A ROME, LE JOUR DE NOËL
Tout l'Évangile n'est que l'histoire do la bonne volonté de Dieu. La page que l'on chante à la messe de
l'aurore peut être appelée l'Évangile des hommes de bonne volonté^ ceux à qui les milices célestes ont annoncé la paix. Ils sont là,. représentés par les bergers accourant pourvoir ce qu'ils ont déjà cru sur la parole de TAnge. Les Pères disent à ce sujet de pro-fondes et sublimes choses, qui réfutent de haut, de*puis des siècles, la vile multitude des objections vulgaires. L'impiété n'est pas seulement canatlle^ suivant l'observation de Joseph de Maistre, merveilleusement confirmée en ce moment par quantité d'opérations administratives et politiques, elle est encore très-ignorantfe, et il le faut. Sans une énorme somme d'ignorance, jamais on n'eût pu mettre la gre* dinerie au point de gloire qu'elle occupe présentement en ce pauvre monde; lequel a particulièrement perdu la science de la bonne volonté. Il ne pratique pas la bonne volonté, il ne l'a pas, il ne la discerne pas, et même il n'y croit pas.
Les bergers, remarquent les Pères, étaient hom** mes de bonne volonté, c'est-à-dire justes, car la justice fait partie de la bonne volonté. Ils étaient jueteiS;. car ils accomplissaient fidèlement leur char^, qui était d(3 veiller pour garder leurs troupeaux durant la nuit. La justice veut que le berger veille afin de défendre son troupeau. Or, dit saint Grégoire, il est de la justice de Dieu que ceux qui veillent avec sollicitude sur les troupeaux qui leur sont confiés soient admis de préférence à contempler les mystères les plus sublimes ;^ et tandis qu'ils veillent religieusement, la grâce divine répand sur eux des fl.ots de lumière. Voilà ce que les princes ne sauvent plus du
tout, et ceux qui renversent les princes pour se mettre à leur place, l'ignorent encore davantage s'il est possible. Croyez-vous que Napoléon III veillât religieusement sur son troupeau, et que ce soit le grand souci du roi de Prusse, à l'égard des troupeaux que les bergers de Bavière, de Wurtemberg et de Bade lui ont confiés, et à l'égard du sien même? C'est pourquoi les princes ne sont pas inondés des flots de la lumière divine ni admis à contempler les mystères de Dieu. C'est pourquoi aussi l'on voit en Europe, depuis plus d'un siècle, les renversements succéder aux renversements , et toute forme de couronne et de sceptre tomber vilainement, et toute figure de roi n'être jamais loin d'une figure de traître ou d'une figure de sot. Je mets parmi les rois, comme il convient, les présidents, les dictateurs, les consuls, les duodécemvirs, qui se confient des troupeaux d'hommes sans avoir le moindre moyen ni la moindre bonne volonté de veiller religieusement à leur salut. Et comme ils ne sont pas justes, je ne trouve nullement injuste que leur usurpation pastorale ne leur procure pas la paix et ne leur assure pas la laine et la chair du troupeau. Sans doute, ils tondront le troupeau et ils le mangeront, mais la laine ne les vêtira point et la chair ne les nourrira point. De bon cœur j'adhère àl'aventure, encore que j'en doive souffrir. Deux points me consolent : premièrement, j'ai fourni ma part dans les fautes publiques pour lesquelles je subisma part d'expiation; secondement, je conserve à l'abri de toute atteinte la part de paix due à ma part de bonne volonté.
Par la grâce de Dieu, il reste dans le monde, pour le salut du monde, un pasteur et un roi de bonne volonté ; un pasteur et un roi qui veille religieusement. Il est ici. La grâce divine se répand sur lui en flots de lumière, et il ne perd point la paix.; J'ai mis ma paix dans ses mains, et elle est en sûreté comme la sienne. Même livré à l'inicpiité victorieuse, il demeure en paix; même vaincu, il n'est point renversé, sa couronne ne tombe pas. Si quelque sacrilège ose y toucher, la conscience humaine proteste, car le genre humain lui-même se sent découronné, et Dieu dans le ciel s'émeut. Cet outrage n'est pas de ceux qu'il veut soujffrir longtemps. La couronne sainte remonte d'elle-même au front sacré. L'attouchement sacrilège n'y a mis qu'un diamant de plus.
