LA RÉPUBLIQUE DE TOUT LE MOOTE
Encore que je pense n'ignorer rien de son effrayante misère, je crois à la résurrection de la trèsnoble et très-magnanime France. J'y crois, je l'attends avec un ferme espoir par delà ma vie, qui ne
sera pas réjouie de la plénitude de ce miracle. Et encore cjue j'aie vu une première fois la République et que je la revoie après vingt ans dans ses indescriptibles haillons, plus basse, plus impie, plus digne s'il se peut des huées de l'intelligence humaine, je crois néanmoins que la République se nettoiera, et, nettoyée^ s'établira, et j'en fais le vœu.
Je crois à la résurrection de la France, parce que Dieu a a fait les nations guérissables, » particulièrement les nations qui, plus trempées du baptême, ont aussi donné plus de sang à Jésus-Christ. On dit que la France a apostasie; je l'ai dit moi-même dans l'excès de ma douleur, voyant à quel point honteux l'erreur a pu nous conquérir; mais je sais bien que le fond de la France n'a point apostasie et n'a point abdiqué. Par la grâce de Dieu, ou nous conquerrons les conquérants, ou nous les mettrons dehors. Nous savons maintenant quelles destructions devaient opérer chez nous les termites de l'hérésie. Ils nous ont livrés à l'ennemi extérieur. Dans la force épouvantable du mot, jadis ignoré de nous, nous sommes un peuple défait. Mais le secret de l'unité n'est pas perdu, et les ouvriers de l'unité, qui avaient « fait la France comme les abeilles font la ruche, » n'ont pas disparu. Nous nous referons par ce ciment et par ces ouvriers.
Je crois à 1^ République. En dehors de la République il n'y a que des dictatures à peu près également corrompues et infécondes.
Au fond, depuis 89, et l'on pourrait remonter plus haut, à travers tous les genres de fiction, nous ne
sommes pas sortis de la dictature, et la dictature n'a réussi qu'à détruire. Elle n'a cessé d'être un despotisme destructeur que pour devenir une anarchie destructive. Tous les régimes dont nous avons essayé ont été factices, imposés par la force ou appelés par l'erreur. L'esprit révolutionnaire y a dominé ; il s'est toujours agi d'anéantir le grand, l'unique élément de l'ordre et de la liberté, l'esprit chrétien qui est aussi Tesprit national. Ce que nous avons appelé monarchie n'a été que le chemin couvert de la république ; ce que nous avons appelé république n'a été qu'une entreprise plus dictatoriale contre le Christianisme, c'est-à-dire contre la liberté. Que peut-on faire de plus violent contre la liberté d'un peuple que d'entreprendre de lui arracher ses croyances? Tout a été employé pour arriver à ce résultat. On y a mis la main des bourreaux et la main des escrocs ; on a fait des lois de liberté qui ont été des lois de sang, des lois de justice qui ont été des friponneries. Non-seulement la conscience^ mais la nature ont protesté contre ces entreprises, jadis plus perverses, devenues plus stupides par l'affaiblissement graduel des esprits et des âmes : il en est résulté les convulsions au milieu desquelles nous nous sentons périr.
Pour nous relever, il faut autre chose qu'une, dictature quelle qu'elle soit, fùt-elle pure à son origine, et quand même il viendrait un de ces hommes qui apparaissent dans les peuples comme des envoyés extraordinaires de Dieu. Nid homme ne peut rien tout seul. A relever tout un peuple, aucune main humaine ne suffit. Il faut l'effort de ce peuple lui- II. * i 2
mènie; un effort unanime, ordonné, persévérant. 11 faut quelque chose que l'anarchie ne peut produire, que la dictature ne peut imposer. L'anarchie a usé aussi la dictature, elle en a ruiné l'élément. Nous ne trouverons plus de dictateur qui ne devienne vite un faquin. Il y a vingt ans, une illusion là-dessus pouvait être encore possible. L'Empire et la République ne la permettent plus. Rien ne peut saaver le ipays que le pays lui-même, appelé à une aetivité régulière et universelle. Sur certains rivages, la mer setuie peut se donner une digue adsez p«i]i«8anilie ; elle fast cet ouvrage, s'il se trouve urne tête qui étudie hè mour veinent des flots et leur livre les blocs à entasser. Il manque en France une inteUlgenee pkDtât qu'une main, un lien plutôt qu'un pouvoir, une probité piu^ tôt qu'une force. C'est le contraire de la dictature, et ce serait laeonstitution de la RépubUque. Si nous le voulons, nous avons Thomme et le peuple et les qb- -pirations et les «ouvenirs. La Provideoce iious a réserva et préparé tout ce qui est nécessaire À cette rénovation.
Si la monarchie se pourra neeoustiitiKer un jour, i»oit dans la pureté de la conception ehrélienne^ sait dans la corruption chrétienne, «eilt kAmïb la conruption païenne ou elle était tombée, Dieu le sait. Les apparences sont qu'eu bien il y aui!a mieux, qu'en mal il y aura pire. Â momms, la^œfitioai^est emtpe Pierre^ juge et pasteur iimversel das (nakious, ou pour mieux dire des familles ichré tiennes, fA^^ésmr.^ «lattre unique du bétail humain; «ar, parame'^oîe ou par une autre, rien n'empêchera le aioade d'aUer
PARIS PENDANT LE SIÉOE. iTO
à i^unité, et la terre sera un betcail ou seïaun bagne. Mais ceci demeure voilé. Dieu se féserve pour un temps la connaissanee des voies qu'il ouvre au choix de la liberté humaine.
