CL VIII
Versailles, 23 mars.
SÉANCE DE l'assemblée.
La séance de nuit n'a été ouverte que pour être levée. Il y avait à discuter une proposition ambiguë de M. Arnaud (de TAriége), homme bienveillant, qui se flatte de contenter tout le monde. On a déclaré
Ces trois choses manquent à Versailles et sur le chemin entre les deux camps.
Les séditieux ont intérêt à traîner jusqu'à ce qu'ils aient fait leurs élections. Ensuite ils se diront légitimes. C'est un grand point! Alors ils s'installeront législateurs et juges, et ayant enflammé les villes, ils allumeront les campagnes.
C'est ce qu'il faut pour que la Prusse institue en France un intendant fidèle, qui lui assurera la perception de ses rentes, et qui sera Napoléon III.
L'armée de Catilina finit toujours par servir César. Les insurgés, après le succès de leur conspiration, prendront leurs invalides au soleil de Cayenne, et nous, France, nous aurons notre repos dans la honte. Le généralissime Garibaldi, devenu Tallié de la Prusse, nous emportera la Savoie, Nice et la Corse.
Et nous pensions avoir épuisé le calice, lorsqu'après cette résistance plus longue que haute, nous avons enfin subi le jougl
Voilà ce que devient un peuple à qui ses philosophes se sont flattés de montrer comment les dogmes périssent.
Mais heureusement les dogmes ne périssent pas, et c'est pourquoi, malgré tout, le monde verra comment les peuples renaissent.
Versailles, 26 mars.
SÉANCE DE l'assemblée. — LOI SUR LES JUGES RÉVOQUÉS PAR M. CRÉMIEUX. M. DUFAURE.
Pour la première fois depuis la veille du 2 décembre 18S1, je suis entré ces jours-ci dans un local législatif. Je n^ai trouvé d^un peu changé que la salle. L'Assemblée, également souveraine, est en proie aux mêmes préoccupations, aux mêmes émotions. Elle cherche également le moyen d'exercer sa souveraineté, elle est troublée delà même incertitudede vivre. Elle sent planer sur elle la dictature, elle en est déjà fascinée et paralysée. Elle est divisée ; elle n^a point de tête, ou, ce qui revient au même, elle en a plusieurs; elle veut et ne veut pas; elle est trahie en ellemême et trahie par elle-même ; elle s'en va, ou plutôt elle s'écoule.
Décidément, la solidité, l'accord, l'assurance de durer ne sont point Tapanage de cette forme de la souveraineté, et l'expérience lui est de peu de profit!
Voici M. Thiers, M. Favre,M. Dufaure et d'autres, déjà connus et en pleine lumière il y a vingt ans, aussi embarrassés pour le moins qu'il y a vingt ans; et l'on peut, hélas! prédire que,s^ils sortent d'embarras, ce sera, comme il y a vingt ans... parla fenêtre!
296 PAHIS WBf^JlMT Là OQlOfnKlU
Mais ainsi le veut la logique ! sagesse humaine, tu n'es qu'un mot, et le plus vain et le plus menteur des mots, quand tu ne veux pas reconnaître que le diable est logicien.
On parle. Liberté, ordre, république, patriotisme, concorde, etc., etc., tous ces mots sonnaient très-fort il y a vingt ans, sonnent très-fort aujourd'hui; et aujourd'hui comme il y a vingt ans, la sonnette du président se mêle très-fort à cette sonnerie oratoire ; et c'est un concert qui ressemble très-fort au tocsin. On s'agite, on crie qu'il faut éteindre le feu^ et, dans leur empressement à bien faire, ceux-ci allument des torches, ceux-là vident les réservoirs. La sagesse humaine, en ce temps, s*est soumise à une logique qui le veut de la sorte et qui marche inflexiblement à son but de destruction.