J'ai vu les grandes reliques, l'écriteau, les clous, les épines. Jésus-Christ a voulu naître et mourir sujet de César. Il a soufifert cette servitude pour nous apprendre à rendre à César ce qui est dû à César, mais aussi pour nous affranchir et nous apprendre à aimer et à confesser la liberté. La liberté, c'est que César ne prenne pas ce qui est à Dieu. Car alors la charte est violée, l'ordre est détruit et l'antique esclavage, à peine déguisé sous un nom nouveau, vient punir et César lui-même et ce peuple apostat qui consent de rendre à César ce qui n'est dû qu'à Dieu. La vengeance divine multiplie les incarnations de César. Par d'infâmes chemins accourent des pieds sales qui montent sur le trône. Ils courbent ces têtes ingrates, ils y entassent les boues, les scandales et
de Paris des échos prussiens de la victoire italienne qui le gênent et qui opèrent une perturbation dans ses abonnements et dans ses pensées. Je n'y puis songer sans sourire, mais ce n'est pas ce qui me console. Oui vraiment, le spectacle est amer. Ce faquin empanaché, qui fume, qui se carre, qui se croit le roi du monde, et qui ne s'abuse qu'un peu, c'est une déplaisante figure de César ! Le drôle se promène vainqueur sur le droit, sur la justice, sur l'amour, sur la majesté, sur la science, sur l'art, sur la paix, sur la raison, sur tout ce qu'il y a de beau, d'auguste et de doux parmi les hommes. Il est le triomphe arrogant du mensonge, de la trahison, de l'escroquerie en tous genres.
11 a escroqué la force, et la force lui a permis d^escroquer la victoire. Il a escroqué jusqu^à ses panaches et jusqu'à ses moustaches. Il est bête, et le voilà vainqueur. Et ce filou conquérant nous montre cependant du sang à ses bottes brutales, comme s'il avait eu l'honneur de les traîner sur le champ de bataille. Et à sa suite rampe une vieille conserve d'avocat qui se dit ambassadeur de France, et qui le flatte de ce sang, qui est le sang de nos âmes ! justice vengeresse, l'épée, l'épée, rends-nous Tépée ! Avec l'épée nous déblaierons le chemin, et ensuite nous enverrons une escouade armée de fouets qui mettradehors le César d'Italie.
11 y a quelques mois, le 6 mai de cette année, fête de l'Ascension, j'étais là sur cette place du Latrau. Dans la joie du soleil romain, dans la joie de la paix universelle. Pie IX, entouré du Concile, du haut de
la loggia, épandait la bénédiction apostolique sur la ville et sur Tunivers. Il avait en face de lui Sainte- Croix, le reliquaire de la ÎPassion du Christ, et toute rhisf oire du monde ; à ses côtés tous les pasteurs de l'Eglise ; à ses pieds des représentants de toute l'humanité. Cependant, la cérémonie faite, quand un peuple immense poussait des cris d'allégresse, soudain il changea de couleur et fondit en larmes. Avaitil vu tomber la dernière goutte dans la coupe des vengeances qu'attire le refus du don de Dieu? Avaitil vu paraître, sur la crête des montagnes sacrées, l'une et la plus ignoble des tètes de la bête de sang qui va parcourir la terre ?
Je n'ai fait que traverser la basilique. Sur les marches j'avais vu l'ennemi. A l'intérieur, rien qui sente la ville conquise. S'il se trouve ici un Piémontais, il a déposé ses panaches, il est à genoux, il demande pardon de ses armes sacrilèges, il prie Dieu de n'en point imputer le crime à son âme, mais à ceux qui l'ont contraint, et il accepte d'avance le châtiment qui atteindra leur drapeau. Sous ce drapeau levé contre son Dieu et contre son père, il n'est plus soldat, il est esclave.
