IV S
66 PARXk PENDANT LA RlèvOLVTION.
mais lo gouvLMMioment s'obstina à soutenir la nou?eUe religion, afin de détruire la religion catholique < .
Le Moniteur^ qui avait annoncé, le 28 Avril, la formation de la secte, chantait bcs louanges, dès le S Juin, et narrait ainsi ses succès : « Le zèle avec ff lequel des personnes de toutes les opinions suivent « les fêtes religieuses et morales des Théophilan- « thropes prouve l'excelloace de leur culte. Quel est, <« en elfet, Tami des mœurs qui ne verrait pas s'élever « avec plaisir une institution sage qui professe les « dogmes et la morale de toutes les nations de la
« terre ; une institution enfin qui tend à attacher
« par la religion tous les hommes à leurs devoirs « domestiques et sociaux et à resserrer parmi eux les « liens de la concorde et de la tolérance ? » On vantait la simplicité de ce culte, la pureté de sa morale « applicable à tous les pays, à tontes les sectes, à tous « les gouvernements, morale qui inspire aux hommes K la véritable fraternité ». On annonçait en même temps que la secte ouvrirait le l**^ Juillet sa première école et qu*elle 9*j inspirerait « d*une morale douce et « universelle ».
Favorisées par le pouvoir, les réunions des Théophilanthrojies, à l'opposé des réunions eatiioliques, ne furent pas ijuiuiétées par la police. Et cependant elles n'avaient pas lieu dans les églises et, bien entendu, elles comprenaient plus de dix personnes ! Vraisemblablement on se dit qu'à la vérité Tinstitut des aveugles
1 Beaulieu, VI, S5l et sniv.
Oig'itized
était une maison privée, mais que les réunions étaient publiques.
Le 11 Août, les éloges reparaissent dans le Moniteur, Le nouveau eulte, lisons-nous dans ce journal, s'exerce
paisiblenioiit dans plusieurs parties de la République et particuJit i\ ment dans Paris, « sans ministère, sans « sacerdoce et les jours de repos seulement », c'est-àdire les décadis du calendrier républicain ; « il exclut n. la superstition et le fanatisme; ii s'adapte parfaite* « ment aux sentiments et à la manière de voir de ceux « qui se sont éloignés des cultes mystérieux d, e*est>à« dire des cultes chrétiens. Ce culte est suivi non avec enthousiasme, non « avec cette ferveur d'éclat qui <( signale ordinairement les nouveautés, mais avec « calme et par assentiment du co ur et de la raison' »». Il a pour base deux dogmes : l'existence de Dieu et l'immortalité de Tàme. Sans doute, le culte des Théophilanthropes a le « juste désir de voir accueillir et « fréquenter ses exercices « ; mais il * sUnterdit comme « funeste le zèle ardent du prosélitisme m.
Malgré cette déclaration, La Revellière-Lépeaux fut précisément accusé plus tard, ù propos du culte qu*il avait fondé, d'un fanatisme qui l'éloig^nait, disait-on, « de toute idée de justice Et les documents contem-
t J« nprends ici quelques moU dan* le Moniteur, {Le trad,) * Séance des Cioq^Cento do 17 Juin l'#90. — Je ne retroatre
pa^ texiuellemeni ces expressions clans le Moniteur : le 30 Prairial 18 Juin l'/99), Boulay de la Meurthe disait : «■ Hevellière- <■ Lepfaux a de la moralité, j'en conviens : mais son entêtement c 9»i sans exemple ; son fanatisme le porte à créer je ne saii
é8 PARIft PEMOAMT LA RÉVOLUTION.
porains noos montrent bien, de lear côté, que la secte eberehalt) en effet, à écraser les vienz cultes, sans
aucune pitié, ni tolérance. Le Directoire et le Corps législatif lui venaient continuellement en aide j>ar d'utiles diversions. Ainsi la loi du 5 Septembre ITV'T imposa aux prêtres catholiques 1 obligation vcxatoire de prêter le fameux serment de haine à la Royauté. En même temps, les prêtres pertarbatenrs furent menacés de la déportation. Un arrêté du 25 Octobre donna le signal d'une nouvelle campagne contre la célébration du service divin dans les maisons particulières et contre les ecclésiastiques qui exerçaient le ministère dans ces conditions. D'autres arrêtés organisèrent la persécution contre la presse catholique.
Avant tout je remarque que les catholiques furent contraints par la violence, grâce à Tcxtension qn*on donna péniblement à la lot, de partager avec les Théophilanthropos Tusage des églises, l'avantage restant évidemment à ces derniers.
La loi du 30 Mai 1795 avait, il est vrai, concédé les églises « aux (Miltes, » telle est la lettre de la loi ; clic ne reconnaissait au culte catholique aucun droit exclusif sur les anciennes églises catholiques. Mais aucune association religieuse uon catholique n'avait depuis lors élevé de prétention à une part do jouissance sur les églises. Or, tout à coup, les Théophilantbropes,
« quelle religion pour l'éiabUMêment de laquelle il lacrine (outei
« les idées reçues ; il foule aux pieds toutes les règles du bon
K sens, il viole tous les priiici|ie.s et allaqiie la lilterté des
9 couscieaces {Moniteur du 3 Mesi>idor an Vil). {Le trad.)
protégés par La RevelUère, prétendirent non sans ▼iyacité à la cojoaissance de ees édifices, Est-U étonnant que les catholiques aient résisté ; qn^Us aient dénié aux réunions de cette seete le caractère d*nn w cnlte »> ; qu*ils aient soutenu — et non sans ndson viitiuient — que la loi, si ello n'était pas expresse, avait tout simplement négligé d'exprimer ce qui s'entendait de soi ? L'ouverture des églises a été demandée, disaient-ils» par les catholiques et accordée aux catholiques; en conséquence les édifices consacrés autrefois au culte catholique ne peuvent, ne doivent être rendns qu*à ce culte et non à un autre I Tout cela n*empécha pas les Théophilanthropes de pénétrer victorieusement dans les églises. IVous lisons, à ce sujet, dans le rapport des administrateurs du département de la Seine sur la période comprise entre le 22 Septembre 1797 et le 16 Mai 1798 : « L^administration « s*e8t empressée de faire droit aux réclamations qui «t lui ont été adressées par les citoyens exerçant le « cnlte théophilantbropique, qui deoiandaient, aux « termes de la loi, à jouir concurremment avec les < catholiques, des édifices qui leur avaient été accor- « dés... Elle a réglé, conformément à la loi, les heures « auxquelles les diflereats cultes auraient lieu ; « savoir : celui des catholiques jusqu'à onze heures « du matin; et celui des Théophilantbropes depuis cette «r heure Jusqu'à trois heures du soir * Ce règlement n'apportait au culte catholique d*entraYe très grave
i Taùteaux, m, m
qu'en cas de coïncidence du dimanche avec le décadi. Mais les conflits menacèrent bientôt de devenir plus nombreux et plus aigus. Car on mit tout en œuvre pour obliger les catholiques à transférer au décadi les oiflces solennels du dimanche.
L'administration départementale avait pris, de son côte, parti pour le nonvcau culte. Elle ne se lassait pas de le louer, aussi bien d'ailleurs que le commissaire du Directoire accrédite près d'elle. C'est en cette qualité que le fameux Mathieu écrivait, le 12 Mars 1798, au ministre de Tlntérieur : « Les associations « théophilanthropiques sont déjà des écoles de la plus « saine morale ; avec le temps sans doute cette « doctrine se propagera ; rien n'a tant besoin d'être « ri'pété parmi i<'s hommes que la morale ; une asso- « ciation ou secte qui a pour o1»jet de la rap[»eler s.'ins « cesse, est donc de la plus grande utilité. L'ouvrage « du citoyen I^anthenas intitulé La religion cwUe « pourrait fournir matière à quelques lectures dans « les sociétés de ce genre que les cantons ruraux « voient naître * ».
A la fin du mois de Septembre 1798, radministration départementale annonçait, de son côté, avec satisfaction: « Le eultotîit' uphilanthrupiquc a achevé de s'établir « dans tous les temples de Paris * ». Ainsi une concurrence formelle était entièrement orgaui Dans beaucoup d'autres villes on mit aussi les égliâes à la disposition des Théopbilanthropes ; mais ils ne purent
1 m, 307 > iU. 291.
preiMire racine. Ils n*eureiit qnelqae consistance qa*à Paris. Organisés dans cette ville comme une sorte d*armée destinée à supplanter les vieux cultes, ils j furent toujours fort mal tus : on les désignait ainsi :
« les filous en troupes ' »>.
Chose assez remart|ii;ihle : ;iu moment même où i'organifeulion des Théophiiunthropes est oniierement achevée, il s*élèvc des doutes officiels ; on se demande si le nouveau culte pourra atteindre le but auquel il vise. C*eBt ce qui résulte d*un rapport de Bupin, commissaire du Directoire, adressé aussi au ministre vers la fin de Septembre: Dupin, déclare, comme radministration départementale, «< quHl n'y a plus an- « jourd'litii une seule église, à Paris, où le culte des « Théoplillaiithropes ne soit inauguré ». Mais il ajoute : " Leurs asscmblc^es sont moins siiivios, I^eur culte « n'annonce pas une existenee durable. On entend avec V plaisir les discours des Théophiianthropes, dont la « morale est totgours l'objet et où ils ne mêlent aucune « question politique. Parlons au peuple par image, par « tableau ; conquérons ses affections par la vue et le « sentiment: peu de paroles et beaucoup de spectacle, « voilà ce qu'il faut pour l'attacher. L'artisan, l'ou- « vrier veut jouir ^tins application, sans réflexion « profonde ; rattcntion lixe et continue de l'esprit le le fatigue ; il veut être récréé ; de simples discours M rendorment. Les Théophilanthropes le savent, mais « ils sont sans moyens pécuniaires ' »•
> Beauhea, VI, 253.
t Tableaux, III, 32B.
Ces critiqaea ofiloielies d'ua culte précédemment si favorisé ne peuvent recevoir qit*aae explication : il B*agit d*aplanir la voie à ane nonvelle transformation religieuse oMeielle. C'est» en eflTet, précisément à cette date que le Directoire en arriva à ee mojen de destruction de la vieille religion qui lifriiro au cinquième rang dans Ténumération que j'ai donnée plus haut : je veux parler de la fondation d'un quatrième culte révolutionnaire. Ce coup atteignit les Théopbilanthropes en même temps que les oatlioiiques.
DÉVELOPPEMENT DE LA SOLENNITÉ DU DÉCADI ; SA TRANSFORMATION EN UN CULTE RBPUBUCAIN.
De la féte da déeadi telle qae le décret de Mai iospiré par Robespierre 8*étBit efforcé de la constitner il ii*était guère resté autre chose qtt*on fait légal : le décadi était pour les fonctionnaires le jour du repos.
Cette règle avait été sanctionnée de nouveau pai* l'art. 4 de la loi des cultes du 20 Septembre 1795.
Cependant, deux ans plus tard, le gouvernement du Directoire se décida à restaurer la féte du décadi, tombée en désuétude. Cette mesure lui parut le moyen le plus efflcaee d'assurer au calendrier républicain tonte la division qa*on désirait lui donner. Le ministre de rintérieur lança donc, vers la fin de Tannée 1797, une circulaire qui recommandait de nouveau la fête du décadi. Et, le 6 Décembre, l'administration du département de la Soino fit son premier rapport sur rcxécution de la mesure prescrite. Le Bureau central avait rendu, le 25 Novembre, une ordonnance de police défendant rigoureusement de mettre, le jour du décadi, des marcbandises en vente, à Texception toutefois des denrées. « Nous avons eu la satisfaction, écrit le « Département au ministre, d'apprendre que l'arrêté « du Bureau central avait reçu son éxecution et que « beaucoup de citoyens t n avaient reconnu la sagesse o en 8*^ soumettant avec zôle, Noos ne négligerons
« rien pour faire reconnaître et suivre le calendrier « républicain dans toute Fétendue de notre départe- «f ment. Noua avons prescrit à tous les institoteurs de « B*y conformer. Nous veillerons & ce que les fétos « républicaines et les décadis soient célébrés avec « ordre et décence, et nous sommes persuadés que « rex<'tiii)l(' ot la siirvoillaneo dos autoritéî? constituées « leur I I lulra loulc la suleniiitc qu'ils doivent avoir ' ».
Dans l'esprit de la circulaire susmentionnée, le commissaire du gouvernement, Mathieu, rappelait très expressément, le 5 Janvier 1798, à tous les commissaires, ses subordonnés, qn*ils avaient le devoir de s^occuper avec sèle de la célébration dn décadi, de surveiller les cultes, de lutter contre la superstition et les prt'jugrés. Pour les stimuler, il leur pruiiiettait de porter à la l unnaissaiic»' des autorités supérieures jours t ilort < ot les victoires honorables qu'ils pourraient remporter
Vf, en effet, dès le 12 Mars, Mathieu était en mesure de. faire un rapport sur les succès obtenus dans la lutte « contre les manœuvres liberticides du fanatisme », contre les « ruses multipliées qu^employent « les prêtres réfractaires pour renverser la République, « qu'ils abhorrent ». La mesure de « déportation, pour^ « suit Mathieu, prononcée à l'égard de plusieurs de « ce< ministres du uionsouge, a rendu les autres .siiiuu tt meilleurs citoyens, du moins plus réservés. La
iIU,mettiiiT.
* UI, S06 Si sniv.
Diyiiized by
« iacalté accordée au Directoire exécutif pour la c déportation des prêtres perturbateurs, est un gage « infaillible du maintien de la tranquillité publique ; « une sorYeillance habilement dirigée pourrait décon- « vrir les centres ou rendeE-TOus communs du fana- « tisme et du Royalisme * ».
D'autre part, il mando ce qui suit: « Los institutions « républicaines paraissent avoir repris qn. N|iie faveur ; « les fètos nationales ne sont plus, couinie avant lo c 18 Fructidor, un objet de dérision, une insignifiante « cérémoLie, an composé de marche et de processions « officiellement ennuyeuses; la masse des citoyens c commence à s*unir aux magistrats, Tesprit public « paraît demander à naître ; la diTision hebdomadaire c est tonjoars employée par les particuliers ; mais « Tusage du calendrier républicain commence à se ft répandre et à devenir plus familier. La fixation des « foire*- et marchés d'apri s le système décadîiire « achèvera de déconcerter les vieilles habitudes et le c TOBU du ministre de l'Intérieur sera rempli; avec « quelque patience, on verra le décadi vaincre le « dimanche, avec la même facilité que nos troupes « sont entrées dans Rome. Les citoyens de Paris € aiment les fêtes, et, si les fêtes nationales que leur « préparera l'autorité, sont le produit d'un»' belle « imagination et entourées de ITclat des lieaux-arts, «c elles seront, assurées de captiver l'admiration et de
> in« SOI.
« voir leur éclat relevé même par l'enthousiasme et le a nombre dos admirateurs " ».
En cette circonstance, Mathieu nous laisse apercevoir clairement quelle est à ses yeux la véritable tAche du gouveraernent : celui-ci doit en Tenir à constituer un culte officiel, culte d*État ou culte républicain, qui ne fera appel qu*à la raison et 8*occui»eTa exclusivement de renseignement des lois et de la morale. Aussi le culte des Théophilanthropes est-il, pour lui, un moyen préparatoire plutôt qu'un but final. C'est jiourquoi il vante la religion civib; du citovcn Lanthona^ : c'est pourquoi, élevant le ton, il annonce raveair : « Un jour sans doute, le gouvernement prescrira à « tous ses oomnsissaires, de faire en public, dans les « temples, la lecture des lois et d*accompagner cette « lecture de quelques discours de morale : quelque « appareil, donné à ce mode de publication de la loi « formerait avec le temps une institution républicaine ; « la loi qui est la raison écrite ])i cndrait plus d'empire, « et la raison qui est la loi non écrite prendrait plus (( d'ascendant ; ce double flambeau ferait disparaître « les préjugés dont vivent encore quelques enfanta « bfttards de la superstition ' ».
On est surpris d*entendre Mercier déclarer, lui aussi, que le catholicisme se meurt. Il est sous Tempirc de cette idée folle. A la vérité, écrit-il, quelques églises, les Jours de fête, sont pleines de fidèles, <i mais les « tavernes le sont beaucoup mieux encore » : « il n'jr a
1 in, 305 «t raiv.
Digiiizeu by LaOO^it:
pAm piNDANT LA nivoLimoN. 77
« plus que les femmes sans jeunesse qui af^sistent aux « débris da culte catholique, jadis si brillant. Il fait « toat pour recouvrer 8a splendeur; il n'en viendra « pas à boni : il lutte, mais il ae peut pas tenir devant « toutes les idées nonveUes et les nsages qui le « repoussent insensiblement dans le ridicule et dans « ronbli « 1».
Cependant la lutte contre le catholicisme n'était pas aussi facile que se rimap-inaiont Mathieu et Mercier. Ce même Mathieu eut lieu de faire savoir au gouvernement que les espérances des catholiques avaient fait précisément & cette époque de tels progrès que, le 4 Mars au soir, une réunion des prêtres de la ville et des cantons ruraux s*était tenue en Téglise ci-devant Notre-Dame pour élire un évéque, sans qu*U ait pu Fempécher. Ost lui encore qui dut engager le gouvernement à <:urveiller de plus en plus sévèrement le « fanatisme « et le Rojralisme, ne fût-ce, comme il dit, « que pour les détromper de l'erreur dans laquelle ils «L sont ou paraissent être, que c'est pour eux qu'on « travaille lorsque Ton prend quelques mesures contre « Tanarcbie ». A cette date, en eifet, le catholicisme faisait, non sans succès, beaucoup de propagande* An mois de Mai 1798, parut une série de brochures qui préoccupèrent vivement la police. Cette publication avait pour titre Aes annales de la religion : elle tendait, — je reproduis la dénonciation même du Bureau central, — «A À replonger les hommes peu éclairés dans le fana-
1 ll«iei«r. Le nouveau farit^ VI, 2K,
78 PARIB PBMDANT LA RÉVOLUTION.
« tisme, à les remettre sou» le joug du despotisme K sacertlot.il, propager le fanatisme et la superstitioa tt sur loiis les points do la République ' n.
Le gouvernement sut, en cfret, surveiller enorgiquemcnt et même persécuter. 11 alla si loin que les ecclésiastiques insermentés qui, vu leur âge et leurs infirmités, avaient été précédemment autorisés à rester sur le territoire de la République, furent eux-mêmes inquiétés. On voulut les contraindre à prêter le serment de haine à laRojauté prescrit par la loi de Septembre 1707 : en cas de refus, ils se trouvaient sous le coup des mesures les plus rif^^oureuses -.
Mais ce que le gouvernement avait par-dessus tout en vue, c'était le succès des f«»tes décadaires. Le 3 Avril 1798, parut un arrêté du Directoire qui proscrivait l'observation très exacte et très complète du calendrier républicain. Tout devait se plier d'une façon absolue à la division décadaire ; les dimanches et les fêtes de Tancien calendrier étaient absolument proscrits ; toutefois Tinobservance du décadi n'était formellement frappée d'aucune peine. Mais on plaçait sons le coup de ritilerdictiou les journaux et les écrits périodiques qui ajoutaient aux dates du nouveau calendrier celles de l'ancien ; on menaçait de fermer les théâtres (pii ne réglaient pas leurs représentations d'après le calendrier républicain ^. En même temps, les catholiques étaient poussés plus violemment que jamais à transférer leur
s Mo)ntcur (lu 7 Avril 1798. Mercier, VI, 148 et suir. » Taùieau^c, 111,308, 310.
PARIS PENDANT LA r6V0LUTI0N. 79
jourdcfôté du dimanche au dt^cadi. Sur quelques points, rauloritô juihliquc usait ili t ontrainte, déclarait ce transfert oblig-Mtoire ou décrétait d'office que les églises ne seraient ouvertes que le jour du décadi.
L'arrête du 3 Avril donna lieu — on n*en sera pas surpris — à des difficultés sans nombre, surtout parmi les campag^nards. On ne recula devant aucun moyen pour le faire réussir. Dans lo district de Pierrefitte, le commissaire du gouvernement, Ouyel, eut recours ù la ruse. Le décadi tombait précisément le 9 Avril (20 Germinal), lendemain du jour de Pâques, qui «itait le 8 : Guyei invita l'administration à faire publier solennellement l'arrêté du Directoire, le jour de Pâques, veille de la décade. Il voulait donner, par là, à cet arrêté une consécration plus grande : il espérait que Tarrêté produirait son effet tout an moins pour le lendemain et qu ainsi le prochain décadi serait ponctuellement observé. Après quoi, pensait-il, on s'habituera à ce qu'on a fait une première fois et le déradi s'acclimatera. Ce calcul échoua. Le peuple crut qu'une loi foi'melle lui défendait le travail lo décadi et, par crainte d'une peine, il s'en abstint totalement le lendemain, plus scrupuleusement même que le jour de Pâques. Mais, dans le courant de cette première décade, les adver* saires du nouveau calendrier éventèrent la mèche et expliquèrent qu'aucune toi ne défendait formellement do travailler le jour du décadi et que ce n'était qu'une simple invitation de la part du Directoire. Il n'en fallut pas davantage pour opérer un changement de front complet. Les citadins et les paysans les
plus mutins donoèrent, le décadi suivant, Texemple de la désobéissance, et, narguant les gendarmes, Os leur dirent : «t Nous allons^ travailler et vous pouves
< venir noos arrêter ». On alla aux champs ; on ouvrit boutiques et ateliers. Depuis lors et pour longtemps le décadi fut négligé dans le canton de Pierrefltte ; on revint au dimanche.
Guvel, au commencement du mois do Juin, racontait ces laits au ministre de rintérieur. 11 ajoutait les observations suivantes : « Le peuple en général « renonce difficilement À ses habitudes, même mau- « valses. Il a pourtant tant de respect pour la loi que, ft si elle eût prononcé une peine quelconque contre les « infracteurs du calendrier républicain, Tancien dispa> « raltrait totalement... Certes, dans un état libre oh « on ne doit obéissance qu'à la loi, il est permis de faire a tout ce qu'elle ne défend pas. D'où je conclus qu'une « loi est absolument nécessaire [lour faire udoi)t«M' les tt institutions républicaines. Dans un pays vieille ment « constitué les mœurs doivent précéder les lois ; mais, « pour former une régénération, les lois doivent « instituer les mœurs adaptées au gouvernement
< nouveau ».
Ce Guyel écrivait en même temps au Directoire : « Il est un fait malheureusement trop certain, c'e^t « que le peujjle en masse parait ne vouloir d'aucune « de nos institutions. Cette opiniâtreté ne provient « cependant pas de sa haine pour la République (U « s*avoue intérieurement les bienfaits qu'elle lui a « procurés, tout en refusant extérieurement d*eii
« convenir) ; mais seulement de cet attachement « iDYétéré qa*il eonserve longtemps pour ses habitades, « — bonnest Ticienses ou indifférentes en soi — . Je ne « dois pas vons laisser ignorer qu*il est du bon ton, « même parmi le peuple de nos campagnes de paraître « dédaigner tont ce qui tient aux usages républicains ; « eiïci pernicieux do la mode» «^ui a do tout temps « tyrannisé le Français pins qu'aucun j)euple du « monde. Nos riches paysans, (lui ont le plus gagné à « la Hcvolution, se montrent les ennemis les plus « acharnés de ses formes ; un citoyen qui dépendrait « d*eiix en la moindre cliose, et qui s'aviserait de leur « donner la qualification de Citoyen^ serait à Tinstant « chassé de leur maison. Ils refusent même de donner « ee titre honorable aux fonctionnaires publics, dans « la crainte qu'ils ne le leur rendent. C'est la honte de « celte classe entière qui seule s'est enrichie par la « li' \ iiliition, sans nulle compensation de pertes ; la tt République ne devait pas s'attendre à être méconnue « par ses enfants gâtés ».