Le parti de la destruction monte à la démence et ne voit plus rien d'impossible ; le parti dé la conservation descend an-dessous de l'imbécillité et parait incapable d'essayer quoi que ce soit. Il faut voir ce désarroi, cet atfaissement indescriptible, cet universel eflfondrement. Tout le monde y sent quelque chose de surnaturel. On se récrie, on s'indigne, on a la conviction, qu'il ne faudrait qu'une main, qu'une voix, qu'un signe peut-être pour dissiper l'horrible fantôme, mais tout manque, la main, la voix, le geste; et il devient vraisemblable que ce gouvernement et cette assemblée issus du suffrage universel vont périr au milieu de leur armée, étouffés par la terreur d'un ennemi qui n'ose pas attaquer.
Au milieu de cette angoisse et à travers le vacarme
des mauvaises nouYelles de Paris, on a fait Juieff «um loi. On a riestauré les juges révoqués iUégalaiae&i. par M. CràaoâeuK. U s'agissait de sauver le grapad prior cipe de l'inamovibilité ; toute la discussion a été pouf Ib détruire. Ces malheureux ^uges n'outras été^seulement accablés des reproches qu'ils avaient rpu né^ riter, «n consentant à faire partie des oodBHidsaioQf ndïiites de 18S2 ; ils ont été vilipendés de toutes parte^ ûoyés dans Tignominie. L'Aôsemblée oaie «contenait aaas doute que des gens .sans péché,; tous ont jeté la pierrOj, et les ministres comme les autres. Âp]?ès quoi ces pelés, ces galeux, ces juges « infâmes » ont été restaurés, mais à une condition que M. Dufaure s'est laissé dicter. Ils devront s'exécuter eux-mêmes, se déclarer indignes de monter sur le siège qu'on leur rend, sinon on leur fera procès, et alors ils seront régulièrement révoqués, flétris par la Cour de cassation. En fait de flétrissure, on peut se demander ce qui leur manque.
M. Dufaure les met ainsi dans l'heureuse condition de ces criminels d'élite que l'on gratifie d'un pistolet pour se brûler la cervelle, afin de s'épargner l'échaf aud : cette grâc^ équivaut à leur aveu; elle prouve aussi la foi de M. Dufatire aux principes qu'il détewL
Dansla réalité, il paraît bien que ces jugés qui^ont péché, mais qu'il ne fallait pas soustraire aleui» juges légitimes, ont été sacrifiés par M. Grémieux f)Oiir satisfîiire Jes rancunes révolutiotknaiires et ^surtout pour placer certains amis révolutionnaires de M. Crémieux. On les a recherchés .après vingt aiis^ ils ont été (destitués pour avoir, par faiblesse pettt*-ètre
OU par erreur, trahi les convenances de la justice, et ceux qui les ont frappés se sont mis eux-mêmes audessus de toutes les lois et de tous les intérêts de la société.
Cependant M. Crémieuxne les avait que persécutés, et M. Dufaure, qui veut les réintégrer , les déshonore, n ne les réintègre pas, il les replace. C'est leur place et non leur rang qu'il leur restitue» et à condition que cette place, ils ne la reprendront pas! Ils la reprendront comme une chose qui leur appartient, et qu'on ne peut leur ôter qu'en vertu d'un jugement, qui n'est pas rendu.
27 mars.
SÉANCE DE l'assemblée. — M. JULES FAVRE. — VOTB
d'un monument expiatoire.
Hier l'Assemblée paraissait disposée à se déchirer sur la question dé savoir si elle tiendrait séance du*jourd'hui. La séance a eu lieu, et, tout le monde a paru d'accord pour ne rien dire. Pas un mot des choses de Paris. Ce silence éist éloquent. A Paris, en ce moment, on vote, et personire à Versailles ne se dissimule que l'objet du vote est la création d'un gouvernement. M. Louis Blanc en a averti hier, et même il a réclamé un décret de satisfaction pour MM. les
PARIS PENDANT LA COMMUNfi. 289
Maires qui ont fait ce petit coup d'autorité. Le Gouvernement n'a rien dit ; l'Assemblée a laissé tomber la proposition dans le sein de la commission d'initiative. Les formes sont gardées; mais la pudeur?... Qui ne dit mot consent, et il s'agit bien im peu de viol.
