VILES EXCUSES DU GOUVERNEMENT
Le Gouvernement nous dit qu'il [ne pouvait tenir davantage, que nous étions à la dernière ration de pain et de cheval et qu'il en fournira le compte évident. Il pouvait s'épargner la bassesse de cette formule. Personne ne l'accuse d'impatience à se rendre, ni ne lui conteste une certaine probité de patriotisme, ni n'élève le soupçon contre lequel il' se défend. L'on admet que son livre de cuisine est en règle, et que si tout n'a pas été distribué avec l'ordre le plus parfait et l'équité la plus stricte, du moins tout se trouve exactement dévoré. Ce n'est pas une affaire qu'ilnous soit resté quelques vices de l'ancien régime, etque la vertu républicaine des distributeurs ait retenu les derniers morceaux de bœuf et les bons morceaux de cheval en double part. On sait bien que tout état social comporte ses gentilshommes, et que ceux de la République sont toujours de grand appétit.
Les dilapidations de ces affamés peu scrupuleux
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ont pu abréger de quelques jours le temps de la lutte, sans qu'on en fasse matière à procès. Les cerveaux creux qui crient à la trahison sont peu nombreux, paraissent peu sincères et n'obtiennent nul crédit. Parmi les gens de bon sens, l'on convient que le gouvernement a fait ce qu'il a pu. Il devait avoir, il a eu certainement la bonne volonté de vaincre ou de mourir. Il le proclamait encore la semaine passée, en son style de vieille chanson, et sans doute il croyait à sa vieille chanson. Ce n'est pas de dessein formé qu'il a manqué la victoire et la mort.
Le reproche qu'on lui fait, c'est la fatuité avec laquelle il a cru dès le principe qu'il était en puissance et en capacité de vaincre ou de mourir. L'un et Tautre de ces dons est fort grand , le second plus encore que le premier. Tout homme ne les a pas reçus ; pour les acquérir, il ne suffit pas de chanter les vieilles chansons. Voilà ce que le gouvernement de la défense nationale devrait enfin savoir, et s'il le savait, il saurait la seule chose qui puisse lui faire encore un peu d'honneur : il saurait se taire.
Les membres du gouvernement n'ont jamais été discrets dans l'usage de la proclamation. C'est une pratique de leur secte, dont le résultat ordinaire est d'ôter toute majesté aux malheurs et aux catastrophes où elle a coutume de précipiter le pays. Ils ont des lieux communs qui font rire abominablement la mort et jusqu'à la honte. Lorsque c'est dans le sang que l'on tombe, il est horrible de tomber sifflé. Nous leur conseillons de s'observer et de se rationner sévèrement sur la proclamation. Qu'ils nous fassent cette
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grâce! nous leur pardonnons tout. Us ne sont poiirt scélérats, ils n'ont point su le mal qu'ils faisaient^ ils ne l'ont point voulu faire , et si leur pauvre intelligence l'avait prévu, peut-être que leur pauvre conscience ne s'y fût point risquée. Ils sont les mauvais fruits d'un mauvais arbre ; nous reoeimaissons qu'il n'y a pas de circonstances atténuanlesqui ne doivent leur être accordées, et il n'en est point que nous leur refusions. Mais enfin, pour le coup, la tragédie est telle que nous avons bien le droit de réclamer leur silence. La mort sans phrases, s'il vous plaît ! Fœtes trêve ! Ne vous justifiez pas lorsqu'on vous amnistie, et surtout ne nous complimentez pas.
Car ils nous complimentent! Oui, vraiment, ces messieurs veulent bien proclamer que nous avons été beaux sous leur conduite ! Nous sortons de là avec les félicitations de M. Favre, de M. Ferry, de M. Arago, de M. Picard, de M. Pelletan, et des autres^ car certainement cela sera ratifié par M. Crémieux et par M. Glais-Bizoin. Ce que nous avons perdu, nous ne le savons pas encore ; ils n'osent pas encore le dire^ et le reste de notre vie pourra ne pas nous suffire pour l'apprendre ; mais enfin ces messieurs sont contents de nous !
Qu'on en frappe une médaille «t qu'on en dresse une pyramide ! Nous léguerons ces monuments à nos neveux pour leur tenir lieu de ce qu'emportera l'ennemi.
Ils ne se bornent pas à nous féliciter. Modestes autant qu'éloquents , ils croient qu'il nous faut quelque chose encore, et ils nous offrent une espfc-
rance, celte de leur règne futur et perpétuel 1 Cette consolation était inattendue. Elle dépasse tout, même la fameuse promesse de vaincre ou de mourir, ce La République, disent-ils, profitera de nos longues soufi'rances si noblement supportées. » Ils veulent bien ajouter que « plus que jamais ils ont foi dans les destinées de la patrie. » Là-dessus, si la France n'est pas rassurée et aussi contente d'eux qu'ils daignent se dire contents de nous et qu'ils le sont manifestement d'eux-mêmes, la France est trop difficile. JK En vérité, nous croyons qu'il importe de faire sentir à ces messieurs que leur outrecuidance passe la mesure. Partout les bons citoyens doivent avisera leur donner une sévère leçon, en les excluant absolument des assemblées futures. Il faut les frapper d'u^ amnistie éternelle, inexorable, et qu'aucun d'eux ne reparaisse jamais. Puisqu'ils n'ont pas la décence de s'en aller, qu'on les chasse, et que jamais dans nos délibérations publiques on ne retrouve les noms politiques qui ont mérité d'être cloués sur la capitulation de Paris. Qu'ils restent à cet impérissable
gibet !
Quant à ia suite, ejle ne les regarde pas. Que la forme et surtout l'essence du gouvernement français doive être républicaine, nous le croyons, nous le désirons, et nous sommes convaincus que nul autre régime n'est possible; nous pensons pouvoir le démontrer. Mais cette forme, ils se hâtent beaucoup trop de la décréter, et la République n'est pas plus fondée par leur capitulation de Paris que par l'usurpation qu'ils ont commise le 4 septembre.
La république future sera la république de tout le inonde , et non la leur, qui ne peut être que le triomphe frauduleux de la violence et de l'incapacité.
27 janvier.