Il nous apprend ensuite que c'est le peuple qui s'oppose plus que les prêtres à la translation de la solennité du culte du dimanche au décadi. « IjCs « prêtres, dit-il, sont encore un obstacle à la renais- « sance de l'esprit républicain n \ mais le moment approche où ils seront dans l'impuissance de nuire. Seulement qu'on ne cesse pas de les surveiller. « Un « exemple d'une juste et nécessaire sévérité sur le «L plus fanatique de chaque canton suffirait» non pour
c rendre les autres citoyens (les prêtres ne pardonnent !▼ d
« Jamais), mais pour les empdcbsr de mal faire. « D*ailleur8, ils tombent journellement dans un tel
« discrédit que bientôt ils seront dans Theurense u milluissance de nuire aux institutions républicaines, « La majorité d'entre eux a consenti h transporter aux « décadis la solennité de leur culte, et c'est le peuple « qoi parait s'opposer aiù<>"^^'^"^ ^ ^^^^ translation ».
Cette observation conduit Guyel à un aven bien remarquable : les fonctionnaires sont, à ses yeux, encore plus dangereux que les prêtres et leur responsabilité est plus grande. Kn effet, cette résistance du peuple à toute nouveauté est fortifiée par la cunduite de ses magistrats immédiats qui frondent ouvertement, tournent même en dérision tout ce qoi touche k la République. « Les agents des communes dans les « cantons ruraui ont une telle influence sur leurs « concitoyens qu*il dépend absolument d*eux de porter « le peuple h solenniser nos fêtes républicaines ; ils « n'ont iju'à le vouloir, c'est-à-dire à donner l'exemple tt pour tout ce qui a trait au caiendrier républicain, pour « qu'il soit généralement et simultanément observé. « Mais il ne suffit pas que quelques agents le fassent ic isolément (comme il 8*en trouve quelques-uns) ; que « tous les agents même de quelques cantons donnent « le bon exemple : il est nécessaire que tous les agents « de la République et autres fonctionnaires concourent « ensemble (et ils le feront, si le Directoire l'exige), «i pour former la plus sainte des coalitions contre les « pr^ugés royaux, nobiliaires et sacerdotaux de nos « pères esclaves ».
PA&Iâ PENDANT LA RÉVOLUTION. 83
Ûujel conclut demandant deux chcses : 1) une loi coercitive pour la célébration des jours décadaires, quelque légère d'ailleurs que soit la peine ; le succès
de cette loi est infaillible ; 2) la destitution de tous les fonctionnaires mal intentionnés.
En ce qui concerne la destitution, Guyel donne au ministre les explications suivantes : « Le gouvernement « a une arme puissante contre tous les fonctionnaires « publics : la destitution ; exercée à propos , elle « produirait un effet certain, parce que, dans nos « campagnes surtout, ces mêmes fonctionnaires ont
une influence si grande qu'ils peuvent tout, le bien « comme le mal . Et malheureusement les agents « insouciants, pour ne dire rien de plus, sont en « nombre ; et les vrais patriotes sont clairsemés. Dans « un moment où il faudlrait être dix contre un pour « faire le bien, an senl mauvais contre dix bons fait « tout le mal possible ».
S'adressant au Directoire^ il est plus explicite encore sur ce point : w Après la loi que j'invoque, écrit-il, le « reste est tout entier entre les mains du gouverne- « ment, il s'agit de forcer, par la destitation, tons « les fonctiounaires publics à donner Texemple du tt Républicanisme. La destitution est excessivement « crainte ; elle prodoit plus d*effet8 qn'nne peine ti infamante ; j'en ai acquis la preuve . Quelle « arme puissante entre les mains d'un pouverne- « ment sage ! Vous pouvez donc. Citoyens direc- « teurs, rappeler tous les fonctionnaires de la « Répnbliqoe à Tobservation stricte et simultanée
84 PARIS PratDANT LA RÉVOLUTION.
« des institations répubiicainei. QaMls astisteat à nos € f(HeB, eatouféB de leur fiunUle ; qo!!» fasseat otoerrer c par leora enfanta, laars domestiques et lenrs onvriera, « lef Joars da repos répablioain ; qn*ils ne se servent « qne des nouvelles mesures, qu'Us ne reçoivent et ne « donnent d'autre qualification que celle de Citoyen^ « qu'ils ne parlent enfin ([uc la langue n^publicaine — « et bientôt la France cessera d'être en opposition « avec son gouvernement, et alors — mais seulement « alors — il sera vrai de dire : La République française « existe ».
jBnfin, dans son rapport au ministre, Oujel si^nato un fait bien remarquable, je veux parler du désordre et de la eonfasion qui régne dans Texéeution des lois :
« Un des grands abus que je vous dénonce encore, « c'est cette différence énorme qui se trouve dans « l'exécution des lois ou arrêtés d'un département à « un antre et souvent d*un canton à>un autre du même «r département. Le département de la Seine a beau « donner Texemple à ses voisins , on ne pourrait « jamais croire que les autres départements obéissent « aux mêmes lois. C'est doncù vous. Citoyen ministre, « à exiger cette simultanéité d'exécution dans toute « la République et qu'on ne puisse pas dire : on exige « telle cbose ici, et on n'en parle pas ailleurs. « En outre du mal général que cette inexécution « cause à la chose publique, elle Jette une grande « défaveur sur les fonctionnaires qui s'acquittent de « leur devoir, et porte le peuple à croire que c'est le
« Mprioe d'an homme, et non la loi, qui exige telle « ehose * ».
U eit évident que ces plaintes dénuées d'artiflce ponseèrent l'administration du département de la Seine à faire un pas sérieux en avant. Elle aborda la première, donnant ainsi Texemple, la question des fone*
tionnaires et des fèten décadaires. Sans aucun doute, Dupin, commissaire du gouvernement près l'administralion centrale de ce départoment, Dupin qui, en sa qualité de commissaire centi>al, recevait les rapports du sous-commissaire Guyel, avait été incité par les communications de ce dernier à songer à la solution de ees deux problèmes : « activer la rentrée des cour tiibutions » et, en même temps, « propager et fortifier le goût des institutions républicaines s ; e*est d'aeeord arec Gujel qa*!l arrirait à cette conclusion : les fonctionnaires publics doivent, avant tout, contribuer par loni zèle au succès des institutions républicaines. Tel est le but qu'il avait en vue en soumettant, le 16 Juin, à l'administration du département un projet d'arrêté tranchant dans le vif, qui fat immédiatement adopté.
L*arrèté dont nous parlons, débute par ces réflexions : « Toutes les personnes et tontes les choses « doivent prendre Tesprit républicain et les formes « républicaines » ; il est du devoir de tous les bons « citoyens et surtout des fonctionnaires publies, de « former une sainte coalition contre les préjugés a aatirépublicains » ; « les canioas où les magistrats
■ Mta», m, «11 « sriv.
S6 PAB» pENHAirr la néroLUTioiv.
« donnent lo bon exemple, se distinguent avantapren- « sèment par l'observation plus exacte du calendrier c républicain, par la célébration plus solennelle des « fêtes nationales, par la destruction plus complète « dn fanatisme et par la rentrée plus prompte des c contributions ». L*administration recommande, en conséquence, à tous les membres des administrations mnnidxiales, présidents, agents, adjoints et officiers municipaux, bien plus, elle leur enjoint expressément sous les peines portées par l'art. 194 de la Constitution : u 1" de payer leurs contributions dans \vs d . lais « prescrits par les lois »; 2** d'assister exactement aux « fêtes nationales avec leurs femmes et leurs enfants ; « 3* d*observer eux-mêmes et de faire observer par « leurs enfants, ouvriers et domestiques les jours du Il repos républicains ; 4* de n'employer que les nou- « velles mesures, de ne point souffinr qu'on en emploie « d'autres avec elles, et de ne dresser ni recevoir « aucun état, ni mémoire oîi les quantités seraient « exprimées pai 1 s anciennes nirsiires ; 5* de no recc- « voir et ne donner d autres qualifications que le nom « glorieux de C itoyen ». Pour conclure, l'administration déclare qu'elle s'empressera « de rendre un témoignage « public des fonctionnaires sélés », mais qu'en même temps elle est « déterminée à sévir contre ceux, « qui donneraient un coupable exemple ».
Le ministre de l'Intérieur, Letourneux, approuva cet arrêté et, le 11 Juillet, il pi*oposa an Directoire la généralisation do cotte mesure, c'est-à-dire son application à toutes les autres administrations de la jRépubliqao.
Mais le Directoire répondit textuellement ce qui sait : « Oa a« peat pas admettre un pareil arrêté. Proposer « une mesure qui aura été méditée davantage v. Il est évident que la crainte de s'aliéner entièrement par une pareille mesure toute la classe des fonctionnaires avait dicté la réponse du Directoire *.
La question des fêtes décadaires fut abordée avec plus de succès après la mi-Juillet, au sein du Corps législatif. Tout d'abord, une loi du 4 Août ordoima que les décadis et les jours de fête nationale seraient, pour toute la République et sans nulle restriction, des jours de repos ; qu*en conséquence tous les bureaux, toutes les écoles, toutes les boutiques et tous les ateliers seraient fermés ; tout contrevenant encourait une peine. Mais le fruit principal de ces débats, ce fut la loi du 13 Fructidor (90 Août 1796). Aux termes de cette loi, chaque décadi, radministration municipale, le commis.suii o du Directoire exécutif et le secrétaire doivent se rendre en costume au lieu destiné à la réunion des citoyens pour célébrer la féte. Cette solennité comprend la lecture des lois et actes correspondant à la décade écoulée ; la lecture d*un Bulletin décadaire des aflidres générales de la République (ce Bulletin fait connaître en même temps les traits de bravoure et de civisme ; il contient aussi un article instructif sur ragricultare et les arts mécar niques); la cérémonie comprend encore : la célébration des mariages civils, laquelle n'aura lieu dorénavant
*^UI,3l5stioiT.
^ PAMft PBMDAirr LA ftAvOLUTIOlT.
que le décadi et dans le local destiné à la nninion des citoyens ; — c'est le président de radmioistratioa manictpaie qui fera ces mariages ; — la commonicatioQ dea naissanees et déeèa ainsi que des actes portant reconnaissance d*enfants nés hors mariage, des actes d*adoption et des divorces. Les institntears et instîtiitrices d*éoolei soit pnbliqaes soit particaKères étaient tenns d*a88i8ter aux fêtes décadaires avec leurs étèTes. Le Directoire promettait d'établir des jeux et exercices gymnastiques le jour de la réunion décadaire. Enfin une loi du 9 Scptemhre prescrivit, s«>ii^ des peines sévères, Tobserv^j^tion très exacte du calendrier répu> blieain.
Ces actes législatifs qui répondaient essentiellement aux Yues de Mathieu sur le rétablissement d*un culte civique, ouvraient une voie très nouvelle. Il faut remarquer d*abord qu^on doiinait an mariage civil qui, originairement, n'avait en soi rien d'hostile au mariage religieux, qu'on lui duimait, dis-je, la mission de faire au mariage religieux une concurrence désastreuse ; c'est dans ce but que le mariage civil célébré jusque-là par un offîcier communal du second ordre, acte extrêmement simple, sans nul apprêt et pour ainsi dire bureaucratique, fut transformé en une cérémonie publique, solennelle et brujante, célébrée par le chef de la municipalité.
De plus, lorsqu'on suite do ces lois, il fallut désifi ner le local de !a fête, on crut le moment venu d'assurer le triomphe complet du décadi, en portant un coup . mortel au culte des Théophi lan thropea ea même
PAUIS MBflïANT LA RÊVOLtJTKWf . 80
temps qu'au culte catholique. Le 18 Septembre 1798, radmuisIrmtloB éa départemeni de la Seine ordoiioa que, dans les eantons ruraux aussi bien qne dans les arroadissemetits de Paris, les fétss décadaires seraient eélélirées dans les édifiées dont Tasage avait été rendu aux citoyens par la loi du 11 Prairial * an III» e^est-àdire dans las églises. « Dans ces édifices », porte textuellement l'arrêté, « l'exercice de tout culte V cessera à huit heures et demie précises du matin ; " il ne pourra reprendre qu'après que les administra- « tions municipales auront exécuté tout ce qui est tt prescrit par la loi du 13 Fructidor, pourvu toutes « fois qu'il ne soit pas plus de six heures du soir en « hiver, et huit heures en été * ». £n ee cas, un service du soir n*était pas même possible.
Pour combler la mesure, Tarrété contenait encore cette prescription vezatoire ; « Les édifices dont il «c s*agit, pendant toute la célébration des décadis, ne « devant plus être considérés tommo destinés à des « cultes particuliers, et la loi devant seule y être « coDDue et entendue, les sectateurs des différents € cultes seront tenus de faire enlever tous les signes « quelconques de ceux qu'ils exercent et de les faire « voiler, lorsqu'ils ne pourront être transportés. Nul « ne pourra, sous les peines portées en Tart. 18 de Ut « loi du 7 Vendémiaire an IV, paraître dans lesdits
1 Le ré(lsu;leur de l'admiDistratioa du départemeol de la Seine •I, après loi, M. Sehmidt, ont écrit psr «rrenr : « 30 PnirUl ». (te M.)
• ilI,3iS<ti«iT.
« édifices peadant la célébratioii du décadi avec les « habits, ornements on costumes aflbctés à des céré* « monies religieuses ou à un ministre d*un culte ». Mais « il sera placé dans le lieu le plus apparent des « mêmes édifices un tableau contenant la déclaration « des droits et des devoirs de l'homme et du oitoven ' •».
AiiiM les autoritc^s pouvaient, d»'>sormais, ahréger ou empêcher, suivant leur bou plaisir, l'exercice du culte, en prolongeant les solennités décadaires. Ët, de fait, on ne tarda pas à se plaindre de la longueur des fêtes décadaires *. Les Théophilanthropes se sentirent très sérieusement atteints, parce qu^ils célébraient leur culte exclusivement le décadi ' . Avec eux , les catholiques, qm .s'étaient prêtés ou qui avaient été forcés à transférer le service divin du dimanche au décadi. Du reste, tous les autrei) catholiques avaient à souffrir de cet envahissement ; car, d'une part, les dimanches et jours de fête coïncidaient assez souvent avec le décadi et, d*autre part, le culte catholique s'étendait non seulement au dimanche, mais à d'autres jours de la semaine. Cet arrêté devait donc nécessairement faire naître une foule de collisions avec les cultes. On commença contre eux une battue en récrie : on en arriva peu à peu à leur enlever si bien le temps et l'espace que finalement Tezercice du culte fat réduit à néant. D*autre port Tarrété manquait son but, en ce qu'il avait, ce semble, pour résultat de fortifier
a III, 348.
s MwUeur do 90 JniUti 1196.
les catholiques dans leur attachement aa dimanche on dans. leur désir d*7 Tevenir.
Ce qu'il y a de particulièrement remarquable et ce qui ne s'explique que par un changement de système de la part du Directoire, c'est que ce même culte, qui, à J'originef avait été destiné par le gouvernement luimême à damer le pion au culte catholique et qui, de de son c6té, avait répondu le plus obligeamment du monie aux intentions du gfOUYemement, je veux parler du culte des Théophilanthropes, se vit maintenant tout particulièrement en butte aux chicanes de Tautorité. De tous les conflits qui surgirent, il en est un remarquable entre tous par l'acrimonie et la durée do la lutte. Les Théophilanthropes avaient pris l'habitude de célébrer leur culte dans la nef et le chœur de Notre-Dame; or la municipalité du IX* arrondissement consacra exclusivement ces deux emplacements à la célébration des fêtes décadaires. De là un conflit très kii^vc qui se prolongea pendant des mois *.
Cette innovation avait aussi ses conséquences pour les fonctionnaires. En effet, ceux-ci prenaient part à la féte décadaire qui durait de longues heures, souvent la journée entière ; ils ne pouvaient donc jouir du repos et de la liberté d*nn jour de rel&che ; ils se trouvaient astreints à une dépendance plus grande et & une activité plus fifttigante que pendant la semaine. On ne sera donc pas étonné d'apprendre que la classe des officiers municipaux n'ait point été enchantée de ce régime nouveau.
« TaMemu, 01, 887.
9t PAin PEWlftAIfT LA ftivetUTioif.
Cependant cooimc cotte nouveauté semblait menacer los cultes d'un anéantissement com[>let, les organes du pouvernoment ot du parti antichrétien domioaat laissaient déborder leurs espérances.
Déjà dans son compte -rendu de la période écoulée entre le 16 Mai et le 22 Septembre 1796, radminia* tration départemeatale, 8*adrestant an mloietre, 8*était éerlée trlomphalemetit : « Les temples peu H fréquentés, les prêtres sonrelllés, quelques-uns « arrêtés pour avoir refusé ou rétraeié les serments « prescrits par les lois... Dans les cantons ruraux, la « plupari, des prêtres catholiques ont eu le bon esprit « de tran-^porf or leurs soleuûitésau décadi. Ils s'étaient « même retirés de plusieurs eommunes avant la loi sur « les fêtes décadaires ' ».
Le rapport de Dapin sur la période éooulée entre le 18 Août et le 21 Septembre intéresse la même pbase. V Dans les oampagnes* éerit41, le trône saeerdotal ft s^éoroule ehaque jonr. Dans plusieurs cosunnnes les « prêtres ont véeu ; dans d'antres on parvient à les « muscler ; quelques-uns même se prêtent d'assez bonne « grâce à porter leur office au décadi. A Paris, ils sont « plus tenaces, plus obstinés, mais non plus puissants. « On ne voit plus guère autour d'eux que des vieillards « et des enfants. On déserte les églises pour les bals (c champêtres. Cependant il ne fant pas encore chanter « victoire. Si Ton n'y prend garde» ils vont sVmparer t de rinstrocUon de l'enfance et de la jennosse. Tons
« Ul, 281.
PAHn PfllIDANT LA RÉVOLUTIOir. 9S
c se font instituteurs ; il est bien urgeat de leur a enlever cette proie. Omt, enflii, c'est laisser au tigre ft rédueation de Tagnean. Une Un qui ordonnerait à « tout instituteur d*étre marié, eu chasserait beaucoup c de ces fonctions sacrées ; ce serait une grande » conquête pour la Uépublique ' »>.
Ailleurs il dit : « Je compte sur le succès des fêtes « décadaires. Les administrations y donnent tous leurs « soins. Ce n*est pas qu'il n\y ait bien quelque fonco tionaaire à qui cette institution déplaît, et surtout « dans les campagnes ; ce n*est pas que ce ne soit un « grand chagrin pour plusieurs de voir leurs chères « églises devenir enfin les temples de la Raison ; ce « n'est pas que les sectateurs de différents cultes ne te se plaignent qu'on leur en interdise l'exercice dans « les églises pendant la célébration des fêtes décail daires ; ce n'est pas enfin que beaucoup d'offtciem « municipaux ne regrettent de ne pouvoir plus se « reposer le décadi et ne fassent sonner très haut « qu'ils ne sont point salariés. Malgré tous ces petits « intérêt*», l'impulsion est donnée et la loi s'exécutera. « L'administration centrale a adressé à ce sujet des « instructions aux municipalités ; elle a mis une 5omme « à leur disposition pour décorer patriotiquement le « temple décadaire ; elle a ordonné les mesures de « police nécessaires relativement à rezercice des « cultes ; et Je crois pouvoir dire que cela ira bien ' ».
1 m, 325 et «uiv.
Ul, 382 «t Miir.
94 PARIS PlMlMkNT LA RAtOLUHOIT.
Bnpin et ceux qui étaient animés des mêmes sentiments voyaient avec un vif dépit le vieux calendrier religieux accolé malgré tout au calendrier républicain dans les anouaîres imprimés ; pour Tau VI par exemple, on Usait en face de: «S8Mv6se, oetidii^, eette mention parallèle: « 17 Janvier 1798, meroredi, saint Antoine » ; en face de : « 11 Thermidor, primidi v: « 29 Juillet 1708, dimanche, saint Loup » ; en face de : « !^ Thermidor, nonidi »: « 10 Août, jeudi, saint Roch » ; en face de: « 21 Fructidor, primidi » : « 7 St pti iabre, vendredi, saint Cloud ». Contre de pareilles publications Dupin entre en campagne, entiammé.
Le triomphe du calendrier répnblieain, écrit-il au ministre, est assuré. « Dé^jà le dhoanche expire à la « porte des boutiques ouvertes et chaque coup de « marteau de forges hftte sa destruction. Mais, par Ci queile fatalité te fanatisme échappe-t-i! toujours » aux attaques de la philosophie ? Après sept années u de triomphe, la République voit encore les coryphées « de la superstition s'asseoir effrontément à côté de « .son annuaire. C'est déjà trop, selon moi, de portt mettre qu'on imprime en France le calendrier n grégorien. 11 devrait être saisi comme mesure abolie, « comme on saisit et Faune et la voie. Mais qu'on « Tacoole à Tannuairs de la République, qu'on y joigne « toute la légende monastique, que ce monument de « superstition vienne se placer sur le bureau des « fonctionnaires publics, c'est une honte ! Les prêtres tt savaient bien qu'en s'emparant de nos sens, de nos « affections de notre imagination, ils consolideraient
« leur empire ; ils savaient bien qu'en mettant chaque jour sous nos ^eux un nouveau trait de dévouemeat « pour leur puissance, ils attacheraient par le merreil- « leax et fixeraient les peuples à leurs genoux. « Pourquoi donc par un motif plus digne ne nous n emparerions-nous de leurs idées, quand elles .« peuvent être utiles à la chose publique f Pourquoi, « efRiçant le nom des saints et des martyrs, n*y K substituerious-uons pas ceux des Républicains, des t< bienfaiteurs de l'humanité ? C'cf^t dans cet almanach « respectable que les pères choisiraient los prénoms « de leurs enfants. Faut-il donc qu'une génération « républicaine reçoive en naissant le cachet de la « sottise ! Cette idée n*était pas échappée à la Gonven- « tion nationale» lorsqu'elle décréta notre annuaire. <« A la légende mystique elle avait substituée une « nomenclature intéressante, puisée dans les productions « les plus utiles de la nature et des arts : mais un H citoyen n'aime pas plus porter devant son nom k lui u de Carotte^ (^niu. Artichaut que ceux de Antoine^ « Loup^ Roch, Cluud. Les noms des Caton, des a Cicéron, des Mutins, des Horace, des Aristide, des « Socrate, des FranlLlin, des Mirabeau, des Marceau, « des Hoche, des Montesquieu, des Helvétius, sont « plus agréables & TimaginadoR et au sentiment. » Pourquoi la République n*aunût-eUe pas sa légende, « ses fastes où elle inscrirait avec honneur un grand « homme, à sa mort, de quelque nation qu'il fût * f »
«UI,3U«t«iiiT.
06 PARU PnmAHT LA «àfWOTKm.
Dans le rapport mensuel suivant, Dupin laisse percer encore ses vaines espéranoes ; il y mêle toutefois des aveux qui donnent à penser. Voici notamment ce qu'il écrit au ministro, à la Ad d'Octobre 1798 : « Les fêtes « décadaires ont été célébrées avec an sacoès, sinon Il très complet, dn moins fort encoorageant. Quelques « agents municipaux araient négligé de s^y rendre, « sous différents prétextes. L*administration centrale « les a demandés et leur a fait une réprimande iiatera nello dont ils ont proîité dans les fêtes suivantes. « L'expérience prouve combien on a eu raison d'int-i^ter « pour que les mariages ne se âssent qu*à la réunion « décadaire. Le décadi où il n'jr a point de mariage, le « temple est désert. Il faut aYoaer que jusqu'à présent « nos fêtes décadaires ne présentent que eet attrait. « Pour que le peuple j vienne, il faut qn*il y trouve ¥ um amusement, et la lecture des lois et du Bulletin « même dont la rédaction est très froide ne suffit pas « pour lui en olirir. Los articles d'économie rurale « intéressent les villageois et fort peu le citadin. « Quelques expériences de ph vsique, comme le ministre « rindiquc dans sa circulaire aux écoles centrales, « produiraient un meilleur effet. Au demeurant, les « fêtes se sont passées sans troubles ; car on ne doit « pas appeler de ce nom quelques murmures ironiques, « occasionnés par la célébration d*nn mariage entre « une vieille fille, parée du chapeau virginal et un « jeune homme contrefait. Je ne citerais pas ce fait « dans un compte général, si des hommes à Taffût des « mauvaises nouvelles n'eussent annoncé qu'il y avait
PARIS PBNDAMT LA RBVOLGTIOM. ^
« en do irovUe à Tédifiee Rooh, déeadi dernier ; mais <t j*en rapporterai un autre beaocoap pins intéressant,
« qui prouve combien il est peu di£dcUe de dessiller les « yeux du peuple :
« Dans un canton rural (Pierrefitte) un mariage venait c d'être eélébrô dans le temple décadaire. Le président « avait prononcé nn bon discours ; Tannean avait été « présenté , les Yîllageois tiennent beaucoup à la « présentation de Tannean ; la cérémonie faite, un « des assistants demande au commissaire du pouvoir « exécutif, combien il en coûtait pour se marier à la « Republique. Mon collègue répondit assez haut pour « être entendu de l'assemblée, que la République, loin « de demander de Targent à ceux qu'elle unissait en « mariage, était amplement récompensée par respoiip « que les Jeunes époux lui donneraient des enfants « dignes d'elle ; mais que leur enré leur demanderait « do l'argent, sans rien ajouter à l'auguste cérémonie « de leur mariage. Là-dessus les parents et Ip-^ mariés « se regardèrent, en disant que le curé n'en ferait pas « davantage et partirent gaiement, remportant leur « argent. Dans ce canton, la solennité décadaire impose « tellement aux habitants que les mariages célébrés « suivant le nouveau mode ne sont plus soumis au « visa du curé, formalité que ces bonnes gens ne u manquaient pas d'observer pour tous les mariaf^es « faits devant l'agent de la commune. Ce n'est pas un «L faible avantage remporté par la philosophie ».
