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DES ANCIENS CULTES

Imnn'dintemcnt après la chute do Robespierre, les fèlo> ♦locadaires oriTiuiistM S par le décret de Mai et le culte de l'Être Suprême furent, on le conçoit, singulièrement discréditées et abandonnées. Au lieu de célébrer le décadi, on revint au dimanche avec un zèle toujours croissant. Sans doute, les agents de la ConvenUon estaient partout efforcés de relever les fêtes décadaires. Plus d*un agent national conseilla d*en rehausser réclat, en faisant appel à des musiciens, à des peintres, ù des décorateurs, à des tapissiers et proposa do punir sévèrement ceux qui célr^hraiiMit le dimanche. A Bordeaux, le cuiiveiitionnel Bordas, un j<Mii- de dcciuli, en Décembre 1794, prononça dans le temple de i Ktre Suprême un discours très vanté où il recommandait de faire de la fête du décadi un enseignement : ce jour-là, chacun se pénétrera de ses devoirs et se fortifiera dans rattachement aux bonnes mœurs et dans la haine des tyrans ^ Mais ces efforts n*eurent aucun succès. La Convention elle-même finit par diminuer h- iiomlue des joui's de fèfr; ili's le .'^1 Aoiit, elle rendit un ilérreî qui ne maintenait comme fèie nationale que le cinquième jour sans-culottide ; les quatre autres étaient convertis CD Jours ouvrables.

1 Moateil, XVllf «jdc/e. I» 9». FhmMcA im Jahr 1, 01.

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Les espérances et les chances favorables des partisans du christianisme augmentèrent graduellement. Dès le mois de Décembre 1794, Grégoire osa proposer à la Convention le rétablissement des cultes. Mais la disette, alors effh>jaMef était la préoccupation unique, exclusive : une autre question pouvait-elle être abordée f La motion fut facilement écartée par Tordre du jour.

Au commeucemeiit de l'année 1795, le mouveiiieut s'accentua dans le même sens. Le 21 Février, on vota un décret sur la liberté des cultes qui, pour la première fois depuis longtemps, tenait compte, au moins dans une certaine mesure, des véritables vœux du peuple. L*exereice des cultes était positivement autorisé ; mais il était expliqué que la République n^en salariait aucun et ne leur accordait aucun local. Ce décret prescrivait aussi des mesures de police pour la surveillance des cultes et défendait toute dotation, toute taxe pour les ' cultes.

Quoique mesquins, quelque misérables que fussent les termes de cette décision, développée d'ailleurs par les lois des 22 Février et 14 Avril, la nouvelle n*en circula pas moins le jour même comme une traînée de poudre et porta partout la Joie. C'était, suivant Tancien calendrier, un samedi. A Tinstant, les marchandes des Halles annoncèrent qu'on dirait la messe le lendemain et qu'elles iraient rentendrc

Je ne sais si cette évolution religieuse put s'effectuer

t TaUmnx, U, 880.

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Mflsi facUement, du jour an lendemaiii. Mais il est certain que, le dimanche suivant, le l'^' Mars, elle était réalisée. En effet, un rapport de police du 2 Mars s'exprime en ces termes : « Hier il y a eu plusieurs « messes et autres services catholiques, maison de « François, Section de l'Homme armé ; dans quelques « autres endroits, de pareils rassemblements ont en « lieu pour le même motif. Mais, attendu la loi couoer* « nant la liberté des cultes qui met les sociétés « religieuses ainsi que tontes antres sons la surveil- <• lance de- la police, nous croyons devoir prévenir les « citoyens qui désirent composer ces diverses sociétés, « de faire leurs déclarations préalables * ».