Les patrons du Latran sont saint Jean le précurseur et saint Jean l'évangéliste. « Il y eut un homme envoyé de Dieu, qui s'appelait Jean, » et cet homme, montrant Jésus^ a dit : Voici l'Agneau de Dieu, Il y eut un homme choisi de Dieu, qui s'appelait Jean, et cet homme a écrit : a Au commencement était le « Yerbe, et le Verbe était en Dieu, et le Yerbe était ccDieu... Il était la vraie lumière qui éclaire tout
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«homme Tenant en ce monde... II a donné à lous^ « ceux qui l'ont reçu le pouvoir d'être faits enfants «c de Dieu... Et le Verbe s* est fmt chair ^ et il a habité «parmi nous. » C'est l'évangfle du jour. Tout à l'heure on va le chanter dans cette église des deux Jean, à cet autel que coifferaient les chefe des apôtres Pierre et Paul, en présence de la table où l'Agneau de Dieu, Verbe fait chair, distribua sa chair et donna aux hommes de pouvoir être faits enfants de Dieu.
La race de Tlscariote, qui ne veut d'autre roi et d'autre Dieu que César, travaille à nous voler ces témoignages, à nous arracher ces vérités, à nous déshériter de cet empire. Elle croit qu'elle réussira parce que Dieu a permis que le genre humain devînt assez misérable pour voir dominer les Cavour, les Renan, les Bismark, les Napoléon, les Mottu! Ce qui étonne dans l'étude de l'humanité, ce n'est pas le crime, c'est l'ineptie. Qu'il y ait des Pères de TEglise et des cacographes, et que les uns et les autres soient des hommes ; qu'après dix-huit siècles de lutte les Pères de l'Eglise semblent vaincus par les cacographes, et, chose non moins extraordinaire, qu'ils ne le soient pas, voilà un enchaînement de prodiges et un réseau de contradictions qui déroutent la pauvre raison humaine. 11 faut. que le miracle vienne à son secours et l'empêche de se dissoudre totalement. Des fidèles de César et des fidèles du Christ, — et les uns et les autres sont des hommes !
Poiu* descendre au Colysée, j'ai pris par les hau-
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teurs désertes du Celius, dont je voulais au moins en passant saluer les églises. Dans cette voie de campagne, on a mieux la saveur des jours renaissants, on aperçoit mieux que l'hiver va reculer. Prudence BOUS a laissé un hymne de JVoël où il a bien décrit cette première -annonce du renouveau : « Déjà m. « tronc aride de Ty^use commencent à suer les lar- « mes odorantes de Tamôme ; déjà des bruyères s'ex- « baient les premiers parfums. C'est toi, Enfant dicc vin, que saluent les éléments arides et aveugles ; « pour toi le roc fléchit, et l'herbe tendre a dompté « l'âpre flanc de la pierre. »
Je suis entré à Saint-Etienne-le-Rond, dédié au premier martyr. J'ai jeté un coup d'œil sur ses effrayantes peintures. Dans l'immense variété de ses tableaux, le peintre n^a pu épuiser ce que l'art des bourreaux, prêtres de César, a inventé contre les fidèles du Christ. L'Eglise ne craint pas de montrer ce que Césaurpeut faire ; tout ce que César peut faire montre comment César est vaincu. Aujourd'hui le martyrologe romain fait mémoire des martyrs de Nicomédie. Ils étaient -au nombre de plusieurs milliers dans leur église, au mépris d'un édit impérial, afin de célébrer une dernière fois la fête de Noël. Dioclétien donna l'ordre de fermer l'église et de la brûler avec ceux qui s'y trouvaient, n'exceptant que ceux qui voudraient ofirir l'eucens sur l'autel de Jupiter, dressé à la ponte. L'un d'eux répondit : « Nous honorons le Christ comme le seul Dieu et le seul roi. » Axictm ne sortit, tous moururent; mais le Christ était
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avec eux, aucun ne périt, et Dioclétien ne vit point mourir le Christ.