Autres résultats constatés par notre rapporteur: « Le repos du décadi est observé à la ville comme à
98 PABIS PENDANT LA ftÂVOLQTION.
« la campagne. Le dimanche est partout à Fagonie ; c il ne voit plus ni jeux publics, ni danses ; mais on se « souviendra malgré soi du calendrier grégorien, tant « qu'il restera à côté de l'annuaire ' ».
£t plus loin : « Les Théoplûianthropefl ao&t brdlaots « de zèle pour soutenir leur culte et propager leurs « priDcipes ; leur conduite extérieure n*a rien de « contraire aux lois, dont ils se montrent rigoureux
observateurs. Leurs prosélytes diminuent plutôt « qu'ils n'augmentent. Le peuple est blasé sur tontes ft les religions. C'est qu'il faut parler à ses yeux pour « arriver à son cœur ; et les rhéophilanthropes ne sont « pas assez riches. Le < ulr< caiholique n'est pas d;ins «i un plus brillant état do prospérité; il est misérable « comme son chef; dans les cantons ruraux, les « prêtres fêtent assez volontiers le décadi. A Paris, « Us influencent toujours en sens inverse de la Répu- « blique; heureusement la race des dévots parait « frappée de stérilité ; ils ne se reproduisent plus. <c L^administration centrale a prononcé la peine de « réclusion contre quelques réfractaires infirmes et « kgéa ; elle en surveille d'autres. Les Théo|jliilan- « thropes comme les catholiques auraient bien désiré « jouer un rôle dans les fêtes décadaires!, mais la « haiue mutuelle qu'ils se portent les en exclut plus « sûrement encore que les arrêtés du département, « La religion civile me paraît devoir bientôt détruire
i iii, ui suiv.
« toutes les autres, ai l'on sait en rendre les cérémo- « nies attrajantes ^ »,
G*eBt là un nouveau témoignage serrant à établir que dans les rangs du parti dominateur, la féte décadaire était eonsidérée comme la mise en œuvre de la religion républicaine ou civile, opposée à toutes los autres relif^ions et qu'on la consi lui ait comme destinée à triompher tinalemcnt, à l'exclusion de toute autre féte religieuse.
Pour relever la féte déoadaire, on fit à cette époque, dans quelques cantons, appel aux écoliers. On les ût paraître dans des exercices publics ; les plus laborieux furent autorisés (ou contraints) à réciter quelques morceaux choisis ; on leur décerna à cette occasion des éloges et des récompenses On espérait entraîner ainsi les parents et réehauirer leur zèle pour les fèteji décadaires. Sur quelques points, on fit un peu de musique avec l orgue quand il subsistait ou avec d^autres instruments, mais sans règle et sans ordre ; ce n'était pas nne musique pieuse, mais une musique mondaine ; les meilleurs musiciens, habitants du village et écoliers, constituaient les artistes dirigeants. On fit parfois chanter quelques chansons aux élèves des écoles. Ainsi, par des moyens divers, les plus zélés des novateurs cherehaient à donner une plus grande iiujiulsion à la fête du décadi.
C'est aussi vers le même temps qu'on poussa avec vigueur la débaptisatioit des églises chrétiennes aux-
« Tableam, III» 337 «t «oît.
« Ui, 33B, 349.
100 PARU raNDANT LA BÉTOLOTIOlf .
quôUe8 on donna des noms en harmonie avec la reli^on civile. Les dcnorninations chrétiennes durent céder la place à des désignations abstraites, républicaines, civiques, soeialds. La cathédrale, Notre-Dame, fat plus régolièrement qu*à Tépoqae antérieure appelée le temple de la Raison on le temple de TÉtre Sapréne * . L*égl»e Saint-Roeh fût appelée ottclellement le temple da Oéaie * ; Téglise Saint-Sulptee le temple de la Vietoire * ; Téglise Suat^mis le temple de la Jeunesse * ; l'église Saint-Médard le temple du J'ravail ^ ; l'église Samt-rsicolas le temple de rHjmeii l'église Saint-Jacques-du-Haul-Pas le temple de la Bienfaisance ' ; Téglise Saint-Thomasd'Âquin au arrondissement, c'est-à-dire l'ancienne église des Jacobins de la rue du Bac au faubourg SaiatOeriBaiD, le temple de la Paix ** Ainsi devait 8*eiheer toute traoe des temps ekrétiens.
Mais on avait trop téi ehanté Tictoire. Le peuple n'était point, comme le prétendaient Dupin et d^aotres, aussi aveuglés, « dégoûté de tons les cultes ».
2 HI, ai6, 389, 397.
3 III, 397, 4ea.
4 iil, 3iï7.
«m, an.
• IU,350,4tn.
TBMPS d'arrêt. — RÉACTION.
La luUe eontinna, mais le gouvern^ent perdit de plas en plas confiance en lai-méme. Il se préoccupait à bon droit de Tallianee ehaqne joor plue étroite entre le Royaliame et le catholicieme, terrassé sans doute mais qui se redressait convulsivement. Royer, cet ancien conventionnel, jadis évêque du département de l'Ain, Royer, qui, le 21 Juin 1795, avait présidé, comme nous l'avons vu dans une église de Paris, au rétablissement du culte catholique et &*était montré, à cette occasion, modéré, au point d*étre couvert de louanges par les organes du gouvernement, fut élu évéque, à la fin de Mai I79S, par les prêtres ' du
I Vofis eî-dêtins, p. 48 .
* Ces ezpreuioQs calquées sur un rapport d» Mathîn, (Fa-
bieauXf III, 307, 308) ne donaent pa«. h. elles seules, une idée parfaitement exacte de l'élection. Cependant elles s'éloignent moins de la vérité qu on serait tenté de le croire ea •« référant à la Coaatttatioa eirilt. En •But, !• Concile dé Paru à» 1797 «▼ait orgaaiié an répne électoral moine ehoqnant qne eetni de la Coostiiution civile, quoique toiyoïirs .en oppoeillon avee le droit canonique moderne. Voyez, à ee sujet, Décret du ConeUê national de France mr lea 4hrtimi$^ Section III, pp. 10-18 (Imprimerie-Librairie chrétienne, rua Saint-Jacques, en face celle da i^iàure, a<» 27 ei 279). M. iùomaauei de Beaufond qui a publie dans la Aenie lUs queitkm kitMpteê (l«r Ja«,fiir VBU) ea trèe i nt ér ei i ant artide enr V^^tteopai tùmiiiiUImmeif venl bien m» eomittvniqiiir rsaltatt «nvaai de la lelire de pnsa de
lOS PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION.
département de la Seine. Le nouTel évéqae prit seg foDotions tellefflent à couir qu'on s'en inquiéta dans les sphères gouvernementales et qu^il fut bl&mé. Vers la fin de Noyembre l798, Dopin mandait au
possession de Royer. évéque de Paris. On v trouvera tous les détails dMirables : <> Dès que les ctrcousuuces parurent Tavo- « rftblat, I« Pmbytère, ooiif<»niéin«iit wa. déerâi du Concittt » «ntMpritat «téonta toatei Im opéntioM pféptnitoirM à rélae- « tioB. Déjà la liita était fiinuéa, quand une division éclate dans « son sein. L^^s movf»ns de rapprochement éiant épui??", le « Presbytère, ierme daa$ son devoir, va en avant et convoque « les fidèle; : tout à coup un ordre supérieur empêche et dissout « ratMmblée. La Prtsbytère se soninat êt adore la oonduita da t Diau «nr wa ÉgUta... Cependant le dergé se rapproche et se t réunit. Tous les membres qui le composent, reconnaissent que « le mode d'élection prescrit par le Concile est impra« ir;ible pour « l'Kglise de Paris qui se trouve dans des circonstances dilfi-
• ciles... En conséquence, le Presbytère arrête que le clergé « t^aiMmbleim dant les paroieeee retpeeiivee soue la présidence
• du curé, qu'il nommera par aemtin tecret on sujet digne de « répieeopat, que son ouTertore se fera en Presbyière, et que « celui qui aura réuni les deux tiers des suflVn .-ps, sera préci senté, ainsi que le mode d'élection, à 1 accepiauun ou au rejet « des fidèles. Les fidèles, régulièrement convoquée à cet effet, « ont accepté à la presque unanimité et le mode d'élection et le « sujet désigné par le clergé. Tel est le prociia historique de « mon élection etc «.
Quant au nombre des fidèles jouant le rôle d'électeurs, je me garderai de généraliser ; mais voici quelques chitlres que M. Emmanuel de BMQf<Hid emprunteanz AnnaUideia Religion, u. Vi, et au procès- verbal de l'élection d'un évéque du Cantal, en ISOO, et qu'il veut bien me communiquer : — Landes. 12,000 votants ; l'élu a obtenu 11,(X)0 voix ; \"'\nrln'^c. lO:^ votnn'*; : Telu a Obtenu 3,117 voix ; - Cantal, 3,'-M6 volants ; i élu a oltienu '<2,916 voix. — Joignez : i:.mmanuel de Beaufond, Le diocèse de Pari* p^ndani ia Itevo/idton, dans LÀrehùmU, 1883, n» 6, pp. 167im ; n* 7, pp. ; n« 8» pp. 197^11. <£f M.)
ministre de Tlntérieur : Le Royalisme qui arbore « tour à tour la cocarde blanche et le bonnet ronge..., « profite des cruantéB qu*il conseilla à Bobeapferre, « pour représenter la Répnbliqne sons les formes
« repoussantes d'une Furie, ...aigrit, excite et dirige « toutes les claiïses de mécontents. Il dit aux hommes <« superstitieux : Souffrirez vous plus longtemps un « gouvernement qui a renversé vos autels et profané « Tos temples? Armes-TOtts, prenas des torches, des c poignards ! fin combattant ponr la religion, tous « seres luTulnérables ; en mourant pour la religion, « TOUS ressnciterez converts de gloire. Immoles vos « enfants plutôt que de les voir marcher sous le dra- « peau de la Rt publique ».
Néanmoins Dupin continue à encourager le parti « dominateur : « Le gouvernement, dit-il, a des moyens « pour déjouer toutes ces manœuvres anglaises. A la « soperstition il faut opposer le flambeau de la philo- « Sophie, dont la lumière douce éclaire sans brAler. Il « font répandre Tinstmetion ; et quand le fanatisme a « tant de missionnaires, pourquoi la philosophie « n'aurait-elle pas les siens ? Pourquoi n'enverrait-on « pas, dans les campagnes les plus séduites, des bom- « mes sages, philanthropes, qoi feraient par leurs € exhortations ce que le canon ne fàitpastoigoorat * »
Il se platt, comme précédemment, à prédire la destruction du catholicisme: « Le culte catholique est « bien malade, car ses médecins Tabandonnent. Les
> TaNemut, m, 316 et loiT.
104 PARIS PBN9ANT LA RBVOtVTfmf.
<( prMres qui peuvent trouver une autre occu{>ation « quelconque s'empressent à quitter leurs fonctioiis. « Dire : le culte superstitieux meurt, c*est annoncer la « destruotion des préjugés et le règne de la Raison. « Paisse cette dernière derenir la religion oni^eraelle « et la règle des citoyens t Ce n*est pas cependant « qa*il n'y ait encore, paAni les ministres du culte f( caUioliquo, des fanatiques dévoués qui osent tout « braver pour relover leur parti et qui disent que la « relifrion n'est jamais si triomphante, ses ministres si « grands que quand la persécution s'exerce contre « eux. Ils ont Taudace de dire que la parabole de « l'enfant prodigue est l'histoire de la Révolution, c Lorsque l'enflant prodigue, répètent-ils sans cesse, « eût, dans l'effervescence de ses passions, essayé de « tout, il reconnut le vide de ses jouissances ; la « misère survint, il rentra en lai*m6me et vint se « jeter dans les bras de son père. C'est sur cette hase « qu'ils établissent les instructions contrerévolution- « naires qu'ils donnent dans les conft'SMiMuiaux, dans « les conversations particulières. C'est ainsi que « prononcent leur Républicanisme nos prêtres soi* « disant constitutionnels. C'est ainsi que Royer, « évéque de Paris, dit : c'est principalement sur les « prêtres constitutionnels et patriotes que la persé- « cation s'exerce; mais nous sommes dévoués au « martyre. Si une loi expresse déclarait que, sous « quelque prétexte que ce soit de cérémoni»'S reli- « gieuses, un homme no peut se mettre à genoux « devant son semblable, il me semble que cela dimi-
« Huerait considéraUement l'influence du eenfes- « ikwaal. Au reite, le peuple paraît te dégoi^ier de < tom les évites * ».
Dnpin est toujours disposé à peindre la sitnaiion en rose, mais, sans qu'il s'en aperçoive, ses tableaux ont souvent plus d'ombre que de lumière : « Tout annonce, « écrit-il, que, lorsque nos flnances seront d accord <i avec notre désir et noas permettront d'entourer les « fêtes décadaires de toute la pompe convenable et de « les égayer par des chants et de la musique» des « firuits*; des fleurs, des grains, elles auront tout « l'intérêt et l'utilité que le gouvernement en espère. « -Il est à craindre seulement que la rigueur de la « saison et la longueur des sfVfinces écartent une « partie des cortèges et des curieux, et principalement « les jeunes élèves ; mais tant qu'il y aura des « mariages, les assistants ne manqueront pas. Jusqu'à «t ce jour» ces fêtes ont été assez fréquentées et « célébrées avee décence. On pourrait juger du degré « de l'esprit public par le succès de l'annuaire répu- « blicain. A mesure qu'il baisse, le calendrier est plus « suivi ; les prêtres travaillent sans relâche à le « soutenir, et tâchent par là d'établir une tendance « vers l'ancien ordre de choses. Us ont rimpudence m de to^jouTs faire et alAcher dans les temples le « tableau de leur masse k dire et de leurs offtces à « célébrer avec indication de la semaine et de l'ancien u calendrier. Ils oâeut même laisser ces tableaux
t in, M «t MÎT.
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« exposés les jours des fêtes décadaires. Cet abiis « n'existera plus. Dans les cam}iagne8, on chôme « encore le dimanche, en observant le décadi, mais « que les travaux de ragriculture deviennent plos « pressants, et le dimanche sera oublié. Rien ne «r serait à désirer à cet égard» si tons les prêtres « enssent consenti à transporter leur office au décadi. « Du reste, point de danses le dimanche, point de « travaux le décadi que ceux autorisés par la loi « même ' ».
Le 20 Novembre 1708, le ministre de l'Intenour, François de Neufchàteau avait ordonné, dans les doir/e arrondissements de Paris, une inspection géné- . raie extraordinaire des fêtes décadaires, qui marque une date importante. Les plaintes que faisait naître la célébration des décadis avaient donné lieu k cette inspection : on se plaignait du manque de gradins, dn bruitf de IMncapaeité des lecteurs, etc. Entre temps, la cinquiéEie Division du Ministère faisait chorus et donnait par là même plus de force à ces plaintes. Klle portait ce jn^:* tn- nt : 1rs iV' unions décadaire? n'offrent ni majesté, ni intérêt, ni utilité. « D'abord on a com- « mencé sans avoir de plan : on s*est rassemblé sans « savoir ce qoe Ton ferait, ce que Ton dirait, et sans « savoir presque où Ton se placerait ». Avant tout, il ikut des chorèges : sans chorèges, il est impossible d'organiser les réunions décadaires ; car qui se (diargera de tous les détaUs préparatoires qu*e3d«
1 m, 347 el raiv.
gent les cérémonies, les chants, etc. 9 Le Directoire* se irompe, en estimant qtie rétablissement de ces ehorèges est one afbire législative ; car ces chorèges ne dcTraient être considérés qae comme des
agents de l'administration et, de plus, ils ne seraient pas payés. Autre cause de l'insuccès des réunions décadaires : les anciennes églises n'ont été nullement appropriées à leur nouvel emploi. 11 aurait fallu, avant tout, former des espèces d*ampbitéAtres d'où Ton pût tout voir, tout entendre ; il aurait faUu surtout rendre, par un moyen quelconque, ces temples moins retentissants
Au jour dit, douze commissaires du Ministère inspectèrent, en effet, les douze arrondissements de Paris. Leur rapport collectif est daté du 5 Décembre : on y décrit : Tesprit public dans les réunions décadaires ; le local ; la police intérieure ; la célébration des cérémonies*
En ce qui touche Tesprit publie, les rapporteurs s'expriment ainsi : « Pins d'indifférence que d'oppo- «< sition. Et il ne faut pas se dissimuler ici (ju'une « grande partie des citoyens, ayant souffert des maux « inévitables d'une grande Révolution, fatiguée soit « des excès passés, soit de la suite des sacrifices « nécessaires que leur imposent la guerre et la « pénurie des finances, ne met point dans la balance c tous les avantages de la constitution libre sous « laquelle nous avons le bonheur de vivre, n'élève
4 1 III,.8B0 el tviv.
« point sa pensée Ters an avenir amélioraieur, et ne « prend noonne part mx fêtes décadaires. Si ces létes « dolTent réagir sur ropinion, à «on ionr To^nioa « agit 8«r elles. On pense qne Tinstmetton sar ees R institutions doit avoir deux parties. La première . « que Ton peut appeler politique et morale, aarait « pour objet de faire sentir les bienfaits de la « Révolution et de pressentir ceux d'un avenir « consolateur ; il faudrait surfont y développer « cette vérité, que tous les maux ont leur racine dans « l'ancien ordre de choses et sont dûs aax ennemis de « la Révolution, tandis que les biens viennent d'elle « seule ; les journaux, et partîoalièrement eenx qai « sont censés oUciels, poorraient contribuer efllcace- « ment à imprimer à eet égard une utile direction à « Topinioii publique, en consacrant quelques pages de « leurs feuilles à ces développements. La seconde « partie de l'instruction comprendrait les détails « d organisation et de police ».
it A rindifférence générale se joint la résistance du « fanatisme qui lisit encore une guerre sourde à ees « institutions. Cest aux pliilosoplies et aux auteurs M dramatiques qu*il faut confier le soin d'écraser la 4t superstition, taudis que les philosophes rallieront «I les Ames sensibles et lee cœurs purs à leur religion, (( c'est-à'dire à la morale. Mais il ne suffit pas de parce 1er au peuple le lang-afre de la raison ; il faut parler « à SCS sens, à riniaf?iiiation, il faut s'adresser k ses « jeux pour parvenir à son cœur et, avant de le n conduire par le sentiment, il faut ritticw par la
PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION. lOU
« eariotité. I>e là 1« néoessité d^impriMr à ee8 tèiûs « plus de pompe ».
Le lo€âl des fHes décadAÎies dottae lieu aux olMervaAiont saiTantes : « Les prétret aTaient tout « caleolé. Les ténèbres mystérieuses des temples, • leurs voûtes élevées et retentissantes, cette ligne « de séparation tracée entre le peuple et le sanctuaire, <' toute cette artificieuse distribution convenait au « système catholique. Mais le culte de la liberté admet « d'antres priaeipes : e'ert là que l'on doit partiouliè- « reneni t'oeeuper dea eltojeiM, c*eit poor eux eomme « par eux qu'eat inatHnée la fête. Il ne anttt doae paa « qoe lei acteurs soient sur an théâtre eoavenàble ; « il fiiut encore que les apeetateurs soient plaeés « eominodénient et retrouvent partout ces égards, ces « attentions qui annoncent que le peuple est consi- « doré )».
<• Gomme les églises sont presque toutes bâties sur « le méiae plan (elles olfrent une croix grecque ou « latine» un ehœur, une nef et des baa-eôtéa), il serait « facile d*adopter un plan général qui présenterait « les changements lea moina dispendieux ou la diatri- « bution la plus eonmiode pour la célébration de ces « fêtes. Ce serait la matière d*nn ooneours à ouvrir « aux architectes, en posant ainsi le sujet : Uuels àuut « les moyens de faire servir la distribiiiii n intérieure « des églises à la célébration des fêtes républicaines ? « Oo adopterait le projet le plus utile et le plus « économique, et ce plan aérait enyojé à chaque «r commune pour le faire exécuter ; on peut assurer
« d'avance quHl serait peu dispendieux, puisqu'on « pourrait Texécuter en eharpente ».
Ces observations générales étaient suivies de remai^
que.s particulières sur la dégradation et la nudité des anciennes églises. « Dans plusieurs, les tableaux qui « couvraient les murs, les vitraux, les roses gothiques « n'existent plus. Alors s'établit dans leâ esprits une ,« comparaison involontaire des anciennes solennités « et des nouvelles. L*liuniidité, la rigueur du froid qui « se font sentir ajoutent à ces impressions défavo- « rables et le malaise physique prépare à renaui, « provoque la désertion. Il parait urgent de faire les « premières ré])arations, de rétablir les portes et a les ienétres, d'étendre sur le sol des nattes ».
En ce qui concerne la décoration, « il faut, continue « le même rapport, s*emparer des moyens du sacer- M doce. Connaissant tout le pouvoir des arts sur « rimagi nation vive et tendre des femmes et des (c jeunes gens, il appelait tous les arts et appuyait ses « prestiges sur les leurs . Mais, à la place de ces « tableaux qui ne preseuLaieut que des scènes atroces « ou ridicules, à la place de ces tragédies, de ces « boucheries sacrées, de ces martyrs et de ces bour- « reaux, n'offres aux yeux que des scènes morales et « sentimentales. Dans les églises le dévot contem- « platif retrouvait partout en traits de sang Timage « du fanatisme : qu'ici le citoyen, en levant les yeux « sur les tableaux, fasse un cours de vertus. Et par « là vous ouvrez à Fart une nouvelle route, aux « artistes de nouvelles ressources. Décorons ces
Digilized by C
« temiilefl en été de feuillages, en hiver de guirlandes « artificielles t Si le farouche Ljeurgae pla^ lut* « même la statue du Rire à Lacedémone, si le philo-
« sophe Speasippe — et c*est Montaigne qui fournit « cette citatiori — lit peindre Flore et les Grâces au « fond de son école, pourquoi ne jias multiplier dans « ces fêtes des images sentimentales et riantes. On a « proposé d*j placer les bustes des hommes vertueux <c ou célèhres par de grands talents, et de graver sur « les murs des maximes extraites de leurs ouvrages* « Ne conviendrait-il pas d*^joater que ces maximes (. des anciens philosophes ne pourront être adoptées « par le;; diverses administrations qu'après avoir été « approuvées par le ministre de rinierieur? En effet, « il serait dangereux de leur laisser la faculté d'in- « scrtre sur les murs de leurs temples des maximes « dont pourraient abuser les hommes des diverses 4f factions. Aux bustes des anciens philosophes on K pourrait joindre ceux des citoyens qui auraient or illustré la commune où ces fêtes seraient célé- « brées ».