Le mouvement religieux se développa rapidement ; on se montra même audacieux. Le 2 Mai, la police mandait : « Un homme avec une sonnette annonçait « que, demain, 13, on bénira Téglise du couvent u des ci-devant Billettes, et que, dimanche prochain, « on y dirait la messe... Ordres pour amener cet " homme se trouvant en contravention avec la loi <( sur l'exercteo des cultes, art 7 * ». Nous lisons dans un rapport du 9 : La liberté des cultes fait sur les « opinions une agréable diversion, les associations « religieuses profitent du décret pour ouvrir dans « nombre d*endroits des temples à leurs usages », Le 5 Avril, jour de Pâques, on mande de la Section des Amis de la patrie : « Plusieurs citoyens ont trouvé c( iiier matin dans leurs serrures des billets portant :

* La tmte «Itonaad porta par arratir : « 17 t. (ie AntuT.)

« Tous ceux qui ouvriront demain seront regardés €t comme Jacobins * ».

On demandait chaque jour plus hautement le

rétablissement complet, intégral des dimanches et des fêtos du vieux calendrier ; on voulait que, ces jours-là, le travail cessfit partout et que toutes les boutiques fussent fermées.

Beaucoup de gens sMmagînaîent que ce changement aurait lieu le 19 Avril qui était en même temps un décadi et un dimanche. La foule était absolument convaincue que c*était la dernière décade que Ton fêterait et qu*à partir de ce Jour on suivrait Tancien calendrier. Les femmes du faubourg Saint-Marcel y comptaient fermement et déclaraient ([u c un ouvrier « ne peut travailler neuf jours sans se reposer ' ».

Cependant le décadi fut célébré à. contre-cœur, le 9 Avril. Le 12 était un dimanche : Topposition au nouveau calendrier eut gain de cause et le dimanche fut observé. Un rapport du même Jour s*exprime ainsi : « VoîÛee catholique a été célébré hier dans différents « lieux de Paris avec toute la tranquillité désirable ; «f beaucoup de personnes y ont assisté, la majeure « partie des boutiques étaient fermées. Les prome- « nades et les spectacle» <^taient brillants et garnis, « mais on y remarquait que presque toutes les femmes u n'avaient point de cocarde ' ».

L*attitude du gouvernement mécontenta vivement :

s II, 316.

il n*aecorda aucune aneienne église au sorviee divlD. Il fallut 80 contenter des édifices privés. Les prêtres

stiniulùrent tlo toutes mani«'^res ce mécontentement. Un rapport de police du 17 Avril s'exprime ainsi : « Les prêtres et leurs partisans cherchent à émouvoir « les esprits ; il va paraître le premier samedi de Mai n un journal qui, sous le titre spécieux d'Ami de la « religion et de la Hépablique pourrait prêter des « moyens à Terreur et entraîner les têtes à se fana^ « tiser. Le prospectus de ce Journal est consigné dans « le supplément au n* 35 du Journal de Parti en date « du 27 Germinal (16 Avril) »

Il n'est pas douteux que la jonriic»' du 20 Mai 1705 (P' Prairial an III) dans laquelle le peuple envahit la Convention, s'explique tout autant par des mobiles religieux que par dos mo))iles économiques et politiques. Aussi, dès le 30 Mai, parut la loi désirée sur rexercice des cultes dans les édifices originairement destinés à cet usage. La Convention accordait une église à chacun des douze arrondissements de Paris. Ces douze églises étaient : Saint-Thomas d'Aquin, Saint-Sulpice, Saint-Jacques -du -Haut- Pas, Saint-Éueniie-du-Mont, Notre-Dame, Saint-Médard. Saint-Roch. Saiut-Eustache, Saint-(termain-rAux(>rrois, Saint-Merrj, Saint* Nicolas-des-Champs et Saint-Gcrvais*

Cette loi produisit évidemment un grand apaisement. Alors que, pendant les fêtes de la Pentecôte (24 Mai), Tagîtation de la rue n^était pas encore calmée, les rapports de police nous offrent un tableau satisfaisant

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tle la célébration du dimanche siiiviuit : « i^'esprit 'X public est bon et bien disposé. Les promenades sont fréquentées, les boutiques presque toutes fermées »>.... <( Dans les oratoires » (car tout naturellement les églises^ au lendemala de la loi du 30 Mai, n*étaient pas encore disponibles) « dans les oratoires desservis par «( les ministres réfractaires et les prêtres sermentés, « tout s'y est passé avec ordre et on n'y a proféré « aucune maxime contraire aux principes du gouver- " neraent ». Tout ceci i)ai'ut assez important à la police pour qu'elle se hâtât d'envoyer uii rapport au Comité de Sûreté générale

La Fête-Dieu fut également remise en honneur. On chôma le jeudi, 4 Juin, en l'honneur de cette féte et beaucoup de boutiques furent fermées. A la vérité, les processions ne purent sortir.