Au milieu des ténèbres, Dieu jette les fondements de toutes choses, cotnme si sa miséricorde vou> lait ôter à la liberté humaine le funeste pouvoir ■de trop contrarier s«s plans. Quelques-uns pouvsâent prévoir qa&a réponse à Torgutîil de ce « siècle dé lomière d si assuré de prendre un élan infini dans le progrès, Dieu donnerait, que l'on pardonne l'expression, un toui* de clef et éteindrait le gaz, pour travailler lui-même et ouvrir une route où le monde n'aurait pas eu l'intention de se pèTler.
Huttiainemetft, c'était invraisemblable. Voilà néanmoins qui est fait Avec cette puissance et celle logique suprêmes qui font soudain aboutir au même point les effotts les plus contradictoires de la passion, du caprice et de la Sagesse des hommes dans tout l'ortie de Ttinivers. La nouvelle route s'ouvre inopinément BOUS le béKet des cataraetèSyatt brait des tonnerres, vaste, profonde et inconnue. Un monde finit, un îDonde eommence, et cette fin est une suite, et cette suite, à certains égards, est un recommencement. La foule franchit ce seuîl posé depuis toujours, oibVett settlement aujourd'hui. Elle entre, inquiète, pèle-«ièie, poussée pattlûe fotce qu^elle ignore, sans se -eonnaiti'e ni se désigner un guide, sans savoir où ette va. Avant qu'il se forme là dedans des princes, il se passera du temps. L'on dirait plutôt quels
princes y devront disparaître et quelles couronnes achèveront d'y sombrer.
Cette foule qui n'a point de chef élu, qui n'en gardera point qui existe, et qui probablement n'en élira point qui dure; cette foule grossissante et qui grossira jusqu'à ce qu'elle ait pris les dimensions du genre humain ; cette foule qui a l'instinct confus de devenir un troupeau, c'est la Démocratie et elle va au baptême. Elle n'a pas vu finir sa nuit, ni sa course, ni ses combats ; elle n'a pas laissé tomber dans les abîmes tout le périlleux bagage qu'elle rêve encore de conserver. Mais un jour, sur la montagne, apparaîtra le pasteur.
Il ne sera pas e/w, il sera reconnu. Ce ne sera pas un empereur d'Allemagne ni un chef secret de la société souterraine : ce sera Moïse, et il donnera la loi; ce sera Pierre, et il donnera l'amour; ce sera Jésus-Christ, et il donnera la liberté. Les empereurs, les conquérants, les chefs de secte n'auront fait que rompre les barrières qui empêchaient la fornation nouvelle de l'humanité et qui la retenaient savamment par groupes hostiles dans les entraves de la vieille erreur.
Ainsi se trouveront remplis tant de pressentiments obscurs de ce siècle, qui appellent par tant de voix discordantes un renouvellement de toutes choses et leur consommation dans l'unité. Prophéties de Balaam, faites pour tromper ceux qui les disent et ceux qui les écoutent, où tout est faux et où tout se trouvera vrai ! Ils croyaient et ils annonçaient la gloire du règne de Pharaon, et ils ont tout préparé pour un
exode immense et incomparable, dont le terme ne peut être que la ruine de Pharaon et l'agrandissement du peuple de Dieu affranchi des idoles.
11 se peut que l'excès de nos afQictious et de notre décadence actuelle produise en moi cet excès et cette fièvre d'espérance qui semble rendre l'abondance de la vie aux malades désespérés. En écrivant, j'entends d'une oreille le clairon ennemi victorieux sur nos murailles, de Tautre, ce que dit la sédition dans la ville captive. Sur les gémissements de Jérusalem vaincue, j'entends dominer les chansons lascives de Ninive et les blasphèmes de Babylone. Je me souviens de l'orgueil de Rome, de l'endurcissement de son sénat refusant le baptême. Les barbares avaient déjà crevé les murs, et le sénat s'occupait encore d'assurer la continuation des fêtes et le maintien des dieux. Je me souviens de Byzance et de ses docteurs qui criaient : Plutôt le croissant! Hier, quand la capitulation se lisait au Journal officiel^ devenu notre pilori, on lisait aussi des affiches de spectacle, et les comédiens français^ à Theure même où l'ennemi entrait dans les forts, amusaient un public prisonnier. Ils représentaient les Jeux de F Amour et du Hasard. Je sais cela, et je voudrais ne le point savoir. Mais je sais aussi que la prière n'est pas éteinte dans la France, ni même dans Paris, et je ne peux pas croire ni de la France qu'elle veuille périr, ni de Dieu qu'il veuille l'abandonner. Une voix me crie que cette nation, incomparablement humiliée au milieu de l'abaissement moral du monde, marchera en avant de tous les peuples vers le meilleur avenir du genre humain,
OU au canon Krupp, ou aux torrents qui descendent instantanément de Belleville, et qui enflent tous les ruisseaux de Paris au point de leur faire emporter l'indivisibilité, la République et le reste.