Sur la police intérieure, le rapport s'exprime ainsi : « Les abus sont nombreux. Les anciens signes du « culte catholique, tels que les bénitiers, les taber* « nades sur Tautel, subsistent encore. Des soldats à
« hautes armes y affligent le regard et la pensée du « citoyen, qui se rappelle qu'on a banni, sur le cri « public, les fusiliers de reucciute des théâtres, et « qui doit les trouver plus déplacés encore dans un « lieu de fraternité et de paix. Des enfants et des
112 PARIS PBtt»ilVT LA RftTOtUTtmr.
« chiens vaguent de côté et d'autre ; la circulation des « 8{»eetateur8 est éternelle ; k ce bruit de mouvement « ae joint oeloi des conyersations. La garde qnt « qui accompagne TadainistniiioD est eomposée de « remi^a^ts dont la misère hideuse et là mauTsise « tenue achèvent de donner à cette représentation un « air de parodie. Ce désordre sera inévitable, tant « qu'il n'existera point d'inspecteurs et d'ordonnateurs « de ces fôtes. L'institution libre et non salariée des « ehorèges remédie à tout-».
« On propose de donner on costwne imposant aux « antorités constituées et de les faire préeéder par des « apparitears armés de baguettes blanches. En « général, plus vous donnerez de furce aux signes « extérieurs, et moins vous aurez besoin d'en appeler <t une autre. Ici la force des magistrats doit être sen- « sibie et morale, si vous faites porter devant enz, « dans une fête populaire, les faiseeanx, conronnes- « les de feuilles de chêne ou de fleurs, et non d'une « hache
Quant anz cérémonies des fêtes décadaires, voici les ti iiues de ce remarquable rapport : f< On ne voit M point; on n'entend jioint. Et cola tient non seule- « ment à la disposition du local, mais encore à la » négligence des acteurs, semblables en cela à ceux « de nos thé&tres, qui jouent froidement, lorsque la « salle n*est pas remplie. On psalmodie les lectures ; (V on expédie les cérémonies. La touchante et pudique « célébration des mariages au sujet desquels ' Rous- I Dans le taxie : émguel*
PABIS FBNDAKT LA RÉVOLUTION. 113
«f seaa a si bien dit : u II intervient alors de la part de « tous les assistants une promesse tacite de le res- « pecter ; et ils sont ainsi en quelque sorte partie « daas le coairat », cette célébration se fait le plus c souvent sans pompe, sans intérêt ; on assimile cet tt acte d*où dépend le bonheur de la vie à un acte « ordinaire, et le plus souvent un musicien imper- «r tinent fait entendre alors sur Torgue des airs « indécents ou giutesques {Pas de deux ; Ailez-voHs-€H, « gens de la noce, etc.).
n On propose de former des lecteurs publics. J*a- « jouterai que Ton pourrait confier la lecture des traits « de morale on d*un recueil qui porterait ce titre, à « des vieillards, à des pères do flimilie vertueux. « Certes, un trait de moral raconté par un vieillard à « cheveux blancs et qui présenterait à la fois le « précepte et l'exemple, produirait une impression « profonde. C'est aux magistrats qu'il appartiendrait « de lire le Bulletin des lois, mais sans réflexion. Des « jeunes gens réciteraient des vers moraux, extraits « de nos meilleurs poètes^ communiqués auparavant a « Tadministration, ou extraits d'un livre rédigé sous « l'inspection soit des autorités, soit du ministre. On « les formerait ainsi à l'habitude de parler en public « — cet art qui, chez un peuple libre, doit faire partie « de l'éducation. — On pourrait même essayer des « drames moraux, ou plutôt des scèf es extrêmement « simples, composées d*un ou deux personnages, de a trois au plus. On ouvrirait ainsi aux auteurs ua « nouveau genre de compositions ».
Parmi les accessoires des cérémonies on regarde la musique « comme l'objet le plus intéressant ». « il « 08t merveilleux, dit Montaigne, comme Platon se « montre eurieux dans sa République de danses, chan- « sons et passe-temps de ses eoncitoyens « . « Il est à « remarquer que Numa, qui polit les mœurs des « Romains, y attacha la plus grande importance. Le V citoyen Ledcrc, dans son essai profond sur Un' « fluciicu de la musique, en développant les idées de « l'antiquité, a tracé, à cetégrard, les principes. On se « borne à rappeler : 1" qu'il faut totyours lier des « paroles à la musique et bannir celle qui ne serait tt qu'instrumentale ; 2" qu'il serait nécessaire de mêler « des ehœurs et des refrains à ces chants, de manière « que tous les spectateurs y prissent parti ; ce principe « conduirait à ouvrir et à fermer ces fêtes par un « ehœur général ; 3* quMl conviendrait de placer un « orgue dans tous les temples décadaires. — Mais, dans « les gT*andes communes, il serait préférable de former « di's orchestres. 11 v a dans presque toutes les villes « d'une médiorre étendue, un assez grand nombre « d'amateurs, qui s'engageraient volontiers à venir, les <c décadis, faire preuve de leurs talents ; — 4" qu'il « serait peut-être utile de proposer des prix aux poètes « et aux musiciens, qui offriraient les compositions K les plus convenables au génie de ces fêtes ».
Pour conclure, on proposait au ministre d'écrire sur le champ à 1 administration du département, en s* attachant aux points urgents : le ministre inviterait celle'^i, par exemple, « à faire disparaître les signes
« du culte catholique, à faire élever des gradins, des « estrades, à rétablir les portes, les fenêtres, à «r sanreiller la police intérieure, et enfin à donner à
« CCS solennités, par les moyens qui sont en son « pouvoir, touto la pompe dont elles sont susceptibles »>.
Quelle que fût la valeur théorique de ces observations et de ces conseils, en pratique on resta dans le sto/u^tfO jttsqu^à la fin de Tannée i70S. Vers la fin de Décembre, Dupin écrivait au ministre : « Les fêtes décadaires, « semblables aux jeunes fleurs que le froid décolore, « souffirent beaucoup de la rigueur de la saison, qui « éloigne les spectateurs et sert de prétexte aux « fonctionnaires tièdes pour s'en absenter. Mais on « peut présai^er, aj«)nto I)u[iin en guise de consolation, « qu'après l liiver, et lorsqu'on pourra donner à ces <c fêtes un peu de pompe et de spectacle, elles « continueront avec éclat. Les parents qui, dans le « principe, ne voulaient pas laisser aller leurs enfants « à ces fêtes, j viennent maintenant eux-mêmes, pour X être témoins des exercices que l'on a établis parmi <c les élèves de quelques écoles; et le goût des «r institutions républicaines pénètre insensiblement « dans leurs cœurs, à l'aide de la tendresse paternelle ».
En ce qui concerne l'introduction forcée du calendrier républicain, Dupin manifeste en ces termes sa satisfaction : « Il est en usage et suivi très exactement « dans toutes les administrations, tant publiques que « particulières ; dans le très grand nombre des com- « muaes rondes on ne connaît presque plus les « ci-devant dimanches. Dans Paris, les contrevenants
« punis' avec une exaistitude rigoureuse de leur « infraction à la célébration du décadi ou de leur « condescendance pour le dimanche, se rendent enfin
« et deviennent, d'abord par t lainte, ensuite par « habitude, les partisans du décadi ».
Par suite, en ce qui touche la guerre à tous les autres cuites, Dupin s'abandonne de nouveau ;\ IVspé> rance. Il reconnaît, à la vérité, que « dans Paris, cf les prêtres catholiques sont toi^ours ardents et « nombreux ». Mais, « dans les cantons ruraux, bien « des communes n'ont plus de ces ministres. Beaucoup « de prêtres renoncent à leurs fonctions Uaiib les « communes qui ne les paient pas, ce qui contribue « heureusemeat à leur départ. 11 est encore prouvé, « d'ailleurs, que le seul 1>esoin de vivre maintient dans « certains cantons des ministres du culte qui n'j (• croient guère. Si on employait ces derniers, on « gagnerait des citojens à la République, et on en « détanaf isei'ait mille autres. Les 'J'héophilanthropes « semblent disparaître. Ceux qui suivaient leurs « assemblées par civisme, préfèrent les fêtes décadaires. « Ceux qui y allaient par curiosité n'y trouvent plus « d'attrait ; et ceux qui les fréquentaient par principes «c religieux ont conçu des préventions contre le motif « secret de ces réunions, préventions justifiées par « quelques mauvais choix des orateurs théophilaa- « thropes. Au reste, la différence des cultes n*a « occasionné aucun trouble * ».
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Cependant, le 1*' Janvier 1799, commencement de Tannée chrétienne, qui tombait à ce moment même, ▼int inopinément snsciter une grande indignation dans les sphères dirigeantes. En effet, le calendrier républicain était destiné à supprimer le nouvel an chrétien ; le jour de l'an républicain, le 1" Vendémiaire (22 ou 2'^ Septembre) ne comportait aucun rival. Mais l'expérience prouva encore une fois que les mœurs résistent à l'oppression plus encore que les cultes. « La cupidité des marchands, écrivait Dupin « en Janvier 1799, un reste de préjugés, d'intérêt, « d*habitttde de famille, ont dicté des souhaits, occar « sionné des visites dites de nouvelle année. Si, au i< 1" Vendémiaire, les fêtes nationaks avaient « inspiré le désir de ces relations aimables de famille « à famille, d'amis à amis, le l" Janvier serait V totalement banni des coutumes françaiMcs. Quoi qu'U « en soit, Tannuaire, igoute-t-il avec confiance, est « généralement observé tant à Paris que dans les « cantons ruraux; les infractions sont très rares. « L'exactitude que les administrations publiques et « même particulières mettent à le suivre, i-oncourt ft à son succès parmi le peuple. Déjà môme on date du o nouvel ère (sic), sans aucunement y accoler 1 ancien. « L'annuaire républicain marche donc à grands pas « vers un triomphe parfait * ».
Cependant la circulaire ministérielle conseillée par les inspecteurs des douze arrondissements avait été
<in,968etniiT.
lancée et, le 7 Janvier, radministration départementale avait pris une série de mesures propres à rciidre les fêtes fh-eadairc!» plus attrayantes. Nous avons un écho de ce changement dans le rapport de Dupin pour le mois de Janvier sur les fêtes décadaires et sur les cultes. Dupin s'exprinid ainsi: «Bn général, les administrations « municipales ont fait ce qui dépendait d'elles et de « leurs moyens pour célébrer dignement les fêtes « décadaires, et, malgré la rigueur de la saison, elles « ont eu la satisfaction de voir assister à ces fêtes un « nombre considérable de citoyens des deux sexes ; « un des puissants motifs <^ui ont contribué au succès « de ces réunions est, il faut l'avouer, l'idée de faire « réciter par des enfants différents morceaux instructt tifs ; il en résulte ensuite un excellent effet pour « rinstruetion;cela entretient une émulation généreuse « parmi les instituteurs, attire les parents et leur «I procure des jouissances d*amour-propre qui retouror nent au bien public, à Tinstruction de leurs enfants « et à la formation de Tesprii républicain. G*est dans « les cantons ruraux surtout que cette heureuse idée « produit des résultats d'autant i)lus utiles (pio « l'ignorance entretenue par le despotisme auquel te elle était utile semblait devoir être le lot des habi- « tants de la campagne et perdait pour la patrie des « citoyens qui Tauraient éclairée par leurs talents et « leur génie, si Téducation les avait fait germer et « éclore. L*éducation nouvelle va réparer ces pertes. « L'administration du département a pris, le 18 de ce « mois, un arrêté dont on a tout lieu d espérer ic plus
<« grand avantage pour ces fêtes dt^cadaires, si les « fonds permettent de l'exécater conformément à son « vœu.
« Les Théophilanthropes existent encore, mais leur « nombre ne s*aeerott pas, et lenr existence est sans « éelat ». « L'exercice du culte catholique a été paisible « et l;i rotiduite de ses ministres décente ; mais qui « oserait so fier à des aijparencos perfides, au masque « trompeur dont se couvre cette secte ennemie, par « principes, de TEtat républicain qui ne Tassocie pas « h son gouvernement? Puisque la tolérance des ouïtes tt défend de bannir on culte qui cependant proscrit « cette tolérance, il faut au moins s^eiTorcer de rendre « nuls tous leurs mojens de séduction et c*est à quoi « les fonctionnaires zélés s'occupent avec succès. « Déjà leur influence sur Pinstruction , par la u surveillance du jury, va disparaître. Déjà la « cérémonie attachante du mariage leur échappe ; « c'est pour leur enlever encore un lien dont ils « enchaînaient les peuples que Tadministration centrale « a pris un arrêté concernant les sépultures, auquel « sans doute la philosophie a applaudi, et qui a désolé « le fanatisme, la superstition et les prêtres », Cet arrêté de radministratton centrale du département de
la Seiné, que publia le Moniteur du IQNlvêss an Vil
(8 Janvier 1799) autorisait tout citoyen, pourvu qu'il en donnât simplement avis, à faire faire une inhumation dans un terrain lui appartenant *.
Le rapport de Janvier, di\ à Dupin, personnage
i Cf. ci-dMMf, pp. aO, 31.
aveuglé par Tespril de parti, qui vojrait en raccourci et comme en diminutif tout ce qui lui était contraire, se termine par cet aveu naïf : « Il y a un canton rural V ofi la fureur du fanatisme semble s^étre réfugiée ; le
« culte catholique y est f«*'(o avec solennité ». « Profi- « tant des dornières instructions du ministre de « riotérieur sur répuration des municipalités », Dupin ir ae propose de provoquer la suspension de quelques « agents municipaux de ce canton, qui donnent le «I mauvais exemple ».
Mais les mesures les plus rigoureuses n*curent aucun succès. Tout au contraire, dans le rapport suivant (fin de Février 17'.>9), Dupin se vit obligé de reconnaître que les forces ennemies s'exerçaient sur un champ d'action beaucoup plus étendu : c< Deux ou trois « cantons ruraux, écrit-il, sont encore flétris par le « souille impur du fonatisme ; mais il faut espérer « qu*enfin la philosophie et les soins des foneUonnaires « eélés parviendront à bannir entièrement ce monstre « ennemi de la raison et du vrai ]»onheur des Etats '».
V Len fêtes décadaires, assure-t-il, malgré la « rigueur de la saison ont été fort suivies. Leur « intérêt croit avec Tesprit républicain, et, lorsque « Ton pourra réaliser les projets connus et arrêtés « pour leur splendeur, lorsque Ton pourra par des « odes ou stances sur des airs connus rendre le peuple et spectateur et acteur dans ces fêtes, il y a tout lieu « de croire que leur triomphe sera assuré. Aussi les « prêtres qui ont cette crainte no négligent rien pour
PARIS X»IIfDANT LA RBVOLUTION. 121
« soutenir le dimanclie, qui va 8*enevelir dans ]a • tombe avec leur clief. L*annuaire républicain fait « des progrès rapides. Il est en usage dans presque « toutes les correspondances, même particuliôros. Les « décadis s'observent ; les dimanches passent et « s'oobiient. S'il y a des contrayentions, elles sont « exactement punies et Texécntion des jngements a prononcés contre elles fait un excellent effet. Bientôt a on fera généralement par raison, par amour pour « l'ordre, pour son propre intérêt enfin, ce qne « beaucoup font encore par autorité. Les cantons « ruraux, à l'exception d'un ou doux, Bont, à cet « égardf autant bien qu'il est possible de le demander», a L'exercice des différents cultes a été fort calme. Le a seul à redouter, le culte catholique, ronge son frein « et espère tonjours le moment de la yengeance sans « négliger de le préparer. Pour cet effet, il t&che, ft autant qu'il peut, de dénigrer les institutions « républicaines et de chanter les dimanches ; mais ils t< passeront les uns et les autres ' ».
Parmi les agents les plus zélés du gouvernement figurait, k cette époque comme précédemment, Gujel, animé du même esprit qne Dupin, commisstUre du Directoire près le canton de Pierrefitte. Dans ce canton on était arrivé jusqu'an milieu du mois de Mars 17*.)*.) sans faire graud'chose ou même sans rien faire pour rendre attrayante la célébration du décadi. Navré de cette situation, Guyel adressa, k 16 Mars,
1 m, atti it raiv.
an ministre de i'Intérieor, un monitoire sur le ton de Hnspiration. On y lit entre antres cboses : « Pour « consolider le gonvernement républicain nous avons « des préjugés fnnettes à détraire et de noayelies <« habitudes à créer. Les temples décadaires succèdent « aux églises ; voila déjà un grand pas vers l'amélio- « ration. Maintenant, procurer au peuple dans nos « tomplos le même attrait qui l'appelait dans ses « églises, c'est la solution du problème que personne u ne peut mieux résoudre que vous ». Il y a « une « sorte d'inhumanité à contraindre le peuple de venir « entendre une firoide lecture des lois et quelques « discours, toujours insigniflants pour lui i». Il faut lut compenser ce qu'il a perdu. L'esprit d'un peuple abruti depuis des siècles par le despotisme et la superstition religieuse, consiste tout entier dans ses yeux et ses oreilles. « Si. en attendant la véritable « instruction, ces deux sens ne sont pas agréablement ce satisfaits, toute autre tentative est absolument c( infructueuse. Les fêtes du catholicisme étaient « vraiment populaires dans le sens que le peuple y (t était acteur. Serait-il donc si difficile de substituer « au Credo, des hymnes sur des airs connus ou « faciles, qui pussent se répéter en chosur • f « Le c< catholicisme av-ait ses patrons, ses saints de tonte tt saison. Pouri[uoi n'aurions-nous pas à célébrer les « vertus sociales ? L'Amitié, l'Amour du Travail, la « Piété filiale valent bien saint Grépin ot saint Pan- « crace. Nous avons de plus d'honorables victimes de « la liberté ; des héros morts avec courage sur le
« champ de bataille pour la défendre. Plusieurs do « nos décadis ^ont consacrés aux ÎHofi nationales:. « Mais les intercalaires pourraient être consacrés, « soit aux vertus républicaines, soit à ceux qui les ont « éminemment pratiquées pour le bonàeur de tons. « Alors le président, dans un discours simple et concis, « rappellerait au peuple Tobjet particulier de la réunion « décadaire. Un hymne à l*Étemel, répété par le #f peuple debout et découvert, en action de grâce des « bienfaits de la liberté, répondrait dv notre foi aux « ennemis de la République, qui nous font le triste « honneur de nous croire athées. Un ou deux autres € rompraient la monotonie de la lecture des lois et du « Bulletin décadaire ; les deux ménétriers de la ff commune donneraient avec le ton le temps aux chaa- « tears de reprendre haleine. Une ode à la liberté « dans laquelle je voudrais intercaler la strophe « sublime des Marseillais qui a valu dix batailles à la « République , terminerait l'auguste et touchante « cérémonie. Les danses et les divertissements, les « jeux nouveaux adaptés à nos mœurs républicaines, h divertiraient la jeunesse, et procureraient à la vieilli lesse, témoin de ces amusements, le doux plaisir de c se raconter entre eux les jeux de leur enfance et les « premières jouissances de leurs premières amours. « Alors, mais seulement alors, il sera vrai de dire que « le décadi est le jour de féte des Français ».
Ces objurgations restèrent sans effet. Le manque d argent, les oscillations des partis, la division au sein du Directoire, la résistance grandissante des masses
qui maudissaient ces innovations républicaines tout à fait arMtraires et les coa.sitJéraient comme un jong étranger qu'on leur voulait imposer, empêchèrent ce développement , cette floraison désirée des fêtes déeadaires. Le triomphe définitif de la « religion civile », triomphe impatiemment attendu^ ne se réalisa pas ; le décadi ne devint pas « le jour de fête des Français ». Il n'est pas sans intérêt de voir se dissiper peu à peu , dan? les rapports officiels postérieurs, les dernières espérances des novateurs : on peut suivre et Ic^ vaines consolations qu'ils s'offrent à eux-mêmes et les angoisses qui les étreignent. Voici, consus hont à bout, quelques extraits de ces rapports ; nons ne supprimerons pas les répétitions qui marquent les pulsations de Tespérance.
A la fin de Mars 1799, tcrit : « Les fêtes
« décadaires vont s'embellir avec les beaux jours ; «c déjà elles sont suivies avec plus d'affluence dans c Paris ; déjà, dans les cantons ruraux elles sont plus <c chômées que le dimanche des prêtres. Les élèves j « jouent des instruments et accompagnent la voix de « leurs petits camaitiJes qui chantent des hymnes « patriotiques. I/idée du chant est bonne et serait « bien utile pour attacher aux fêtes ; mais il faudrait « des chansons, des stances, peut-être un cérémonial <» fixe et uniforme ». « Je ne sais quel espoir trompeur « agite en ce moment les prêtres : ils osent se promener « avec habit noir, cheveux en rond, frisés, poudrés ; « mais la loi veille et le premier égarement de leur « part les lui livrera. Dans plusieurs cantons ruraux,
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PiWRlS PENDANT LA RÉVOLUTION. 125
« ils disparaissent insensiblement et ne sont pas « remplacés ».
A la fin d'Avril, le même rap[)orLeur, parlant des assemblées électorales qui viennent de se réunir, 8*exprime ainsi : c< Toutes les calomnies, toutes les it sottises y ont été débitées pour écarter les amis du « gouvernement. Il faut nommer un tel, disait-on tout 41 haut : il ne sera pas pour le Directoire ; ou bien tel « autre : c'est un bonnéte bomme ; il a fait ses pàques €• des mains d im prêtre insoumis ; il faut bien se a garder de nommer celui-ci : c'est un prêtre marié ; «c ni celui-là : c'est un liquidateur, c'est un bourreau « civil qui égorge la fortune des particuliers •». Sur le calendrier républicain : « Les enfants l'apprennent «t à leurs parents qui le désapprennent avec les pré- « très ; an reste, il se snit ostensiblement* Il serait « bien nécessaire que quelques tribunaux faibles se a rendissent à l'exemple de la majorité, qui condam- « uent à l'affiche et à l'amende les marchands qui « tiennent leurs boutiques fermées les jours dits « autrefois dimanches. Il est clair que l'article de la « loi qui veut que, les jours de marché, tontes les « boutiques soient ouvertes, leur est applicable ; car i< il n'y a dans la décade de non-jours de marché que « ceux que la loi désigne comme jours de repos, tels « sont les décadis et les fMes nationales. 11 f:iiidrait ¥ donc redresser la conscience de ces juges qui ne « comprennent pas ou ne veulent pas comprendre la « loi. Leur mauvais exemple peut refroidir le zèle des « autres et rendre au fanatisme une de ces jouissances.
120 PA&IS PBNOAirr Lk RÉVOLUTION.
« Le tribunal de police do IX* arrondiMement de Paris « est partietilièrement dans ee cas ». « Dans les « cantons ruranz od il n j a pas de prêtres, le dimanche
« est inconnu et le décadi fêté ; mais paiiout où il y a « un prêtro, le dinianciie est en honneur et le décadi « observé avec répugnance. A Paris, le cuite catboii- « que acquiert tous les jours un très haut degré « d*insottciance ; jamais elie n-a été aassi généralement « manifestée ; les prêtres catholiques ne font plus de « prosélytes ; ils sont délaissés par ceux-mémes sur « qui ils comptaient le plus, et comme ce corps « ne s'y fait plus de nouveaux membres, il tombe en « dissolution et en lambeaux. Le nombre des Théo- <f philanthropes parait toujours le même, sans accrois- « sèment, sans diminution ; ils se conforment aux « lois *
Un mois plus tard, à la fin du mois de Mai 1799, Dupin peut, il est vrai, affirmer que Tassassinat des
plénipotentiaires français à Rastadt a été Toccasion dans les temples décadaires, do cérémonies touchantes qui ont électrisé les âmes ; mais, en même temps, il croit de son devoir « de déclarer que les amis du « Directoire exécutif sont actuellement en très petit « nombre » ; on parle de la fin de la République, du rétablissement de la Royauté ; « les prêtres en proie fitent pour se rendre intéressants et se montrent « dans les communes que, depuis un an. ils avaient tt abandonnées » . » L'exercice des cuites, déclare en
PARIS PENDANT LA RKVULLTiO.N. 127
« termes généraux le même rapporteur, a été paisible n et soumis aux lois >» ; « les fêtes décadaires se sou** ¥ tiennent par le zèle des municipalités » ; « Tan- « nuaire républicain « est observé assez généra-
« lement »; les boutiques sont exactement fermées les jours de décadi et généralement ouvertes les autres jours de la décade. Mais il ajoute cette plainte : <« Cependant l'observation des jours de marché a « éprouvé quelque atteinte. Les gens de la campagne m ne voulaient point oublier les jours connus sous la <t dénomination de vendredi et continuaient à apporter « des denrées, malgré qtiMIs eonnussent les dîspo- « citions qui le leur défendaient ; mais l'amende « prononcée contre un grand nombre a produit un K effet efficace «> . « Dans les cantons il parait que les « prêtres recommencent leurs intrigues ; trois cantons « entr*autres redeviennent fanatiques. Dans ces can- « tons on n*a pas besoin d*un calendrier pour savoir « le jour du dimanche ou autres grandes fêtas de «c Taneten calendrier ; les travaux cessent et la parure tt annonce la fête. Les jours de décadi, au contiiure, H on jette un ridicule sur ceux qui veulent le chômer. (« Les ministres du culte sont les causes de ce tt désordre * i».
