ÉC0LB8 LIBRES
L'administration du département de la Seine adressa an ministre de Tlntérienr un m^port très intéressant sur la période écoulée entre le 22 Septembre 1196 et le 4 Mai 1797. Voiei ee qu'elle mande an sujet de l'enseignement : Les écoles centrales (il s'a^îit de deux d'entre elles) ont été ouvertes avec beaucoup de succès : on ne peut pas dire la même chose des écoles primaires. 11 faut chercher Texplication de ce fait dans la concurrence des écoles privées. « Celles-ci, « n'étant pas surveillées, appellent par cela seul la « confiance exclusive des personnes qui n*ont pas « encore su apprécier les avantages des institutions « républicaines n. Pour la même raison, u beaucoup « de précepteurs des écoles primaires ont déjà donné « leur démission ». Pour parer à ces inconvénients, radministration départementale invite les ministres de rintérieur et de la Police à appliquer aux écoles privées les moyens de surveillance établis pour les écoles primaires. En effet, poursuit le rapport, t si ces établisse- « ments ir< i aient sévèrement inspectés et surveillés, il « existerait dans la République deux espèces (IVeolcs, « deux sortes d'éducation : dans les écoles primaires,. « nos enfants sont élevés dans les principes de la « pure morale et du Républicanisme ; dans les écoles
« particulières, ils sucent les préjugés de la superstition « et de rintolérance. Ainsi, la diveraité dos opinions, « le fknatisnie, les haines, se perpétueront de généra- « tion en génération * ».
Le rapport de fin d*année (7-22 Septembre 1797) contiriii les intéressants détails qui suivent : « Il est « établi dans chacun des dou/,e rirrondisst ineiits de «c Pai'is et des seixe cantons ruraux deux écoles « primaires, Tune pour les garçons, l'autre pour les € fllles. Biles ont toutes été ouvertes à Paris pendant c Tan y (entre le 22 Septembre 1796 et le 22 Sep- <c tembre 1797), à Texception de eeile des garçons du « VlParrondibSGineaL Celles de Franciade, Charenton, « Pantin etChàtillon n'ont point été mises eu activité, « les instituteurs successivement nommés ajant refusé « ou donné leur démission après quelques jours « d'ezereiee. Les instituteurs les plus favorisés ont « eu jnsqu*à 60 élèves ; beaucoup n*en ont eu que 16 ; € plusieurs n*ont pu atteindre ce nombre. De sorte c que les 56 écoles primaires du département de la « Seine n'ont reçu, dans le cours de l'an V. que de « 11 il l,2iM) élevés des deux sexes, tandis qu'à raison « de la population on aurait dû compter sur plus de « 20,000. Cette désertion affligeante vient de Tinsouc eianee des parents ; nous tâcherons de les éclairer « sur leurs intérêts et sur leurs devoirs. Bile vient « aussi de la préférence donnée par certaines « personnes aux écoles particulières, uniquement « parce que celles-ci sont moins surveillées ; nous ne
* TahUaux, m, 288 «t suif.
c leur laisserons pas long^temps ce motif de préférenee. (t Les deux éeoles centrales établies ft Paris pendant
« l'an V ont eu environ chacune 300 élèves ».
Des départements arrivaient des nouvelles plus tristes encore. Du Bas-Rhin et de la Sarthe on écrit ce qui suit, en Février et Mars 1797 : « Voilà près de c quinze mois écoulés que les bons citoyens, les vrais w partisans sélés de Tan III , ont attendu avec impatience « une organisation réelle des écoles primaires, et rien « ne s'est fait jusqu'ici ». Leloj^ement et le jardin prorais par la loi aux instituteurs ne leur ont pas été remis. On ne peut obliger les parents à payer la rétribution annuelle. Si on l'exige à la rigueur, les enfants quittent les écoles. Et, en définitive, les instituteurs courent la f&cheuse alternative ou de ne point avoir d'élèves ou de n'en recevoir qu'une rétribution qni vaut à peine l'encre dont ils se servent. Il convient donc, avant tout, de leur assurer un lofrement et un traitement iixe. « Tels sont les moyens qui nous semblent les « plus propres à raviver dans les écoles primaires « les sources presque taries de renseignement ». Au mois d'Août, on écrivait encore du département de rOrne que Térection d*écoles primaires dans les villages n'existait que sur le papier. La commune de Domfront qui, de icmps immémorial était en possession d'un collège considérable, comptant jusqu'à cinq à six cents élèves, collège anéanti pendant la Terreur, demandait instamment, à Utre de compensation, à tout le moins une école secondaire ou centrale : par suite de Tinsuffisance des écoles parti-
FARtS PENDANT LA RÉVOLUTION. 101
culiêres cxiâtant sur le territoire de cette eoiumime, i la presque totalité de notre jeunesse, écrit Tadmi- « nistration municipale dn canton, croupit dans une « ignorance profonde qui nous mène à grands pas vers c la barbarie ' ». Mais rien d*efflcaee ne fat fait, dans auenn sens ; on dépensait tonte énergie et tonte générosit t' exclusivement en tirades et en instructions théoriques.
Le 6 Septembre, deux jours après le coup d'État antiroyaliste du 18 Fructidor, le ministre derintérieur, François deNeufcbàteau, adressait aux administrations départementales nne circulaire où on lit ce qui suit : c De tous nos devoirs il n'en est aucun qui exige une c sollicitude pins soutenue, plus réfléchie, aucun dont « l'accomplissoment puisse nous ])rocurer îles eoiiso- « lations [dus douces et une gloire plus réelle que la « surveillance éclairée et la protection des écoles « publiques. L'intérêt le plus cher de la société, le «t besoin des familles et des individus, la génération « présente et la postérité, appellent nos regards et < notre attention sur les instituteurs comme sur les « élèves, afin de seconder les uns, d'encourager les « autres, et d'honorer tous ceux qui se distin<i:uent « par leur zèle, par leurs efforts et leurs succès ». Après quoi le ministre demande des rapports circonstanciés sur tous les établissements d'instruction publique et nommément sur les écoles primaires et centrales. En ce qui concerne les écoles primaires, il veut savoir tout particulièrement : Quelles précautions
t Roc^uain,40û-409.
192 FABI8 nnfSAicT LA bAvolutioh.
on a « prises pour le choix des instituteur? et des « institutrices, relativement aux talents, à la moralité « et à leur attachement aux lois républicaines ». Si c'est le fanatisme dont les snggestions ont nai an succès des écoles, comment Ta-t-on combattu f Par quelles instructions surtout SpUon édairé les habitants de la campagne? « Les élèves ont-ils récité ou écrit la « Déclaration des droits et des devoirs, l'Acto consti- « tutionnel ; la Constitution et les livres ré[)ul>lieains « sont-ils connus dans ces écoles, etof ». Le ministre ajoute qu*il se « propose de venir au secours des « écoles primaires par l'exéention d*un plan » qu'il s*eBt formé ; « ce plan sera neuf et faeile i, il « médite « depuis longtemps ce plan vraiment élémentaire, qui t doit faire uu amusement, une sorte de jeu des u premières études, si sèches et si rebutantes suivant « la routine actuelle ». Au siget des écoles centrales il demande : « si les professeurs se sont attachés à m inspirer dans leurs leçons la haine de la Royauté, « l amour de la patrie et les vertus républicaines ». 11 veut savoir « si les presses des imprimeurs s'avi- « lissent à multiplier des journaux contre-révolution* « naires ou les écrits des fanatiques ». Bafin il adresse aux administrations de tous les départements cette exhortation : « Citojrens, répandons en France « une noble émulation pour éclairer l'esprit et pour « former le ccnur de tons les citoyens ! La liberté « vent la lumière ; resclavage et le fanatisme ne sont « fondés que sur Terreur. Semons donc la raison et la
PARIS PBNftANT LA SÉYOLVTIOIT. 1^
c réflexion ! C'est le mojren de faire des Képublicaios f vertuoux' ».
Trois jours plus tard, François fat éla membre da Direetoiro. G*est précisémeiit alors, comme nous Pavons TU, que, par haine contre le fanatisme religieux, le Directoire se mit avec fanatisme à combattre cliaque jour j)lus vivement le culte chrétien au moyen des fêtes républicaines du décadi. On cherchait à fonder ainsi un culte bans religion ; on s'attacha aussi, au lieu de la réforme qui eût consisté à séparer TÉcole de l'Église, à ridée radicale d*écoles absolument dépour^ Tues do religion . Avant lafin de l'année, on recommandait encore rigoureusement à tous les maftrcs de suivre le calendrier républicain et de célébrer les fêtes décadaires *. Cette prescription à laquelle, bien eaiendu, les écoles publiques devaient se conformer d'une manière absolue, vint fortifier l'oppositioa entre les écoles publiques et les écoles privées : ces dernières, soutenues par Topinion, ne mirent que plus de fermeté et de constance à observer le jour du dimanche.