Que la République donc soit établie de façon à garantir, avant tout et après tout^ l'indivisibilité de la France.
J'oserai dire maintenant ce que l'on pourrait faire, uon pas par un long travail et dans un long avenir, mais en quelques mots et en quelque sorte instantanément, pour réaliser la république de tout le monde.
Pour être plus court, plus clair et échapper à la tentation des développements, je formulerai en propositions aussi brèves que possible l'esquisse de la constitution d'une ce république de tout le monde, » c'est-à-dire où chacun serait lié à chacun et aurait cependant son action, sa liberté et son autorité personnelle et collective. Je me contente d'établir comme notion générale que cette constitution rassemble les trois éléments que l'esprit révolutionnaire et antichrétien divise, désagrège et veut dissoudre.
Elle est démocratique à la base, monarchique au sommet, aristocratique partout, mais en un seul corps, sans division, sans solution de continuité, sans que l'on puisse dire où la démocratie finit, où l'aristocratie commence, où la monarchie s'isole et devient une chose à part.
La révolution travaille à tout réduire en poussière que le moindre vent emporte, et qui ne peut recevoir quelque consistance momentanée qu'à force d'y ver.ser du sang. Or, ce sang lui-même fournit un ferment de haine et de division plus actif, sur lequel il faut enfin poser le poids permanent de la dictature ; et la dictature elle-même se dissout au contact de cette décomposition, et il n^ a plus qu'un détritus infect dans un tombeau crevé. Le néant vient perpétuellement dévorer la mort. La tranquille activité de la vie doit produire un résultat contraire. Elle prend la poussière, elle la fixe, elle en fait un sol qu'elle rend fécond et des blocs solides avec lesquels elle bâtit.
La liberté républicaine, c'est l'aristocratie. Il n'y a de liberté républicaine que là où n'existe pas le prolétaire^ et où l'aristocrate, sans privilège politique de naissance, n'est devenu et ne demeure quelque chose que pour l'avoir mérité. L'aristocratie ne peut plus être un privilège personnel, elle est un grade que chacun peut acquérir et perdre ; mais ce grade temporaire et même éphémère doit être permanent pour les collectivités. On avise donc à créer des aristocraties collectives, toates propriétaires et toutes agissantes, qui en même temps protègent, assistent et contiennent les individus. Ces aristocraties pacifiques, contentes à leur place dans la hiérarchie sacrée des indépendances, neutraliseront les aristocraties de nature et de situation qui voudraient entreprendre contre Tordre public. Un homme intelligent et corrompu, un Catilina flatte la passion populaire, ourdit une conspiration, allume une sédition
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et fait ou prépare l'empire. C'est le procédé moderne, comme ce fut le procédé ancien.
La graine d'empereur est semée par des chefs de populace , aristocrates révoltés contre un ordre qui iimportune leur orgueil et souvent leurs vices. Mirabeau a semé Bonaparte. L'aristocratie révolutionnaire du premier empire et de la Révolution a pris elle-même la dictature et Ta exercée contre la dignité et la liberté du peuple, enfoui dans les usines, dans rimpiété, dans le goût des jouissaoees^^ les plus brutales et les plus trompeuses. Noufi en rtscueillons maintenant les fruits.
Je crois volontiers à de grandes ignc^rances eti^ de nobles repentirs ; mais, depuis quarante ans, qui n'a pas préparé le succès des Allemands ! La révolution de 1848, œuvre plus indirecte d'une couche inférieure de la même aristocratie, a préparé le second empire , dont on attendait mieux, il est vrai. En réalité, le second empire est devenu et n'a été que la plus basse, la plus frauduleuse et la. plus périlleuse des dictalui^es révolutionnaires. La révolution de 1870 en est née comme un champignon d'une pourriture , par la main d'une aristocratie comme toujours, encore plus inférieure sans doute, mais néanmoins encore aristocratie. Car les Blanqul, les Flourens, les Pyat et les Sapia sont aristocrates en leur lieu.
H faut sortir de ce courant de mort, û faut en arracher le peuple. Ni César, ni Brutus, ni l'entremetteur qui les flatte, les sert et les trahit l'un et l'autre à son profit ! Pour les réduire tous à l'impuissance,
PAJliS PENDANT LE SIÈGE. 181
il n'y a qu'un moyen , c'est de les désarmer du prolétariat;, et pour leur ôter le prolétariat, il faut l'abolir en Varistocratisant. La République doit faire de la France une nation entièrement patricienne en même temps qu'entièrement militaire, et où chacun possède son champ comme son fusil.