La guerre qui durait toigours, alors que les masses aspiraient à la paix, éloignait les esprits de la République et contribuait à leur foire regretter le régime disparu. Toici ce qu'on mande au Directoire dans la première moitié du mois de Juin : « L'esprit public, depuis les
« TabteauK, III, 879 et tiiiv« ; 381 «t luiv.
128 PABI8 nmhm la RâvoLvnoK.
« malheureuses affaires d'Italie, est prêt à s'éteindre ; « les prêtres travaillent le peaple aigri par la privation « de ses enfants, qu'ils lui disent être enrojés à la «r boncherie , calomnie qu'il prend d'autant plus t 4|a*indépendamittent de ceux qui restent aux armées, «r les lâches qui abandonnent .leurs drapeaux, font, « dans leur pajs, un portrait eflhiyaat non seulement « des privations, mais encore de Tabandon qu'ils disont « éprouver ' ». L'esprit internationaliste, les instincts politiques et religieux se pétu trèrent et se mêlèrent de plus en plus étroitement. Tout haut et publiquement, dans les cafés et dans les groupes, on émettait des vœux pour le rétablissement de la paix, pour le rétablissement de la Monarchie, pour le rétablissement et pour la domination exclusive de la religion catholique * . C'est à ce moment qu'intervint le coup d'État du 18 Juin (30 Prairial).
1 ni, 385 «t tuiv.
PARU pniDAirr la. sàvoLurioN. ISO
VaX DIB fAtSS DâCAIMUSBS. — USTAVXàTION DU CATHOLIGIBIII.
A dater de ce coup d*État par lequel Sieyès et Bams, avec le eoneonrs de Lucien Bonaparte, se débamuh
séreiit des directeurs Treilhard, Merlin, La Revellière, chaasèrent des hautes positions qu'ils occupaient, le ministre do rintéricur, François de Neufchâtean et plusieurs autres personnages et confièrent le gouvernement à des agents doeiles tels que Gohier, Roger-Dueos et le nouveau ministre de 1a poUee, Fonehé, on vit se préparer grâdaellement laoataètrophe aatirépablieaine dn 18 Brnmaire, la dictature de Bonaparte, et du même coup, la première réaction vraiment profonde et sérieuse. Avec La Revellière, le Théophilanthropisme qui était son œuvre, s'écroula : avec Sieyès — autrefois l'abbé Sioyès — qui rentrait en s(?('no tout-puissant, les espérances du catholicisme prirent un développement et une force nouvelle.
Le commissaire du pouvoir exécutif près Tadministration du département de la Seine, Bupin, fat destitué et remplacé par Réal. Son dernier rapport, adressé eneore à François de Neufchâteau, immédiatement après le coup d'État du 18 Juin i i'i ançois de Neufchâteau ne quitta son poste que le 23) semble le chant du cygne de la llepublique : le sort de ses innovations
antireligieuses s'jr laisse pressentir. « Le sommeil XV 9
« léthargique dans lequel est plongé TeBprit publie, 4» ferait craiDdre, écrit-il, sou anéantissement ». « Vannnaire répnblieain est très bien suivi à Parts,
« mais mal suivi dans plusieurs cantons ruraux, où « les prêtres reprennent le dessus et rétaldissent « pi 11 à peu le rogne du dimanche » . u Les Théophi- « iaiithropes perdent de leurs partisans et ils ont « cessé tout culte au temple du Génie (Saint-Roch). « Les prêtres ressaisissent leur empire et l'église « Rooh est leur métropole * ».
Singulière ironie dn sort I Dans ces mêmes journées, le Ministère fit un dernier effort pour relever les fêtes décadaires. Cet effort fut-il tenté par François de Xeufchâteau ou par son successeur Quiuettc ? ("est ce que je n'ai pu déterminer. Assurément, le gouvt riiement issu iK; la journée du 30 Prairial ne pouvait rompre sur le champ avec le passé républicain auquel il succédait — il ne l'eût osé et d'ailleurs il ne le voulait pas — : entre autres choses, la conservation du calendrier républicain lui paraissait non seulement possible, mais même désirable. Néanmoins 11 est plus ▼raisemblable que des mesures qui sont nettement conçues dans Tesprit de Tadministration antérieure éiaanent de raueicii ministre et non du nouveau
Cette tentative dernière eut surtout pour objet la décoration artistique des temples décadaires do Paris, conformément aux idées qui avaient été si souvent
> m, 388 et suiv.
2 Dans !*M Tu/'icui r, M. Schmidt avait éaùt l'opixiioa inverse. [TaUeaiu, iil, p. »à*7, note i.; (Le Irad.)
émises. 11 fut décidé qu*on érigerait dans le temple de rÊtre Suprême (Kotre-Dame), la statne de la Liberté par Daigon* ; dans le temple de la Yietoire (Salnt- Sulpice), uDe copie en marbre blanc du buste de Bmtus ; dans le temple de la Bienfaisance (Saint- Jacques du Haut-Pas), la statue en marbre de Vincentde-Paul par Stouf ; dans le temple du (Téiiie (Saint- Roch), la statue de Pierre Corneille ; dans le temple de la Jeunesse (Saint-Gervais)^ la statue de La Fontaine par Julien ; enfin dans le temple du Travail (Saint-Médard), les statues en pierre de la Tempérance et de la Force par Besjardins. L'administration départementale était, en outre, pressée de donner ses soins à ce que Tintérieur des temples décadaires fut débarrassé « de tons les détails mesquins qui « y sont encore , tels que mauvais tableaux, statues « mutilées, autels à moitié démolis, confessionnaux a épars ck et là ; ce qui ôte le caractère de « simplicité qui convient à ces temples ». Ëniin le ministre mettait à la disposition de l'administration, pour rendre Tornementation plus complète, les bustes de Racine, Molière, Raynal, Montesquieu, OnîUaume Tell Vers la même date, tous les commissaires de police furent avisés de tenir très
* A tort : Donjon^ dast Sehmidt. Je corrige : Danjou^ sur l'avis d« mon confrère et «mi, M. A. de If&ataigloa. Oa doit, entre aatnifl ehoees, à Danjou quelques seulptores d'ornement
complémentaires H»' la Fontaine des Innocents {Inventairr rjéné-nl des richesses d'art de la France^ Paris, Monuments civUs, t. 1879, p. 191. {U trad.)
Id2 PABIS PENDANT LA UVOLUTION.
rigonreosameiit la main à Texaote observation dn calendrier républicain * .
Mais il était évident que, si le culte chrétien sortait triomphant de la situation, ni les fêtes décadaires, ni la supputation par décades navaient la moindre chance de se maintenir à 8ea côtés. £t, en fait, le catholicisme était, à Paris, en gnerre onverte avec ces nonTcautés importanes.
Vers la iln du mois de JnUlet 1799, le Bureau central de police dont les cheft venaient d*étre renouvelés, mandait ce tjui suit : u Les prêtres catholiques cherchent « il entretenir et fortifier le fanatisme. Il a été donné « connaissance au ministre de la police d'une déclara- « tion faite au Bureau centrai, portant que, le 7 de ee c mois, un citojren et une citoyenne étant entrés dans t la ci-devant église Notre-Dame, eurent une couverc sation avec le suisse, qui leur annonça qu*on « travaillait fort au rétablissement de la religion « catholique ; que l'évôque prêcha ensuite et cita « l'exemple dts Machabées morts pour la reli*rion, « invitant ses auditeurs à verser jusqu'à la dernière « goutte de leur sang pour la sainte religion ' ».
Les fêtes décadaires, au lieu de devenir plus solen* nelles, perdirent visiblement de leur dignité ; le public et ceux même qui y prenaient part les méprisaient et les tournaient eu ridicule. Des scènes fàcheuseâ eurent lieu, le 28 Juillet, qui était un décadi. Un rai)port du leadem&îu s'exprime ainsi : Hier le public a se comporta
• m, élOetralv.
PÀRI8 PENDAITT LA REVOLUTION. 133
« avec la dernière iadécence au temple de la Paix, « X* arrondissement, pendant la célébration des « mariages. Il y régnait un bruit eonfas qui rendait € inutile tonte leetnre ou discours adressés an peuple. « L*oreliestre surtout contribuait au désordre par un « choix d^airs propres à faire rire. Un noir se maria « avec ane blanche; on exécuta Tair d*Asémia t Z'tvoûv « avec tébètie fait de Jolis bijoux^ etc. Aussitôt le « temple retentit des cris de bh ot de bravo, comme « une salle de comédie. Une vieille femme épousa un « homme plus jeune qu'elle ; la musique joua cet air « de prisonnier : VkiUe» femmes^ jewm marit, fmmi « ieujaun mattvm ménage. Les bruyantes acclamations « redoublèrent ainsi qae la eonfiision des nouveaux « époux. Cet abus, s*il n*était arrêté, pourrait rendre « les mariages plus rares ; au moins, de Jeunes per- «c sonnes ont assuré en ma présence qu'elles aimeraient « mieux rester filles toute leur vie que de donner « ainsi la comédie au public, au risque d'en être « sifflées ' ».
Au mois d'Août, le Bureau central écrit que, pour contenir le fanatisme sacerdotal qui reprend de nouvelles forces» il considère comme nécessaire « de « fidre surveiller avec la plus grande attention les « temples et oratoires ». A cette fin on aura Fosil sur les eommissaires de police « qui négligeraient la « surveillance des établissemeuts religieux n ; on dressera une liste des c temples et oratoires de chaque
« in» 411 et soiv.
arrondiMement », avec « les noms et demeures des € ministres qui les dirigent * ».
La législation antireligiense des années antérienres n*était pins nne digue sérieuse. La défense de montrer auenn insigne religieux n*était plus respectée. 11 n*étaH pas rare de voir dans les maisons près des dépouilles dcsniorts, dos bénitiers, dos croix et d'autres objets du culte. Quelques instituteurs osèrent faire la classe, le- jours de léte l epnhlicaine, et se soustraire à l'obligation de prêter serment. Le culte civil fut l'objet d'offenses violentes : le 8 Août, le tableau des Droits de rhomme plaeé dans le temple de THjrmen, fut enlevé furtivement e.t ne reparut pas' .
De même dans la presse, la réaction religieuse éleva la voix. Le Mm>ir du 31 Août contenait un grand éloge de la religion chrétienne « qui peut seule procurer le bonheur ». La Quotidienne ou Parisienne publiait un long article contre Voltaire, pris à partie par le rédacteur h enus' de sa rag-e contre les prêtres; il était accusé « d irréligion, d'impiété, d'athéisme » : le journaliste sjoutait que les principes de la Révolution étaient des principes violateurs des principes de la religion ; que la s Franœ superstitieuse » valait mieux que la c France raisonneuse ' ».
Il arrivait de province des rapports tout aussi peu encourageants. Dans le département de la Haute- Saône, nous apprend un rapport du 18 Août, « Tesprit
t UI, 487.
PARIS PBNDANT LA RÊVOLUliON. 135
« public, loin de s'être «mélioré depuis le mois préoé- € dent, a épronvé une altération sensible » . < Les
« manœuvres des prêtres insoumis qui, malgré la plus « active vigilance, échappent aux recherches des « autorités constituées », exercent une « inlluence « dangerease sur les habitants des campagnes ». Désespérant de la situation, on demandait dans la Haute-SaAne des mesures extrêmes : « épuration des € agents superstitieux », « visites domiciliaires », « poursuites rigoureuses ' ».
Le commissaire du Directoire dans le canton de Pierrefitte, Qnyel, qui avait conservé sa place et ses opinions, était, lui aussi, désespéré et se portait accusateur contre une série de départements : « Au nom € du bien public, écrivait-il le 23 Août au^ ministre de € l'Intérieur, au nom des fonctionnaires asses coura- « geux pour remplir dignement leurs fonctions difficilss, € rappelez à Texécution des lois républicaines les « départements de Seine-et-Oise, de l'Oise et de « Seine-et-Marne, dans lesquels il n'est nullement c question de décadis, et où les dimanches et fêtes c sont solennisés aussi pompeusementque sous Tancien
< régime La sCùreté de la République est com*
€ promise ». Ces cris d'angoisse eurent sans doute un résultat : le ministre expédia une circulaire par laquelle il rappelait les adrainistrations républicaines au respect des lois républicaines : mais il y trahissait son indulgence au fond, son impuissance en fait par ces
paroles qui ne sont que Texpression d*ane fiction : c J^aime à croire ^a^nn tel état de diosea vont est c inooDDtt et qae les jmtorités secondaires sont à la € fois coupables de le tolérer et de tous le laiaser c ignorer' ».
Le 29 Août, le pape Pie VI mourut prisonnier dans la citadelle de Valence : le Directoire avait décidé, peu de temps auparavant, qu'il serait transféré à Dijon. La nonyelle de cet événement fit partout, et notamment à Paris, une impression profonde qni se manifesta andaciensement* Le 8 Septembre, le Courrier êt f Europe ouvrait le feu par ces mots : « Le corps du « pape a été brûlé avec de la chaux vive. Affreuse « piévovincc! Preuve de rage et d'impuissance! >» Quelques jours plus tard, le 9, la même feuille publiait un très long article, consacré tout entier à la mémoire du pape; cet article qui était en même temps une attaque violente attira tonte rattention de la police. D'après le rapport dn Bureau central, « rencourar « gement, la réconfortation que ce moreeau a paru « donner an fanatisme sont incalculables »; « Fauteur « n'a pas négligé dy répandre toutes les fleurs du « stj^le ». « La mort de Pio Vî, disait-il notamment, c met le sceau à la gloire de la pbilosopliie moderne ; « son triomphe n'eût pas été complet, si elle n'eilt « traîné un pape à son char. C'est ce génie externe minateur qui a renversé les autels dans le sang des c prêtres, qui s*est joué sur leurs cadavres dans les
i m, 4S9 «t fiiif .
« alRreusei Journées de Septembre, qui e^eei élancé, c répée à la main, eons les Tottes da Vatican et a
« mis en captivité le Souverain Pontife, après avoir « é^orpé les lévites. Quel trioni{)ho aujourd'hui « pour cette philosophie d^avolr étendu le drap «c mnnieipal sur le tombeau d*un pape et déposé ses c restes dans nne terre profane 1 Mais comment les « philosophes n^ontpQs pas senti que ses malheurs « même ne le rendaient que pins respeotablef que, « semblable aux antels mêmes aujourd'hui dépouillés « de leur parure, il n'en était que plus auguste ? Ah ! « ce n'est pas la première fois que la Révolution a « fait briiier les plus obscurs cachots, etc. ». En un mot, suivant le journaliste, « on a eu l'intention it d*avaneer les jours du pape par des déplacements m fréquents, on a exercé à son égard une cruauté « purement gratuite » . « Mais, au surplus, continue « le même écrivain, depuis Tantique Sichem Jusqu'à « la Guyanne, quelle partie du moiido n'a pas retenti « du cri de la justico outragée? 0 vous, qui souffrez « les rigueurs d'un triste exil, vous apprendrez que « votre chef est mort captif et vous pourrez en sûreté « donner des larmes & sa mémoire, puisque tous € n'aves pour témoins que les rochers et les déserts, € tandis qu'iei les souvenirs du 2 Septembre couvriront c son humble tombeau d*nn deuil éternel ». Le Bureau central parle avec une grand»' coiiviction « du
€ ravage que n'a pu manquer de faire dans Topinion € un outrage aussi criant k la philosophie et à la c Révolution » ; il n'est pas possible, écrit-il, « de lier
138 PABIS PBNDANT LA RévOLUnOIT.
« avec pîuf de pedidie des idées de politique à « d'autres, évidemment atïectées dti fanatisme, afin de c persuader aux. partisans du cuite catholique que la < mort du pape est encore un crime de la Révolution € même * ».
A Notre-Dame, i^évéque Rojer osait parler dans le même esprit. Il exhortait les fidèles c fc résister « courageusement & toute innovation, promettant les « palmes du martyre à ceux qui pourraient être
« victimes de leur dévouement * ».
En faeu de cette agitation catholique qui obtenait chn(|nc jour des résultats meilleurs et qui chaque jour se sentait plus assurée du succès, les autorités les plus hautes du pays conservaient à dessein une neutralité prudente, tandis que les mesures prises par les pouvoirs intermédiaires en vue de soutenir les nouveautés républicaines» c'est-à-dire avant tout le culte civil, accusaient le désarroi des résolutions et des conseils. Les magistrats munîci[)aux, afin d^assurer le plus de pompe possible aux fêtes décadaires, près" sèrent les directeurs de théâtres d'y envoyer une partie de leurs musiques ; mais les directeurs ne répondirent pas à cette invitation. On essaya en vain de faire intervenir le Bureau central. Celui-ci fit observer qu'il n'existait aucun moyen coercitif ; que les musiciens composant Torchestre d*un théfttre n*étaient sous la dépendance des entrepreneurs que
i III, 346 et ««iv.
pour le Mrviee du «peetaele ; que, pour une seule fdte nationale, celle de la Sonveraiaeié da peuple, le Bureau central iuTitait par une simple lettre les
orchestres à se partager; qu'on attendait tout du ravivement de l'esprit imblic, qui ne tarderait pas à donner aai institutiooâ républicaines Téclat qu'elles doivent avoir
En Septembre et en Octobre, les nonyelles officielles de la province deviennent de plus en plus décourar géantes. L'administration départementale de 8eine-et- Oise écrivait : en dépit des lois et des prohibitions officielles, c on travaille publiquement le jour lu ^ décadi et on se repose les jours ci-devant fériés » ; la faiblesse, riasoucience ou la malveillance des agents eux-mêmes a souvent été la cause de ces infractions. Le commissaire près le département de la Haute-Saône : c L'audace des partisans du trône et de € Tautel 8*accrott >. Ils annoncent tout haut « la « dissolution prochaine du gouvernement républicain, « l'entrée des Russes en France et le massacre de « tous les patriotes » ; leur audace est encore accrue par les décisions des tribunaux ; car, eux aussi, donnent des preuves de leur attachement c à la cause e de la Rojauté et de la superstition ji ; on cache des prêtres insoumis : les tribunaux ne punissent pas ; ils prononcent raequittement ; ces prêtres réfiwstaires -exercent « une d^rif^^epeuse influence » dans plusieurs communes ; dans quelques cantons, c les signes éxté-
t lil» 488 et iiiiv.
14Ô PARTS fVmkWt LA ftÉVOLUTfOlf.
<r rieurs du cuite ont été relevés », au mépris des lois ; sur beaucoup de points le son des cloches se fait entendre ; le calendrier républicain « n'est pas c généralement snm ; les préjagés et les habitudes « des habitants des campagnes, fortifiés par les c insinuations des prêtres, sont des obstacles qui c retardent son entière exécution * ».
Le rétablissement de la Royauté ot l'entrée des Russes n'étaient pas immineiits assurément. Le fait immédiat, co fut, au contraire, avec le coup d'Ktat du 18 Brumaire (U Novembre X7d9), Télévation de Bonaparte et l'ère du Consulat.
Consul, Napoléon n'était pas encore en position d'anéantir, arec l'essence de la République, la forme et l'apparence de ce gouYcmement. La forme républicaine lut donc conservée pour le moment ; par suite, l'ère républicaine et le calendrier républicain durent aussi, cela va de soi, être maintenus. On fut ainsi obligé de laisser subsister la division du temps en décadis ot de continuer, pour le moment, les décadis et les fêtes décadaires, bien qu'en politique ont crût opportun, afin de ménager dans l'avenir une évolution importante, de laisser le champ de plus en plus libre au catholicisme qui tendait de toutes parts à se relever.
On accorda un délai au culte républicain, mais, en même temps, on en fit le culte de Bonaparte»
Bonaparte dut apparaître comme le héros, comme
PARIS PBNDANT Lk RÉVOLUTION. 141
le demi-dieu, destiné tout ensemble — j*emprnnte le langage dn président de Tadministration dn département de la Seine, — à préserver les Français
républicains « de retomber sous le joug honteux du € despotisme sacerdotal et nobiliaire ou sous celui « d une horrible et sanglante démagogie ' i. Ainsi les fêtes décadaires servirent, grâce aux discours adressés au pnblic, à introduire le onlte du héros, tandis que dans la rue les joveurs d*orgue de Barbarie, me lenr musique bonapartiste, coaeonraient au même but. Un ▼aste champ fut ouvert aux adulations des fonction^ naires qui surent mériter, par leurs flatteries, remercîmeuts et récompenses. Dès le 20 XoM iubre, dix jours après le coup d'État, le commissaire du gouvernement près le canton de Quers, Gravier, tout plein d*un sèle, sincère ou feint, je ne sais, écrivait an gouvernement : c Je désirerais que le décadi arrivât c plus fréquemment : j'aurais plus d*occasîon de « dissuader les uns et d*affermir de plus en plus les K autres dati8 l aveugle couliancc que nous devons € tous à Bonaparte * ».
Toutefois le culte de Bonaparte ne pouvait ni arrêter la défaveur croissante dans laquelle tombait le décadi, ni étouffer la croyance chaque jour plus assurée au rétablissement de Tancien ordre de choses. En Décembre, le commissaire du gouvernement près le canton de Pierrefitte, Gu^el, transmettait ces plaintes au ministre : « Je ne peux plus vous taire que l'état
t m, 4fl5 H toiv.
142 PARIS FBimAl*T LA RÉVOLUTION.
« actuel des clioses dans mon canton tend à une « désorganiaaUoQ totAie. Le peuple à qui la malveiU « lance a persuadé que Bonaparte avait aboli tous c les impôts, se refuse au pajerneut de ses contri- « butions ; les prêtres, se présentant en foule dans les « communes pour ezerœr leur eulte, prêchent qu*il tt n*j aura plus de décades >; — « les fêtes décadaires « sont abandonnées, etc. J^sjonterai, avec la fhmehise « d'un Républicain, que io mal n est pas encore si « grand dans mon canton que dans ceux qui l'envi- « ronnent, où il est à son comble ; et le mal se propage « à pas de géant ' ». A peu près en même temps, le commissaire central du département de la Sarthe, JouenneauH, écrivait : les prêtres insoumis sont c à la « tête des brigands » ; t par rexercioe du culte et i leurs prédications, ils corrompent Tesprit du € peuple * ».