Mais le mouvement reli-jcieux fut si irrésistible, et le iiuiulire des églises concédées j)arut, avant même qu olks eussent été ouvertes aux lidëles, si insuffisant que la Convention dût se résoudre, le 18 Juin, à accorder encore it. la Commune de Paris trois autres églises pour Texereice du service divin : Saint-Laurent, Saint'Philippe-du-Roule et Sainte-Marguerite.

Ce n'est qu'à partir de ce moment qu*il peut être, à proprement parler, question du rétablissement du culte, i^ é^'lisc Saiiit-ticrvai.s l'ut uu verte jjour la premitMv l'ois le dimanche, 21 Juin, et, depuis ce jour, les vieux temples furent peu à. peu rendus au culte.

1 II, 350 0t

Aussi lisons-nous dans un rapport du 22 : <• C'est hier « que le culte a été rétabli ». Les adversaires de la religion se montrèrent mécontents. « Quelques « citoyens », poursuit le même rapporteur, « trouvent « qu'on donne trop d*ertension au culte ; d^autres « déclarent que le libre exercice du culte cathoHqne « vient de répandre la joie ». Nous avons déjà dit qu'à la première messe qui ait été célébrée, la distribution du pain bénit, en ce temps où l'on manquait de pain, excita un petit mouvement, « chaque citoyen « voulant prendre plus d'un morceau ». Llnauguration de Téglise Saint-Gervais fut, en tout le reste, pleine de dignité. Le service divin y fut célébré matin et soir par le représentant Rojer, évéque de TÂin. « Les « deux discours quil a prononcés, lisons-nous dans un « rapport officiel, étaient dnns les meilleurs principes « et respiraient cettf |ihiiosoi)hie douce et persuasive a capable de consoler des maux passés et de ramener CI les esprits à des idées d'ordre et de tranquillité, « seule base du bonheur des États * ».

Toutefois rÉtat fut beaucoup plus lent qu'on ne s*j était attendu à livrer les églises et ces lenteurs donnèrent lieu à de nombreuses plaintes. D*un rapport du Département de Paris an Comité de législation sur Mir le mois de Messidor an III (lOJiiin-18 Juillet 1795) il ressort, san*? îuicnn doute possible, que, sur ces quinze églises, une seule, àiadatedu21Juin,avaitétéouverte : Saint-Gervais. Les dimanches suivants, plusieurs

« U, 369 êt nif,jnt.

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1»ARI8 WtnkHT LA RÉVOLUTIOK. 49

autres églises furent livrées au cuite ; mais, un mois plus tard, on bon nombre restaient toujours; fermées. La raison de ee fait c'est qu'on ne procédait qu'avec méâanee an rétablissement du culte : on prétextait que ces édifices étaient encore pleins de vivres et de mansliandises« dépendantes des Commissions». Et voilà comment Notre-Dame, Saint-Sulpice, Saint-Laurent, Saint-Nicolas ne s'ouvraient toujours pas. Le Département s'était adressé sans succès aux autorités compétentes pour obtenir l'ouverture de ces édifices et pour qu'ils fussent débarassés de toutes les denrées qu'ils renfermaient. Il s'était adressé sans plus de succès, pour se plaindre de ces lenteurs, directement au Comité de Sûreté générale. Suivant tonte apparence, il n'arriva à ses fins que dans les derniers Jours de Juillet on an commencement d'AoAt, après avoir donné cette assurance : « Le Département surveillera avec le «r plus grand soin la conduite des ministres du culte et « celle des individus qui suivent des culte« différente. Il a aura le plus grand soin de prévenir les troubles et ff divisions qui pourraient naître et que la malveillance Il chercherait à entretenir * ».