Voici maintenant les formules :
H^nry de Bourbon éttoit le chef de la plus illustre famille fnaaçaiaa, sous laquelle la France s'est agran-* die, consolidée, refaibe; qui a le plus sincèrement essayé la pratique des lois politiques modernes ; qui a présidé à nos plus constantes fortunes militaires, qui nous a donné notamment la Lorraine, l'Alsace et l'Algérie ;
Ce prince étant à la fois le Français le plus innocent de nos malheurs, le plus éloigné de nos discordes,, le plus noblement intéressé à en tarir La source,, le moins homme de parti, celui autour de qui les opinions consarvatrices, le sentiment national et les espérances d'une grande réparation peuvent plus noblement se réunir ;
Sa probité, personnelle éclatante,, sa modération, sa longue et silencieuse étude de nos besoins, la grar vite de ses mœurs, la constance avec laqujelle il a dédaigné de poursuivre une fortujae politique moins précieuse à ses yeux que la paix de sa conscience et l'honneur de son nom, nous donnant d'ailleurs toute garantie :
Henry de Bourbon est prié d'accepter la régence du peuple français obligé de se constituer à nouveau.
Le Régent convoquera une assemblée nationale constituante, élue par le suffrage universel.
A cette assemblée il pourra ajouter, avec égal droit de vote, le nombre de membres qu'il jugera nécessaire, par lui choisis entre les citoyens français (pie les passions de parti auraient écartés, ou qui ne se seraient pas offerts au scrutin.
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Les bases morales de la constitution seront la religion, la famille, la propriété, la liberté.
Les bases politiques seront le suffrage universel, l'hérédité de la fonction suprême, la division du territoire en grandes agglomérations territoriales correspondant aux anciennes provinces.
Chaque province ou État s'administrera librement par ses élus, depuis la commune jusqu'à la subdivision départementale et jusqu'à la division provinciale ou État.
La province aura sa magistrature, son budget, sa milice, son université ou ses universités. Elle ne subira de contrôle que celui de l'assemblée générale, et sur les seuls points qui intéresseraient l'unité nationale.
PARIS l'EMJANT LE SIÈGE. 189
L'unité nationale sera maintenue par Thérédité de la fonction suprême, présidentielle ou royale ; par la cour suprême de justice, par l'assemblée générale ou états-généraux, mais plus encore par la force des choses ; car le caractère même de la France se porte à Tunité, et la loi ici doit contenir plutôt que pousser.
L'assemblée générale est élue par l'assemblée provinciale, et chaque province y envoie le même nombre de députés. En font partie de droit et par le fait de leur fonction : l'archevêque, le chef de la milice, le magistrat principal de la province et les présidents de la cour suprême de justice. Tous ces fonctionnaires doivent d'ailleurs tenir quelque chose de l'élection ou directement ou par proposition.
Tout citoyen, dans la province, est éligible à l'assemblée générale.
Tout Français est soldat et l'est toujours. C'est pourquoi aussi tout Français est électeur et éligible, et c'est pourquoi encore l'indépendance de l'État provincial est nécessaire. La nation tout entière devant être une armée, on ne peut exposer une pareille force à tomber dans les mains d'un parti de séditieux ou d'un prince conspirateur. Ce serait tenir la porte ou-
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verte ou à la plus irrémédiable tyrannie ou à la plus irrémédiable anarchie. Il convient qu'un invincible élément de résistance se trouve toujours quelque part. Le lendemain du 4 septembre, il ne manquait pas de béats qui se réjouissaient de cette révolution faite sans un coup de fusil. Les coups de fusil sont venus néanmoins et du dedans et du dehors, et sans se faire attendre. Il nous faut un gouvernement que l'on ne puisse pas renverser et une constitution que Ton ne puisse pas changer a sans tirer un coup de fusil. »
On est électeur à vingt-cinq ans, éligihle à^trente. Pour être électeur et éligible, il fant être chef de famille. Le célibataire doit payer im cens, à moins d'exemption prévue par la loi.
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Le citoyen jouit de la liberté de tester.
Liberté d'association religieuse et civile«
L'Église est pleinement libre et investie de toutes
PARIS PENDANT LE SiÉÛE. l9l
les latitudes dm droit commuiL. Elle a le droit de posséder, d'acquérir, d'hériter; elle a l'usage de «on droit particulier, do ses tribunaux intérieurs. Elle jouit de la liberté d'association, de la liberté de la charité, de la liberté d'enseignement à tous les degrés. Elle a le droit de fonder des universités canoniques, une au moins par province. L'État ne se mêle en rien du gouvernement propre de l'Église.
Les propriétés de l'Eglise sont soumises aux charges communes, et elle devra, dans un temps et moyennant les dispositions transitoires nécessaires, subvenir aux dépenses du culte.
En raison du service public et gratuit qu'ils font comme hospitaliers, instituteurs et chargés du culte, et pour honorer la religion, les hommes engagés dans les ordres sacrés et liés par les vœux sont dispensés du service militaire. Ils en reprennent Tobligation lorsqu'ils rentrent dans la vie laïque, et sont alors privés de la plénitude du droit électoral, comme célibataires perpétuels.
Les corporations ouvrières existent de droit; elles choisissent leurs officiers, font leurs règlements et exercent leur police intérieure.
La commune et la corporation sont nécessairement propiiêtaires, et la loi les oblige d'avoir, partie en
fonds immobiliers, partie en rentes, au moius.de quoi suffire à un établissement hospitaliei*, selon ^ leur importance.
xm
La fonction du chef de tout l'État est héréditaire, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture. Il nomme ses ministres, propose les lois à l'assemblée générale. Les arrêts de justice et les actes publics mentionnent sa magistrature, et les déclarations de guerre et les traités de paix sont signés de lui. La monnaie porte son effigie.