Kn Janvier 1800, le nouveau commissaire du gouverutiiiieiit prés le département de la Seine, Garnier, dépeignait la situation en ces termes; « Nous avons « remarqué des hommes ;\ qui la République déplaisait « ou qui avaient pour elle beaucoup d'iadiâiérence, t se persuader que Tancien ordre de choses allait « être rétabli. Les uns annonçaient le retour « prochain de Tempire d*un culte intolérant, la c publicité intérieure de leurs cérémonies religieuses, « leurs processions, leurs cloches. Les autres recou-
1 III, 474 «t ntiv.
c raient à leurs anciennes habitudes contraires aux « iDstitutioDs républicaines ». Le calendrier républi^ « cain « est totyours exactement suivi par les « administrateurs et leurs employés dans tous les « actes publics et se soutient dans Paris, pai ce que « Ton 7 comprend qa*Qne division du temps comme « celle du calendrier roj)ul)licain est bien plus commode « liue l'ancien cakul. Mais, dans les campagnes, il « tend à se perdre et les jours consacrés au culte « catholique rappellent les anciennes dénominations « que le paganisme avait consacrées » . t Le peu a d'éclat des fêtes décadaires, des discours entendus « d'un petit nombre, la lecture froide du Bulletin, la € rigueur de la saison, ont contribué à rendre ces c fêtes peu intéressantes pour le peuple qui n'y joue « qu*un Tà\e passif. Cette belle et utile institution semble « anéantie. Sans les mariages et les familles qu'ils « attirent, les temples seraient presque totalement « déserts. Les autorités constituées ont été invitées à « les célébrer toujours religieusement. Elles se sont « conformées à cette invitation principalement dans la M Oommnne de Paris ' ».
Dans son rapport de Février, Oarnier s'exprime de même. Mais, cette fois, il fait remarquer qu'à Paris « la nécessité où sont les citoyens de recourir jour- « nellement aux diverses autorités les accoutume et « les force même à l'observation do ce calendrier » ; dans plusieurs cantons, « les habitants se persuadent
t III, 419, 482.
144 f ABI8 nDiDAMT LA utroustm.
« que le repos de« dimanches et.autrea fêtes du enlte
«c catholique leur est accordé par Tarrété des consuls,
« qu'il y aurait trop de porto de temps, si l'on se « reposait encore les decadis et qu'ils peuvent, par « conséquent, travailler ces jours-là ». Los fêtes décadaires sont toujours « peu suivies », parce qu'elles ne présentent « aucun intérêt de plaisir ou de « jouissance ». Gamier voudrait que tontes les antorités suivissent Fezemple donné par quelqaes cantons ruraux qui ont utilisé pour les réunions décadaires « Témalation de la jeunesse » : dans ces cantons, « les élèves récitent publiquement des mor- « ceuux d'histoire et de morale, et les éloges qui leur « sont donnés coucoureut à exciter leur zèle et « attirent les parents, satisfaits de la petite gloire que (( s'acquièrent leurs enfants ». 11 pense que cette méthode pourrait être adoptée par toutes les adminis^ trations : « Elle concourrait à attacher à ces fêtes c décadaires les familles jalouses de voir leurs enfknts c recueillir des applaudissements publies. Les cultes, « écrit-il» sont paisibles. Les Théophilanthropes « continuent leurs exercices dans quelques temples ; « ils ont célébré xwc calme des fèTo> a la Bionlaisance « et à la Tolérance et ont fait, pendant leurs cérémo- « nies, des quêtes utiles pour Tindigence. Les ministres « du culte catholique sont tranquilles et se conforment ,« exactement aux lois, mais ils espéraient beaucoup € plus qu'ils n*obtiennent ; les églises ne sont pas très « fréquentées ; ils avaient compté sur un large produit u. do l'exerciue de leur culte, mais il ne peut les
quelques-ans rabandonnent. Dans quelques « édifices rendus au culte il 8*est établi des débats c entre plusieurs ministres sur la prééminence de la
« préoccupation ; ils ont voulu rendre les autorités « dépositaires ou arbitres de leurs différends ; on a su « entrevoir dans cette conduite le désir qu'ils avaient tt de se faire instituer ministres de tel culte dans tel « édifice par les autorités, filles ont eu le bon esprit « de ne pas vouloir s*en mêler ; depuis la déclaration € qu'elles en ont fàite, elles entendent beaucoup « moins souvent parler du culte et des ministres. Dans « les cantons ruraux, ils ne causent de même aucune « fermentation sensible. Le service se tient dans les « temples, portes fermées; point de cloches; point do c chaleur intempestive dans les prédicateurs. Dans c quelques communes cependant les prêtres se t regardent comme les chefs ; ils essayent à diminuer « rinfluence des autorités constituées, au lieu d*apporc ter un esprit parfàit de tolérance, de douceur, de « reconnaissance envers le gouvernement qui les c protège ; ils sembleraient vouloir reprendre Tautorité « spirituelle pour dominer sur le temporel ».
Gamier ressemblait à Bupin. S*il espérait que la petite vanité des parents pourrait être un moyen de ressusciter les fêtes décadaires, je ne dirai pas : peu suivies, mais tout à fait abandonnées, il opposiUt avec confiance au mouvement en avant des prêtres catholiques vers le spirituel comme vers le temporel cette phrase : c Ils sont surveillés et peu dangereux t.
Toutefois il était nécessaire à ses yeux que le gouver- IV 10
146 PAMA prudant la bétolution.
iicment s'expliquât, qu'il prît une position ferme et nette. « Cette belle institution (du calendrier tt républicain) ne s'effacera, écrit-il, qu'autant que le K gouTernement voudrait Tabroger, et il ne le vent « pai t.
Mais si 1 II le voulait ! I«*opinion publique le poussait de plus en plus & le vouloir : elle le poussait au rétablissement complet du culte catholique et du
caleiidriei grégorien.
Déjà, comme nous l'avons laissé entendre, le nouveau gouvernement avait fait intentionnellement des avances au catholicisme. Le 24 Décembre 17*.h), toutes les fêtes nationales, à Texception du 14 Juillet et du 10 Août, avaient été supprimées par une loi formelle; quatre Jours plus tard, des arrêtés très importants avalent été rendus dans Tintérét immédiat du catholicisme. Ces arrêtés avaient mis ftn à toutes les mesures prises contre les services célébrés dans des oratoires privés et aux poursuites dirigées contre les prêtres qui eélfliraient ces service'* ; ils avaient rendu aux coiumuaes la libre dispo^iitioa des -odiliccs consacrés autrefois au culte, r*est-M-diro des églises. Un arrêté postérieur du 22 Janvier IHOO ' consacra la liberté des cultes et cassa toutes les décisions administratives en vertu desquelles Touverture des églises n'avait été autorisée sur plusieurs points que les décadis. La victoire du culte catholique sur le culte civil put dés lors être considérée comme un fait acquis. Le
• C*t arrêté D*<iat psi du 2i Janvier 1800, nuis du 0«c«Dibre 1790. Cr. Dav«rgier, t. XII, pp. 55, S6. {U tt^d,)
clergé leva la téte. Plein d'ardenr, il eommença, dans
les mois qui suivirent, à contester a la. religion civile l'usagt ( onjiuun des é^^lises. En présence de ces vives attaques, ie gouvernement fut, pour l'instant, obligé de prendre mn^ sa sauvegarde les fêtes décadaires, J/arrété du 1" Juillet 1800 ' prolongea leur existence, en statuant expressémeot que les églises serviraient aussi à oes solennités. Mais ce délai, accordé au décadi, fut mêlé de bien des soucis et relativement court.
Au reste, dans les cercles officiels, Toplnion resta extrêmement défavorable aux prêtres catholiques. Il l iait, en effet, évident que ceux-ci ne songeaient pas seulement à la religion mais aussi au rétablissement de la Royauté légitime : ils ne voulaient pas plus entendre parler du Consulat et de Bonaparte que du Directoire. A la vérité, en vertu d'un arrêté du 28 Décembre 1799 et d'une loi du 11 Janvier 1800, on avait exigé un serment de fidélité non seulement de tous les fonctionnaires, des instituteurs et professeurs,
' Erreur de rlate. I/nrréte que vise ici M. Schmidt doit être celui du 22 Janvier lOUO, ainsi conçu : •• Art. l«^ L«8 édifice» Mmit par l'arrêté du 7 NîtAm à la ditponiion dti citoyens poar TestreÎM deê otilui, ai qui* aatérî«nr«mant à l'époqué dê eeiwrété, ttrriraÎAnt à la oêlébratlon de» cérémoaist décadaires, cAntinuêront de servir à cette eélébraiioa eonme à eeUe des cérémoaies des cultes.
« Art. 2. — Les autorités administratives régleront les heures qaiserontdoBBéei à Uesereioe dueolte et aux oérénMMÛeeeivUes, de aumière à prètenir leur eonearreiice : elles preedroat les mesures nécessaires pour assurer le maintlea dtt bon ordre et de la tranquillité, dans le temps con«tacré au culte et aux cérémonies ciriles ». Vo^ez Duvergier, t. Xil, p. 75; ^édit., p. 67. {Le traU.)
mais aussi de tous les prêtre» ; mais beaucoup d'entre ees deniiera ravaient refaaé et ceux même qui ravaient prêté se montraient arrogants et mutins. Encore dans la seconde année dn Consulat, en 1801, les rapports des membres du Conseil d*âtat signalaient d'une oommane Toiz comme les plus dangereux a^taieurs des campagnes, les piètres insoumis t^ui n'avaient prêté aucun serment k l'État: ni le premier serment à la Constitution civile, ni le nouveau serment de fidélité ; leurs partisans les appelaient les prêtres-vierges. Mais il y avait aussi des prêtres soumis, classés comme dangereux. C'étaient ceux qui, à la vérité, avaient déclaré se soumettre au gouvernement consulaire mais avaient antérieurement refusé tout serment. On considérait comme tout aussi suspects ceux qui avaient prêté l*nn ou Tautre serment, mais à contre-eœnr et seulement, comme ils disaient, poui' ne pas priver leur troupeau de toutes consolations. Enfin, les réfraetaires, ceux qui avaient rétracté le serment prêté, étaient tenus pour extrêmement dangereux*.
Dans toute la France et particulièrement dans le département de la Seine, on surveillait, avec des jeux d*Argus, les prêtres remuants*. Mais Tespoirde laisser longtemps à terre rancienne hiéraiclLie ecclésiastique
> iloe(|«aia, Véiai de li Frtmee tm 18 A'Mwefit, 141 «i «dv. ;
211 ; 213 et suiv. : US, 251 et suiv. : 259, 2T5, 9BS; SIS «t Mitv. ;
'M'i el suiv. I,e mot réfi^ctah '^ n'a (i&s le t«n? ïîp^ciril que lui nMnKiit» ici M. Schmiilt. On appelait rêfraclairr tout pré(r<' qtii avait retusé le serment a la CoaBtttaÙMi civile (bien enteadu UMÎ m1«I qui, l'ayant prêté, l'avait rétneté>. {U trmd,)
> l^tfl., S58-9Sfl^ Cf. pp. livii-lssi.
qni, malgré toat» exerçait une prefwion sensible sur la situation générale, devenait de pins en pins iliiUe. Aussi le préfet de la Seine déplorait-il, aveo une certaine mélancolie, que la RéTolntion n*eftt pas
procédé à une rétorme prudente et pacifique dn christianisme, au lieu d'une subversion violente. A la même époque» le conseiller d'État, Fourcroy, s exprimait de même dans son rapport sur la situation générale. Voici Tapprédation douloureuse qui lui est arraehée : « L'Assemblée constituante a manqué une grande « occasion de servir l'humanité: elle pouraît faire « dominer en France le protestantisme beaucoup plus « tolérant et plus facile à détacher du gouvernement « que le catholicisme. Il ne faut plus espérer de < retrouver de longtemps une pareille occasion * ».
Il n'était plus possible de contenir le mouvement réactionnaire. Bonaparte, en vue d*i^anir les voies à sa politique ambitieuse, voulut faire autant que possible de la puissance religieuse son obligée : il crut devoir, autant ifu'il le pourrait, l'attacher à son char. Dans cette pensée, ie Concordat * Ait promulgué en
i /Mtf.. S81, IM.
t LliiateiN da Coneofdat doik «qloardIiBi ItM éUuliée à l*aîde de Tadmirable recueil du comte Boulay de La Meurlhe,
Documents mr la ni^gociation rfti Concordat, Paris, ISTl 1893, 3 vol. On trouvera dans E. de PreBsensé, UÈglisr f-t la Rcvn/ution française, 3» édit., Pans, p. 44B ; dana Bridier,
Mgr de Saiamon, Mémoires inédits de i intemonce à Paris pendemi ta MmAiIAni, 2^ éoil., Paris, Vm, p. 235, quelqiNS iw- MigoiowiiU %m ne puùwwi pu négitgeiblii tar las tsatati- Tes de rtpprcdwnMnt avao Km» an tanps da INfaotoira. (le M.)
Kvïïl 1802 et la domination dn eatholiciffme rétablie a>ec tout 8on appareil. Par voie de conséquence immédiate, le dimanche redevint le jour de repos des
fonctionnaires : une disposition formelle fut prise à cet éprard : tue une autre fête ne fut admise sans rantorisation du gouvernement. Ainsi disparurent les derniers vestiges du décadi ; d< ? lor<. il ne resta plus rien de la « religion civile » ; la socto des Tiiéophilanthropesfnt, en même temps, chassée de tous les édifices publies ; ce fut sa raine définitive Seul, le calendrier républicain fut, pour le moment, maintenu. Napoléon le supprima, lorsqu'il se fit empereur ; c^est le 9 Septembre 1805 que le calendrier f^rcgorien fut rétabli Après avoir ainsi enterré et couch»* (i.iiis la tombe la révolution religieuse, Napolt uu in^titua, le 19 Février 1806% la fctc du rétablissement du culte
I Beiilliett, VI, 2Sa.
* Le aéiiatiM-«ontQlta du 22 fhmetidor an XIII (9 Septembre 1806) est aiaii conçu :
" Art. — A compter du 11 Nivôse prr»cb^in, 1«' Janvier lëUG, le caleaiiner grégorien sera mis en usage dans tout l'Empire français.
c Art 2. — Le présent •énatut'Coiitalte eeia tnuMinie par an neesage à Sa Majesté ». (Le trad.)
Art.l". — T,e f^te de samt Napoléon et celle du rétaMissement de la religion catholique en France, seront célébrées dan? toute l'eieodue de l'Empire, le 15 Août de chaque année, jour de rAnomption, et époque de la oonelueioa du Coaoordat ».
« Art. 2. — Il yaoraleditjoar une proeeitionhors FégUie dans toutes les communes où l'exercice extérieur du culte est autorisé ; dans les autres, laprooeetion aora Ue« daoe rintérieor de i'égiiM >. «•••••» •..
Voyez Bulletin det loU. 4* série, t. IV, n* 1335. (te tmd.)
catholiqae en France. La réaction religieuse était eoaaonimée, qaant à Tessentiel.
J*al dit : quant à ressentiel. En effet, le mariage civil, les registres de Tétat civil furent maintenus : on faussa également subsister la défense de faire sortir les processions etc. Le clerpré ne reprit pns son ancienne position civile et politique. Sous la Restauration elle-même un retour intégral i» l'ancien ordre de choses ne fut pas réalisé. Si la charte de Louis XVIII accordait au clergé catholique une situation privilégiée' en assurant à ses ministres un traitement sur le budget de TÉtat, cette même charte proclamait la liberté des cultes. A ce sujet, la police secrète mandait, le 7 .Juin 1814 : « Quelques membres du a clergé catholique se plaignent d'une reconnaissance M aussi solennelle de la protection accordée À tous les « cultes. Des protestants demandent pourquoi leurs « ministres ne sont pas payés comme les prêtres « catholiques ' ».
Sur le terrain des chosee religieuses les antithèses et les contrastes sont bien irappautà a cette époque.
i Cette phrase n'est pas exacte, parce qu'elle est trop générale. Il faut se raportar à Tart. 45 des Artkkt organiquetf ainsi coDÇQ : « AsMUM oérimonie religietira n'aunn liea hors des
édifices consacrés an culte catholique, daru les villei ak U y a des temples destinés à différents cultes ». (f,f frad.)
• Ceci est inexact, car la charte des 4-10 Juin 1814 s'exprime ainst, art. 7 : « Les ministres «le la religion catholique, apostolique «t ronaiae, si esm dea antm enitts ehrétitns, reçoivent MoU éêê traiceniMit du trésor royal ». {te Mut,)
* Tableaux, lU, 508. — Je reprends iei les tsrmes da rapport de poiiM* (le tntd,)
La vieille opposition antireligiense harcela de qnolibots le nouveau ministre de l'Intérieup , l'abbé Montesquiou. On l'appela tout haut un <» j. f. • de « calotin, qui donne des millions à des ]»rètres, qui « s'amuse à faire des mascarades avec ses procès- « sioDB ». De tous côtés, on tenait sur le roi» la religion et ses ministres des propos oifensaots. On annonçait que ce fantôme de Restauration ne durerait pas longtemps. L'abbé Bellon éerivait au ministre : « La licence, Timpiété sont à leur comble », Prêtre, Bellon n*ofle aller denx fois de suite chez le même restaurateur, « de iienr de se faire des affaires ' ».
D'autre part, le eatholicisme militant, qui, de nouveau, aspirait à dominer, raonli'ait une incroyable intolérance. Le 29 Juin 1814, un catholique écrit au ministre de rinténeur pour protester « avec la plus « douloureuse surprise et la plus profonde indigna- « tion » ; il est indigné qa*on ait invité non seulement les catholiques mats aussi les juifs et les protestants, à « faire des prières en actiqns de grâces du retour de « Louis XVIII » . « Mon sang, écrit ce correspondant, « s'est glacé dans mes veines, en voyant mettre ainsi « le mensonge et la vérité sur la même ligne. On ne € pouvait choisir un moyen plus sûr pour indisposer « tous les catholiques contre le Roi. Les murmures € éclatent de toute part. On le regarde comme
1 Oan» les Tableaux, 111, 51.1, je lis : un « s. 1.... de calotin ». Lê lecteur choisira entre e. f. et j. f. que je eoggère. (Le trad.)
* m, 512 et eoiv.
« adoptant le sjstèmo impie da tjraii, sans que I personne obo on paisse l'excuser aatrement qa*en f disant que e^est TœnTre de quelque commis de
< bureau, qui, accoutumé au langage naguère à 1» ff mode, Ta donné à son insu et au vôtre. Ce qui c surprend le plus, et ce qui ftiit regarder la religion « comme un jeu et une affaire de pure politique par « les libertin;?, c'est de voir que cet ordre soit sorti « des bureaux d'un homme revêtu du caractf»re sacré € du sacerdoce, d'un ancien agent du olergé, d'un « homme fait pour occuper les premières places de « rÉglise, d'un homme eniln qui doit savoir qu*en « matière de religion, le recours à tontes les diffé- « rentes sectes est une preuve d*irréligion, que de € leur ordonner de faire des prières pour quelque
< cause que ce soit, c'est partager l'exécration que le « Saint-Esprit a prononcée au ch. 28, v. 9 des Pro- « verbes contre la prière de ceux qui n'écoutent point « la loi ». Que sont donc les prières des juifs et des protestants, a sinon des insultes faites à Dieu ' ? »
Tous ne vont pas à ces extrémités. Des esprits moins prévenus font valoir d*auires considérations : le souvenir de cette sulrverrion insensée de toute religion les ramène vers la religion ; ils placent en elle tout leur espoir. Dans un rapport du 28 Juin 1814, le recteur du Ij'cée de Rennes exprime ainsi ces espérances : « C'est de la relijrion surtout, ce frein si c puissant, que nous avons à espérer les plus grands
tIU,51litflniv.
V secours. C'est elle qui est la sauvegarde des mœurs ;
V et notre autorité, nos soins le cèdent à Tinfluence « que doit avoir sur Tesprit et le cœur de nos enfants
« leur père spirituel. Que ne doit-on pas attendre de « son zèle, de sa charité, de son aifection I Lui seul " petit ramener la brebis éj2:aréo ' ».
Certes les choses, en leur développement, ne revenaient pas à leur point de départ : l'histoire n'enregistre jamais de pareils retours ; mais elles s'en rapprochaient de plus près quUl n'arrive d'ordinaire. Les destructions révolutionnaires, destructions véritablement nihilistes, avaient empèehé une réforme profonde : en religion comme en politique, on avait arraché Tivraie avec le bon grain.
Mais, de son côté, l'Eglise catholique a avait, comme on en peut juger par ce qni précède, malgré tous ses maiheun^, rien appris et rien oublié. Plus sa chute avait été profonde, plus elle se redressait et relevait la tôte, je ne dirai pas seulement avec courage — on ne saurait Ven blftmer — mais avec arrogance, visant à l'assigettissement universel. Pie VU, à peine rétabli, en 1814, sur le trône de Rome, se préoccupa tout d'abord de révoquer la décision pontificale qui, en 1773, avait supprime l'Ordre des jésuites : avec cet Ordre et, par cet Ordre il espérait conquérir le monde entier. Bien loin de ne demander désormais pour l'Eglise catholique que l'égalité de traitement avec les autres cultes, comme l'avaient espéré tous les
lie
PABtS FBMDANT LA RÉVOLUTION. 156
esprits circonspects et prudcntï? et de chercher seulement à réfuter chrétiennement et à convertir les H insulteurs de Dieu », c'est-à-dire les non-catholiques, la Pai»aaté restaurée et les jésaites rétablis songèrent plotôt à étendre, par tous les moyens, leur domination, au temporel comme au spirituel, sur tous les peuples du monde. Leur mot d*ordre fut, dès ce moment, et est resté depuis lors celui-ci : soumission absolue et aveugle de l'humanité tout entière au Joug d'un grandprètre infaillible ; immense folie dont le monde catholique lui-même ne pourra pas, à la longue, supporter les inéluctables conséquences Car toute application pratique du dogm» de Tinfaillibilité fera inévitablement bésiter ou reculer un certain nombre de ses partisans effectifs ou seulement apparents et théoriques, et éclaircira ainsi progressivement leurs rangs.
* L*avenir réserva à nos fils certaÎDes sorpriies et Tattante
de M. Selmidi pourrait bien ne se réaliser pa«. Il suffit, pour
cpla, que la théologie catholique g*' mr^ric iiniissnhihlpmpnf à 1 histoire; union non seulement légitime mais nécessaire. {Le trad.)
PARIS PENDANT LA aËVULUTiaN.
VINSTRVCTWN PUBUQUS ET LES ÉCOLES
La lecture de nombreux documents, întéreâsant i'hi^itoire des villaj,'es du département de la Seine pondant une période de cinquante ans que je me propose d'étudier ailleurs, m*a conduit à ce résultai remarquable : rinstraetion du peuple et les éeoles qui étaient encore prospéras au XYIP siècle, ont subi en Pranee une décadence rapide et vraiment étonnante dans le cours du XVIII* siècle, c'est-à-dire pendant la floraison de l'esprit philosophique. Ces mêmes villages autour de Paris dont, à la fln du XVXl' siècle, les habitants savent tous ou presque tous écrire — leurs signatures le prouvent — nous oAreat, à la veille de la Révolution, à peine un ou quelques lettrés : les signatures disparaissent et les simples croix les remplacent dans une proportion écrasante.
Quant aux explications qu'on [»eut donner de ce Isit, j'assigne le premier rang k celle-ci : la vie
15B PABIS PmBAlIT LA EBTOLDTION.
politique du peuple, très active au XVI* siècle sous les Valois, s'éteignit graduellement sous les Bourbons. Au XVI* siècle, les assemblées de village se réunissaient : 1) pour les affaires de la communauté et pour celles de la paroisse ; 2] pour déterminer, llxer, compléter les coutumes ; 3) pour procéder à des élections fondées sur le sufllrage universel ; soit qu*il fallût envoyer des mandataires à des assemblées locales plus considérables, chargées, en seconde ou on troisième instance, do loi mu 1er ei de lixor les coutumes ; soit qu il fallût nommer des députés aux états provinciaux ou aux états généraux : dans ces états les paysans n'avaient pas seulement leur siège et leur voix, il leur arrivait aussi quelquefois — on peut le prouver — d*7 exercer, comme membres de Comités, une Influence importante. Par suite, on se plaisait partout ili écrire ; on avait la manie des proeés-verbaux ; et c*e8t ainsi que nous sommes si abondamment renseignés snr les assemblées-enquêtes qni avaient pour objet le droit coutumier et sur les actes des état» provinciaux et généraux. Ces écritures fréquentes et cette activité politique si étendue du tiers état, composé de bourgeois et de paysans, rendait nécessaire cette instruction scolaire du peuple, que nous constatons, en effet, au XVP siècle et qui se perpétue au XVII*.