La mauvaise volonté du gouvernement vis-à-vis des revendications religieuses attisait la haine contre la Convention et fortifiait le parti royaliste. A.u mois d'Août, on afficha un placard qui doiiuaiL cours à ces sentiments et qui produisit une grande sensation. En voici la partie essentiolh' : <« Peuple français, reprends « ta religion, et ton Roi légitime et tu auras la paix et

V du pain », Cotte afliche parut d iibord dans lo dopurtement de Soine-et-Oise : elle se rt-pandit t'iisuiLe dans beaucoup d'autres départements*, notamment dans les départements de TAisao, de la Somme et de la Maroe'.

L'opinion des grandes personnes, les tendances politiques de lafamiUe, de la société, venaient se réfléter jusque dans les jeux des enfants. Ceux-ci jouaient dans les rues de Paris au Jeu des « Patriotes et des Vendéens ». Il y avait deux partis : l'Année républic iinc ; la Vendée royaliste : le parti vendéen opposait aux Patriotes comme signe certain de la victoire : un crucifix *.

Sans aucun doute, la crainte de voir la religion masquer des menées politiques contribua puissamment au mauvais vouloir de la Convention, De cette préoccupation est né le décret du 17 Àoùt 1796, ouvertement dirigé contre les « rassemblements clandestins » qui se formeraient, h sons prétexte d'exercer un culte quelconque ' ».

Cependant la dernière heure de la Convention sonna bientôt. La Constitution directoriale du 22 Août qu'on

t II, 100.

« Dans la aéaneê du 90 Thermidor an III (17 Août 1795), Perèt, du Oers, propoka d'ajouter à la Constitution qai était ator* en

délibération un article en ce sens. Cet article ne parut pas de nature à entrer dans la Coiistimlion : rouis il fut renvoyé au Comité de Législation. Voyez le Monileur du 22 Août 1795, p. 1949. Je ne eaelie pte que le Comité de Légitlalion ait converti eette ptopoeition en un projet de loi, voté ensuite par la Convention. Les expressions de M. Sehmidt ne août donc paa parfaitement exactee. {Le trad.)

peot appeler le testament de la GoQTeiition, parut, malgré tout, marquer, par son art. 354, un progrès dans le sens de la liberté religieuse. Sans doute, la Constitution de Tan III 8*eii tenait & ce principe : « La

« République ne salarie aucun culte •>; mais, au lieu de renouveler les prohihiti Jtis antérieures touchant les taxes pour frais du culte, elle se contentait de dire : « Nul ne peut être forcé de contribuer aux dépenses d'un culte »; et, avant tout, elle garantissait en ces termes le principe de la liberté des cultes : « Nul ne peut être « empêché d*exeroer, en se conformant aux lois» le « culte qu*il a choisi ».

Mais, dès le 20 Septembre, la loi d'exécution dont la Convention fit suivre la Constitution de l'an III, apporta de nouveau au libre exercice des cultes de plus fortes entraves. Aux termes de l'art. 9, les communes ou sections de communes ne pouvaient acquérir, ni louer de local pour Texercice des cultes» Ii*art. 10 interdisait encore une fois toute dotation, toute taxe pour acquitter les dépenses d'aucun culte, de sorte que les seules eontributions autorisées étaient les contributions toutàlafois volont<u^c^, de circonstance, enfin variables. L'article 1<) interdisaitles cérémonies du culte hors l'enceinte de l'édifice y affecté ; elles n'étaient autorisées dans les maisons particulières qu'autant qu'il tt*j aurait pas un rassemblement excédant dix personnes en dehors des habitants de la maison; les eontrevenants étaient menacés de Tamende et de la prison. Aux termes de Fart. 19, nul ne pouvait paraître en public avec icà liabits, ornuuieuts ou costumes

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affectés à des cérémonies religieuses. Les art. 20 et 21 interdisaient toute participation des ministres du culte aux aotes de l'état civil. Enfin les articles snivants édietaient des peines contre les délits qqe pourraient .commettre des prêtres par la parole on par la presse : rien n'était plus dangereux que d*étre prêtre*