Il convoque l'assemblée générale et nomme le président.
La France étant un pays chrétien, la constitution exige l'observation générale du dimanche, non pas tant à cause de l'utilité sociale si reconnue de cette institution que pour rendre hommage à Dieu qui nous l'a imposée.
La constitution étant votée l'Assemblée priera Henry de Bourbon d'accepter pour lui et ses descendants en ligne directe ou par adoption, la fonction de chef suprême de la France, ou plutôt des Francs, en lui laissant le droit de choisir le titre de président
OU celui de roi et de se faire sacrer à Reims ou à Saint- Jean-de-Latran .
Elle lui laissera aussi le choix du drapeau, et il serait à souhaiter que ce ne fut ni le drapeau blanc, ni le drapeau tricolore, -mais pour longtemps au moins le drapeau du deuil et de l'espérance, noir avec la croix de sang.
ex XXII
2 février.
A M. LE DIRECTEUR DU Pavis-JoumaL
Monsieur,
Je vous demande pardon, mais j'ai cru que vous aviez voulu « lancer » ma candidature, uniquement pour essayer votre pouvoir sur l'opinion, en permettant qu'on lui proposât chez vous un nom si totalement impopulaire. On m'assure que vous le faites à bon dessein. J'ai alors le devoir, tout en vous remerciant, de dire que je n'y consens point.
Je n'ai jamais sollicité le mandat électoral, je ne pense pas que je le sollicite jamais; et dans aucun cas, je ne voudrais le solliciter ni l'accepter de Paris.
Je n'ai pas ce qu'il faut pour représenter Paris, et Paris n'a pas ce qu'il faut pour que je le représente. L'incompatibilité est absolue. Je ne désirerais me II. 43
autres qui ont écrit, parlé, affiché : tous gens de passé et d'avenir parisien. Quarante-trois hommes d'un autre ordre, unis dans une pensée pratique de conservation, de reconstruction et de liberté, ils y sont sans doute ; mais je ne les connais pas, ils ne se connaissent pas, Paris ne les connaît pas et ne les accepterait pas. C'est là que nous en sommes, et c'est là notre plus grand malheur, peut-être irrémédiable.
J'aurais au surplus beaucoup d'hésitation et de peine à leur conseiller d'accepter un mandat qui n'est au fond qu'un leurre. En réalité, la paix est faite par le gouvernement ; seulement, il répugne à la signer. Il a fait la paix comme il a fait la guerre. Pour l'une comme pour l'autre, il veut un couvercle. C'est le rôle que l'Assemblée doit remplir, et il a pris ses mesures pour cela. La paix couverte, il essaiera d'obtenir de l'Assemblée qu'elle couvre encore la guerre, c'est- à-dire qu'elle le conserve et laisse en ses mains le butin, j'allais dire le mouchoir, qu'il difait le 4 septembre. Je n'y ai aucun intérêt, et je ne vois personne en France, hormis ses héritiers, qui puisse y gagner quelque chose.
11 y a toutes sortes de choses à dire contre Tabstentiou ; mais comment agir lorsqu'on ne sait quel parti prendre, lorsqu'il faut en hâte, à l'aveugle, sans conseil, sans ressource, se résoudre à une action dont le résultat peut être désastreux ? Si toute la France, en cette occasion, savait s'abstenir, ce serait une trèsgrande action. // est trop tardi Hélas! c'est depuis longtemps, et ce sera longtemps le mot delà fin et le mot du commencement de toutes nos aventures.
PARIS PENDANT LE SIÈGE. l97
Quant à moi, pour mon compte particulier, sans désapprouver ceux qui feront autrement, je m'abstiens. Même en province, je crois que je m'abstiendrais. A Paris, je n'hésite pas. Captif, je prends le bénéfice amer de ma captivité. Je me délivre de signer celte paix.
Je paierai , je porterai humblement mon titre de Français, dont j'étais trop fier, et je jette mon vote oisif à côté des faisceaux de nos soldats prisonniers. larmes ! qui eût prédit que vous sortiriez de nos yeux quand nous avions encore du sang dans les veines? Ceux mêmes qui s'attendaient aux plus redoutables éclats de la colère divine n auraient pas prévu que ce serait une telle dérision et ne l'auraient pas voulu croire !
cxxxin
4 février.
LE Mot d ordre de m. rochefort.
M. Rochefort sut généralement plaire après la nuit du 3i octobre, à l'Hôtel de Ville, où le gouvernement et le peuple manquèrent également de tenue. C'est là qu'eut lieu ce grand négoce de giffles et de coups de souliers, tandis que le vin des caves était incorrectement répandu sur les tapis et tentures des salons. Tapoté comme gouvernement par les Bellevillois de Flourens, tripoté comme peuple par les
(98 PAEËS PEKDANT LE SIÈGE.
Bretons de Trochu, M. Rochefort quitta dui méine coup le double rôle qui lui valait double rattOB die taloches. Il se fit caiaonnier pour se tirer du brait* Cette retraite fut louée. Elle parut le trait d'un loyal garçon d'esprit, résolu de ne paa se fourvoyer davasi* tage en des ribotes où Ton finit par se fausser la conscience et qui finissent par vous casser les reins.