Mais, avec le XYII* siècle, avec les Bourbons, non pas seulement sous Louis Xiy,mais déjà sous Henri IV, le véritable père de l'absolutisme français, le mouvement cetiuaiisatcur se manifeste : c'est là un fait qui qui était depuis longtemps familier à la science
PARIS PENDANT LA RévOLUTIOW. 159
allemande, lorsque Tocqneville se persuada bien à tort qu'il rayait découvert ; ses compatriotes et bien des Allemands superficiels qui répètent simplement ce que d*autTes ont dit, se sont fait la même illusion Cette centralisation ruina, dans les villes et dans les campagnes, les droits essentiels des communautés. Les assemblées ayant pour objet la rédaeiion des coutumes cessèrent tout d'un coup sous Henri IV ; les états généraux ne furent jamais réunis par ce monarque et ne le furent après lui qu'une seule fois, sous Louis XIII ; c*est surtout sous Louis XIY que l'intrigue ou la violence affaiblit, mutila les états provinciaux. Partout rabsolotîsme et la bureaucratie mirent le peuple en tutelle ; dans les villes et dans les commanauié s rurales, le sel/(fOifemment dont on retrouve, à l'époque antérieure, les puissants éléments, disparut ; avec lui disparut aussi ce besoin d*apprendre à lire et à écrire qui « était né autrefois de la vie publique et de la nécessité de s'occuper de ses propres affaires. Les écoles furent abandonnées : on les laissa périr. Toutefois, les générations de la première moitié du XVII" siècle avaient apfji'is dans ces écoles à lire et à écrire et ce sont elles qui, jusque vers le
1 Tocqueville dans U préfaci) de L'ancien régime^ se vanta d'avoir parcouru, mais sans tiioeé*, let uxtaa poudrons dm eotttanios. A oot époqu, je torminait moi^inino do tonguei rêohoreliet dau lo grand Coutumier général ; la lecturo do oot
ouvrage m'a convaincu qu'en Jépil de cette afHrmalioa, cet auieui n'avait paa la moinilre itl*»e de? richfss»'s d'îafarmaiioD que recèlent le» coutumes et leurs procès-verbaux.
160 PARIS PBKDâMT LA K&VÙLXmm.
déclin de ce même siècle, donnent aax archives des villages leur excellente physionomie ; dans la seconde moitié du XVIP siècle, ces connaissances décroissent rapidement; les générations qui se sont formées à cette époque noos ont laissé la preuve delenr ignorance ^ CTest ainsi que, dans le oours du XYIII* siècle, malgré le mouvement litténdre et philosophique qui répandait dans les couches tiapérieurcs do la suciôté le vernis d'une culture raffinée, linstruction la plus élémentaire disparut dans les classes inférieures. A la vérité, ces classes inférieures forent elles-mêmes, gr&ee an contact social, atteintes et remaées par les doctrines philosophiques. Mais le fait que je signale n'en est que plu$i curieux: ces manœuvres, ces ouvriers, ces paysans, qui se prirent à discuter et à débattre avec tant d'ardeur les plus hauts problèmes de cette vie terrestre, ne savaient pas même lire et écrire. Telle est la situation qui dictait à Mercier cette parole douloureuse : « 11 n'y a pas la t centième partie du peuple qui lise et la millième « qui puisse distinguer le vrai du faux * »,
i llercier, Le nouveau Paris^ V, 60. Cf. fragments, p. 216 et 8uiv.; Fpiiille villaqpoi'tp (Paiis. 1792) IV, 11 et 8uiv. — Mercier veut-il (lire : •< qui Bâche lit» » : ou « qui prenn« la peine de lire » î (Le trad.)
î Voypz ci-après à rappen<iice : SMi" du Imilui lt'ur sur fêtât lie Cinstruction pritnaire en France avant lltA). {Le trad.)
PAR» pmDAirr la «iroLimoM. 161
BSPRIT DESTRUCTBUB SANS FORCB CRÉATRICB.
De son côté, la Révolution était loin de faire progresser renseignement et, avec renseignement, la eolture générale ; elle était loin de Touloir ce résultat Sans doute, dés 1« début, les belles phrases ne manquèrent pas. On divagua théoriquement sur le thème d'une « éducation nationale • ; mais, en fait, on ne dépassa pas ee résultat: bouleTorsement, destruction, anéantisseaient de tous le^ utablissemeats d'iniitructioa qui existaient encore.
A l'Assemblée constituante et au sein de l'administration départementale de Paris, on fut, dès la fin d'Avril 1791, dominé par eette pensée : arrêter avant tout • les insinuatioas perfides et déjouer les ealenls de la « mauvaise foi qui trompait TenfiMioe » sur la nouvelle Constitution. Tous les maîtres qui n'avaieai pas prêté le serment (application du décret du 15 Avril), « tous « ceux qui rougissaient de manifester un attachement » très pur à la loi, tous ceux dont la présence paraissait dangereuse, durent être congédiés et remplacés par
1 La guide pour la légitlatioa est RondonuMU, II, 152 et «uiv. îm textM sont daa« OtUtsti et dsat Is IteeMiiide» hi» et rigUwmu eme t t m a n t flmtmeikn ptMifue, %, Psfia, 1814, 9* ««etion (bMtneoap éê Iachbm). Im flemiges de KUian, Tableau hist. de l'instruction geemdaire en Frrmrr (Paris, 1H41), p. 63 et 8uiv ; de Dubarle, Hist. de t Université df Par\t (Paris, 1844), t. Il, p. Ië7 et tuiv., sont bien chiche» de Uuts et sont bien loin IV 11
des c eitoyens éolairés et fidèles ». Par suite, un grand nombre de mattres méritants et capables furent ' écartés ^ .
Ainsi, dès le début, le domaine de l'enseignement devint l'arène des passions politiques. On s'inspira de celle pensée (qui n*a pas par elle-même une valeur absolue), à savoir que l'éducation donnée à la jeunesse détermine la direction des intelligences pour la vie entière ; en conséquence, chaque gouvernement nonyean s'attacha ayec ardeur à régner sur rinstruction, à la pénétrer des principes qui, pour un moment, triomphaient^ à en faire l'instrument aTcugle du parti au pouvoir.
A la vérité, la Constitution du 3 Septembre 1791 annonçait l'organisation d'une instruction publique,
d'embrasser ia skuaiion ré«lle dans une vue d ensemble, comme on l'a fait daas les page» qui suivent. — Cette bibliographie est d«veDtte iiMonplèto depuis 1876, époqae à laqusIU» éerivtit M. Schmidt. Sans aborder l'énnmération des travaui eontaerét à eê sujet dans ces ifemii-res années, je signalerai comme recueils de sources : A. de iieaurhamp, Herueil des {ois et règlements sur i' Emeignement supérieur^ t. 1, Il ; Ouillaume, Prv^és • verbaux du Comité d^buiriÊcHm publique dtFÀÊtêmhUe législative^ Paris, 189, ] vol. ; Gidllaiim«, JVoeët - verèaiff du Comité d'hutruC' tion publia de la ConventUm NatUmaU, Paris, 1891» t. I*^ II suffit d'ouvrir ces it-rniers rpcneils pr»ur constnler combien l'expression lie M. Sciiraidt: t Die H.ev-<ilution ihi erseits warnur « alizu lange weit davon enifernt, den Uaterricht und damit die ff «llgMnsine Bildong thstilchlicb to foerdero orfer foerdem sa « «polfeii « est inssaeto* Uo bon réiamé do Tœuvfo légialativa do la Révolution en matièro d^instruotioa a été donné dans kXtreà Picard, Exposition universelle,,, de 1888, At^fjpor^ général, t. IV, 1891, pp. 235-285. {Le trad.) 1 TableaiUt 1, 21, 82.
PARIS PKlfDAIfT LA IlivOT.VTTON. 163
« commune à tous les citoyens, gratuite à l'égard des « parties d'enseignement indispensables pour tous les « hommM <i. Cet article de la Constitution fut célébré sur tons lestons, eomnie Tannonce d*an grand bienfait. Mais le temps marcha sans qn*on prit la moindre mesure pour le mettre en pratique ; et cela surtout parce (|u'il n'y avait pas deux Français d*aeeord entre eux sur les voies et moyens ; pas un qui eût, sur ce sujot. des idées claucs i)oiir lui-même. Et tandis que toute création nouvelle étuii suspendue, on ébranlait avec un fanatisme toujours croissant les institutions existantes, institutions anciennes ou usées ; on se réjouissait de la c destruction très prochaine » de ces tt institutions Tieillies ' »,
Je n'ignore pas que, pour empêcher la débAcle complète de renseignement , débâcle qui était à redouter en présence de ce mépris pour le système ancien et du manque do tout système nouveau -, un déerci (lu 2<) Septembre ordonna le raaintion provisoire des établissements d*inst[-uction publique, « oxisiant à présent dans le royaume » ; mais cette seule qualitication de provisoire^ appliquée à rancien état de choses, qualification qui constituait, pour les établissements existants, une menace de mort toujours suspendue sur leur tête, était bien propre à exercer une action fatale et dissolvante.
A coup sûr, ce n^est pas sans raison qu'on s'attaqua
164 PARU PBNDAIIT LA WfeVOLUTIOir.
à l'Université : (ce mot désignait tout à la fois le centre d'impulsion de l'ancien enseignement et l'organisation générale de cet enseignement). Mais, ici encore, on préféra comme dans le domaine politique, social et religieux, un boulevenement subit et radical à une réforme graduelle et profoode : système faux et miment néfaste.
Le 23 Octobre 17Ô1, rAsscmblée législative plaça tous les collèges et tous les établissements do haut enseignement sous la surveillance des autorités administratives et brisa ainsi les pouvoirs et la cohésion de l'Université. Par suite de cette décision, les dix collèges de la capitale se Tirent liYrés à la hante surreillance c*est4rdire à Tarbitraire de Tadministratîon départementale de Paris. Les premiers coups mortels portés à l'enseignement suivirent aussitôt.
Dès le lô Novembre, au Conseil général du département de Paris, Oarnier ât au nom du Directoire la dédaratiop suivante : « Attendant impatiemment d*uii u moment à l'autre, coomie le reste du Royaume, « rorganisatlon d*une éducation nationale, que pouvait « faire le Directoire de toutes ces instîtutionB goihi- « ques, qui, sous le nom de collèges^ sont entassées « dans un d«'s quartiers de la capitale ; de ces Nations, a de ces facultés de droit et des arts, si étrangères « au nom qu'elles portent ; de ce corps abstrait qu'on « appelle Umvenité, et dont on n*aper^it nulle part « Taction, ni Texistence, si ce n*est dans quelques « cérémonies ridicules, et dans ce cortège inutîie de « recteur, do questeurs, d'appariteurs et d'autres
PABIS PERIkAlIT h^ RÉVOLUnOlf. 166
« stipendiés oisifs qui se partagent entre eux un « revenu considérable ? Le Conseil n apprendra pas « sans surprise que tout ce vain appareil d'enseigneff ment Gonsomme annuellement un revenu en rentes, « fermages et loyers de maiaons, montant à 1,336,175 V livres et qQ*après avoir fait l'aeqnit et la distribution « de toutes ses dépenses, il lui reste annuellement un « excédent de 135)632 Hyres à employer en dépenses « extraordinaires. Au milieu du leur iiuitilité, ces « écoles ont quelquefois attiré l'attention du Directoire « (du département). Les adversaires de la Constitu- <f tîon, pour rendre leur fiel plus dangereux, ont « cherché à corrompre renfance, comme de lâches « ennemis qui, dans leur rage, veulent empoisonner « les sources. La vigilance du Directoire a arrêté ces « désordres. Il a éloigné quelques enfants qu'on avait
* égarés et qui s'étaient portés à des excès ( ontre les « compagnons do lours études, et ces jeux atroces du « fanatisme n'ont produit qu'une journée de scandale. « Les professenrH et autres employés assigettis par
• une loi à un serment ont été remplacés, Csute de « l'avoir prêté. Le Directoire a été déterminé par des <f motifo de prudenee k faire fermer les écoles de u théologie de Sorbonne et de N ivarro ; dans les « collèges, quelques chaires de logique, qui n'étaient « suivies que d'un trop petit nombre d'écoliers, ont été « laissées vacantes. Mais tous les efforts du Directoire « ii*ont pu vaincre la résistance opiniâtre des officiers « de l'Université destitués fàute de serment, et qui se u débattent eucore dans les tribunaux. On vous ^uu-
166 PABia pbndaut la rétoluhor.
« mettra un projet dlnstruotion publique, particulier « à la Tille de Paris ; mais, en attendant quMl ait son
« exécution, le Directoire s'est fait présenter les «< programmes d'<^tude8 pour cette année, dans les « divers collèges de Pari.s, et il les a approuvés, après « y avoir fait ajouter renseignement des principes de « la Constitution, d'une manière proportionnée aux « différente Ages ^ ».
Àinai s'annonçaient les mesures destruetives de
Tout d abord) en vertu du décret du 5 Avril 1702
qui sni>primalt les congrégations religieuses, les collèges de Sorbonnc et de Navarre, déjà provisoirement fermés, furent définitivement anéantis. Le tribunal académique , âme de l'Université *, fut supprimé : à partir de ce moment, l'Université n'exista plus que de nom et les huit collèges de la capitale qui survivaient ne furent désormais, aussi bien d'ailleurs que ceux de la province, que des membres épars, ne vivant plus que d*nne vie spasmodique et conmie
* Tableaux f 1, 64.
* Ici et turtont plut luiut, M. Sehmldt parle de rUaiverstU en général. Cette manière de dire pourra paraître inexacte, car
hien des personnes instruites ignorent que le mot Université était déjà pris assez volontiers en ce sens vague, à la fin du XVUl* siècle. Elles savent qu'il y avait tioa Université de Pans^ une Vmveniti de Coen, etc.; «liée neooDiiaistent pM à eelte date tUnwenité et elles ne eroieatpaeoeeene large et vague antérieur à Napoléon l». Cepeadant, à la séance d« ht Convention du ir> Septembre 1793, Bourdon parlait déjà en termes génér;iux de t'Uiiîrrrsilô, comme le terait l'un de nous. Voyez le Jtfont/eur du 19 ^cpiemijre i7UJ, edit. du temps, p. 11 lU {Le Irad,)
PA1U8 PBNDAlft LA RSTOLUTION. 167
instinctive, dfsjprto membra. Lo décret du 18 Avril fut, pour CCS établissements, ua coup plus funeste encore : ee décret imposait à tous les professeurs ecclésiAstîqiies le serment à la. Constitution civile. Ckimme la plupart des maîtres attachés anx établissements d*édocation et surtout les professeurs des collèges éident disposés à remplir tous leurs devoirs, mais non à prêter le serment, le personnel enseignant fut presque anéanti par l'effet des démissions et l'enseignement désormais possible en France, de plus en plus réduit et limité. C'est ainsi que la Législative consomma, quant au fond, la ruine de TUniversité et, peu après, celle de la Monarchie *. U était réservé à la Convention de donner à Tune et à Tautre le dernier coup, le coup de la mort.
1 Cf. Onberlé, 896 «l tuiv., 807 é( suiv.
CONTINUATION DBS liSSUaBS DBST&DCTIV^.
Après aToir aboli la Royauté, la Convention rendit .
le décret du 12 Décembre 1792, qui posait le principe (1* s écoles élémentaires ou « écoles pririKiires ». Mais, au milieu des tempêtes qui se succédaient incessamment, rien ne fut fait pour préparer Torganisation de ces écoles. Les partis se chassaient les uns les autres ; à peine une combinaison avait-elle été ébauchée qu'elle était aussitôt mise en pièces. On ne B*arrèta à aucun plan, à aucun système.
Mais la Convention n*en procéda qu'avec plus d'ardeur à l'anéantissement absolu des anciens établissements d'instruction qui subsistaient encore. En détruisant l'Université , on avait enlevé leur point d'appni et leur base aux collèges isolés ; en portant la main sur le personnel enseignant on avait paralysé leur activité ; la Gonveation priva définitivement ces établissements de toutes ressources matérielles. Les lois antérieures sur les dîmes , les bénéfices et autres revenus féodaux leur avaient enlevé déjà une partie de leurs revenus ; mais TÉtat leur avait, en même temps, assuré une indemnité ^ Le 8 Mars 1793, un décret de la Convention ordonna l i vente do tous les biens qui constituaient la dotation des collèges, à l'exception seulement des bâtiments affectés à
t làid., m.
PASn FBmiAlIT LA BÉVOtttJTIOll. 169
renseignement et & rhabitaiion des mettra et des élèrei. Il est évident que la misérable rétribution de
1,500 à 2,00<) livres (payable naturellement en assignats) que le même décret proniettait aux professeurs, était bien loin d*étre Téquivaient des ressources snpj^fiméea ; ii est tout aussi évident qu*on ne pouvait ftiw fond sur les promesses de ees gouvernements révolutionnaires, toijoun ehangeants, et qn*enlln eette loi nouvelle n'était autre ehose» surtout depuis la chiite de la Gironde, qu'un moyen radical de consommer l'œuvre de destruction. Lt^s chefs de la Révolution, imbus de cette idée fausse que rf'sjjrit de rÉcole forme toigours et sans nulle réserve Thomme pour la vio entière, pouvaient difficilement attendre que la dernière heure de Taneien enseignement sonnât d*elle-méme. Et pourtant Os sortaient eux-mêmes, comme en général tons les philosophes , tous les révolutionnaires et tous les Républicains, des anciens établissements d'instruction publique , c'est-à-dire d*écoies strictement orthodoxes, animées de l'esprit eonservatenr et monarefaique.
Bu hM de eette impuissance à rien créer et de cette fièvre de destruction, les belles tirades sur l'instruotion qui de tons côtés abondent, foutTeffet d'une amère plaisanterie. Au mois de Mai« un agent du pouveraement dogmatisait en ces termes : L'instruction éclaire les hommes ; elle « les rend dociles « à la vérité et au bonheur et, par conséquent, aux m maximes de Tordre et de la tranquillité publics * ».
» TabUaux, 1,
170 PA1U8 PKNDAtrr LA «éroLtmoif.
Lé 29 Mai, au milieu de la réunion si remarquable qui ent lieu «n palais archiépiscopal, flottait une bannière avec cette inscription : L'in$trueiùm et le» banneg mœun peuvent eeidei rendre les hommes égaux *« Un décret do' 10 Jain 1798 déclarait emphatiquement : « L'instruction est le besoin de tous et la société la « doit également à tous ses membres ' ». Des phrases théoriques de ce genre ne pouvaient combler Teffroyable vide qui s'était fait dans l'enseignement public. Dans les masses, Testime. pour Tinstmction et la enlture diminua d*ane manière eflhtjante, concurremment avec la destruction de renseignement.
Immédiatement après la chute de la Oironde, au commencement de Juin 1793, on était allé déjà si loin en ce sens que la seule apparence d'un certain defrré d'instruction élémentaire pouvait devenir un danger et faire naître les soupçons les plus haineux. Tous ceux qui écrivaient bien» étaient considérés comme riches, comme aristocrates. Les résolutions écrites d*une Société, des adresses et des affiches à la main, excitaient nn premier sentiment de défiance, lorsque les signatures étaient nettement tracées ; des signaturcs trahissant une main mal assurée, inspiraient plutôt la confiance , car on pouvait alors pressentir des Sans-culottes *.
Faut-il s*étonner que la culture intellectuelle, main*
t 1. 338 et suiv.
• Cett l'art. SS de la Didaratim des droUt de tkmme, (£< ttad,)
* TabheoÊX de la MwU. franf^ t. Il, p. 16L
ienaat en défarear, et, avee elle, TÉcole, aient été égalemeat négligées par les parents, par les élèves et par les direeteors d*école t Le gonvernement, de son
côté, ne voyait dans TÉcoIe qa*an moyen de ealtiver CL de développer l'esprit de parti. Le 12 .luiii, an agent du miiuslre Garât, animé de bonnes intentiuns, mande ce qui suit : « Les collèges sont dans le plus • misérable état ; peo d'écoliers ; pen de soin de la « part des prineipaux ; les professeurs, à la vérité, « font leur devoir, mats ils ne sônt pas secondés. On a « pn craindre qQ*il ne fût caché parmi ces hmnmes, « des ennemis de la République, qui, loin de former « les jeunes ^om pour la patrie^ ne leur inspirassent « d'autres principes. Mais aujourd'hui on doit être « tranquille de ce côté-là et favoriser cette classe « d'hommes précieux à l'État. On le doit, car si « rédncation venait à tomber dans le despeet {iie)^ « bientôt avec elle tomberaient les lettres, les scien> « ces, les arts et enfin l'esprit public. Cette décadence « amènerait la barbarie et de la barbarie la France « passerait à la servitude * ».
Ces avertissements furent inutiles. L'instruction fut de moins en moins prisée et le manque d'instruction fàt le plus sûr moyen de se mettre en avant, de te faire valoir dans les clubs, de dominer dans les assemblées de Section. Dans la Section du Contrat social, par exemple, la plus grande influence était exercée par des hommes comme Chéri qui était lui-même
> II,3letniiv.
un « grand ignorant » et comme le marehand de fin David, qni parlait très mal le francs et récrivait encore plue mai. Il était to^jonrs à la tribune, faisant « des
c motions pins incendiaires et pins désorganisetrieee « les unes que les autres» ; il [irononca de sang-froid cette parole mémorable : « il laut mettre toutes les « lois dans le seau ' ».
Qne le ejatéme de la Terreur n*ait trouvé aucun écho dans les éooles de Taneien régime, le fait assurément n*est pas niable. Après les horribles massacres de Septembre (1702) et surtout depuis la ebnte de la Gironde et l'établissement du régime de la guillotine, les maîtres et les élèves des établissements d'enseignement supérieur s'entendirent secrètement sur ce point : les jeunes gens n*entreront au service que dans la pensée de combattre en eonunun avec les émigrés et les ennemis le gouvernement terroriste de la France
Des faits de ce genre donnèrent un nouvel aliment à l'opinion que je signalais tout à l'heure, à cette opinion qui admet que c'est l'Ecole qui fornie l*homme ^ : ils expliquent aussi Texoessive irritation des Terroristes eontre les anciens établissements d'instruction. Sans tarder davantage, on poussa jusqu'aux dernières conséqueneeales décisions déjà prises. Dès le 8 Août 1798, toutes les Académies et Sodétéa
1 it, 55.
* Je suppose qm DritUngigigube du leite alieaiuid est une fuite d'impwsiion pour IhHhoÊgigkaÊbe, (U 'Inerf.)
PABIB PBNDANT LA RÉVOLU TIOK. 173
sayantes ftirent rappriméet ; 1« déorei do 15 Septembre 1793t art. 3, supprime « les ooUèges de plein ezereiee « et les foeultés de théologie, demédeeiiiey des arts et « de droit », « sur tonte la surface de la République * ».
Des huit collèges do l'aris qui subsistaient encore, un seul, le Collège Louis-ie-Grand. appelé, depuis 1792, Collège Égalité, fut épargné, bien qu'au mois d'Octobre les maîtres et les écoliers y fussent encore animés de Tesprit antirévolationnaire'» Le moUf qui engagea à le laisser vivre, fut probablement la néeessité de fidre quelque ebose pour les fUs des défenseurs méritants de la patrie. On chercha — cela va de soi — à modifier, en reorganisaut cet étabiissemeuL, Tesprit politique qui y régnait.
Au reste, la Terreur se montra aussi impuissante à transformer les éléments anciens qu*à créer des choses nouvelles et durables. Sans doute il surgit une foule de projets ; mais Tun chassait Tautre et aneun n*était réalisé. La Convention, en supprimant les collèges, avait décrété, indépendamment des écoles primaires projetées, l'établissement de trois degrés d'enseignement Huperieur ; en Octobre, elle avait, de nouveau, promulgué des lois relatives à Torganisation des établissemente placés au pied de cette échelle ascen-
t Cette masure dtstmetiT», proposée par une députation dn
département de Paris, fut adoptée par ia Convention sur l'avis 'le Lakanal. « Jl> dcrnitide, s'êcria-t-il, que vou« rcadiez celle « jouraee & jamais mémorable, ea consacrant par un décret les m mctuM MittlairM qui ms sont propotéM ». Voyei MwUem' du 19 8«pt 1799, édit dn t«mps. p. lIlOu (U IracT.) • II, md, et. Théry, il, MB.
