PARIS ET NAPOLÉON
Le scrutin de Paris et la proclamation de Napoléon III paraissent en même temps. Ils sont comparables, également empêtrés, également loquaces et vides. C'est bien, comme nous récrivions hier, ce bruit du sable aride qui tournoie sans fin, roulé par .une trombe éternelle, devant le seuil du néant. Il s'en dégage tout juste la lumière que nous fournit le concert des crieurs de journaux : — Prenez mon ours ! ou plutôt : Prenez mes ours ! Car chacun a plusieurs ours, et chaque ours est multiple.
Mais que savent-ils faire vos ours? Et même, sont-ce des ours vivants? Nous les avons tâtés. Les uns sont empaillés, les autres pleins de vers qui se rongent entre eux. Cette vie n'est qu'une organisation de la mort. De là s*exhaleiit d'inénarrables et mortelles puanteurs.
Napoléon, à mi-voix : L'Empire, e'est la paix ! Le bonhomme oublie sa déclaration de guerre et sa signature de Sedan. Le scrutin de la fière République parisienne dit à haute voix : La République, c'est la guerre ! à mi -voix : N'en croyez rien ! L'aimable fille oublie qu'elle s'est mollement portée aux combats ; qu'ensuite elle a donné la signature de Versailles ;
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qu'ensuite elle a livré son canon pour déblayer la route de Bordeaux, où elle va d'une main menacer terriblement l'ennemi, de l'autre rapidement signer la paix.
Pêle-mêle, contradictions, paroles vaines et peu sincères (l'inimitable Proudhon disait blagues, et disait bien), dans la proclamation et dans le scrutin.
a Ordre et liberté ! » soupire l'Empereur. — Oui> Sire ! Pour Tordue, en effet, vous avez bien balayé la me, bien stylé vos chambellans, vos Chambres, votve magistrature. Tout cela était magnifique à voir, marchait bien^ défilait bien, a bien filé, voilà de l'ordre ! Pour la liberté, certainement, Sire, vous avez beaucoup concédé au café chanltalit, à la caricaturo, à la presse, à la tribune même, <t à tousies faastriii* ;gues, et tant ffu'à la fin Votre JMajesté est e&trée <}ans la dajise< :
Entrez dans la danse^ Voyez comme on danse.
Dansez! sautez!.,.
Vous êtes irréprochable, Sire, qiiant à l'ordre, et quant à la liberté.
<( Liberté et progrès ! » hurle la Aépublique. Adsurément, ma charmante! Tu t'^s donné autant de liberté que l'Empire, et tu as £aii sur lui un grand progrès en tous sens. Tu as eu plus de iavoriâi et plus incapables, et plus impudents, et plus en insurrection contre la justice, et plue pillards; tu as plus dépensé ; tu as été plus arrogante et plus impie ; tu t'es fait plus battre et plus soui£bter ; tu t'es encore
^Itts moquée des pauvres honnêtes gens; tu laisses lafFrance encore. plus bas.
Tu as fait le progrès du prince Morny aux prinoes Arago, Eudes et Mégy ; le progrès de mademoiselle Marguerite à MM. les Jules ; le progrès de la plumemensonge à la plume -poignard, et cent Mitres .pr4>grès du même éclat.
Mais avec tous vos mérites d'ordre et de liberté, Sire, et avec toutes tes mej^eilles de liberté et de progrès, ma belle, vous ne vous ferez jamais excuser, Sire, d'avoir amené la République ; et tu ne te feras jamais pardonner, Mademoiselle, d'avoir montré que tu ne vaux pas même l'Empire.
Si la France a quelque ©hose à espérer. Sir» et Madame, c'^st que la miséricorde de Dieu la jdéhaorrasse immédiatement et à jamais de vous deux. Et puisse-t-elte déplorer toute sa vie de s'être laissé réduire par vous à flotter entre tous !
Allez- vous-EN ! allez-vous-en! allez-vous-en!!!