M. Favre^ au début de son mémorable règne, parlait, non sans fatuité, du rare « effondrement » de l'empire. Et lui-même, que dit-il de la façon dont il s'etfondre, et du poids de la logique sous laquelle il a placé son front fier? Adieu, bourgeois de Paris, avocat, député et membre de l'Institut! C'est fait. Comme ceux du 2 décembre, les lauriers du 4 septembre et du 31 octobre sont coupés.
Nous nlrons plus aux bois!
Il est à supposer que la commission d'initiative ne se saisir a jamais de lapropositiondeM. Louis Blanc; et si quelqu^un à cette heure voulait penser que l'Assemblée a tenu aujourd'hui sa derrière ou son avantdernière séance, il ne s'exposerait pas beaucoup.
MM. les maires de Paris se féliciteront eux-mêmes.
Mais s'ils espèrent se féliciter longtemps, ils ont tort. Eux aussi se placent sous la main d'une logique qui les promènera dans des sentiers rudes et. peu faits pour les bottes vernies.
Cependant rendons compte de la séance de Versailles. Il s'agissait des propositions expiatoires de M. le général Trochu touchant l'assassinat de Clément Thomas et du général Lecomte.
Le terrain était brûlant, on l'afranchi'à la course, II. 19
â9<^ PABM MGIfDAlîT LA GOMi^traS*
Deuil nationa], service religieux, monuxoeut aux frais de l'État, adoptàoa de la famille du général Lecomte, pension à sa veuve, tout a été voté sans développesi^nts et sans contradiction, saufsur un point, et la contradiction est demeurée victorieuse. La proposition voulait le monument au lieu même où fut commis le crime. Dans la région où Ton se montrait hier si implacable envers ces pauvres juges et leur vieux péché, quel<ju'un a trouvé que c'était trop de marquer la place du sang ; que cela sentirait la représaille, peut-être l'expiation.
Le œot a suffi. La commission s'est rendue^ et remplacement. reste indéterminé. Le monument sera élevé quelque part. Que les statuaires et les architectes ne fatiguent point leur imagination. Le concours pour ce monument-là ne sera pas indiqué de sitôt, et nous entrons dans une épocpie^qui ne se fera pas remarquer par l'abondance det» monumenlâ. Du reste, pour les services que les artistes ont pris l'habitude de rendre à Tintelligence et à la morale publiques,, ce ne serait pas grand dommage qu'ils apprissent àjeùner, et les avocats aussi, et les gens de lettres de même ..
Néanmoins le monument expiatoire est regrettable. Une simple croix, sans inscription, serait bien placée là . Elle coûterait peu et pourrait rapporter oudu moins épargner beaucoup. Car, enfin, des exécutions comme celles de Clément Thomas et de Lecomte sont fort coiUenses. Elles ne se soldent pas par le prix de la poudre et du plomb. Mais, d'an autre côté, il faut éviter ce qui pourrait humiliei le mont sacré. Dans cette heui*euse région, berceau de la nouvelle et vraie
PAWS MNDANT LA COMMUNE. 291
République, peut-on admettre qu'il se commet des
crimes?
Un autre point a paru louche, c'est le service religieux auquel l'Assemblée doit assister. Un membre a eu des scrupules. Il a demandé si Ton ne craignait pas de blesser la conscience des députés protestants ou juifs, en les contraignant moralement de prendre part aune cérémonie catholique? L'Assemblée a vu la finesse, et une sorte de huée générale a immédiatement bloqué l'objection dans la bouche du casuiste. Il s'est rendu, comme tout à l'heure la commission, et M. Grévy, en hâte, a fait voler l'article et *la loi. Ces deux assassinés sont devenus importuns. Espérons que du moins la veuve du général Lecomte aura sa pension, et que sa famille ne souffrira pas de l'adoption de la patrie.
Donc, les morts sont enterrés avec une "^certaine décence, les prisonniers sont rendus, et c'est une sorte de preuve que ce Tarmistice » est signé. Mais de l'armistice à la paix, il y a encore quelquefois, en ce temps-ci, un pas assez difficile.