Mais les gens d'esprit ne sont pas ei&emp^ts de la faiblesse commune ; et la faiblesse cofmnuney ea ce temps , est de ne pas savoir garder les bonnes positiens. Voilà M. Rochefort qui reparaît comme imir temier^ sans avoir pris le loisir de faire parler de lui comme canonnier. Vraisemblablemen;!, le tube d'oie est son fait plutôt que le tube de bronze. Ce n est pas crime. Seulement, pourquoi prendre cette façon militaire et s'amuser à jeter le Mot (Tordre^ lorsqu'on se sent né pour couler le mot de passe?
Oubliant qu'il fut membre d'un gouvernement occupé surtout de trouver le mot de passe, M. Rochefort veut uniquement se souvenir d'avoir été militaire et canonnier durant une période où tant de besogne fut donnée aux autres militaires et aux autres canonniers. Il lance fièrement son mot d'ordre : Allons, enfants de la Patrie I Mais cette fanfare, étant tardive, devient triste.
Or, le mot d'ordre est de tuer tous les tyrans ! Hélas ! canonnier, les tyrans se tiennent derrière les murailles que votre canon n'a pas enfoncées. Avec quoi tuer les tyrans, quand les armes sont rendues ? Savons parlez de les tuer à coups d'épingle et de bec de plume, c'est ironique^ mais inopportun ; si vous
Pâai6 PEI«DAKT hE S1É6E. 19Q
paarlea deles tiMar à coups de poignard,. ce n'eflfe-pas sérieux; et si c'était séiûeux, ce ne serait pas gentil,
M. Rochefort a diss besoins particuliers. Formé par la nature pour des œuvres absolumant faciles , iLa pris un personnage lugubre qui l'oblige, comme fieu Baudelaire, à (c ruisselai! d'inouïsme.»(IertainemeQt il ne s'y épargna pas. ïï. a Tair maintenant d'être la photographie de* ses photographies, oikiV pose enfendeur d'hommes. Mais aufond, n'étant pas du métier, il manque ses effets^
Chez nous autres, benêts de cléricaux, tous le^ jours tombent de la lune^ par un tron qu'ils y. ont pratiqué, de^hardis libres-penseurs qui nous demandent de les ^der à centrer dans la droite voie,, en payant leurs dettes.» Qs attestent: sur Vlu>iinattr qu'ayant une grenouille: en ;çarde,. ils, L'ont mangéei, et que, s'ils ne peuvent la. rendre, ils se brûleront l$i cervelle. L'expérience nous apprend que ces gacçonsr là ne restituent jamais la grenouille et jamais n'attentent à leurs* jours.. Semèlahlem^nt, u^us savons <pie cens qui exk)rtenit; t0ut le monde à tuer les rois ne tuent ja^mais les rois»
Gonou!
Il y a une école de tueurs de rois. Maz^^ioâ; eui est leichef; parmi lies professefurs, M..Pyatse)diaiingiie, et M. Bugo s'est mis en ben^ rang:. Aucuia n'a rieii fait.de sa ntaim; touâ soiiit plusi ou. moins amnistiée» Les roiiS' paraissent avoifi asseis tcouyé loitr comipte; ji la maniie b&yarde dé ces théoriciens personnellement inoffensifs. Ils ont beaiateoup plus oxpJlaité le régkidi9 -que le régieide nazies a touahés.
Quant aux exécutants, ils ont paru peu recommandables. Harmodius, Aristogiton, Brutus, etc., font figure en grec et en latin; mais dans les temps modernes , quels gueux et quels- pleutres ! On a trouvé là des sots, des drôles, des mélancoliques, des ivrognes, quantité de mouchards , beaucoup de galeux. Excepté sua Excellenza le comte Orsini, nature de passable sous-préfet, régicide raté comme les autres, rien qui dépasse l'esprit et le moral nécessaires pour vendre des contre-marques et crier des journaux. Et c'est avec quoi M. Roehefort veut reconstituer l'empire de la vertu dans le genre humain!
SU était l'ancien narquois du Figaro^ qui avait parfois une jolie pointe de bon sens, comme cela lui semblerait <c Français de la décadence, » d'ouvrir boutique pour faire tuer les rois : — Un tel, tueur de rois; deux sous le numéro. On reçoit des annonces qui se rattachent au métier de régicide.
A-t-il songé à la fondation d'un séminaire ? à une direction des études? à une pension de retraite pour les invalides ? à un code des punitions et des récompenses? Que fait-on du régicide qui a bu son poignard? A quels honneurs élève-t-on le régicide qui rapporte sa tête de tyran ?
A-t-il même défini le tyran? Dans l'état d'anarchie et d'ignorance où nous sommes, s'il se trouvait un imbécile de bonne volonté qui allât tuer comme tyran un monsieur qui imposerait, prélèverait, taillerait et rognerait exactement comme les tyrans, mais qui serait cependant déclaré libérateur, que ferait-on à cet imbécile? serait-il puni ou récompensé?
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Donne-t-on Aussi des consultations particulières? Fournit-on des poignards et procure-t-on des passeports et des frais de route aux gens de bonne volonté ?