A Saint-Jean-et-Paul , autre église de martyrs, bâtie sur le Vivarium où Ton nourrissait les bêtes du cirque^ j*ai vénéré le corps de saint Paul de la Croix, qui vécut tout le temps de Voltaire, faisant des miracles comme aux premiers siècles de TEglise. 11 multipliait les pains, guérissait les malades, ressuscitait les morts, et ses messagers franchissaient les torrents débordés. Il se mettait à genoux devant les pauvres à qui il faisait l'aumône et leur demandait de le bénir. La corruption n'a point atteint son corps embaumé par la pénitence- Il est là, Ton voit à découvert son visage rayonnant de sérénité. Il a fondé î'ordre florissant des Passionnistes, qui continue sa vie apostolique. Ils lui bâtissent dans leur église une chapelle, ou plutôt une autre église où sont prodigués l'or et les marbres précieux. Ainsi sa gloire marche du même pas que celle de son contemporain Voltaire. Seulement ses disciples sont autres. II en a pris beaucoup à Voltaire, et ils deviennent autres. Ils portent les insignes de la Passion sur leur robe de bure, ils marchent pieds nus et ils sont éloquents. Le monument qu'ils lui élèvent coûtera plusieurs millions, quoique non préconisé par les journaux. On y travaille comme si l'ordre le plus parfait régnait dans le monde.
Sans m'arrêter ni au Colysée, ni aux églises du Forum, ni au palais des Césars, propriété de Napoléon III, ni au Capitole, près duquel demeure l'am-
bassade de Prusse, sur la roche Tarpéienne , ni au bas où l'ambassade d'Autriche est située et reçoit la direction de M. de Beust, j'ai traversé le pont Saint- Ange, gardé par les subalpins. Je vois cela, et je prie Dieu de regarder. Regardez, Seigneur, regardez bien ! Et entendez la prière de David qui retentissait hier aux matines de JNoël : « Souvenez-vous de l'op- « probre de vos serviteurs, de cet opprobre dont je a porte r amertume en mon sein ; voyez les insultes (( de la gentilité. Oui, Seigneur, vos propres enne- « mis vous reprochent vos retards ! »
Je ne me suis pas arrêté à la rédaction de la Civiltà cattolica^ place Scossa Cavalli. La Civiltà cattolica est-elle encore là, paraît-elle encore^ ses rédacteurs ne sônt-ils pas dispersés? A Paris, nous n'en savons rien; la capitale de la civilisation a dit tant de choses à la civilisation, que la civilisation l'a mise au secret. A Rome, je n'ose le demander, de peur d'apprendre ce que je redoute. Probablement l'Italie n'a plus de place pour cette feuille, où quelques hommes savants et bons disaient doucement, mais inébranlablement, toute vérité. Jl serait contre l'ordre actuel que les subalpins les eussent laissés libres. Un peuple qui dresse des statues à Galilée, doit nécessairement proscrire les mathématiciens et les astronomes qui décrivent le mouvement, la route et le but de l'erreur.
J'entre à Saint-Pierre. Tout disparaît. Qu'importe ce qu'il y a dehors et ce qui se passe dehors ? Ce qui se passe dehors aura tout à l'heure passé ; ce qu'il y a dehors n^est pas.
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Je me prosterne sur la dalle de porphyre rouge apportée du Latran, où Charlemagne se mit à genoux. Quand nous verrons un empereur à genoux sur cette dalle, il y aura un empereur. Jusque-là il y aura des accidents voulus et mérités par la folie humaine, la plupart durs, mais néanmoins qui rentreront dans les desseins de Dieu et qui profiteront aux hommes de bonne volonté.
J'ai retrouvé la température de Saint-Pierre, les autels allumés, la messe aux autek. J'ai vu au loin la Confession : pas une lampe n'est éteinte. Le rayon de soleil touche le point qu'il touchait l'an passé à la même heure. Il sera à ce même point, à la même heure, l'an qui vient ; et dans cent ans le prêtre qui ' traverse ce rayon, se rendant à l'autel , traversera le rayon et se rendra au même autel, où le même sacrifice sera offert.
