VUE DE LA PROVINCE PENDANT LE SIÈGE
A .préseaït qwe oous commençons à recevoir des lettres de la province, nous commençons à connaiire l'histoire des efforts héroïques de -Gambetta^bomme aux procdamations sonores. Nous analysons une lettre qui nous est écrite du Loiret, le 41 février.
Depuis trois mois, je suis le très-humble «tirèsobéissant sujet de S. M. l'-empereur et roi. Je vis néanmoins. C'est tout ce que je pouvais espérer et 4out ce qui me reste à craindre*
Notre département a été cruellement traité, votre village tout particulièrement. Il y a du sang de vos cousins sur la tombe de vos pères.
Sià Paris vousavez.cru aux armées de la Loire, aux armées du «Centre, aux armées de l'Est, ienez-vons pour bernés, et vous le méritez bien. Vous ne connaissez pas la vantardise et l'ineptie républicaines.
Il a été formé sans doute d'énormes entassements d'hommes, de chevaux, de canons ; d'armée, point. Pour faire des corps^ il faut des tètes, il en faut an moins une. Un moment, une tête a paru; immédiatement on l'a coupée. C'était une tête, donc elle pouvait n'être pas républicaine : — coupée!
La République ou la mort!... Encore s'ils di-
soient : et la mort, cela co«imencerait à être plus honnête. Mais ce ne serait pas le vrai mot. Le vrai mot, c'est : La haurse et la vie. Et la vie, car si Ton vous laissait la vie, vous auriez Tindélioatesse de vouloir reprendre la bourse.
Contre les Prussiens, il pourrait nous rester quelqiie chose. Contre les révolutionnaires , nous n'avons plus que leur propre bêtise. Il est vrai qu'elle est immense. Mais, hélas ! combien cette immense bêtise est plus précieuse encore pour les Prussiens.
Ils vous disaient donc qu'on allait vous débloquer, vous ravitailler? Ils mentaient autant qu'ils le savent faire, autre immensité. Us sont bêtes, mais pas assez pour avoir cru cela.
Quand je vous raconterai ce qui s'est passé sous mes yeux, vous aurez besoin de votre longue expérience de ma probité pour ne pas croire que je fais un tableau fantasque de leur charlatanisme et de leur stupidité. Vous pensiez en savoir long à cet égard. Vous ne saviez rien, et je ne savais rien. Non, mon ami, non, avant nos catastrophes, ni vous m moi m aucun homme de bon sens et de bon cœur n'a suffi- «samment haï et méprisé cette engeance ! Us sont méchants, ils sont vils, ils sont bétçs, et si la France ne se tire de leurs mains, elle y mourra promptement et misérablement.
Elle ne mourra pas sur un champ de bataille. On dit le champ de bataille, et c^est une juste et noble expression ; car le sang qui coule dans les batailles ^stune semence. Il germe le pardon : Sine sanguinis
emissione non fit remissio. Le sang du soldat, — tant il est beau de mourir pour la patrie même terrestre, — reçoit quelque chose du glorieux privilège de fécondité donné au sang du martyr.
Mais la mort acceptée de ces mains crochues et velues, de ces langues d'avocats, de ces baves de reptiles, est une mort honteuse et inféconde. Elle vient des servilités do l'esprit et du cœur. Que veut-on qui naisse d^un soldat mort à l'hôpital pour s'être enivré d'absinthe? Dieu doit-il une récompense à ce sacrifice, le monde un hommage à ce trépas? La France en mourra, vous dis-je, et le monde sifflera son agonie.
Nous faisons les élections. Quelle risée ! Je crois qu'elles ne seront pas républicaines et je ne crois pas néanmoins qu elles soient bonnes. Gangrène, gangrène partout! x\ssauts de vanités la plupart imbéciles, mouvements précipités d'imbéciles terreurs, d'imbéciles espérances, d'orgueil plus imbécile. Pas un élan désintéressé vers le vrai; total oubli de Dieu. Les professions de foi fc>nt ce bruit de sable secoué par le vent que Dante entendit à la porte de l'enfer. Lasciate ogni spermiza!
Qu'attendre d'un pays dont lé fond d'opinion est un va-et-vient perpétuel entre Bonaparte et Gambetta?
Oh ! qu'il est dur de voir la honte et de craindre la mort honteuse de la patrie ! Dante n'ose aborder la peinture de ce supplice ; Jérémie lui-même n'exprime pas assez cette douleur !
io février.