Un homme qui a été tiers, oii dixième, ou treizième de tyran, comme M. Rochefort, dans quelle proportion doit-on le tuer? Faut-il le tuer treize fois^ ou ne le tuer qu'au treizième ? Nous parions que notre frivole lanternier n'a pas étudié ces questions importantes.
Supposé qu'un lecteur du Mot d ordre s'en allât
demain aux avant-postes avec l'intention de tuer un ou plusieurs tyrans, et que, la chose étant mal prise, il nous en coûtât quelques milliards de plus , M. Rochefort s'engage-t-il à faire les frais ?
Il est ruisselant dinouîsme^ à la bonne heure ! Et il embellit Paris et la Ré publique française d'une immortelle auréole, nous le voulons bien! Mais en somme, comme les Allemands sont des gens pleins de science et de gravité, qui méditent leurs desseins, qui savent ce qulls font et qui excellent à tirer parti de tout, c'est une chose un peu ennuyeuse de leur laisser voir que l'enfant et le joyau de Paris, notre lanternier, notre député, notre petit dernier, notre Rochefort enfin, ne fut qu'un canonnier silencieux et n'est qu'un régicide futile.
Pendant qu'il ne tirait pas le canon , le terrible enfant n*a pas même réfléchi : et il croit qu'il suffit de faire un journal à tuer les rois pour que tout se remette en bon chemin dans le monde !
Quelle jolie figure cette troisième république nous fait faire parmi le genre humain !
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5 février.
Le Journal officiel contient la proclamation suivante :
FBAHÇAISy
Paria a déposé les armes à. la veille de mourir de faim. Ou lui avait dit : Tenez quelques semaines, et nous vous dé livrerons. Il a résisté cinq mois, et, malgré d'héroïques efforts, les départements n'ont pu le secourir.
Il s'est résigné aux privations les plus ctuelles. Il a- aeeepté la ruine, la maladie, l'épuisement» Pendant un mois les bombes l'ont aocablé, tuant les femmes,. les enÊEiiits. Depuis plus de si:;^ semaines les quelques grammes de mauvais pain qu'on dis»tribue à chaque habitant suffisent à peine à l'empêcher de mourir.
Et quand, ainsi vaincue par la plus inexorable nécessité, la grande cité s^arrète pour ne pas condamner deux millions de citoyens à la plus horrible catastrophe; quand, profitant de son reste de force, elle traite avec l'ennemi au lieu de subir une reddition à merci, au dehors, on accuse le gouvernement de la défense nationale de coupable légèreté, on le dénonce, on le rejette.
Que la France nous juge, nous et ceux qui nous combkieiit hier de témoignages d'amilié et de respejct, et qui aujourd'hui nous insultent!
Nous ne relèverions pas leurs attaques si le devoir ne nous commandait de tenir jusqu'à la dernière heure, d'une main ferme, le gouvernail que le peuple de Paris nous a confié au milieu de la tempête. Ce devoir, nous l'accompKrons.
Lorsqu'à la fin de janvier, nous nous sommée, résignée à es«-
PABild P£^'I>AJST LE SIÈGE. 298
sayer de traiterj il était biea tard. Nous n'avions, plus d^ fariat qtSLe pour dlct joufrs, et dkmis savions que la dévastation da pays rendait le ravitaillement tout à fait incertain. Ceux qui se lèvent aujourd'hui contre nous ne connaîtront jamais les angoisses qui nous agitaient.
H fallait cependant les cacher^ aborder Teniiemi met résolu- Û0a, paraître prêts à combattre et munis de vivirea.
Ce que nous vouiions, le voici :
Avant tout, n'usurper aucim droit. A la France seule appartient celui de disposer d'elle-même;. Nous avons voulu le: Itti réserver. Il a fallu de longues luttes pour obtenir la reecmnais^ sance de sa souveraineté. ElLe est le point le plus important de notre traité.
Nous avons conservé à la garde nationale sa liberté et ses aiimes.
Si,, malgré nos efforts, nous n'avons pu soustraire l'armée et la garde mobile aux lois rigoureuses de la guerre, au moins les avons-nous sauvées de la captivité en Allemagne et de l'internement dans un camp retranché, sous les fusils prussiens.
On nous reproche de n'avoir pas consulté la délégation de Bordeaux ! Od oublie que nous étions enfermés dans un cercle de fer que nous ne pouvions briser.
On oublie, d'ailleurs, que chaque jour rendait plus probable la terrible catastrophe de la famine, et, cependant, nous avons disputé le teiTain pied à pied, pendant six jours, alors que la population de Paris ignorait et devait ignorer sa situation véritable, et qu'entraînée par une généreuse ardeur elle demandait à combattre .
Nous avons donc cédé à une nécessité fatale.
Nous avons, pour la convocation de l'Assemblée,, stipulé un armistice, alors que les armées qui pouvaient nous venir en aide étaient refoulées loin de nous.