Frappé de l'insuccès des écoles publiques qui étaient très peu fréquentées, effraye de la concurrence victorieuse des écoles privées, le Directoire s'arrêta à deux mesures importantes. Ën premier lieu, afin de porter aux écoles privées un coup vigoureux, il décida, le 17 Novembre 1797, qu*à Tavenir aucun citoyen célibataire ne pourrait obtenir une place, s*U ne
t Tahleaux, lU, 888 et tlliT.
pauis pntDAirr la it^oiimoif.
produisait un certificat attestant qu'il avait suivi une école centrale ; ni aucun citoyen marié, s*il ne pouvait établir que ses enfants en âge de recevoir Tinstruction fréquentaient une école nationale, c^est-àrdire une école primaire ou une école centrale. Les administrations départementales devaient produire^ tous les trois mois, une liste des élèves inscrits aux écoles de l'une ou de l'autre catégorie, afin que le gouvernement, slnspirant des résultats obtenus, pût prendre de nouvelles mesures dans Tintérôt des établissements qui continueraient à manquer d*élèves. En second lieu, ailn d*opposer une digue à la concurrence des écoles privées et de combattre, comme on disait, « les « progrès des principes funestes » que, dans ces établisseraerits, « une foule d'instituteurs privés s'ef- <( forçaient d'inspirer k leurs élèves »>, le Directoire fit paraître, le 5 Février 1798, un arrêté qui recommandait la plus rigoureuse surveillance, au point de vue politique et morale, des « écoles particulières, « maisons d'éducation et pensionnats »• On s^assurera, avant tout, que les maîtres particuliers prennent « pour « base de kl première instruction, les droits de « l'hoDime, la ronstitutioii et les livres élémentaires u adoptés par la Convention » ; qu'on observe dans «r ces établissements, les décadis ; qu'on y célèbre « les fêtes républicaines et qu*enân on 8*7 honore du « nom de citoyen * n,
i Hecueif, t. 2* aection, p. 87 et luié. Cf. Théry, II, I9G et «uiv.
Ni l'uii ni raatre de ces deux arrêtés ne produisît sar l*heafe de résultat important.
C'est ce «iui cMigagea le nouveau ministre d«' l'Intérieur, lietourneux, à adresser, le 7 Mars, à ti utos les administrations centrales des départements une nouvelle circulaire inspiratrice: ce qui est nécessaire dans le domaine de rinstrnetion publique, « c*e8t, € disait le ministre, une marche régulière et uniforme ». Il ne fout € rien laisser & Tarbitraire dans ttn objet « aussi importîint » . u Tel est le principal motif 41U a «t dicté » au Directoire exécutif Tarrèté du 17 l'luviôse (5 Février) conceruantla surveillance des écoles particulièreSt maisons d'éducation et pensionnats. Il est de la plus grande importance, il est indispensable d'observer avec zèle et ponctuellement toutes les prescriptions de cet arrêté. Ce n'est que par ce zèle, par cette constante surveillance, que les administrations départementales piu viendront à « arracher l'instruction républicaine à « cette espèce de nullité dans lacjuelle le.s ennemis des € lois et du gouvernement se sont efforcés de la < plonger jusqu'ici et porter enfin le dernier coup à c ces institutions monstrueuses, oti le Royalisme et la c superstition 8*agitent encore contre le génie de la « liberté et de la philosophie ».
« L'état des r, oies centrales dans un assez fi^rand € nombre de départements est, lisons-nous plus loin, « aussi consolant qu'on pouvait l'espérer des circon- « stances dans lesquelles ces établissements ont été « formés ». Biais t le spectacle que présente le tableau c des écoles primaires doit affliger Tâme de tous les
< vrais Républieaîiis. En butte à la surTeilUaee et à « la calomnie, dénuées des premiers secours qui « pouraient les soutenir et les alimenter, attaquées « même ouvertement et ridiculisées par ceux (lui en « devaient être les premiers défonstMirs. elles sem- € blaient avoir précédé la chute que méditaient contre € les institutions républicaines et contre la République i elle-même ces hommes senrilement ambitieux dont ¥ rimmortelle journée de Fructidor (4 Septembre 1707) « a déjoué les complots. Les écoles primaires enfin « n'existaient pas encore que déjà elles avaient cessé <( d'être. Ainsi réduits à l'état le plus déplorable, sans « considération au dehors, sans élèves, pour la plupart, • autres que ceux que leur indigence mettait dans « l'impossibilité de payer la contribution âxée« les « instituteurs primaires voyaient leur sèle entièrement « paralysé ; et ce n*eût été qu*en se prêtant, par une c lâche complaisance, aux plus honteux préjugés et « en devenant parjures à leur serment, qu'ils auraient « pu obtenir quelques succès . Et cependant à eôté c d'eux s'élevaient et s'élèvent encore avec audace « une fouie d'écoles privées, de maisons d'éducation
< particulières et de pensionnats où Ton professe i impunément les maximes les plus opposées à la 4( Constitution et au gouvernement et dont la coupable « prospérité semble croître en raison de la perversité « des principes qu'y reçoit la jeunesse. C'est donc sur c ces repaires du fanatisme royal et superstitieux, où c des spéculateurs avides étouffent par un vil et « sordide intérêt les germes précieux des vertus
PARIS FENDANT LA IliVOLfmON. 197
« répablîcaiaes, et dérobent à la patrie dans la géné- « ration naissante ses plus chères espérances, que le c Directoire exéentif appelle toute votre Tigilance et c tonte votre activité. Ce ne sont point des mesures « inquisitoriales qui vous sont commandées ; c'est ft cette sévérité paternelle qui veille avec une calme « inquiétude sur une tendre famille pour écarter loin « d'elle le souffle empoisonné de tous les genres de « corruptions. Vertus, patrie, liberté, amour des lois « et de la République : voilà les noms augustes et c sacrés que vous avez à défendre, à faire chérir « et respecter... Hélas I ils ignorent, ces jeunes en- « fants, qu*un fatal aveuglement les immole dès leur « aurore à des passions étrangères ; ils igiiorent tous ce les maux auxquels on les dévoue. Ils sont nés pour « être libres, et des mains perfides les façonnent à « Tesdavage ; ils sont destinés à jouir de tous les « droits que leur assure la Constitution et on s'efforce « de les plier au joug de la tyrannie ; Tégalité doit « être leur partage et on leur apprend à connaître, « un jour, à servir un autre maître que la loi. Soyez « donc les tuteurs, les pères de ces êtres intéressants, « dont un affreux calcul s'empare pour en faire ses « victimes... Tournez souvent leurs regards vers ces «c jeunes héros qui, par des prodiges inouïs de valeur, « n*ont conquis tant de nations que pour les rendre c libres ; que leur exemple les enflamme, qu*ils brûlent « de les imiter et qu'ils versent des larmes de regret «c de n'avoir |ias partagé leurs triomphes * ».
1 Tdtkaux, Ui. 96 tt laiv.
ïiSS PABI8 PCNDAMT LA ItâVOIiIfTIOK.
La vérité, c'est qu'au temps de la Monarchie « paternelle », la police de l'instruction publique ne s'était peut-être jamais montrée aussi intolérante, aussi fanatique, aussi tyrannique que le fut, à cette époque, la « paternelle « République, 8*appliquant avec une opiniâtre raideur à former tous les esprits sur le même patron. La seule chose qui distinguât extérieurement de toute tyrannie monarchique la tyrannie républicaine qui s'exerçait alors sur les intelligences et sur l'instruction, c'est qu'elle cachait plus soigneusement sou glaive très acéré, dans un fourreau de douces paroles. On ne peut nier, d'ailleurs, qu*à dater de cette circulaire, le système de la contrainte et de la surreillanee, remploi de la lisière, n'ait, en fait, produit quelques résultats, du moins à Paris.
Le 12 Mars 1708, Mathieu, commissaire du Directoire près radministration centrale du département de la Seine, s'exprime ainsi (il n'est pas encore très oonsolant) : « Les écoles centrales (la troisième avait « été ouverte le 22 Octobre 1797) paraissent avoir « jusqu'à ce moment manqué d'un lien d'unité et de « discipline ; les études y ont peu de ressorts et « n'obtiennent que de faibles progrés ; le nombre dos « éb'^ves est peu considérable, et Paris est loin du « succès qu'il peut obtenir en ce genre. Ûià peut « présumer que ces inconvénients naissent du défaut « de quelques lois d'organisation ; car le mérite des « professeurs est incontestable, mais, ne formant pas « entre eux un tout, ils ne sont pas excités par tt l'émulation ; les enseignements les plus utiles sont
« quelquefois ceux qui manquent le plus d'auditeors. « Le Coilège Égftiité est peut-être le seul établissement « aigourd^hui existant en France^ où les jeunes gens « reçoivent une éducation forte en instmetion ». Quant aux éeoles primaires, «c on ne peut que regretter « de ne point les voir aussi fréquentées que le désirent
V les amis de la Liberté et de l'Égalité. Les instituteurs it primaires, néanmoins, ainsi que les institutrices, « commencent à éprouver les effets de la bienveillance « républicaine dm gouvernement ; ces effets devien- « dront plus sentlbles encore, tant que Ton continnera « d*exereer une surveillance sévère sur les entre pre- « neurs particuliers d'éducation ; on doit sur ce point « rendre ii ratirainistration centrale la justice do dire « que, par la seule impulsion de son civisme et sans « aucun ordre supérieur, elle a, dans une circulaire «t pleine de pliUosophie, tecommandé aux administra- « tiens municipales la visite et la surveUlance de ces « établissements privés ; depuis rarrété du Directoire « en date du . elle a réitéré ses injonctions avec « force et pris les mesures nécessaires pour l'entière « exécution de cet arrêté. Les douze arrondissements
V de Pans et les seize cantons ruraux sont en ce « moment éclairés des regards de la surveillance <t dirigée sur cet intéressant objet. Des livres « élémentaires sont partout demandés avec impatience. « Un libraire à Paris devrait être chargé de tenir et « vendre tous les ouvrages revêtus de l'approbation « publique ; on devrait faire passer un certain nombre c d'exemplaires aux commissaires près les cantons.
c qui seraient tenus <l*en remettre le prix an bout de « trois mois. Ainsi l'art-on hit pour le eanton de « PierreDite, où les choses n'en Tont qae mieux ' «.
