‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 28 sur 77 · CE QUI ARRIVE QUAND LES DOGMES FINISSENT · texte numérisé non relu

CE QUI ARRIVE QUAND LES DOGMES FINISSENT

Encore un mot sur le carnaval électoral de Paris. Il finira demain, Dieu soit loué ! et l'on peut espérer que l'ignominie particulière dont il est empreint ne

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se renouvellera pas de sitôt. Tel qull est néanmoiiiiiS^ et quelle qu'en soit la honte, il faut s'y arrêter. MnitipUer les témoignages de ce funeste moment, c'est resifdre ««^vice à l'avenir. La philosophie officielle nous disait, U y & quarante ans, comment les dogmes finissent^ et elle se félicitait d'en précipiter la ruine.

C'est fait, autant que cela se peut faire de main morteUe contre Timmortol. Les dogmes ne sont pas ficBS, mais ils sont déplantés. Impérissable, ie grand arbre est ceipendant couché par terre ; U ne donne plos d'ombre, il ne porte pins de fruit, et l'inepte cd^goée frappe sans relâche pour perdre au moins son inépuisaMe sève. Il faut cooiteinplier' ce quirisquo de fittir pour tout de bon au sein d'un peuple où le dogme est refusé sinon Ëni. Dès ce temps-là, sous Louis-^ Hiilippe, quand cette philosophie élait en vogue et en puissance, nous disions : Ceux qui travaillenA à nous montrer conynent finissent les ^dogmes^ pourroaft erax-mêmes apprendre comment unissent les sociétés.

La plupart vivent encore, qu'ils regardent. Qu'ils voient ce que ne donne plus le dogme qu'ils ont voulu abattre, qu'ils goûtent ce que produit celui qu'ils ont prétendu planter. Car ces antidogmatistes étaient encore plus dogmatisants. Ils ne voulaient détruire une loi que pour en établir une autre, dont ils se croyaient les prêtres et même les dieux. C'est encore leur incurable folie, également incurable dans les générations qu'ils ont formées. Ils ont «sseemid connu le fond et la source de leur propre doctriaie peur se persuader que l'hom-mequi a rejeté le4ogme

chrétien peut en accepter un autre et se tenir à un juste milieu comme ils disaient, entre le culte de ses devoirs et le culte de ses penchants.

Ils ont donc vaincu dans la mesure humaine. Le vioHX dogme générateur et conservateur est frappé ée la stérilité où ils pouvaient le réduire ; le jeune dogme de progrès et de liberté a reçu la fécondîlyé qu'ils pouvaient lui communiquer, et voici que leur Paris possède toute la liberté de langue qu'ils ont jamais pu rêver. L'immense cité ne renferme pas un citoyen (sauf les repris de justice, et encore î) qui ne se trouve «m passe de devenir législateur et qui ne sort «« droit de dire sa pensée. Que disent-ils, ces citoyens, en cette heure faite pour inspirer toute éloquence ? Ecoutons la parole et la pensée publiques.

La parole publique dénonce d'abord une chose : c'est qu'il n'y a point de pensée publique ; «t ce grasd tapage prouve en premier lieu que ce grand peuple ne pense pas.

Il n'a point de pensée^ il n'a que des désirs, et tous ses désirs se réduisent à deux, partout les mêmes : le désir d'avoir un maître, et le désir de ne lui obéir pas. L'unique différence est sur le choix du maître : chacun voudrait être ce maître, ou du moins le choisir dans sa couleur et lui soumettre tout, excepté soi-même. Mais le désir de faire un -maître est enveloppé de tant de voiles républicains, qu'il e^t évident que ce grand peuple se ment en masse, et que chacan en particulier redoute fort de se compromettre devant la chose réputée populaire, qui est la République.

Et il est évident aussi que cette chose uniquement populaire est précisément la chose dont personne ne veut, attendu que chacun ne la veut qu'à sa manière. Autre, elle fait peur et horreur à chacun. Une forme de république qui garantirait pour chacun la somme deliberté possible, qui n'opprimerait ri^i de juste, qui ne détruirait rien de bon, qui réaliserait dans la liberté la condition inévitable de l'ordre, laquelle est d'établir des rangs, cette république de tout le monde serait, à Paris, exécrée de tout le monde ; et la raison en est qu'elle ne laisserait pas Paris à la tête du monde. Paris veut régner. Il s'en trouve seul digne. Chacun dans Paris se dit : Je suis Paris, ou du moins je veux prendre Paris.

Il est certain que Paris, au dedans de l'enceinte, peut toujours être pris par quelques ul^lans. Depuis un siècle, cela s'est fait maintes fois, et qui prend Paris prend la France. C'est aussi le secret de la perdre , l'expérience aussi l'a prouvé. Mais cette expérience-là est non avenue.

