographe, écrit ce qui suit au Comité de Salut public : ic Je puis vous dire avec vérité que « l'on ebt au pas et au plus haut point de la llévolution i( on cette commune ; le fanatisme est éteint pour « toujours ; i on ae pon'îo pas plus au prêtre que s'il « n*en avait jamais été vu ; nous venons de renoncer

* Voyez noUmmeot sur ea m^9t Avlard, le culte de tÉtrt Suprême t dans La Révot. ftançaite^ 14 Juillet, 14 Août, 14 Sepierabre, M Oclobre 1891 ; le volume du même, intilu'f : L". ciUtç (U la Raiion et te cult9 de CÈtre HupNme, FfU-iii Ib^. (te trad,)

« an enlie à perpétuité * Naturellement Blondean eroyait dire quelque chose d^agréàble aux maîtres de la Frauee et assurer ainsi sa position et son traitement.

Tout au contraire, dans un rapport du Mai, on accorde des louang:es à un certain Buhot, ci-devant coramissairo , maintenant sans emploi i)our « les « missions apostoliques dont il a été chai'gr('' par le

district de Cherbourg et dans lesquelles... il a a repoussé d*une manière énergique Tatteinte de « l'athéisme et développé avec succès les principes qui « démontrent TÊtre Suprême. On le récompensa en « lui faisant payer Tarriéré de son traitement ' ».

Un peu plus tard, lorsque, sous l'impulsion de Robespierre, on prépara la fête prodigieusement étrange de l'Être Suprême, les agents envoyèrent avec empressement dos rapports entièrement conformes aux vœux du maître. Le 4 Juin, Rousseville, agent chef de Robespierre, écrivait au Comité de Salut public : « Dans les environs de Paris, la féte de TËtre « Suprême se prépare avec beaucoup de zèle * ».

Le 8 Juin, cette fête grotesque fut célébrée avec beaucoup de pompe, à Paris du moins. Trois jours k l'avance, la Convention avait réglé avec soin le costume que porteraient dans cette cérémonie les représentants du peuple : panache et eeintnre tricolore. Dans ce superbe costume, attifé, théâtral, Robespierre apparut comme le fondateur et le prophète de la

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religion nonvelle. Il semblait porter en César-Pape le souverain ponyoir civil et religieux. Ce fut le plus grand triomphe de sa vie, Tapogée de sa carrière.

De ce sommet il devait être précipité avec une rapidité foudroyante *. Il fut renversé le 27 Juillet : et, le lendemain, cette mûmc jruillotine qui, sur un signe de Robespierre, avait fauclié des milliers de têtes, ût tomber la sienne.

t Cl. Mercier, IV» 132 et suiv.

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