Dès la fin de Septembre 1798, le rapport de Tadministration âu département do la Seine était plus encourageant. Nous y lisons ce qui sait : *l L'organi- H satîon des écoles centrales ne laisse rien à dé«rer € relativement aux moyens d^iastruction... Nous nons «f tommes oceupés des moyens d^organiser la quatrième « et la cinquième école centrale. Les écoles primaires « ont été plus fréquentées dans le dernier semestre « de l'an VI que dans le premier... Dans les premiers « jours de l'an Vl (Septembre 1797\ ce?? écoles « étaient presque désertes ; sar 1a fia de cette année, c elles ont été fMqaentées par un asses grand nombre « d'élèves.,* Pour cimenter irrévoeaUement leurs « succès, il conviendrait qu^elles fussent absolument « gratuites et que les instituteurs eussent un traitement
« fixe Klle a fait surveiller sévèrement les institu-
« teurs et les institutrices dos écoles partieulières
« Trois instituteurs, autant d'institutrices, ont été «c destitués pour ne s'être point soumis aux lois, ainsi « qu*aux arrêtés du Directoire exécutif et pour avoir «t refusé de prêter le serment de haine à la Royauté, 4L à rAnarebie et d*attachement àla République. Cette « sévérité étant essentielle pour le maintien du u gouvernement », l'administration « est bien ré-solue n de la déployer contre tous ceux qui s'écarteront de
< III,'8M il iniv.
PAfilS PBNPANT LA KÊVOLUTIOH. 201
ff leurs ileToira * ». Faisons tout de suite observer iei que la qQatrième et la ctaquième éeole centrale ne firent jamids organisées
Vers ce temps, lo seul collège qui eût survécu à la Torrenr, le Collè<7P Egalité, ancien Collège Louis-le- Grand, fut transformé. On le baptisa, le 3 Août, PiTtanée français, et il.fot, dès lors^onyert exclnsiTement on du moins ouvert de préférence aux flls de militaires, anx enfants de citoyens pauvres et ajant bien mérité de la patrie, lesquels y fùrent reçus sans aucune rétribution. Toutefois le grand développement militaire de cet établissement, aussi bien d ailleurs que celui de l'École polytechnique, ne date que du Consulat. L*École polytechnique fat définitivement organisée par la loi du 10 Décembre 1709 ; et le Piytanée par Farrété du 22 Mars 1800 *. Mais il avait pris, dès la fin de Tannée 1706, un développement considérable : il était devenu dès lors Tasile du loyalisme gouvernemenul *. Ce fait fortifia l'espoir qu'avaient les gouvernants de régner, à fore© de ténacité, sur tout l'enseignement.
 iafln de Septembre 1708, alors qu'indépendamment des municipalités, les jurys d*instruction avaient été chargés de Tinspection des écoles, le nouveau com-
* Ceci résulte de rarrété consulaire du 10 Sept. 1803, qui remplaça par des lycées t les troia écolea eentralea de Paria ».
Cr. Rondonueau, II, 173.
a Lefort, U, «19. Dubarle, II, 3ji. iiier^, il, 193. Kilian, 79 et raiv.
« roétaw, III, m, 8B8. '
missairo près le département de la Seine, Dupin, s'exprimait, dans un rapport général, en ces termes très optimistes : « La sarveillance active exercée sur « .les maisons d*éducation a obtenu le plus heareux « résultat. Les écoles partionlières secouent leurs « vieux préjugés ; leurs élèves font des progrés <f sensibles : ils sont moins entachés de fanatisme et « ily a tout lieu d'espérer que bientôt les instituteurs « marcheront d'un pas ferme dans les principes répu- « blicains. Les exercices publics qu'ils ont fait soutenir « k leurs élèves» les distributions de prix qui en ont « été la suite, ont annoncé que, du côté de rinstruction, c beaucoup ne laissent * rien à désirer. Je ne dois pas « passer sous silence la féte bien touchante de la « distribution des prix aux élèves dos écoles primaires « du département. J'ai vu tons Ips spectateurs atten- « dris des succès précoces d'enfants de quatre et cinq « ans, déjà lancés dans la carrière républicaine, de « leur joyeuse émulation, du zèle de leurs instituteurs, «c qui, malgré leur indigence, la nullité de leur rétri- « bution, se livrent avec courage & une tâche difficile. « Tenus seulement à enseigner gratuitement le quart « de leurs élèves, il en est tels qui ont soixante « élèves indigents sur quatre ou cinq payants. Leurs « noms ont été otferts À la reconnaissance publique. « Les jeunes fiUes ont eu une grande part aux succès « des écoles primaires* Il est à remarquer que, lors « de Texameu préliminaire fait par le jury, leur
> Daas le texte des laOkaux ; « laissèrent ». (^e tmd,)
PARIS PENDANT I.A KKVOLUTION. 203
« insiraction a para généralement plas soignée que c celle des garçons. Le goût et Tétnde des sciences c exactes, professées à Paris par les pins habiles « maîtres de PEnrope, est général parmi la jeunesse.
« I/Écolc polytechnique, le Prytanée, les écoles cen- « traies, les maisons li'i dfuation particulières, offrent « à la patrie une foule d'élevés tout prêts  soutenir « la gloire du génie et de rartillerie française, et à « rendre à notre marine celle qu elle n'eût jamais dû « perdre. Il en est de même da dessin dont le goût est « généralement répandu, dont Fétnde devient une c espèce de passion, et qui promet à nos manufactures « les plus brillants .^uccès. Les étrangers qui viennent o en France sentent mieux que nous-mêmes notre H supériorité à cet égard et il est facile de ])révoir « les triomphes qu'elle garantit à la République, « lorsque Texpérience aura perfectionné par ses « leçons les talents précoces d'une si belle jeunesse. « 11 y a donc mauTaise humeur, 8*il n'y a mauTsise foi, « à dire que les dix années écoulées depuis lo cum- « meneement de la Révolution sont perdues pour « Tinstruction publique, Si Tétude des belles-lettres « a été interrompue, dans ces moments mêmes « d'interruption la jeunesse a reçu une instruction c négative beaucoup plus utUe. Les événements de la « Révolution Tout accoutumée à méditer» lui ont formé « le jugement, et cette grande école vaut bien les « bancs du collège. La jeunesse française en a profité c et il n'est pas rare de trouver un jeune homme de quinze ans raisonner sur les principes de la politique
204 PARIS PIHDAIIT LA RB¥OLUTIOIf.
« beaucoup mieux que les vieux consoillers d. la cour « de Vienne ». Toutefois Dupin exprime, en même têmps, cette crainte : les prêtres, si on n'intenrient à temps, s'empareront de rinstruction de renfiuiee et de la jeunesse ; car « tons se font institatenrs ». Dapio indique le remède : il réclame une loi, « qui onlon- « nerait à tout instituteur d*dtre marié ^ ».
Un mois plus tard, en Octobre 1798, I)u[iiii écrivait : w Les visites des écoles tant primaires que parîi- « cuUéres se font assez exactement par les admini^ « strations municipales mais fort rarement par le jorj « dUastruction dont les membres paraissent &tigué8 « d*ane fonction pénible et gratuite. On voit avec « plaisir que les premiers principes n*y sont plus « empoisonnés par les préjugés du fanatisme. Plus de « livres de superstition dans les écoles. Les insti- « tuteurs et les institutrices se sont à peu près tous « conformés, à cet égard, aux pressantes sollicitations « des ofiiciers municipaux. La salutaire influence qae « les magistrats exercent sur les maisons d*éducatioD « fera que la génération qui 8*élève sera plus et mieux « instruite que celle qui Ta précédée. Nos enfants « seront républicains ; car presque déjà tous les « élèves, même de l'âg-e le plus tendre, ont actuel- « lement quelque notion de la Constitution. Ils seront <t orateurs ; cette récompense pleine d'émulation qu'on « accorde aux plus laborieux de réciter en public, les « fêtes décadaires, quelques morceaux choisis, leur
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I donne» rassanuice de rhomme libre et développera « en enx le germe de réloqnence. La seule taehe qui •r se présente en ce moment snr le tableau de Tins-
«r tmction, e*e8t l*indigence et le dénûment absolu des « instituteurs primaires. Les i)areiits ue payent pas. « Ils sont par eux-mêmes sans fortune. II serait bien c à désirer qu'ils eussent une modique rétribution qui « leur assurât au moins le nécessaire ».