Cependant un besoin impérieux et quasi bestial de Tordre matériel domine tout en ce moment. Paris privé d'huîtres, de foie gras et de cafés chantants, privé d'étrangers , de provinciaux et de législateurs, réduit aux «matinées littéraires b et au pain de paille, éclairé à l'huile de pétrole, gardé par les sergents bonasses de Kératry, ce n*est plus Paris. Il y faut un vrai préfet de police, ce qui implique un vrai maître. On peut vivre sans culte et sans Dieu, non pas sans préfet de police, donc, non pas sans maître. De là cette quantité de militaires que l'on voit sur toutes

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les listes, même les plus rouges. Les gens d'armes sont gens d'ordre, prenons-en, il en faut ! Pyat et Rochefort, ennemis de Dieu, ennemis l'un de l'autre et ennemis des rois, iraient s'embrasser devant l'autel de Notre-Dame, si c'était le moyen pour Pyat de régner sur Paris et sur Rochefort, et pour Rochefort de régner sur Paris et sur Pyat. Rochefort réciterait son sonnet à la Vierge qui obtint l'églantine de laiton aux Jeux floraux ; Pyat réciterait toutes les prières qu'il sut jusqu'à l'âge de quinze ans, lorsqu'il était le petit saint de Vierzon.

Quant aux idées, il n'y en a point nulle part. Pas plus de nouveau chez M. Dufaure que chez M. Rochefort. M. Dufaure est plus nouvellement républicain, mais il n'a point d'idées nouvelles. Pas une miette de pensée à mettre sous la dent très -affamée de l'intelligence humaine ! Les coryphées des principaux groupes sont ici maître Brid'oison, là M. La Palisse, là le rude vieux citoyen Lantimèche, républicain d'avant l'avant- veille. Et tous ces vénérables, vingt fois enterrés, vingt fois héritiers d'eux-mêmes, disent ce qu'ils ont toujours dit : Liberté! — Ordre et liberté ! — Liberté, égalité, fraternité ! — • Et la mort ! !

C'est le langage de leurs pères de 89, de 92, de 93, de leurs neveux de 1830, de leurs petits-fils de 1848. Ils sont sortis de la fosse en 1870 pour redire .et refaire tout ce qu'ils ont tant redit et refait; ils n'en saventpas plus long,iîs n'ont rien appris et rien oublié.

Rien, rien, rien! L'omnibus sur le macadam, le lieu commun roulant sans obstacle sur la platitude universelle !

Mgr Doney, évêque de Montauban, est mort dans sa ville épiscopale le 10 janvier. Malgré son grand âge et en dépit de la plus chétive santé, le zèle de l'obéissance Favait amené au Concile. Il y resta quasi jusqu'à la fin, souffrant et patient, ne sortant que pour assister aux séances. Il revint, ou plutôt il fut emporté mourant.

11 était homme de grande science et de grand esprit, autant que de grande foi. On le consultait beaucoup, et il exerçait une autorité considérable. On sentira cette perte. Nous le pleurons comme un de nos patrons les plus autorisés et les plus fidèles. Son amitié était très-douce, sa critique très-redoutée et très -salutaire. Nous manquons de détails sur samort. Nous n'avons pas besoin de les posséder pour savoir qu'il est mort en évêque, ayant toute sa vie supporté les regards des hommes -de manière à soutenir les regards de Dieu.

Le même mois, quelques jours après, est mort à Spandau notre cher et ancien ami, le très-digne père Marie-Augustin du Saint- Sacrement, Carme déchaussé. Il s'était converti du judaïsme, et sans s'arrêter, il était devenu prêtre et religieux. Le monde lui gardait le nom que son talent de musicien avait fait célèbre. On l'appelait le P. Hermann.

Il fut toujours bon et saint religieux , austère et doux dans la sévérité de sa règle qu'il garda parfaitement. Il allait pieds nus, quêtant, exhortant, prêchant, fondant des monastères, obéissant dans son ardeur, humble dans ses succès.

11 est mort à Spandau, où il s'était rendu pour organiser le service religieux des prisonniers français. Comme il se dépensait tout entier à tout ce qu'il faisait, l'œuvre allait très-bien, mais il en est mort. La lettre qui nous informe brièvement de cette fin apostolique nous dit qu'il a succombé à l'excès de ses fatigues. On n'a pu obtenir qu'il prît d'autre repos que ce repos de la mort, donné de Dieu à ses désirs fidèles.

Étant ce qu'il était devenu par la grâce de Dieu, c'est ainsi qu'Hermann devait mourir.

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