La Convention, expirante, chercha, en outre, & à créer un contre-jioids a la force d'attraction exercée par les cultes ; dans ce but, elle niulfi|»lia les fêtes républicaines et veilla à leur observation, ce qui était très contraire à l'esprit dn décret d'Àoût 1794. Dans cette direction d'idées, elle fonda, le 25 Octobre 1795, sept fêtes nationales ; et ce fut son chant du cjgne. Les sept fêtes étaient : la fête de la Fondation de la République ; celle de la Jeunesse ; celle des Époux ; celle de la Reconnaissance ; celle de TAgricultare ; celle de la Liberté ; celle des Vieillards.

PARIS PBITDAMT LA EÉVOLUTION.

6U1BBB MOUVSLLB AU CHBISTIANIfllUB.

Sons le Directoire, malgré la liberté religieuse que la Constitution paraissait garantir, le parti dominant, entreprit de nouveau, contrairement à l'attente générale, de détruire entièrement la religion chrétienne.

Voici quels étaient ses moyens: 1** persécution directe du cuite catholique, de ses prêtres et de ses fauteurs ; 2* guerre à renseignement privé et à tous les établissements d*enseignement privé, considérés comme foyers dangereux d'esprit catholique ; 3* direction antireligieuse dans les écoles publiques grâce a une étroite surveillance exercée sur l'enseignement et à sa mise en lisière, grâce à l'introduction de mesures régulatrices et coërcitiTes à l'égard des mattres; 4** fondation d'un nouveau culte et faveurs pour ce culte dit des Théophilanthrdpes, — il devait, pensait-on, rivaliser comme purement moral, avec le christianisme et arriver à TétoufTer ; — 5* développement des fêtes décadaires, destinées à se transformer en un véritable culte républicain qui absorbera tous les autres cultes et ânira par dominer seul.

Il est vrai que les prêtres catholiques travaillaient avec fanatisme à la restauration de la Royauté et, avant tout, à la restauration de la domination cléricale. Cest tout juste au oommencement du Directoire qu'ils

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se montrèrent plos hardis et reierèrent la tête. Il arriva soaTent, surtout en province, qu*à leur instigation et avec rassentiment général le vieux culte fut entièrement et promptement restauré. Le 2 Décembre 1705, un vojrageur, partisan de ]a République, écrivait non sans aigreur. <- Dans le département de la Vienne, « on entend partout le son des rîoches ; tomes les « églises sont ouvertes ; la messe, les vêpres et toutes « les bouffonneries ne cessent plus ' ». Dans le département de la Seine, les prêtres se montrèrent également plus hardis et se mêlèrent activement à la politique. Dès le 16 Novembre, on mandsit : dans les communes des environs de Paris les prêtres exercent une influence décisive; ils travaillent à empêcher de nouvelles élections pour la nomination d'officiers municipaux ; ils persuadent aux habitants que les fonctions des adjoints, en ce qui concerne les naissances, lo:? mariages, etc., sont une attribution essentielle du sacerdoce

11 est manifeste que, d'autre partf^e gouvernement et ses agents 8*exagéraient beaucoup les menées du clergé. Toigours méfiants, ils étaient prêts à expliquer par ces menées — et cela sans aucune preuve — toute opposition venant à se déclarer parmi le peuple. C*est ce que prouve, par exemple, un rapport du 14 Décembre où je lis : « Dans ces cafés rôdent une espèce « de gens qu'on soupçonne être dos prêtres défroques ; « ils avilissent la monnaie républicaine ; dans leur

> Fraiikrekh im Jtihr 1795, III, 346.

« Tableaux, U, 450.