Et M. Grévy a levé la séance.
Versailles, 27 mars.
SÉANCE DE l'assemblée. M. THIERS. — GRANDECR ET
STÉRILITÉ DE SA Srf UATION.
On a vu reparaître la proposition de M. Louis
Blanc et de ses collègues rouges réclamant des éloges pour les maires qui ont pris sur eux de sauver Paris, la République et la France, en faisant célébrer les élections schismatiques d'bier. Cette proposition semblait engouffrée dans le carton de la commission d'initiative parlementaire, mais il a paru préférable que le carton la revomit, afin qu'elle fût frappée d'un refus de prise en considération, ce qui est l'enterrement positif.
Mais avant de laisser passer à ce vote, M. Thiers a voulu remplir son rôle de temporisateur et de neutre qui le condamne à tant d'ambiguïtés. M. Thiers se souvient toujours qu'un souverain n'a point de parti. Comme l'empereur Napoléon en Algérie se déclarait l'empereur des musulmans et des juifs aussi bien que des chrétiens, M. Thiers veut être l'exécutif des républicains comme des monarchistes; il les porte également dans son cœur. Sauf pour ses concurrents de l'antique place de Grève, il a été doux et gracieux pour tout le monde. Monarchistes et républicains lui semblent charmants, il reconnaît tous les droits, il honore toutes les vertus, il atteste tous les bons désirs. Il semble pencher pour la République, mais il n'entend pas disperser les partisans delà monarchie; et bien fin qui dirait s'il est lui-même républicain ou monarchiste. Peut-être n'est-il ni l'un ni l'autre, peut-être est-il l'un et l'autre ; mais ce qtii paraît ne pas faire le moindre doute dans son esprit, c'est ♦jue républicains et monarchistes, ne pouvant se tirer d'affaire que par lui, doivent s'ei^ remettre à lui. 11 n'en a pas persuadé tout le monde.
lia ajouté qu'encore que la situation fut grave, rien n'était en péril, vu les bonnes mesures qu'il a prises, et cela non plus n'a pas paru certain. Mais qlie répondre et que faire? Comme disent les députés, on est bien embarrassé ! Par diverses raisons, qui peut-être ne sont pas toutes solides, ni loyales, ni tirées du fond de dévouement le plus pur, on craint de mettre le feu aux poudres, et on laisse lentement (d'une lenteur relative) l)rûler tant de mèches allumées de tous côtés !
Après l'habile discours de M. Thiers, — habile, puisque personne ne s'est trouvé en état de contredire, — M. de Lasteyrie a dit quelques mots graves et impuissants, mais capables au moins de soulager les consciences qui croient devoir se résigner aux mesures de temporisation. 11 a fait entrevoir la grande part de l'esprit de discipline dans la patience avec laquelle la majorité supporte les excès de l'insurrection , et en même temps il a marqué qu'elle entend laisser à qui de droit la responsabilité de n'avoir pas agi. Cette protestation voilée a été trèssentie.
On adresse beaucoup de reproches à la majorité de l'Assemblée. Nous n'avons pas à nous prononcer sur l'équité de ce mécontentement général qui frappe nécessairement tous les pouvoirs en des temps si lâches et par là même si troublés. Il est certain néanmoins que l'Assemblée a un grand défaut, et il se compose de toutes les qualités qui ont valu à M. Thiers une si grande et si stérile situation. L'Assemblée correspond à tout parce qu'elle ne s'attache
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h rien. Elle ne s'attache à rien, parce que dans son ensemble elle ne croit à rien ; et, parce qu'elle ne croit à rien, elle ne peut rien.
La logique de la langue française exprime bien cela, lorsqu'elle unit dans une mênae misère, morale et matérielle, les peuples qui n'ont ni Dieu ni roi, les classes qui n'ont ni foi ni loi,, et les individus qui n'ont ni feu ni lieu. La triste France est cette foule en détresse, et le grand point de cette détresse est une sorte d'impuissance volontaire à sortir de là.