Une seule tenait encore» nous le croyions du moins. La Prusse a exi^é la reddition de Belfort. Nous l'avons refusée, et, par là même, pour protéger la place, nous avons pour quelques jours réservé la liberté d'action de son armée de secours. Mais, ce que nous ignorions, il était trop tard. Coupé en deux par les armées allemandes, Bourbaki, malgré son hé-
204 PARIS PENliAKT LE SIÈGE.
roïsme, ne pouvait plus résister, et, après l'acte de généreux désespoir auquel il s'abandonnait, sa troupe était forcée de passer la frontière.
La convention du 28 janvier n'a donc compromis aucun intérêt, et Paris seul a été sacrifié.
Il ne murmure pas. Il rend hommage à la vaillance de ceux qui ont combattu loin de lui pour le secourir. Il n'accuse pas même celui qui est aujourd'hui si injuste et si téméraire, M. le ministre de la guerre qui a arrêté le général Chanzy voulant marcher au secours de Paris, et lui a donné Tordre de se retirer derrière la Mayenne.
Non ! tout était inutile, et nous devions succomber. Mais notre honneur est debout, et nous ne souffrirons pas qu'on y touche.
Nous avons appelé la France à élire librement une Assemblée, qui, dans cette crise suprême, fera connaître sa volonté.
Nous ne reconnaissons à personne le droit de lui en imposer une, ni pour la paix ni pour la guerre.
Une nation attaquée par un ennemi puissant lutte jusqu'à la dernière extrémité; mais elle est toujours juge de l'heure à laquelle la résistance cesse J'ètre possible.
C'est ce que dira le pays consulté sur son sort.
Pour que son vœu s'impose à tous comme une loi respectée, il faut qu'il soit l'expression souveraine du libre suffrage de t )U3. Or, nous n'admettons pas qu'on puisse imposer à ce suffrage des restrictions arbitraires.
Nous avons combattu l'Empire et ses pratiques; nous n'entendons pas les recommencer en instituant des candidatures officielles par voie d'élimination.
Que de grandes fautes aient été commises, que de lourdes responsabilités en dérivent, rien n'est plus vrai; mais le malheur de la patrie efface tout sous son niveau ; et, d'ailleurs, en nous rabaissant au rôle d'hommes de parti pour proscrire nos anciens adversaires, nous aurions la douleur et la honte de frapper ceux qui combattent et versent leur sang à nos côtés.
Se souvenir des dissensions passées quand l'ennemi foule notre sol ensanglanté, c'est rapetisser par ses rancunes la
grande œuvre de la délivrance de la patrie. Nous mettons les principes au-dessus de ces expédients.
Nous ne voulons pas que le premier décret de convocation de l'Assemblée républicaine en 1871 soit un acte de défiance contre les électeurs.
A eux appartient la souveraineté; qu'ils l'exercent sans faiblesse, et la patrie pourra être sauvée.
Le gouvernement de la défense nationale repousse donc et annule au besoin le décret illégalement rendu par la délégation de Bordeaux, et il appelle tous les Français à voter, sans catégories, pour les représentants qui leur paraîtront les plus dignes de défendre la France.
Vive la République ! vive la France.
Paris, le 4 février 1871.
Les membres du gouvernement, Général Trochu, Jules Favre, etc.
Ce serait une cruauté inutile de répondre à la partie personnelle de la proclamation du gouvernement. Le crime du faquin à qui il a livré la France et qu'il appelle c( monsieur le ministre de la guerre, » le couvre mieux que ses doléances sur les ingratitudes humaines, et le défend même contre ses justifications. Il plaide, et il plaide mal. Mais comme il montre en même temps un certain sentiment de son devoir et une certaine résolution de le remplir, il ne s'agit pas pour lui de plaider ni pour nous de juger; il s'agit pour lui de se défendre, et pour nous, hélas ! de le soutenir.
Ea destinée de ces hommes aura été de vivre du péril perpétuel et terrible où leur présomption nous a engagés, et où leur perpétuelle et terrible incapacité nous a maintenus. Et nous, malheureux peuple,
raveiiir serait, comme le demande un petit livre dont nous ne connaissons pas le titre , de faire peaii neuve ; et, pour faire peau neuve, il faudrait premièrement exclure de la vie politique un certain nombre d'hommes qui n'y peuvent plus apporter que de fâcheux personnages, de détestables habitudes et un exécrable esprit de conspiration.
Vu la profondeur et la généralité du mal , aucune autre punition ne devrait être infligée même aux plus coupables, même au citoyen Gambetta. Ils peuvent dire que ce n'est pas uniquement leur faute s'ils ont été sans crainte de Dieu et sans morale, que le fait était assez public, quïl fut assez autorisé', que même ils avaient besoin de ne pas craindre Dieu et d'être sans morale pour faire leur chemin. Donc, ni écha» faud, ni exil, ni prison, ni amende. Amnistie du passé, exclusion de l'avenir.
Mais ceci ne peut se faire aujourd'hui, ne peut tomber sur des catégories et ne saurait être prononcé par un dictateur. C'est une mesure législative qui n'appartient qu'aux représentants du pays. Qu'on appelle donc d'abord le pays.
Que le gouvernement défende et maintienne d'abord ce droit. Il aura du moins sauvé quelque chose, et un peu d'honneur, contre toute attente, pourra décorer sa triste histoire.
PAKIS PKNDANT LE SIÈGE. 209
6 février.