« sainte fureur, ils annoncent que ce numéraire répu- « bUeain ne sera pas reça des habitants des campagnes,

u parce qu'il a été fabriqué avec, le produit des vases M sacrés ' ». Comme si la monnaie républicaine n'était pas méprisée de tous côtés et par toutes les classes de la société 1 Ck>mme si les laïques en masse, plus encore peut-être que la plupart des prêtres, n'avaient pas considéré comme un orime la spoliation violente des églises I

La célébration du dimanche par les classes industrielles était elle-même soupçonnée de n*étre qu'une

manœuvre imputable aux iJicires. « Des marchands, M des restaurateurs, des lingères, qui ont su tirer un « grand parti des assignats et ne veulent plus vendre « qu'en numéraire'», affectent, écrivent les dénonciateurs, Tair béat et la dévotion dominicale.

Le parti dominant se laissa de plus en plus aller à la crainte de voir le culte catholique devenir pour lui un danger mortel, une cause de ruine. La nuit du 24 au 25 Décembre, la nuit de Noël, fut Toccasion tonte spéciale d'inquiétudes extrêmes dans les cercles gouvernementaux. Les tenants du culte catholique, se murmurait-on à l'oreille, allaient faire célébrer la ipesse de Noël dans Téglise Saint-Merrj ; ce serait le signal du désordre, le signal de Témeute. On voulait donc à tout prix empêcher cet ottce de nuit. Le ministre de Tintérieur insista pour que le Département refusAt la per-

su, 543.

mission, si elle lui était demandée, et veillât à oe qne sa défense fftt observée *.

L'administration départementale se conforma à cette

consigne et la nak se passa paisiblement. Le rapporteur s'exprime ainsi : >< Cette nuit les patrouilles très « fréquentes, des rondes de police multipliées ; aucune « église n'a été ouverte; quelques femmes se sont « présentées dans divers endroits aux portes des « églises, croyant qa*on y célébrerait la messe de et minuit; la plupart se retiraient paisiblement, voyant « les portes fermées ; on n*a remarqué de rassemble- « ment et de mécontentement qu a la porte de l'église « Sainte-Marfruerito, où les femmes se plaignaient « qu'on empêchât l'exercice de leur culte • ».

Le jour de Noël se passa lui-même sans aucun trouble. Il 7 a eu partout, mande la police, « grande affluence tt de monde dans les édifices destinés au culte, dont Il les cérémonies se sont faites avec décence, il ne s*y « est rien passé de contraire aux principes adoptés « par le gouvernement * ».

La défiance du ^gouvernement vis-à-vis des sectateurs du culte catholique n'atteignit pas moins des proportions extraordinaires. Nous savons par un rapport de police du 24 Décembre à quelles mesures s'attendaient les catholiques : « Les sacerdoctens qui « enragent des mesures prises pour assurer Texécntion « de la loi contre les prêtres réfractaires, disséminent

t m, 14 êt «uiv.

« îîî, 21.

PARIB PINDAMT LA HBTOLimON. 67

« les eontes les plus lidieules et les pins absurdes, « pour corrompre Tesprit public, qui est excessivement «< mauvais. Selon eux, le Directoire a sollicité un « Comité général secret, pour aviser aux moyens los tf plus efficaces de faire fermer les temples, et d'emff pécher de dire la messe * ».

La situation notait pas moins tendue en dehors de Paris que dans Paris. Car, dans les départements, la population en masse prit également parti pour la religion et pour les prêtres. Des rapports de plus en plus nombreux se résument ainsi : dans tel et tel département l'esprit public est corrompu par le fanatisme et le AojraUsme Sur tout le territoire les partisans du ▼ieuz enlte et ses adversaires entrèrent, pour ainsi dire, en état de guerre et en vinrent souvent aux dernières yiolenees. Un rapport du 29 Décembre s'exprime ainsi : « Dans presque tous les départements, V on pille, on voie, on tue, on incendie an nom dn Roi « et jiuur la plu- ^^runde gloire do la religion. Dans (( ceux du midi surtout, les excès sont portés au plus ' a haut point ' ».

Les Patriotes attribuaient tous ces désordres au rétablissement du eulte ; les anciens Jacobins et les Terroristes s'emportaient contre les « coquins qui ont <c peruiis TouTerture des églises * ». Au contraire, aux jeux des catholiques convaineos, le mal s'expliquait

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