Dans Saint -Pierre on rencontre toujours quelqu'un^ J'ai rencontré quelqu'un, quelqu'un de la maison. C'était un prêtre. 11 achevait son action de grâces à l'autel de Saint-Léon le Grand, où il avait célébré la messe. Je lui ai demandé ce qu'il y avait de nouveau. 11 m'a répondu : 11 n'y a rien de nouveau, sinon que les rois de la terre se sont levés et se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ. C'est pourquoi les nations ont frémi et les peuples ont médité des choses vaines. Mais : Puer natus est nobis ! Et cet enfant est le seul Dieu et le seul Roi.
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30 décembre.
SUR LES PR01»HÉnES.
Les souffles mystérieux qui parcourent les peuples ^t qui les avertissent à l'approche des grands événements n*ont point manqué parmi les chrétiens. Dès longtemps, ces sortes de prophéties qu'on no peut ni accepter > ni rejeter en entier , nous annonçaient de terribles catastrophes, et nous consolaient par la promesse d'un grand renouvellement.
Soit révélation véritable , soit par un effet naturel de cette espérance que la foi et la longue histoire de la miséricorde divine entretiennent inébranlablement dans l'âme chrétienne, le trait général de ces pressentiments est celui-ci : Quand toutsembleraperdu, alors tout sera sauvé.
Les catastrophes sont venues, elles s'accroissent, et le moment où tout semblera perdu peut n'être pas éloigné. Il n'y a que le renouvellement , c'est-à-dire l'amélioration des âmes par le retour à la foi, qui n'apparaît guère. Encore qu'un regard attentif puisse le voir poindre au fond de plus d'une 'âme, il faut bien avouer qu'aucun signe public n'en est donné. Tout au contraire, rarement on vit l'impiété plus insolente , et la puissance publique ou plus effronté -
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coup de lilet. A présent il te reste l'orgueil de tes pierres, que tu ne peux manger, et l'orgueil de ton fer, qui s'use et qui ploie. Fais ce que tu pourras de tes pierres et de ton fer, et si tu n'en fais rien, c'est fini. Rabats sur tes yeux la dernière guenille qui te sert de manteau, désespère et meurs !
Le Journal des Débats^ qui est un sage, nous disait fièrement l'autre jour, avec un accent de triomphe « Ce n'est plus la théologie qui gouverne le monde. Il y a vraiment de quoi se vanter !
Si la miséricorde de Dieu ne l'emporte pas sur l'insolence de la sottise humaine, Paris finira donc comme dans une ambulance Mottu gouvernée par Cadet : cruellement et abjectement.
peuple des âges catholiques, quand une ville menacée déployait ses bannières, et, suivant pieusement la croix portée par ses prêtres et par ses princes, faisait en procession le tour de ses remparts, alors chacun savait qu'après tout la mort est aussi la délivrance et la vie.
Attila entourait les murs ; une femme craignant Dieu, une humble fille des champs, par sa prière, protégeait la cité, et tandis que la vierge combattait seule, les étoiles combattirent contre Attila. Dumque una virgo prœliaiatur^.stellœ adversus Attilam pugnaverunt.
Poésie évanouie, espérances éteintes, peuple mort, s'il n'y restait une étincelle et un souffle de Dieu.
Samedi dernier, le peuple chrétien rassemblé dans ses églises, à la fin de cette année de ruines, a chanté le Te Deum, grave comme Job , et disant comme lui
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en son cœur : « De la main de Dieu je recevrai les biens, de sa main aussi j*ai reçu les maux. Que le saint nom de Dieu soit béni ! d Il nous reste cela^ Sit nomen Domni bknedictum.
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4 janvier.
LA LIBRE-PENSÉE ET l'eMPIRE.
Premier article.