« L'administration centrale a pris plusieurs arrêtés « réglementaires sur rinstrnction publique qui sont « soumis au ministre de Tlntérieur. L'un a pour objet « de soumettre à Texamon d'un jury tous les insti- « tuteurs partîcnîiers, de faire fermer les écoles de « ceux qui seront recoonus incapables et de n'admettre « aucun citoyen à ouvrir une école quMl n'ait c préalablement été examiné et agréé par le juiy. « Cette mesure me parait Indispensable, En effet, la « surveillance de Tadministration est Journellement « éludée ; elle ordonne la fermeture d'une école et, le «» loiiflf^main, c'est la cuisinière de l'instituteur qui i vient prêter serment à la municipalité et qui rouvre « Técole sous son nom ; et le travail des autorités « constituées pour épurer 1 instruction publique devient « la toile de Pénélope. Le deuxième arrêté déclare « que Técole d*un instituteur est réputée lieu publie w et qu'en conséquence, d'après la loi du 7 Vendé- (« liiiaire an IV sur la police des cultes, aucun signe « particulier à un culte ne peut y être elcvt'^ ou attaché. « Des cruciûx, trouvés dans plusieurs écoles, ont « provoqué cette mesure ; et il est tellement néees*
206 PARU PBIfDAlIT LA RSYOLVTiaN.
« saire d'élever un mar de séparation entre nnstraotioo
« et les 011110?», que beaucoup de ci-devmt religieuses « se .-«lont faites institutrices, et se conduisent encore « comme si elles étaient dans leur couvent à la tête « de leurs pensionnaires. Le troisième institue des « chants patriotiques dans les petites écoles comme « délassement aux travaux de Tétude, Je prie le « citoyen ministre de vouloir bien statuer sur ces « arrêtés ' ».
A cette époque, Tadministration centrale du département de la Seine crut devoir s'occuper des restes abandonnés de plusieurs grands hommes qui se trouvaient dispersés dans de ci-devants couvents (maintenant vendus par la Nation) où ils avalent été déposés autrefois. Elle ordonna donc que les cendres de Molière, La Fontaine et Santeuil, ftassent, jusqu'à nouvel ordre, placées dans les trois écoles centrales en activité. Ati contraire. Corneille resta dans le temple du Génie (Saint-Roch) ; Malherbe à Saiiii- Germain-rAuxerrois et Boileau à la Sainte^hapeiie ; mais de nouvelles inscriptions durent être placées sur leurs tombes
A la fin de Novembre 1798, Dupîn mandait :
« L'instruction publique va aussi bien qu'il est possible « dans la situation actuelle des choses. Elle ne mai che « pas sans doute à pas de géant vers cette améiiorac ration de principes et d'idées pliilosophiques que les
• III, 33") et suiv.
4f yœnz des mi» AépubUcains ne eessent d*ap^ler, € mais elle fait des progrès sensibles. Une certaine c amélioration dirige, anime les instituteurs ; les « éloges et les enconragcments que Ton dispense aux
« jeunes élèves, aux fêtes décadaires, leur donnent le « désir d*y voir plus particulièrement briller ceux de c leurs écoles. D'ailleurs, les circulaires du miniâtre « de l'Intérieur, son amour connu pour les seiences « et les arts, le Prytanée français qui s*élève majes- « tueusement et beaucoup d'autres causes seryent de € véhicules. Quel autre essor Tinstruction prendrait c bientôt, si elle était organisée, si les instituteurs M étaient épurés et pavés, de bons livres élémentaires « composés et livrés à l'enfance et à la jeunesse, les « prêtres, les religieuses et leurs livres bannis sévèct rement des maisons d'éducation et de nos écoles I c Dans les campagnes, Tinstruction est plus suivie « qu*elle ne Ta jamais été ; il est cependant certains « cantons, où Tinsouciance des parents est invincible. « La principale cause vient de ce qu'il faut payer par € mois une modique somme. Les livres républicains « n3 sont point entre les mains de leurs enfants, parce c qu'ils ne veulent pas les payer et qu'ils trouvent K beaucoup plus commode de leur laisser les livres « qu'ils ont, c'est-à-dire les livres du fanatisme. Si € i*on pouvait faire le sacrifice modique de délivrer « gratis quelques livres élémentaires par canton, ce >.< >rvdii iissurer à la patrie le cœur et l'esprit des M jeunes citoyens, qu'il est intéressant d'arracher aux « préjugés et à Tignorance, suite inévitable de
208 FASU PSKDAMT LA BiTOLVTIOir.
€ rinsoaeianoe de leurs parents. Aa sarplas, il est « instant quo lo ( !'{>s lê/^islatif prononce sur l'in- « struction publique, pcjur pouvoir mettre fin à ce M désordre moral, et adopte ies vues proposées dans « le message du Directoire * t.
A la fin de Décembre, le même commissaire écrivait : « Les instituteurs des écoles primaires, ainsi que les « principaux établissements de pensionnats et écoles « particulières, se conduisent bien et se conforment « assez exactement aux vœux du grouvernement, tant « pour Tinstruction que pour les mœurs républicaines. « Déjà les chefs de ces maisons s'astreignent à « prendre des collaborateurs instruits, et dont Topinloo c soit celle des bons citoyens ; déjà les jeunes élèves * ne sont plus conduits à la messe ou antres cérémonies « religieuses ; déjà enfin les livres élémentaire? ont « entièrement chassé les livres de la superstiliuii dans « la plupart des écoles, il est vrai que les administrait tiens municipales surveillent avec soin, que des « visites régulières sont faites avec sévérité ; on ne « peut que louer le résultat henreuK de leurs soins. « Cependant tout n'est pas encore fait ; il existe « encore beaucoup dMnstituteurs et dMnstitutrices peu « en état de l'être, tant par leur moraliu que par (c leur capacité, parce que beaucoup d'institutt ut s « sont prêtres, beaucoup d'institutrices, religieuses. « Des exemples de sévérité arrêtent souvent la « superstition de cette dernière classe. Deux écoles
• dont les chefs, contre lesquels les plaintes le^^ plus t jastea étaient sans eesse renouTelées, avaient refusé tt le serment voulu par la loi, et annonçaient un « fanatisme eflh>nté et dangereux, ont été fermées.
« Deux autres dirigées par des ex-rcligieuses sont « menacées, et, si iien n'efface les dangers de leurs « habitudes, elles seront é^aleraent interdites. Au t reste, rinstruction marche à grands pas vers sa « perfection. L'émulation renaît; les espèces d*examen t publie et d*assaut de mémoire que font quelques « Jeunes élèves, tant dans Paris que dans les cantons t ruraux, aux fêtes décadaires, contribuent singuliè- « reuiunt ù. leur avancement et à la conversion de « leurs parents, qui ne peuvent s'empêcher d'éprouver « une douce jouissance à voir leurs enfants mériter les « applaudissements publics ; ainsi l'amour propre « commence la défaite des préjugés, en attendant que « Tamour de la patrie purifie et perfectionne ces « premières impulsions. Il est pourtant bien des « parents, et surtout à la campagne, qui reftasent « opiniâtrement d'envoyer leurs enfants aux écoles € primaires. Mais quand l'expérience les aura cona vaincus qu'on ne peut parvenir à rien sans « rinstruction et que les écoles primaires sont la « porte unique des emplois et des honneurs, l'intérêt « les convertira ' ».
Le parti au pouvoir dans Paris était plein de confiance parce que l'arrêté pris en Octobre par
rv
Zli) PARW PENDANT LA HÉVOLt'TION.
TadminUtratioa départementale, par lequel les institotem privés étaient aonmîs à l'examen dn Jnry, ayait été approuvé par rantorité supérieure. Le rapport mensuel de Dupin, daté de la fin de Janvier 1799, s'exprime ainsi à ce sujet : « L'activilt' {trochaine des « membres du jury, qui doivent examiner les iiKstitua teurs et les insUtutrîces qui exercent actuellement « ou voudront exercer par la suite, favorisera, Je « respére, les progrès et ramélioration - rapide d» « rittstruetiott publique. Cette honorable et délicate c fonetion cessera d*étre un métier. Le serrurier, le « savetier, le maçon, sans ouvrage et ignorants, qui a avaient ut^uri»»:' le droit de l'enseignement, retourne- « font aux instruments qui les nourrissent et los « honorent. Ce jury bannira Timmoralité, Tincivisme « et les préjugés qui voulaient corrompre les principes € de la philosophie, base fondamentale de la Répu» H bltque ; il surveillera le mode d'enseignement. Ce « n'est pas que, généralement parlant, les institutenre « n'avaieni kiit depuis quelque terap*' des progr<>a « sensibles vers le hion ; il y a p iruii eux des personnes « qui joignent à des connaissances approfondies un « mode bien choisi, qui enseignent avec 7.èle la morale a et les principes républicains ; mais le jurj servira à « rendre leur nombre plus considérable, à surveiller « ceux sur lesquels plane quelque soupçon d'incivisme c on de faiblesse pour les préjugés des parents de a leurs «'lèves, à empêcher enfin que des prêtres « astucieux ne ^'emparent de cette éducation pour « corrompre la génération nouvelle, espoir de TÉtat*
PABI8 PINDAMT LA REVOLUTION. 211
« En résultat, rinstructioii publique a fait depuis un « an des progrès sensibles ; les administrateurs y « apportent une surveillance digne d*éloges, et le € Jnrj qui a paru quelquefois trouver sa tâche pénible, « va 8*jr livrer avec plua d'ardeur, ajrant provoqué de « radministration centrale une nouvelle distribution c de travail, plus convenable à chacun de ses € membres ' ».
