‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 38 sur 77 · LN DOCUMENT DU CATHOLICISME LIBÉRAL · texte numérisé non relu

LN DOCUMENT DU CATHOLICISME LIBÉRAL

iNous avons récemment publié mi travail sur la possibilité d'établir en France la démocratie ordonnée et pondérée ou, si l'on veut, la monarchie démocratique, qui seule aujourd'hui et de longtemps peut nous donner la Répubîiqm de tout le monde.

Dans ce travail, le point qui regarde l'Église, à notre avis le plus important, est ainsi formulé :

* L'Église est pleinement libre et investie de toute? les latitudes du droit commun. Elle a le droit de posséder, d'acquérir, d'hériter ; elle a l'usage de son droit particulier, de ses tribunaux intérieurs. Elle jouit de la liberté d'association, de la liberté de la charité, de la liberté d'enseignement à tous les degrés . Elle a le droit de fonder des universités canoniques, une au moins par province. L'État ne se mêle en rien du gouvernement propre à l'Église.

« Les propriétés de l'Église sont soumises aux charges communes, et elle devra, dans un temps donné et moyennant les dispositions transitoires nécessaires, subvenir aux dépenses du culte.

« En raison du service public et gratuit qu'ils font comme hospitaliers, instituteurs et chargés du culte, et pour honorer la religion, les hommes engagés dans les ordres sacrés et liés par les vœux sont dispensés du service militaire. Ils en reprennent l'obligation lorsqu'ils rentrent dans la vie laïque, et sont alors privés de la plénitude du droit électoral, comme célibataires.

« La France étant un pays chrétien, la Constitution exige l'observation générale du dimanche, non pas tant à cause de

l'utilité sociale si reconnue de cette institution, que pour i^ndi^ hommage à Dieu qui nous l'a imposée. »

Notre « projet de Constitution» dans son ensem*ble a été diversement, mais en général assez favorablement jugé. Il n'a pas réussi auprès des catholiques libéraux. Leur journal, le Français^ sans marquer s'il le trouvait trop libéral ou pas assez, en a parlé comme d'une simple extravagance, disant que probablement r C/wer^r5 avait voulu « égayer la situation. » Le Journal des Débals ne lui a pas été plus gracieux : aux beaux mépris du libéral et catholique Français^ il a. ajouté que F 6722 t'^r^ demandait la séparation de l'Église et de l'État, et que sans doute ît avait pris son mot d'ordre à Rome !

Dans la presse, il ne faut pas s'attendre à reacoBtrer toujours des adversaires qui lisent bien ce qu^ils réfutent et qui réfléchissent bien à ce qu'ils disent eux-mêmes. Opendant ils surprennent parfois le jugement des esprits les plus distingués. Un célèbre prélat, qui a su se garer ^de l'opinion du Françaû^ semble avoir accepté l'erreur plus étrange du Jour^ nal des Débats.

Mgr Dupanloup, représentant du peuple pour le département dju Loiret, consultant un certain nombre d'évêques sur la question de la séparation de l'Église et de l'État, allègue précisément ce fait invraisemblable d'une consultation que nous aurions nous-même demandée et reçue à travers les lignes prussiennes. — M. Louis Veuillot, dit-il dans ime lettre dont on nous communique l'analyse ^fidèle, n** pu proposer cette séparation sans s'être d^abord ar-

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suré qu'il ne serait pas désapprouvé à Rome, — Et c'est pourquoi l'illustre représentant du Loiret sollicite l'avis des évêques, afin de se guider dans les difficultés où il va se trouver lui-même engagé.

Nous n'avons pas à rechercher dans quel but Mgr Dupanloup se prépare aiasi à soutenir ou à combattre nos humbles vues sur les rapports de l'Église et de rÉtat, et nous £ait l'honneur d'y mêler Rome, si libérale et si insoucieuse envers les opinions des simples particuliers. Le texte ci-dessus reproduit, prouve suffisamment que bous nous sommes borné à suivre notre vieille doctrine trèsorthodoxe sur la liberté de l'Église. Nous ne proposons nullement la réparations de l'Église et d« l'État.

La séparation est contraire à la liberté de l'Église . Elle a ce défaut avec beaucoup d'autres. Nous l'avons toujours combattue et nous ne cesserons pas de la combattre, quoique persuadé que son triomphe ne nuira pas à l'Eglise. Mais il pourra nuire beaucoup à la société.

C'est justement ce qui nous éloigne du petit et sonore parti des catholiques libéraux, dont Mgr Dupanloup fut le principal instituteur. Ils professent la fameuse maxime : (Église libre dans lÉtat Hbre^ adopté par Cavour. C'est la maxime même de la séparation, et nous n'ignorons pas qu'elle n'est point approuvée à Rome, puisqu'en efifet, la première liberté religieuse d<3 l'État libre est la liberté d'apprimer la religion ; ce qu'on ne peut tirer du projet de constitution de Y Univers.

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Et, à ce propos, nous publions ici un petit document qui ne manque pas d'intérêt. Par une coïncidence singulière, il nous est conununiqué dans le même moment que des informations venues d'un autre point de la France nous avertissent des consultations demandées par Mgr Dupanloup.

C'est le texte d'une inscription gravée sur marbre dans la cbapelle du château de la Rocbe-en-Breuil, appartenant à feu M. de Montalembert :

In hoc saceUo Félix AureUanensis episeopmptmem verH iif%uit et panem vitœ christianor, amicor. pusillo gregi ^i pro Ecclesia libéra itt libéra patria commilitare j^mdud'um soliti annos vitœ reUquos itidem Deo et libertati devovendi pactiim instaurera

Die octob. XllI A. Z). M. DCCC. LXII.

Aderaiit Alfredus cornes de Falloux, Theophilus FoissBT, Augustinus Cochin, Carolus cornes de Mo^t a- LEMBEUT, absens quidem corpore prœsens autem spiritu Albertus princeps de Broglie.

Profitant de l'occasion, nous envoyons à Rome c^ latin plus libéral que lapidaire. 11 y soutiendra la rer nommée plaisante de l'épigraphie gauloise, mais en même temps il montrera ce qu'il y avait de naïveté dans l'âme de Montalembert, toujours enthousiaste et toujours disciple.

260 PARIS PE^DA^T le siéce.

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