174 PARIS PENDANT LA RÉVOLTmOlf.
dante, du d'autres termes des écoles du premier degré [premièreê écùk$) ^ Mais ceslois n'eurent jamais qu'une yalear théorique ; eu ce qui touche les écoles supérieures du second et du troisième degré, on ne légiféra même pas. Les plus ingénieux, j'entends les plus follement ingénieux d'entre les Jacobins, s'avisèrent de transformer les écoles en théâtres ou les théâtres en écoles. Dans toutes les villes de 4,000 habitants et au-dessus, des salles de spectacle durent être ouvertes, autant que possible dans les anciennes églises désaffectées, afin d*oiKrir aux écoliers l'occasion de 8*ezercer en donnant « des pièces sentimentales et dans le sens « de la Révolution ». On était convaincu que c'était le intMileur moyen d' « instruire le peuple, défaire oublier « les singeries des prêtres et enfin de régénérer les « mœurs ><. Ces idées furent soumises, en Décembre 1703, au Comité d'Instruction publique de la Convention * ; — nous y avons déjà fait allusion
C'est à peine s*il restait dans la France entière quelque trace d*instruction publique. L'enseignement supérieur, celai des coUèges et des facultés était à peu près entièrement supprimé ; l'enseignement élémentaire s'éteignait. Quelqu* ^ ('colcs communales subsistaient bien çà et là; mais en un tel temps le nombre de ces écoles diminuait chaque jour. La plupart des autorités départementales, municipales, communales, manquaient de zèle pour Tinstruction publique ; toutes manquaient
1 Recueil des lois, etc., I, teet., pp. 12>20.
2 Tableaux, II, 135 et suiv,
> Yojez ci-4es8iu, pp. 38, 33. (JU irad»)
PARIS PBNDAHT LA RBVOLimON. 175
d'argent ; il était, d'ailleurs, bien plus intéressant et aitrajant de lupprimer de vieilles écoles que d*en eréer de noaTelles*
Cependaiit, saus peine de ne pins ftgarer sur la liste des nations ciyîlisées, la France ne pouvait demeurer dans une pareille situation, c'est-à-dire à peu de chose près, sans enseignement. Le gouvernement terroriste se résolut à un bien remarquable salto mortale : le 19 Décembre 1793, un décret de la Convention proclama, an lien de l'éducation nationale si souvent promise, la liberté générale de renseignement. Toat citoyen, toute citoyenne, eut le droit, sur la présentation d*un certifient de civisme et de moralité, d'ouvrir une école consacrée à une ou à plusieurs branches de l'enseignement : toute école était placée sous la surveillanre de la municipalité ou de la SectioTi. Des peines étaient édictées contre quiconque émettrait dans son ensei* gnement des principes contraires aux lois et à la morale républicaine. Des prescriptions spéciales concernent les citoyens et les citoyennes qui se borneront & l'enseignement élémentaire de la lecture, de récriture et du calcul : ils seront salariés par la République, iroportioiiiiblioment :ui nombre dos élèves : un maître recevra 20 livres par an pour chaque élève ; une maîtresse 15 livres ; rinstruction est obligatoire ; « les pères, mères, tuteurs ou curateurs » qui n'enverraient pas leurs enfants à Técole encourent une peine ^
1 BÊeueil, 1, 2* ••etion, p.jeO «t taif.
170 FABIB PBNIIAIIT I<A Wk^OUmOUt,
I/enseignement tout entier était donc abandonné à c rinsiruction privée », Mais celle-ci ii« pouvait rem» plîr qo'ane infime partie de la t&ohe^ car, ea ees teiiii« époQTaatables, Teapiit d^eatrepriaa ibiiait défant, aussi bien que la eapaeité et les moyens matériels* Aussi, en Mars 1794, réelamait-oa encore entre antres choses, « la création d'écoles primaires publiques ' » : ces réclamations qui s'élevaient sinon de toutes parts du moins sur beaucoup de points, ne furent pas couronnées de succès.
Les seules entreprises que le régime de la Terreur ait de lui-même poussées avec vigueur dans le domaine de renseignement sont : en première ligne, (Janvier et Février 1704), Tintroduction d*un enseignement français dans les parties du territoire qui n'étaient pas de langue francaisf, notamment en Alsace, en Bretagne, en Corse et dans les provinces nouvellement conquises ' ; en second lien, la création (Juin 17M) de rÊoolo mUitaire dite ^coJe de Mmt, dans la plaine des Sablons. On y reçut 3 à 4,000 jeunes gens de seiie à dix-sept ans et demi ; ils étaient formés aux divers exercices militaires ; on leur iiouiiait aussi quelques notions de tactique, de génie militaire, d'administration, d'agriculture, de physique et de chimie'.
Ce n'est qu'après la chute de Robespierre, le 8 Août, qu^nne nouvelle loi sur rinstmction primaire fui votée; mais elle n*eut elle-même aucun effet pratique.
« Tableaux, Il 144.
■ Recueii, ifn'f., p. 20 et suiv.
s L«fort, i, m Tbéi7, il, i«3 «C aaiv, *
mus PENDANT LA ftÂTOLUTION, 177
La Goivmtion s'avisa alors d^nne idéo tout à &it noareile, Traiment originale, mais parfaitemoat bicarré : elle imagina de se ftUre elle-même l'institatriee
du peuple ; elle voulut monopoliser à son profit l'enseignement régulateur. £iie décréta donc ce qui suit, (20 Septembre 1794) :
« Art. P^ — Le Comité d'Instruction publique est « chargé de rédiger, dans le eoors de chaque décade, « OD cahier dlnstmction doot l'objet sera de raviver « Tamoar du travail, d*àffermir les citoyens dans les a principes de la morale, de rattachement à leurs « devoirs, de leur rappeler les grands uvénemens de la « Révolution, et de leur présenter les avantages des n seienoes utiles et des arts ».
« Art. 2. — Ces eahiers seront envoyés dans tontes les « communes, pour être lus chaque jour de déeadi« dans « le lieu des séances de rassemblée générale, o& les «• pères et mères et leurs enfants seront convoqués et « invités à se trouver ».
ft Art. 3. — La lecture sera suivie^ du chantdes hymnes « à. la liberté. On exercera les enfants à célébrer, par a leurs chants, les vertus civiques et les actions guérit riéres des héros de la patrie * ».
Mais un pareil enseignement supposait une dose préalable dMnstruotion qui n'existait pas. Car, avant la Révolution, un grand nombre do communes de France, môme dans le prochain voisinage de Paris, comptaient à peine un ou deux habitants sachant lire
1 ikmievr da M Sspttnbr» 1794 (édit, da temps, p. 1^. IV It
et écrire : en Septembre 1794, le nombre des lettrés était déjà tellement diminué que, non seulement dans beaucoup île communes, mais même dans des groupes de communes, on no trouvait pas un seul homme sachant lire. Il tombe donc ^nm le sens que dans beaucoup de communes, ces cahiers d'inslrurtiun ou ne seraient pas lus ou resteraient d'indéchiffrables énigmes ; que dans d'autres communes , en aussi grand nombre, le texte de ces leçons, balbutié, estropié par des lecteurs inexercés, ne devait porter aucun fruit.
Ce sont Ih des faits que les ap^ents du gouvernement ne pouvaient taire, des observât ions qui ne pouvaierit leur échapper. Dès le premier jour, la mesure nouvelle leur inspira des doutes. Le 25 Septembre, cinq jours après le vote du décret, Ragonneau écrivait au Comité de Salut public : « Permettez-moi de vous représenter « que le décret qui concerne Tinstruction à répandre « dans les campagnes, aurait dû être précédé de celui « de la réduction des municipalités, dans plusieurs « desquelles il ne se trouve pas un citoyen capable de « lire les cahiers que vous vous proposez de leur n adresser. Lorsqu'on vous expose quUi y a des muni- « cipalités où il n'y a pas un homme pour lire vos lois, « vos instructions, ne croyez pas que ce soit une « expression forcée ; c'est dans toute la force du (« terme : il en existe beaucoup; crojez-en ceux qui ont « parcouru les campagnes, qui y ont demeuré quinze ou « trente ans >». ...Vous êtes donc invités au nom de Tintt térèt national et d'une économie bien entendue, de « ne pas faire la dépense considérable d'envoyer
PARIS vsmAxn la iiAvoLimoN. 179
« (chaque décade) en 44,000 municipaines une instruc- « tion qui ne sera pas lue en plusieurs, et qui le sera « sans frait en beanconp d*autres * ». A Paris même, aax fêtes décadaires, les lectears étaient assez impropres à cette fonction, comme nous avons déjà eu roceasion de le constater.
Le reproche continuellement adressé à la Convr tion do négliger l'organisation de l'éducation publique, iinit par la stimuler : elle entra dans une voie pratique*. Mais elle n'agit énergiquement que dans trois directions : les trois décisions auxquelles je fais allusion, furent prises dans Tautomne de 1704. On songea, en premier lieu, à Fintérêt militaire : TÊcole de Mars, créée sous la Terreur, fut licenciée et remplacée, en vertu du décret du 28 Septembre 1794, par une Ecole centrale des travaux publics, qui reçut, le 1" SepLuiiibre de Tannée suivante, le nom d'École polytechnique ^ . En second lieu, le 30 Octobre, on décréta Térection à Paris d*une Kcole normale, sorte de séminaire de professeurs, qui avait déjà été projeté en 1763 * : les
> Tttbkaux, II, 237.
3 Lefort, I, 225, 223. Béraud, Diet.hùt. de Paris, (Paris, 1828), t. II, p. 103 et »uir. Reeueii, p. 185 «t aiiiv., 13^ (la dato du 15 •tt ioexacte).
♦ Oo peut remonter beaucoup plus haut. Dés l'année i(i43, Colas de Portmorant, abbé de Reiaeselve, avait fondé a VaugirarU une éeoto ciiiétiMiQc, qui Ait un peu plue tard trantffeé* danc le faiibourg Stint-Victor. C«tt« iiuUtatioii, qai n*ent pat vue longue ezistoM», était une sorte d'école normale. Portmorant M proposait de « recueillir lea enfants des honnêtes familles int commodées et former d'esceilenU maîtres, soit laïques, soit
180 PARI8 PBNDAirr LA EBTOLUTIOM.
élèTes sortis de c«tte pépinière, étaient destinés à
fonder plus tard, clans les chefs-lieux de canton, des écoles normales analogues : l'Ecole normale fonctionna, en effet, à grands frais, au commencement de l'année suivante, mais, an bout de quelques mois, on nbnTt lonna cette expérience trop coûteuse et manqnée ^ Ën tro»sième lieu, enfin, la Convention, se préoccupant encore une fois de Tintérét militaire, décréta, le 4 Décembre, la fondation de trois Écoles de médecine [Écoks de santé)y h Paris, Strasbourg et Montpellier *.
Mais les écoles élémentaires manquaient toujours et rien n'était venu remplacer les collèges supprimés
« e<?cîé9ia«tiqupç?, A tin <\e développer l'esprit religieux et de « saiictitier les iainillcs et TKtai •-. Deux ans après Porlmorant, en Dumonstier, recteur de riJniversiu;, proposait à son tour
• d*él«v«r ans frais dm V0aim«ité aa eeriaia nombre d*Mift»U c dê boane espérance, qol, par la toîte, ponmiêat détenir régents
• on préceptonn. » (Ed. Colat dt la Nou«, Un préeut$ew de teH' geignement, l.'nhhé de Fortmorant, Angers et Orléans,
Sur l'École normale de l'an III, lire l'nbhé Allairv. L'ivurj'*' tcoiaire de la Réro/ution, L'Érofe nonnaie de tan III, dan» Hevue des question» Au/., livraiton 77, Avril 1884. {Le Urad,) 1 Lefort, 1, S50. Frankreieh im Jahr 1795, 1, 188 et tuiv. ; 118 et suir. ; II, 13, W7 el tniv. ; 217 et tniv. KiUaa, p. 74. TliéiT, II, 191 et suiv. Recueil^ p. 26 et suiv.
• Lcfort, I, ?2S. Rf'n(^i/, ]>. M *>! '^mv.
* Comme spéciaieii de ce (im I ir U'iitc» ou proposé à cet égard dang les déparlemenU, oa lira avec intérêt : Max Bruchet, Vemeiffnement dam In coUèget dm déptwiement du MoiU-Bianc en ITQB, Annecy, 1898. Ce projet epécial an département du lIont-BlftDc (ut soumis au Conseil général du dé] irtement dans sa séance du 1<" Frimaire an II (22 Novembre 1193). M. Max Bruchet montre bien que les nntf'urs âe cp plan «t» sont iuspireit du plan d'instruction pubiique présente un moi» auparavant à la Convention par Romme (séance du SO Octobre 1793). (Le trad.)
Le 17 NoTembre 1794» la légisUtion s'enrichit, il est Trai, d*an nouveaa décret sur les écoles primaires ; mais
il resta sans application. Co décret n'a d'importance que parce qu'il abandonne le principe de la fréquentation obligatoire des écoles, posé antérieurement parle gouyemement terroriste C^est seulement le 25 Février 1795 qa*en vue de restaurer l'enseignement snpérienr on Tota en principe rérection d*écoles centrales on gymnases t des décrets complémentaires dn I** Mars et du 7 Avril décidèrent qu*ll y aurait 5 g3rmnases à Paris et 86 dans les départements *. C'est avec raison qu'on salua ce plan « comme l'unique moyen de rétablir c les arts que la malveillance avait cherché à dé- « traire ' ». Toutefois on resta inactif ; on ne mit point ce système en œuvre. Rien encore n'était changé lors de rinsurreetion du 13 Vendémiaire ou 5 Octobre. Hais c'est précisément cette insurrection qui marque la ûn de ces lenteurs.
> Dnbsrto (11.33^ loo« beanooup ce déerst. — La principe d« ht AréqMDtation ohligaloir» dM écoles j est abandonné, mais
le législateur s'efTorce de provoquer les parents à faire donner l'instruction à leurs enfants. Voici, à cet égard, l'article décisif : » Les jeunes citoyens qui n'auront pas fréquenté ers * coles, ff seront examinés, en présence du peuple, à la fête de la Jeunesse \ m êt, t*!! Mi reconnn qn'ila n*ont pas las eonnaissancss néeassairss m à das eitoyeiu français, ils ssroat éeanés, jasqo'à sa qaUls les « aient aeqnises, de toutes les fonctions pabUqaes, • (eh. IV, art. 14). Le décret antérieur de la Convention auquel l'auteor fait allusion est celui des 19-8& Dée. 11113. Voyes oi-dessos, p. 116. (£e trad.)
» Hecueii, ihid., pp. 37-44.
• TabUaux, II, 291.
182 PâMXB PBNBAHT LA BÈfOUiTton.
nr
LA LOI stm l'instruction publiqub
ET l'K4>PIUÏ UE parti.
La Oonvention, sur son lit de mort, se décida à transformer ses divers essais législatifs snr la matière en un testament d'ensemble. Ce testament, c'est la loi tout à la fois vaste et précise que TAssemMée vota le 25 Octobre 1705, immédiatement avant de se dissoudre. La Convention laissa le soin de I^appliqucr an ^gouvernement qui lui succédait, au Directoire. Voici quelles étaient les ju-ouiesses de la loi ; uno ou plusieurs écoles primaires pour chaque canton, une école centrale pour chaque département (Paris toutefois en aura cinq) ; des écoles spéciales pour chaque branche d'études, enfin, comme couronnement, un Institut national des sciences et des arts. On enseignera dans les écoles primaires la lecture, l'écriture, le calcul et les éléments de la morale ré[)ublieain« ; dans les écoles centrales, le dessin, l'histoire naturelle, les langues anciennes, les langues vivantes, les mathématiques, la physique et la chimie expérimentales, la grammaire générale, les belles -lettres, rhistoire^ la législation. L'enseignement est divisé en trois sections : on sera admis dans la première section à douze ans accomplis ; dans la seconde à quatorze ans ; dans la troisième à seize nnn. Le principe de llndispensabilit^ de Tinâtruction élémentaire qu'avait
déjà proclamé la Constitution de 1791 ^ est de nouveau abandonné. Les instituteurs primaires recevront de chaque élève une rétribution scolaire annuelle fixée par Tadministration du département ; toutefois les
municipalités auront le droit d'exempter de cette rétribution un quart des élèves pour cause d'indigence ; disposition analogue pour les écoles centrales. L'examen des maîtres est confié à un jury d'instruction : il sera établi dans cbaque département plusieurs jniys, au plus stK : chaque juiy sera composé de trois membres désignés par Tadministration départementale. Enfin rinstitut national est divisé en trois classes : Sciences physiques et mathéraatiques ; Sciences morales et politiques ; Littérature et Beaux-arts
Le Directoire ne réalisa ce plan que fort lentement. C'est par en haut et non par en bas qu*on en commença rexécution. L*Institut national fut ouvert, le 22 Décembre : il comprenait 144 membres *. Bn ce temps et longtemps après, la France entière, ou, du moins, Pan.-, uirrait ce phénomène caractéristique : dans l'ordre matériel les deux extr cmes, l'abondance et la misère, se touchaient, se coudoyaient ; dans l'ordre inteliectueli les deux extrêmes, la science ou le savoir très varié et l'ignorance, se touchaient de la même manière. Alors que la jeunesse française ne recevait aucune instruction ou ne pouvait recevoir qu'une instruction de très mauvaise qualité, alors qu'il n*y
1 Voyts ot-d«istit, pp. 162, LOS.
« HeeueU, p. 45 et m. Cf. Ufort, II, 428 et sniv.
' Frankrekh im Jahr ITM, I, 253 et mon, ; III, 83.
IS4 PARIS PRTfDAKT LA RÉVOLUTION.
«vtH pM «Il Français sor oont, saeluuit lire o« écrire *, on «onpCaii à Paris beaucoup do samts ot on y avait asses de ressources pour acquérir des eonnaissanees seientifiqnes. En dehors de TlnstHat national,
plusieurs Sociétés savantes se fondèrent, notamment le Lycée républicain et le Lycée des arts On i^ouvait suivre des cours de médecine non seulement à l'Ecole do santé, mais aussi dans Tancien Collège de France, an Conseil des miiios et ailleurs encore. Au Lycée républicain, les amatoiirs pouvaient entendre dos leçons de physique, de chimie, dliistoirs, de géographie, de langue et de littérature. Les femmes étaient admises : « On y voit, souvent entrer, rapporte un « observateur allemand, des dames élégantes avec un € gros portefeuille sous le bras : pendant la leçon « elles prennent des notes avec Tardeur d*on étudiant € d'Iéna ; après la le^n, elles entament avec leur « voisin une conversation sur la matière. Il est bien « permis de supposer que pins d*un entretien à denx, 0 qui s'était ouvert sur l'hanijoaie des sphères, s'est « terminé sur une toute autre harmonie . Malgré tout, U ne pouvait être question d'une floraison scientiilqne : la seule misère des temps condamnait la littérature savante à une extrême pauvreté
En raison de la guerre qni ne cessait pas, Tétude do la médecine apparut, je Tai dit, comme nn besoin impérieux ; il en fut naturoUcmonl de même des sciences militaires. Voilà pourquoi la Convention
« Mwdsr, VI, 85. Cl. ei-denm, p. 100.
s Fmkrneh imUhr 17M, U, lU «1 sut. ; m,l>a.
PARIS FENDAIIT LA «ivOLUTION. 1(5
expirante promulgua encore une loi relative au développement de Tart militaire (22 Octobre 1795) Voilà pourquoi le Bireetoire, appliquant cette loi, réorganisa eomplètement TÉcole polytechnique. Le règlement de cette dernière école fàt promulgué le 20 Mars Toutefois Tesprit de TÉcole — on réprouva au mois d'Avril — était par desf?us tout, frivole et réactionnaire'. Le 2 Juillet, parut le règlement définitif de TÉoole de médecine ou École de santé de Pariai
L*érection des écoles primaires et des écoles centrales fut, an contraire, continuellement igoumée. On ne put manquer de se rendre compte, dès Tabord,
que des prescriptions légales, on ce qui concerne le nombre de ces écoles, ne pouvaient représenter qu'un idéal, un vœu pieux. Il se peut qu'avant la fin de l'année 1796 on ait ouvert çà et lÀ quelques écoles primaires : mais, bien certainement, on n*ouvrit, en 1796, aucune école centrale à Paris, ni dans les départements *. Je constate seulement qu'une loi du
t Rondoaaeau, II, 168. Recueiif p. 153 et «oif (La date eit iMMe).
> FimMeh im Jukr 1796, 111, 3tô et soiv.
> TaMraM», I, 168.
* RrrufH, p. 53 et suiv.
Cf. Thery, II, 196. — L'assertion de M. Schmidt est fondée sur celle plirase de Théry : « en 1796, les écoles centrales t D otaient pas eocore deboat t. Ceitetiiiant on se tromperait en admettant avec M. Schmidt qu'aucune école centrale ne fut, MiTtrte m 1796 : Téoole Matiale à» rAîine Ait caverU à Sois^ ioas, to 28 Stpitnbre 1798. Cf. I««nNiidMa, daai BuUUm de Is société arckéol., historUftm et teknHfique de Soieeone, t» VIII, pp. 118-122 {U trod,)
13 Juillet affecta aux futures écoles centrales les édiflcas des anciens collèges Une loi du 31 Août nous prouve qu^en Septembre, on n*était pas même d*accord sur le mode de nomination des professeurs *. L^état général resta tel que les Parisiens eux-mêmes appelaient le peuple français un peuple «c sans « éducation » vi que les philanthropes se montraient inconsolables de Textréme abandon où était laissée rinstruction publique ; Tignorance, disaient-ils, livrera « la génération future au fanatisme et aux préjugés' ».
C'est seulement au commencement de Tannée 1797 qu'un plus grand nombre d*écoles primaires purent fonctionner et qu'une première série d'écoles centrales fut ouvertp : Paris eut deux de ces écoles. Les unes comme les autres traversèrent de grandes difficultés. Dans ces deux catégories d'écoles les maîtres étaient incapables ; de plus, dans les écoles centrales, pas de discipline ; élèves insuffisamment préparés. Sauf à. Paris et dans quelques grandes villes, les écoles centrales étaient relativement peu suivies; partout les écoles primaires rétaiouL bien moins encore
Mais le principal obstacle au suecès des écoles élémentaires aussi bien que des écoles supérieures, ce fut la volonté constante des gouvernants de faire servir les écoles publiques aux intérêts de la politique et d*écarter de nnstruction tout contact avec les
t JiMiietï, I, 2* sact., p. 81 et mi?, t RondonnMQ, II, l&D.
a Tahleaiur, IIÏ, 05, ld&.
« Kiliaiij 77 et tttiv.
PARIS PmilAlfT LA REVOLUTION. 1S7
idées reUgieaseB. Inspirer à la jeunesse la haine de
l'Égrliso et de la Royauté, la haine du catholicisme et dir Rojalisme, toile fut la tâche suprême de la nouvelle éducation nationale, re?^ tendances sectaires devaient nécessairement noire, dès le début, à la conûaoce et même la détruire entièrement. £t, comme de leur côté, les écoles priTées qui, entre temps, avaient pris qnelqae développement, n'avaient rien de ces tendances exclusives, on même se plaçaient en communauté de sentiment avec la grande majorité du peuple français à un point de vue tout op[)Osé, les écoles publiques furent condamnées à échouer, en face des écoles privées qui, si défectueuses qu'elles fussent, réussissaient Plus se manifesta Tesprit de parti des écoles du gouvernement, esprit spécifiquement républicain et antichrétien, plus le publie plaça sa confiance dans les écoles privées qui représentaient l'esprit monarchique et chrétien. A la vérité, les établissements privés n'étaient la plupart que des écoles élémentaires et ne pouvaient, par conséquent, faire concurrence qu'aux écoles primaires. Quant aux écoles centrales, auxquelles les particuliers ne pouvaient opposer que des établissements peu considérables et n'oflhint que des ressources scientifiques restreintes, le besoin d'acquérir des connaissances variées leur assura un succès relatif.
Cette situation vient se refléter de mille manières dans les rapports officiels.
PAHlb PBNOANT LA RÉVOLUTION.