En Février, Dupin crujait le triomphe assuré : « L'instruction publique, écrit-il avec satisfaction, « est activement surveillée. Le jury d'examen pour « les instituteurs a déjà épuré plusieurs arrondisse- « nents ; cette mesure procurera un grand succès c pour renseignement, dont beaucoup s'étaient fait un « métier. L*éloignement des êtres ignorants, immoraux, * fanatiques, qui en sera ie résultat ne pouira. que « (J uuier de l'élévation à l'esprit public. I)ans les u cantons ruraux, il existe parmi les instituteurs et « élèves une émulation très favorable aux progrès de « rinstruction. Cette émulation a pour base la récitation « publique que font les enfants aux fêtes décadaires, « de plusieurs traits historiques et philosophiques. Le « despotisme monarchique trouvait ses intérêts à a éloigner du peuple toute espèce d'instruction, parce « que le fondement du trône est l'ignorance ; mais la « République, qui n'existe que par la vertu et la c philosophie, doit chercher à former par elle ses « partisans et ses sijets * «.
» III, 364 et suiv.
> m, 968 et tutv. et m
Cependant les montagnes de difficoltéB qui se dressaient devant le culte sans religion, s'opposaient
de même chaque jour davantage à l'Ecole sans religion. Les gouvernants commençaient à douter d'une victoire absolue dans Tune comme dans l'autre direction. Dès le mois de Mars 1799, Dapin TOjait encore une fois ses espérances s^effondrer. € Les administrations a manieipales, éeritFil, veillent à ce que la morale et « les devoirs An citoyen soient enseignés dans toutes « les écoles Dans quelques écoles, « des profestt seurs osent encore associer à rinstruction des seiences « et arts l'enseigiiement et la pratique de8 piejugés t du catholicisme. Il y a telle pensionnat où se « trouvent chapelle et confessionnal, tel autre où « rinstitatenr conduit les élèves à la messe. Les « premiers augméntent d*après la loi du 7 Vendémiaire « an IV (29 Septembre 1705 ? Tart. 16 de cette loi « permettait le service divin dans les maisons partiw culières) et \en autres d'après la liberté des cultes « et la volonté expresse des parents ; on leur répondra c par la fermeture de leurs écoles de fanatisme. On « remarque que, dans ces écoles, s*élèvent des enfants « de généraux, de députés ; ces députés qui, en 92 et A 93, se sont le plus élevés contre les prêtres, ne « regardent leur fille bien élevée que quand elle a «• fait sa première communion. La masse de l'instruction « est, en général, très faible. L'établissement du jury tt d'examen, en créant un bon choix d'instituteurs, « concourra k la rendre plus forte et plus heureuse * t, < lU, 97a «t tttiv.
Malgré ces paroles qui respirent la eonHance, Dnpin, dans le rapport suiTant (Avril 1799), résonnaissait que, malgré tons les eiforts faits, on ne pouvait arriver an but: « A Paris, écrivait4], les écoles « primaires sont tonjonrs moins fréquentées que les (( écoles particulières, surtout celles où la superstition « trouve encore un coin pour s'j établir ; peut-être « aussi, pour assurer égalité de succès, faudrait-il que « les premières fussent placées dans des locaux avanc tagenx, que Tinstituteur eût un meilleur traitement, « qu'on lui aecordAt des primes lorsqu'il aura réuni un M grand nombre d'élèves gratuit, excédant celui fixé « d*abord relativement à la population de 1 arrondis- " sèment ; mais, au surplus, tous ces moyens ne seront « jamais que secondaires. C'est par la législation « principalement que Tinstruction républicaine doit « prendre sa force : que la loi prononce qu'à compter n d'une époque déterminée nul ne pourra devenir « fonctionnaire public, s'il n'a pas passé tous les degrés ff des écoles pnimaires et centrales I Nous aurons « alors des Républicains, parce que Tambition du « pouvoir, l'amour-propre, Torgneil même se réuniront c pour seconder le vœu de la loi. Trois maisons parti- « culières ont été fermées, parce que les instituteurs € n'avaient pas prêté le serment et formaient leurs
< élèves au fanatisme. Un instituteur primtire qui c marchait sur leurs traces, a été vivement repris. « L'examen du jury a causé quL'lf[uos retraites. Plu- « sieurs instituteurs et institutrices ont renoncé leur
< état, lorsqu'ils ont vu qu'il fallait subir an examen.
814 PARZ8 pnrDANT Là. Rtrohunov,
« Mais avec eux se sont retirées l'ignorance et la « superstition ' ».
Les efforts de propagande qui furent faits en faveur des écoles officielles ne se révèlent pas seulement par la tentatiTe dont noos ayons safifisaniDent parlé de relever les fêtes déeadaires an mojen de joûtes de rhétorique entre enfànts, mais aassi par les procédés qu'on adopta pour la célébration de certaines fêtes, notamment de la fête de la Jennesse (10 CTerminal). Voici comment io même rapport s exprime à ce sujet : « La féto de la Jeunesse a été célébrée avec an grand c succès dans les cantons; elle a été joyeuse et a nonAreuse. Dans plusieurs, Tadministratlon munic dpale en corps, formant les fonctions de jury, avait « examiné la veille les jennes élèves des deux sexes, a et avait noinuic [lour recevoir les prix, les enfants « qui ont n^jioadu le mieux aux sujets de l'pxamen « qui roulaient sur Tarithmétique, les mesures répa- «c biicaines, récriture, la lecture, les Droits de l'homme, (c la Constitution de Tan III. Le lendemain, à la féte, c les prix ont été distribués. Bans quelques-unes, des « particuliers ont fait présent de livres; ce qui a « augmenté la joie des élèves et le contentement des « parents. La cérémonie du matin a été suivit^ de f jeux, de danses et autres aimables divertissements. V A Paris, la fête, aussi, a été brillante et nombreuse, « la satisfaction vive et pure * ».
Chaque jour, on imagine, on emploie ou on reeom-
« III, 377 et 8uiv.
* 111, 376 et SUIT.
mande quelque levier nouveau pour relever les écoles du gouTernement, fortifier et propager par leur intermédiaire les principes du parti politique, momentanément maître du pouvoir. Dans son rapport de Mai, Dupin mande en première ligne : « Le jury continue « avec succès son examen et écarte judicieusement de « l'examen tous ceux qui, sans connaissance et sans « moyens d'existence, exercent comme un métier des « fonctions si honorables ». U ajoute : « 11 en est « beaucoup qui, avee des lumières et des talents, ne < possèdent pas Tart de renseignement; ils sont « jiéanmoins conservés. Cependant, pour remédier & « cet inconvénient, qui peut équivaloir aux suites de M Tignorance, Tadministration centrale a établi un « cours normal où les professeurs des écoles centrales « développeront les principes de renseignement à tous « les instituteurs et institutrices, soit primaires, soit « particuliers. L*ouTerture de ce cours a eu lieu, le « 26 Floréal dernier. Le président de Tadministration « centrale y a prononcé nn discours civique et relatif « a l'objet de l'assemblée, ainsi que le citoyen Du- « haraeî, professeur de l'école centrale du Panthéon. « 11 y a lieu d'espérer que ce cours normal aura Tutilité « et le succès que l'administration centrale a espéré « obtenir en le créant. D*un autre c6té, à l'installation m des administrations municipales, les commissaires « du Directoire près d'elles ont eu soin de leur faire c observer qu'elles devaient mettre au rang de U.ura «t premiers devoirs la surveillance à exercer sur les « maisons d'éducation. Us leur ont rappelé qu'elles
216 F4BI8 PBNDAWt LA VkfOtAJTWtt.
u avaient des visites aussi fréquentes qu'imprévues à « faire dans ces maisons, qu'elles devaient 8*as8urer « de la moralité et dea talents des institateon, enivre « lee progrès des élèves et entretenir lenr émulation « par des récompenses, donner des marques d'estime « et d'encouragement aux instituteurs distingués par « leurs lumières et leur attachement à leurs élèves. « Pour exciter rémulation parmi ces derniers il serait c peut-être utile encore qu'une fois chaque décade il « 7 eût, dans chaque administration, raprée-midi, nn « exercice, auquel quelques instituteurs et leurs c élèves fàssent appelés, pour j hite preuve de leur « avancement. Ce mode aurait le double avantage de « soutenir l'émulation des instituteurs et des élèves, K qui seraient interrogé?» soit par les administrateurs» « soit par le commissaire, sur les droits et devoirs de « rhomme, la Constitution, le calcul décimal, etc. Les c instituteurs et institutrices seraient appelés à leur « tour par décade. Dans les campagnes, rinstmotion « est toigours républicaine; mais elle est presque « nulle dans ce moment. En effet, c'est une vieille « habitude de faire travailler les enfants à la terre « dès V^i^i' fie huit à neuf ann. i^e besoin de bras rend « dans ce moment l'intention des parents plus forte « encore, de sorte qne les instituteurs, surtout les t instituteurs primaires, se découragent, n'ajant « presque point dMlèves, et aucun salaire que le c logement sans revenu fixe *
t m, 380 «i soir.
