LEUR ENTIÈRE IGNOMINIE
Assurément, comme nous le disions hier^ c'est un grand don de savoir vaincre, et un don incomparablement plus grand de savoir mourir ! Ceux qui ont signé pour la France l'acte qu'il leur plaît d'appeler < l'armistice de Paris d peuvent voir combien ce dernier don est précieux et combien leur âme en est tristement dépourvue : faute de savoir mourir , ils ont trouvé le secret d'ajouter à l'impuissance de la mort.
Nous ne leur reproclierons pas d'être vaincus, nous ne leur reprocherons pas d'avoir dû se rendre. Dieu jette où il lui plaît les victoires, et il en connaît le destin. Nous leur reprochons la fraude dont ils entachent eux-mêmes un désastre peut-être inévitable, ce nom d'armistice, et d'armistice ahonorable» , donné à une capitulation qui livre tout, et cette bave d'avocat dont ils déshonorent notre blessure pour masquer l'imprévoyance de leur abandon. Quoi !
nous ouvrons les portes, nous payons la contribution de guerre, nous enclouons au loin le dernier canon qui pourrait encore faire feu, et cela s'appelle un armistice ! et il nous faut subir la risée qu'excitera cette pasquinade, pour que ces messieurs, qui ont si gaillardement pris la conduite de nos affaires, se puissent donner l'air de n'avoir pas capitulé !
Nos forts pris d'assaut, notre rempart envahi, à genoux dans notre sang, sur nos armes brisées, et demandant la vie au vainqueur, nous achèterions ce reste de vie moins cher et nous laisserions la France moins vaincue.
Les malheureux ! Et ils nous offrent cela comme un présent, et ils n'implorent pas leur pardon, et ils ne se frappent point la poitrine ! Au contraire, ils ont le front de nous dire que la France n'est point abattue, qu'elle reste maîtresse d'elle-même, qu'elle a fait son devoir; et tout à l'heure ils lui infligeront cette suprême insulte de lui demander ses suffrages !
Ah! insulteurs du crucifix, renégats de tant de gloire, de tant de fierté, de tant d'honneur, gens qui sonnez l'appel au combat, mais qui ne savez pas mourir ; race de ceux qui allèrent chercher à Versailles le dernier roi de France pour l'égorger, et qui allez aujourd'hui chercher à Versailles le premier empereur d'Allemagne et lui prostituez la France parce que vous avez faim ; maquignons sans cœur et sans repentir, capables de soutenir le jour après cette ignominie énorme, inouïe et immortelle : s'il existe enfin une France qui soit assez vôtre pour supporter encore votre haleine, qu'elle vous ramasse et ramas-
sez-la, et accouplez-vous ! Vous pourrez produire ce que la terre aura vu de plus vil. Mais il y a quelque reste d'mne autre France que vous devrez assassiner.
Non, non, non î nous ne vous laisserons pas tranquillement dans nos conseils et dans nos armées; nous ne laisserons pas en vos mains peureuses et ineptes le vieux drapeau de France, dont vous avez balayé les pieds de l'ennemi, parce que vous alliez avoir faim! Et si ce drapeau trouve encore une armée, ce ne sera plus le drapeau français. Nous en prendrons un autre, sous lequel se lèvera un peuple nouveau, un peuple qui n'aura faim que de justice et soif que dTionneur, et qui ne souffiira pas d'être régi par des macpiignons et par. des faquins; et la cause de ce nouveau peuple vivra parce qu'il saura la nourrir de son sang.
Nous sortirons de ces fanges, nous remonterons à l'air pur du Calvaire, nous irons reconquérir la vie au pied de la croix. Il n'est pas possible que Dieu abandonne le dernier grand peuple catholique tant qu'il y restera quelques âmes qui n^apostasieroBt pas. Sans doute, la France a criminellement péché. EOe lein* a laissé abattre la croix ; Dieu, à son tour^ a permis que ces abatteurs de croix laissassent hoo^ teusement abattre la France. Comme par nos con* seils un roi excommunié a pu entrer dans Rome, voici que, malgré nos armes qui tombent d'ellesmêmes, au bout de quelques mois, un ïoi hérétique vient triompher dans Paris.
Nous boirons ce calice, nous en savourerons la lie horrible. Nous verrons nos histrions s^empresser
pour divertir les vainqueurs, et ceux-ci fraterniâer avec un peuple dégradé qui se réjouira des profits de la paix. Mais pendant cette débauche et cette souillure, nos cœiirs s^attacberont et se retremperont à Tautel, qui est aussi le berceau de la patrie ; et nous retrouverons la force qu'il nous îani et qui nous a quittés.
Adressons sans relâche à Dieu la prière que lui fait aujourd'hui TÉglise, toujours^ présente pour nous suggérer la parole opportune et nous munir de la pensée qui maintient Thonneur et enfante le salut : « Seigneur^ donnezHious la santé de l'âme, afin que a, nous surmontions par votre assistance ce que nous « avons à souffrir pour nos péchés. »
Et nous replanterons la croix et nous réédifierons la patrie, et le pain eucharistique nous mettra à l'abri de l'ignoble faim qui dévore l'honneur et l'avenir des nationsr.
34 janvier.