Dans le même numéro du Journal des Débats , M. David, libre-penseur, ancien du Charivari^ me trouve absurde, et M. de Pressensé, libre-pasteur fameux, si j ensuis bien renseigné, me déclare pernicieux. Ils m'honorent de cette dépense de projectiles afin de prouver, en se contredisant un peu, que Tempire et la papauté sont décidément abolis par la raison moderne, et Dieu tout au moins très -modifié. Le penseur parait croire qu'on a réglé le compte de Dieu , que Dieu est terminé comme le Pape et l'Empereur. Le pasteur est moins rond : Dieu ne serait pas formellement chassé , mais ce n'est plus le Dieu personnel et parlant d'autrefois; il se retire très-loin, et désormais se mêlera moins des affaires humaines. Au degré de perfection où elle est parvenue, l'humanité n'a plus besoin que de tribunes et de journaux ;
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paix, de purification, de sincérité, "de bonne vie et mœurs.
Enfin, il n'est pas jusqu^à Taini Cadet qui n'écrive ces mots sur son noble JËTont, déjà si pur. Cadet, sachant que je l'avais blâmé, m*a fait savoir qu'il ne doutait plus d'être dans la voie du vrai, du beau et du bon. Il avait donc délibéré d'y entrer, sans connaître parfaitement la route. Bref, c'est à qui prendra le programme du saint empire, moins la sainteté; et je pense que le libre-pasteur et le libre-penseur n'en proposeraient point d'autre que de défendre les bons et même les croyants^ mot souligne par M. David. M. David et M. de Pressensé sont certainement croyants, chacun à sa manière* Comme Cadet, ils croient honnêtement à leur incrédulité, et ils veulent que l'espèce humaine en possède le bienfait.
Cependant cette conception de Tempire, où l'empereur reçoit une puissance si utile et en même temps si limitée, M. David la trouve détestable et, qui plus est, ridicule. Détestable, il ne dit pas nettement pourquoi, mais on le devine : c'est parce que l'empereur est soumis à un supérieur ecclésiastique comme tous les chrétiens. Ridicule, c'est à cause de la. formule que M. Veuillot lui a. donnée. Je crois pouvoir soutenir l'attaque sur ces deux points.
Quant à la supériorité ecclésiastique, elle est .le besoin de l'humanité et l'œuvre spéciale de la société chrétienne, laquelle a l'honneur d'être créée de Dieu pour obéir à Dieu, et d'avoir ainsi Dieu même à son sommet. « Jésus-Christ seul Dieu et seul roi, » disaient les martyrs de Nicomédie à l'empereur Dioclé-
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tien. C'est ce qui empêehe l'empereur Dioolétien et l'empereur Satan de posséder la terre. Si l'empereur né relève pa» du Pape, le Pape relève de l'empereur, Tempereur est pontife et Dieu. Dans l'histoire, c'est un fait permanent.
En tout temps^ partout, les sociétés comme les individus ou obéissent à Dieu ou obéissent aux hommes, c'est-à-dire à l'homme, à César. César monarque, César peuple. César populace. César assemblée, comité, bureau. César Héliogabale, César Hohenstaufen. César Cromwell^ César Robespierre, César Marat, César Cadet, il n'y a plus rien de bas où ne puisse rouler l'espèce humaine détachée de Dieu. Muni de la force. César voyou est César tout comme César Octave et César Napoléon. Il a la loi, il a la justice, il faut obéir à ce tyran^ à ce monstre, à ce drôle, ou recevoir aux pieds dû prêtre la vigueur de l'éternelle rébellion qu'impose le Christ. « Ne craignez pas ce qui ne peut tuer que le corps, craignez ce qui tue rame. )) Pierre et Jean, flagellés pour avoir enfreint la loi qui leur défendait d'annoncer la divinité de Jésus supplicié^ se dirent a : Mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes» ! Nul autre moyen d'arracher l'âme du monde à César.
Dans la foule des dieux païens, un seul était obéi, c'était César; et un seul était invoqué, c'était la mort. Toute nation qui se sépare du vrai Dieu, creuse sous ses pas ce vieil abîme et s'y engoufi'rera. Quand César seul donne la vie, on invoque la mort afin d'être délivré de César et de l'horreur de vivre. M. David et M. de Pressensé ne prouveront point le