Un rapport d'ensemble d'Avril et Mai 1799 nous renselgiie sur la sitaaiioD dans les départements. Le correspondant déclare tout d'abord qn* t un brigan. c dage eflnpayaat » « afflige un grand nombre de
«. départements r> ; que « la misère pnbliqne est « parvenue a son dernier terme )) ; que les citoyens sont plongés dans une funoste apathie pour tout ce qui intéresse la République ; que, dans quelques départements, les Royalistes ont fait paraître une joie impie au récit des revers de la République et des progrès de l'ennemi, qu'à peine compte-t-on une douzaine de départements où on ait pu conserrer à l'esprit [)ui)]ic « quelque portion de son énergie ». Le ra[j|iorfour fait ensuite ce lamentable aveu : Les écoles primaires a sont en général désertes dans les lieux où « il en existe » ; « beaucoup de cantons en manquent f absolument ». Quant aux écoles centrales, elles n'ont obtenu qu*« un médiocre succès » ; raequittemeat des traitements est souvent en retard ; entre les parents des élèves et les instituteurs ils y a des conflits perpétuels d'opinions politiques et religieuses ; les mutations trop fréquentes de professeurs ; l'éloigoement des hommes de mérite pour ce genre d'occupations; la pénurie des administrations qui manquent d'argent pour rétribuer des hommes instruits chargés de diriger les écoles centrales» voilà « autant « d'obstacles au prompt développement de cette « inâtituùun ' ».
• Rooqvaiii, L'élai de ia France au 18 Brumaire, pp. 81S4ltt.
Une pareille Bitaaiion pouyait faire présager à très courte échéance nu grand eiiangement.
LA REACTION ràDAOOOIQUB.
Le coup d État du 18 Juin 1799 (30 Prairial) qni prépara les voies à Bonaparte, marqua ravèneiiient d'on parti nouToaa an Directoire, dans les ministères
et dans toutes les fonetions administratives. Dupin, lui aus^i, fut mis de côté. Dans son court rapport de Juin, il vante, il est vrai, le jury d'instruction, l'École normale improvisée, et les administrations municipales, mais il termine par cet aveu : « Plusieurs instituteurs « reprennent les liabitodes fanatiques et négligent les c institutions républieaines * ».
François de Neufchàtean à qni venait d*éclioir encore une fois le ministère de Tlntérieur, dut céder la place. Dans sa dernière circulaire du 23 Juin, il revint à son thème de prédilection, la pédagogie. « Citoyens, éorivait-il, eu quittant le ministère, ma « dernière pensée est pour rinstruction publique. Le c 1*' Germinal dernier, j'ai publié une méthode pour « apprendre à lire aux enfiiints. Il m*aparu convenable « que le ministre chargé de diriger rinstruction « donnât rexemple du travail ingrat, mais utile, n quVxiî?ent les éléments à l'usage des maîtres. Cet « ouvrage a été approuvé par le Conseil d'Instruction « publique et compris dans la liste officielle des
t Taàkmi», Ul, 388 et miv.
« ouvrages élémentairee... Bn voas adressant an
« exemplaire de cette méthode, etc., Vive la Répu- « blique ! • ».
Mais la Hcpublique et renseignement républicaiû étaient aax abois. La réaction s'annonçait chaque jour plus nettement. En Juillet 1799, le Bureau central mande ce qui suit : « Dans les groupes on « a plaidé assez ouvertement la cause du fanatisme ; « on 8*e8t beaucoup étendu sur la mauvaise éducation »< des enfant??, sur les mauvaises mœurs ; quelques « individus ont conclu à la n.Messitt' dr la religion (' catholique ». Beaucoup d'instituteurs ne se génèrent point pour ouvrir Técole, les jours de fêtes républicaines. Des livres élémentaires à tendance rojaliste et catholique revinrent aux mains des élèves. Un de ces derniers, intitulé : Vie 4e9 phw ilitaires moéemêi, attira ijarLiculièrement l'atLeiition de l'autorité qui s'efforça d'en préserver la jeunesse
La situation était plus ébranlée encore dans les provinces. Le 18 Août, le commissaire du gouvernement près le département de la Haute-Saône mandait sur un ton très abattu : LMnstruction publique est « abandonnée & des ignorants, à des hommes imbus « des maximes de la superstition, à d'anciens tnaîtret A d'école. L'instruction doit être envisagée comme
• lîl, 399, 427. — Dans la dernière }»hra^e de ce paragraphe, je m'éloigne un peu du texte allemand, pour me rapprocher de celui dea Tableaux. {Le trad.)
« nulle dani oe département ' ». Il disait de même dauB des rapporte de Septembre et d*Oetobre : L*instractton publique est toujoors c dans le même « état de stagnation », dans nn « état d'inertie et * d'oubli ». Des mesures persécutrices de toutes sortes étaient, en province comme à Paris, les seuls expédients du Républicanisme aux abois : à Vesoul, deux professeurs de i'Âeoie eeatrale furent destitués ; et Ton pensait follement ayoîr fidt quelque ehoee de merveilleux « pour ranimer Tesprit publie ' »,
Telles étaient les diffienltés et les anxiétés de la République, lorsqu'cUu entra, le 9 Novembre 1799, dans le port du Consulat avec Bonaparte ; au début, celui-ci conserva prudemment le masque républicain.
Malgré les efforts faits par le Directoire pour liseonner les esprits ou plutôt précisément à cause de ces efforts, le succès des écoles républicaines était évidemment resté des plus misérables. An premier coup d'œil quMl jeta sur elles, le gouvernement consulaire put s'en convaincre.
En Janvier 1800, le nouveau commissaire du gouvernement près le département de la Seine, Gamier, déclare que c Tinstruction publique n*est pas « encore k son aurore * ». Toutefois on caresse
3 M. Schmidt cit« ce mot comme 1 apprdciaUuu h des neuea M DehoerdMi des 8§iii«dtpsrlenieatt • ; j*ai préféré nn p«u plus de préaîtMNi : il ajoete qae 1<« * ntm Babo^rdên » dédarMit «» daw viele Selralen noch nielit «innal volliUMndig ergaaiiirt
222 PARIS PmiDAIlT LA BIVOLIITEOir.
toujours les illusions républicaines. Garnier s'exprime ainsi : « 11 faut l'avouer, jusqu'à présent, lo gouverneci ment a beaucoup fait, c'est-à-dire beaucoup dépensé « pour les écoles centrales. Mais les écoles primaires « sont dans une situation déplorable. Il est pourtant « vrai ^jae les impressions piimitiTes sont les plus « durables. Il importerait donc que les idées libérales « et la morale républicaine fussent pré sente- es a la « jeunesse dès les premiers rayons dv sun iatellifrence, « dès qu'elle a le sentiment da bien et du mal. « Qtt*enseigne-t-on aigonrd'hui dans les écoles pri- « maires f On y apprend à lire, à éerire, à calculer, c Cette éducation purement mécanique peut-elle c sufilre pour préparer Tbomme an bonheur? Le « magistrat citoyen ne peut le penser. Lorsqu'on a tt une patrie, lorsqu'on y est attaché par les {irincipes « d'une nnge liberté, on a des devoirs à retiiplir, et «L celui qui en a la conviciion et la connaissance, les « remplit toigours mieux. Quoiqu'il en soit, le dépars « tement ne néglige ni encouragement, ni soins pour « soutenir, autant quHl dépend de lui, l'émulation « dans les écoles : il excite le séle des municipalités « pour utiliser leurs visites ; il applaudit au jury « d'instructKjji qui i»rocèdeavec sagesse; i! encourage a les instituteurs auxquels il a adressé les exemplaires « du syllabaire simplifié du citoyen Noël, avec
c waren «. J'ometa ces mots, car éfidammeat, M. Seliinidi a
attribué 'ici, j)ar erreur, aui écoles c<? qui est Hit des nouvelles adminiiit.raùoQft muaictpales ^ui Qd soat « p&« encore complètes ». {Le trad.)
« l'invitation d'en udu|jtt r Tusage. Dans les cantons, « les institutions primaire» suai presque nulles : elles « ne sont ni considérées, ni pajéeâ, de >;orte que « rinstruotion de ia campagne a des institateura ff particolîera, qoi, en apparenee, se eonforment aux « lois de la Républiquei mais qui cèdent à tous les t préjugés des parents. Il est quelques-uns de ces « cantons qui offrent un exemple d'émulation qu'il « serait à souhaiter que l'on imitât dans tous. Les « élèves assistent aux réunions, leur progrès y sont • examinés publiquement, et ils récitent de mémoire « des traits d'héroïsme, de vertu ». Le commissaire signalait, pour finir, un nouvel abus : « Plusieurs « individus retirent dans les chambres mal airées des « enfants des deux sexes, auxquels Ils inculquent de « mauvais principes de lecture, d'écriture, d'ortho- « graphe. Lorsqu'on veut rappeler ces individus à « Texécution des lois concernant l'instruction publique, u. ils répondent que ces lois ne leur sont pas applicables, ft attendu quMls ne sont pas les instituteurs, mais « seulement les gardiens des enfants qu*on leur confie. « L'autorité doit-elle s*étendre jusqu'à fermer cette « source d'ignorance et de mauvaise éducation ? ' »
Le rapport de Février 1800 n'est pas j)lus encourageant. Le rapporteur accorde cependant quelques éloges aux instituteurs « autorisés » . m Point de fansr « tisme, point d'intolérance, rattachement à ses devoirs
1 Le texte des Tableaux porte : imitation. Je corrige : ému
talion. {Le trad.)
* III, 481 ei auiv.
2S4 PABIB PBflfeAMT lA kAyOLUTION.
« ohaoQn dans sa classe, le respect pour la loi et « ses organes, l'enseignement des vertus privées, des « leçons qui inspirent l'amour des bonnes et belles « actions et mémo la reconnaissance pour ceux qui en « sont les auteurs, quelques lieux qu*ils habitent, « quelque secte qu'ils professent, tels sont les prluelpes c sans cesse rappelés aux Instituteurs, et qui dirigent « la conduite de beaucoup d*entre eux. On ne remarque « chez aucuns le dessein d'eiiicvcr a la patrie le cœur « de ses enfants, ni des menées ténébreuses et
coupables pour j parvenir. Dans les cantons, les c écoles primaires sont peu suivies ; dans plusieurs, « les instituteurs renoncent à leurs fonctions, faute c d^élèves et de moyens de subsistance » . Voici la conclusion : « On sent avec douleur tout ce qui manque « encore à Tinstruction publique. Le g^ouvernement, « qui s'occupe, en ce moment, des premières lois « organiques de l'Acte constitutionnel, ne peut encore M s'occuper de l'instruction publique, malgré tout « rintérét qu'elle lui inspire. Les premières paroles « qu*il prononcera sur cet objet, seront écoutées et « recueillies avec Tattention la plus sérieuse et la plus « réfléchie * ».
Le ministre do rintérieur, Lucit ri P.onaparte, qui, par des menées occultes et des agit^aiioiis ostensibles, avait de longue main préparé les voies à Tavénement au pouvoir de son frère, Napoléon, et avait réalisé ce rêve ambitieux par son audace au 18 Brumaire (18
Diqitized bv GooQÎe
PABn PBiDtâKT LA BivoumoiT. 2S5
firnmaire an VIII-9 Novembre 1799), se préoccupe avant tout d'cmpôcher une restauration de la Légitimité. U considérait rinstructioD publique comme ua moyen préventif partioulièremeat propre à atteindre ee but. Ân88i, le 26 Janvier 1800, ezhorialtpil les administrations eentralast partiealièrement eelles dn département de la Seine, k « prendre les pins promptes « mesures, pour arrêter » les menées dos prêtres, les ]trojets contre -révolutionnairef? du parti royaliste clérical ; on doit a chercher, écrit-il, à atteindre ce « bot, en multipliant les moyens d'instruction, ceux m snrtont les pins à la portée de la olasse la moins « éclairée » ; c*est ainsi qn*on assurera c le rospeet dû « aux institutions républicaines * ». La politique était toujours, on le voit, le principe dirigeant de renseignement. Il s'agissait, cette fois, en dépit des phrases républicaines, de préparer le règne de Bonaparte.
Le gouvernement en vint bientôt à caresser la pensée d'une restauration des établissements dlnstmotioo publique de rancien régime et & condamner comme autant de duperies et de rêveries les principes posés par la Révolution en matière d'enseignement. Gbaptal, successeur de Lucien Bonaparte au Ministère de rintérieur, et qui, comme ce dernier, visait à mulù plier les moyens d'instruction au profit du Bonapartisme monarchique, écrivait, le 15 Mars 1801, aux préfets : « Une école centrale par département ne suffit pas à « rinstruction publique. Depuis dix ans, on réclame de
nr
226 PABIS PENDANT LA EBVOLUTiOM.
« toutes parts le rétablissement de ces collèges « florissants, où vne Jeunesse nombreuse trouvait une
« instruetion facile et safiSsante ». Et il ajoute : il oe faut « plus rien donner à la théorie trompeuse des « illusions n ; il faut u assurer à la jeunesse française o une instruction convenable ». Il finit eu a'enquéraot du nombre des établissements d'instruction publique dans chaque arrondissement avant la fiérolntion
Nous ne connaissons pas les réponses des préfets mais nous possédons les rapports des commissaires extraordinaires qui, au cours de l'année 1801, firent parvenir des renseignements circonstanciés sur la situation des diverses parties du territoire. Ces rapports sont vraiment effirayants, en ce qui concerne Tinstraction publique : en général, les lois sur la matière sont restées « à peu de chose près lettre morte » ; renseignement est en soufiVance dans toute la République ; on n*a, pour ainsi dire, rien fait pour rinstruetion nationale depuis la fin de la Convention. Il est vrai qae les écoles centrales ont pris quelques forces dans les dernières années, mais les chaires de grammaire, d'histoire, de littérature et de législation sont le plus souvent désertes, et, dans plusieurs de ces écoles, il n*7 a d*élèves que pour les cours de dessin. Mais c'est
S M. Buisson a publié dans le Dictionnairt de pédagitgie, l** partie, pp. 41, 42, un rapport du préfet «le l'Aisne de TanX, qui doit être l'une de cm réponses. Cf. : l'abbé Allain, Linstruction primaire en France nvnnt (n Révolution^ Paris, 1881, pp, 6^ 61 ; l'abbé Allain, L'œuvre scoiait-e de la Révolution, Pans, Didot; rabbé Atlain, l'en^uéie icMre de Vm IX, due Itom ém ffiMtfMm Miloripieit 1« OeU 1800» p. 4W e4 euif . (Le fnti.)
PAXB pmDAirr la BÉroLcnoir. 227
surtont dans les écoles primaires que la situation est lameiitable ; une portion seulement des écoles élémentaires exigées par la loi du 3 Bmmaire an IV a été or^^anisée, et, « bien qoe leur nombre ne «oit pas en ¥ rapport avec le cbllfre de la population, ces écoles n flont encore moins snivies qne les éooles centrales ». Non seulement de petites communes, mais même des villes et beaucoup de cantons, ne possèdent pas une seule école primaire. Partout les maires et leurs adijoints sont extrêmement ignorants, les agents municipaux sont inintelligents et incapables ; à la campagne, la plupart d'entre eux ne sayent ni lire, ai écrire ; les juges de paix n^oat aucntie idée des lois. Dans beaucoup (\e dopartements, il n*y a pas le dixième de la population qui sache lire : notez que cette proportion n>st pas par trop mauvaise, eu égard aux circonstances. Ou nous assure, que, dans d'autres départements, les populations sont ignorantes à un degré qui est atteint par peu de contrées en Ëurope. Partout, si nous en jugeons par ces rapports, rinstruction est tombée bien plus bas qu'avant la Révolution. Dans beaucoup de lieux, les anciens curés, les vicaires et les relifrieuses ont repris en main l'instruction élémentaire dus ^' li rons et des filles comme avant la Révolution ; les rapporteurs recommandent expressément, au moins pour la campagne, la restauration, vaille que Taille, de ce système d'instruction par le clergé : c*est disent41s, « un mal inévitable ' d ; en effet, tel est le
1 J'ajoute ce pa!>!;a^'e. extrait de Rooqosia, Létat de la France au la brumaire, p. 153. (Le trad.)
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« faible da cosiir humain » qae défendre aux maîtres d*école de parler de la religion, « c'est le foire désirer
« daTantage par les pères et mères ».
Bans le déjiartoment de la Seine, placé sous l'action immédiate du pouvoir, les écoles primaires exigées par la loi avaient été ouvertes : il y en avait, en 1801^ 66 dans toat le département (Zi à Paris). Chacnne de ces écoles ne comptait qu'environ 40 élèves, terme mojen ; alors que le ehiithe de k popnhktion parisienne snpposerait une mojrenne de plas de 400 élèves. Quant à la qualité de renseignement, dans la capitale ellc-môme, les écoles laissaient à désirer : renseignement était incomparablement plus défectoeax encore dans le reste de la France. On ne saurait s*en étonner : car les maîtres se tronvaient, ainsi qa*il résulte des rapports des enquêteurs, dnns une position extrêmement pénible et souvent désespérée. Les logements que la loi leur attribuait, ne leur avaient pas encore été délivrés : la rétribution scolaire fixée par la loi ne leur était pas payée par les parents ; les instituteurs adressaient-ils des représentations aux parents, cet incident amenait le retrait des enfants ; les livres élémentaires recommandés ofXlcieUement ne pouvaient être acquis, faute d'argent ; sans doute un traitement fixe avait été souvent promis aux instituteurs, mais on on ct;iit resté à la promesse. Du. roste, nous assurent les rapporteurs, les instituteurs sont, pour la plupart, des incapables, car on manque tout à fait de sujets capables et les choix sont dictés par les considérations politiques plutôt que fondés sur le
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savoir des candidats. Beaucoup d'institntrnrs uo sont pas seulement ignorants et incapables, mais encore imgnes et débanehés. « Les sentimeiits d'irréligion « qu'ils 86 plaisent à afficher, sont un autre motif qni € détoame nombre do familles d*enTojer leurs eafbnts « aux écoles ». En somme, la loi du 8 Brumaire an rv (Oct. 1795) n'était pas plus exécutée, en 1801, «qu'elle « ne l'avait été au début» ; « l'organisation des écoles « primaires était presque partout ou nulle ou dérisoire « et Ton se trouvait en présence d'une immense « population d'enfants, tant dans les villes que dans c les campagnes, eondamnés à toutes les hontes et tf à tous les maux d'une complète ignorance * »•
Jusqu'alors le Consulat n'ayait rien fait de plus que de consommer la réorganisation militaire déjà toute préparée de l'École polytechnique et du Prytanée français. C'est seulement on 1802 qu'une loi sur rinstruction publique (1" Mai) organisa l'enseignement secondaire et substitua les lycées aux écoles centrales ; le décret du 23 Janvier 1803 modifia le régime de rinstitut qui fut divisé en quatre classes et en sections ; la loi du 13 Mars 1804 érigea les Écoles de droit Le
* Rocquaîn, L'état cîr la France au 18 Brumaii'e, zxm-xxwUt 28, 153. 192 et suit. ; 243-847, 308, 321, 344 et suiv., 348.
> Une Ecole de droit surgit à Paris, avant que Napoléon j mit la main. En effet, une Université de Jurisprudence (qit*anùi pr^N^dée une Académie de législation) ^ Ait créée « à Paris, en l'aa XI et pent-étre aviai Fan XI. Son aiège était ne de Yendêoie (aidoui^liai nw Béraager), hôtel de la ci* devant Intendanoe. Bile avait pour profeMenn : Geoflh>i, Moranr!. A^restî, Bexon, Peuchet, Pigeaa. Un pensionnat, ooDstittté avec un capital de 600,000 divi«é en actions de
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rétablissement et la transfonna^on de l'Université fnt rœnm de TEmpire (lois dn 10 Msi 1806 et déeret dn 17 Mars 1806 ; cette dernière loi ordonnait, en
même temps le rétablissement d'une École normale à Paris).
L'Empire resta fidèle aux errements révolutionnaires : ce gouvernement, en eifet, se préoccupa, avant tout, de faire servir l'instruction publique à ses intérêts partlcoliers. Si le régime de rinstruetion publique s'approcha de Tidéal politique de Napoléon, Il resta bien loin de Tidéal pédagogique.* La tâche qu'assuma en première ligne renseignemeiii public fut moins l'enseignement même que ruioculation des principes impériaux. Donner aux esprits une direction politique uniforme, tel fut le principe dominant de
1,000 fr., était annexé à V Univet'sité. Celle-ci commença la publication d'un recueil intitulé : Annales de législation et dejurispru^ éme9 piMiie* par tVmverdtit an Xl-an XII, 4 vol. Cette fondation libre, si iotéreeaante, êtait<^ viable, et Napoléon, Im jour où il créa les Écoles de droit, ftit-it le destmeteiir d*im établissement déjà prospère ? C'est une question qm^ je pose et qui. vraiment, mériterait d'être élucidée. L article consacre aux eieveg de V Université de jurisprudence dans la loi des 12-23 Mars 1804 (art. 21) permet, ce semble, de conjecturer que cet institut libre était fort Important. VUmverHîé dejvri^^mdenee se donnait ansai ce sous-titre :i^co/e théorique «i pratique dt Uyislatim tt détoçtience. Les renseignements que je viens de résumer me sont fournis par la couverture d'un exemplaire broché t. î" <1es Annales. Voyez à l'appendice : Documfnts parisiens rrlafifs à tenseignement du dtvil pendant la période révolutionnaire et Jvgement porté par un Allemand (le comte J. de Schlabrendor/), en IdM, tw rmuvre de la Révolution et sur celle de Napoléon m fait d^imtruis^ puàHgue. (Le trad,)
Digitizcc
PAXI8 FmAAMT Là, EiVOLUTION. 231
VÈùoU. Ge principe trooTa son expression matérielle
dans un arrêté des Consuls du 27 Octobre 1802 : anx termes de cet arrêté, tout le petit peuple des écoles dut revêtir un uniforme militaire impérial ; cet uniforme fut modifié dans la suite soiyant le bon plaisir do dictateur.
n était originairement en drap bien foncé. Un décret impérial da 2 Juillet 1808 décida que les élèves des
lycées, des collèges, institutions, pensions et, en général, de tous les établissements qui dépendent de TTIniversité impériale, ne poi'teraient plus désormais de vêtements en drap bleu foncé. « Cette couleur sera c remplacée par d'autres dans la composition desquelles « il n'entre point de drogues teintnriales provenant des « colonies ». Conformément à ce décret, Cretel, ministre de rintérienr, snr le rapport du directeur général de l'Instruction publique, arrêta, entre autres cboses : !• que 1 uniforme des élèves des Ijcées se composerait d'un habit de drap gris de fer, veste et culotte pareilles, collet, revers et parements couleurs ponceau; 2* que Tuniforme des élèves des écoles secondaires communales serait aussi de drap gris de fer, etc. Le ministre de rintérienr igoute quelques prescriptions soigneuses sur la « coupe n. Poureroy, directeur général de riiistiiiction publique, ne manque pas, de son côté, de recommander à tous les préfets de mettre tous leurs soins « à ce que le renouvellement des « trousseaux des élèves nationaux et pensionnaires se « fasse conformément à ce qui est prescrit pour le c ehoix des couleurs qui doivent remplaoer Tunifome
(c actael ». A chaque eiroolaire étaient joints des échantillons de drap *.
Les éeoUers fàrent siUen dressés qne, sor beauconp de points et notamment dans les Ijrcées, la première Restaaration suscita en faTenr de TESmpire dans la population scolaire des tumultes et des démonstrations inquiétantes. Aussi le gouvernemeal des Geiit Jours peas^t-il consolider à nouveau r£mptre en établissant un contrôle rigoureux du personnel de renseignement. Tous les préfets furent invités à fournir « des rensei- « gnements positifs sur Tétat, les talents, In conduite ot « la moralité de la généralité des recteurs, inspecteurs, « proviseurs, professeurs, principaux, instituteurs et « eiiiia sur toutes les personnes dépendantes de I Laitt versité et des Facultés, et attachées de quelque « manière que ce soit à Tlnstruction publique ». La dynastie Bourbonienne n*en fat pis moins rétablie. Ce gooyemement, comme le précédent et comme les suivants, sacrifia à la déplorable manie de faire de rÉcole Tescabeau du pouvoir.
Organiser ainsi l'enseignement à ini point de vue politique n'a Jamais été une garantie de durée pour le parti au pouvoir : en revanche, un pareil système sera toi^ours en opposition avec le but idéal de l'enseigne* ment qu'il empoisonne et corrompt. L*Ëcole ne doit avoir qu'un but : la formation intellectuelle. Elle ne doit pas tendre à une discipline politique ou religieuse. Et ceci nous explique pourquoi la Franco, en dépit même des améliorations réelles apportées aux écoles
pfimiires ions la aïonarohie de Juillet* ett toijottn tbMb en arrière aa point de vue de la eoltnre popn» laire : réduoation, la France 8*en est toigonra ocenpée
non pas tant pour Tédacation elle-même qu*aa point de vue des intérêts de parti ou des préjugés nationaux.
De ees faits découle an enielgnement applieable à toQs les penples et d*nne grande portée : la enltnre intelleetaelle doit être à eltoHnéme son propre bot* L*Èeo1e ne doit pas servir un parti ; elle doit, an
contraire, admettre, chez les maîtres comme chez les •élèves, toutes les tendances politiques et religieuses. Il n*j a donc que des écoles cf enseignement simultané (SnnuUansehtilen) au point de vue politique et religieux, qni puissent remplir la vraie mission pédagogique. Placer TÊcole absolument en dehors de la sphdre politique ou de la sphère religieuse, c*est là une Impossibilité évidente pour tous les bons esprits. Mais,
de même qu'un enseignement spécifiquement politiqne, si pareil enseignement était usité dans les écoles populaires, ce qui heureusement n'est pas le cas, ne pourrait être donné ni suivant un groupement des écoliers par partis politiques, ni en commun à un point de vue politique étroit et déterminé, de même aussi renseignement religieux dans ces écoles ne peut être réparti par groupes confessionnels et ne peut pas davantajsre être donné en commun à un point de vue confessionnel déterminé. 11 faut qu'il soit tel que les écoliers de toutes les confessions y puissent prendre part, tel que les principes communs à toutes les reli-
gions et à toutes les confessions, ainsi que les partioalaritét de ohâeiiDe d^ellea, 7 soient exposés avec le même oalme et la même impartialité. L*expre88ion fréquemment employée à^ieok non emfeuimmêlk (Confmùmloêê) n'est pas henrense. Ba effist, Men qu^elle soit ezaete en .soi, elle n'a cessé de donner lieu à malentendu» comme le prouvant d( s faits sau8 nombre; sous ce mot écoles non confessionnelki on n'a voulu voir rien de mieux, ni rien autre chose que les lamentables écoles françaises sans religion dn Direetotre ; cependant, dans les éeol/n éTenaigiÊemmt timulUmé, telles qn*on les propage aujourd'hui, il ne saurait être question ni de bannir la religion en général, ni de dissimuler ou d'opprimer les différences confessionnelles. Mais une expression qui peut facilement être mal comprise, devient propre à entraver le mouvement souhaité, plutôt qu'à le développer ; il en sera ainsi, du moins» jusqu'à ce que l'usage général ait définitivement établi le sens oonventionnel du mot et écarté tûute amphi* bologie
< Ces considérations sont tout à fait allemandes. Le laetocr doit, pour les bien entendre, placer en Allemagne «t ne reporter aux discassions relauves à la qnestion scolaire II Irouvera des pensées très profondes et très eitsvees ea faveur de la liberté entièrs et ila la diversité ds renieigiiMnent dans a. da Hnmboldv GetammeUa WêriU, i. BêHin, 1841^ pp. 335 et raiv. (te triid.)
FIN DU TOME IV ET DB&Ni£R
APPJS INDICE
nOTB DU TEADVCTBOR 81» L*ÂTAT ra L^DfSntUCTEOM PBIMAIRB BN FBâMCB