Quant à M. Thiers, en son particulier et malgré son mérite éminent,il semble plus qu'un autre le type de ce peuple jadis si bien, assis sur lia terre, maintenant le plus iWttant des aventuriers. Soa grand es*prit n'a pu se rattacher à rien et ne croit qu'à l'expé^ dient. Il disait tout à l'heure qu'aucun principe n'est compromis ! 11 le croit sans doute, et il ne sait pas qu'il montre en même temps que, pour lui, aiAcum principe n'est certain.
On lui attribue un mot qui n'est pas inyraiseaaa^ blable. Il aurait dit à certains monarchistes que i8«10 avait voulu faire un civet de lièvre avec un lapin, et que le civet n'avait rien valu ; qu'en 185i« un autre lapin s'était lui-même déclaré lièvre, et n avaitfourjoi qu'un civet encore plus mauifué ; qu'en 1871, comm^ toujours, pour faire un civet de lièvre^ il faut un lièvre. Rien n'est plus vérifié par l'expériemce du> monde; et néanmoins M. Thiersi, à l'heure parésenie, ayant son civet à faire, écarte le Mèyre, écarter aussi le lapin, et propose... un chat!
Il croit même tenir le chat...
PARIS l»fiMDANT LA COMMUNE. â9S
QaêmI à la proposition de M. Louis Blatic, efie a été enterrée après ces mcoras erxercices. Il e^ vraivsemMai^Ie que, si elle avait été prise en coHSidéra^Oion samedi dernier, d*wrg«nce, comme Tarait rédamée son anteur, le résttîtat du verte de dimanche eM été autre, et que M. Louis Blanc lui-même serait sorti du scrutin avec la même pompe qu'on l'a vu émerger de l'urne du 8 février dernier, en tête partout ; et dors, ce trognon de plume, qui s'est vanté un jour d'avoir fait contre la société le serment d'Annibal, serait aujourd'hui dictateur.
Tel éfait le but de la manoeuvre. Il fa manqué, mais il y reviendra, et rien ne prouve encore qu'il le manquera toujours. Qu'importe que la main soit débile et même tremblante si le ven^portelelh^ii?Or, ^jttoî qn^en dise M. Thiers, les principes sont fort compromis ; la pauvre société n'a poinft de cuirasse -et son cœur est bien à découvert.
VeisaiJleSy 13 avril.
l'ÀîlfitMENT Dt BOULET.
Nous avons l'honneur de nous rencontrer, sous les drapeaux du a grand parti de l'ordre, » avec quantité d'aaciens adversaires qui sont, nous le craignons, des adversaires futurs. La plupart font office de généraux xégjoliers; nous ne tenons rang que de franc-
tireur volontaire un peu contraint par la cruauté de la situation et habituellement mal content du plan de campagne. Nous défendons un terrain particulier que beaucoup de ceux qui mènent la guerre voudraient abandonner ; il leur plaît fort de laisser au pouvoir de l'ennemi des positions et des passages qu'à notre avis il lui faudrait prendre. De là, entre nous, [des divergences qui peuvent aller, on le sait, jusqu'aux hostilités. Ainsi le veut la composition du grand parti de l'ordre ; et c'est ce qui explique sa fortune.
Mais une chose en ce {moment nous rapproche : nous sommes tous plus ou moins en déroute. Plumes et langues ne savent trop que dire.Dn'y a que les boulets qui fassent encore figure d'arguments. L'occasion est bonne pour échanger quelques mots tranquilles, à la manière des ombres qui se croisent sur l'herbe molle des champs élyséens, après avoir coutre-opiné furieusement dans les aventures de ce monde.
Or, nous prions nos adversaires libres-penseurs de se rappeler ce que nous leur avons tant dit : Que quand une pierre tomberait de l'Église, elle écraserait la maison séculière, et que, si le Vatican venait à crouler, les débris rouleraient par le monde et n'y laisseraient rien debout. Nous affirmions que les trônes ne résisteraient pas, que les murs des villes fortes ne résisteraient pas, que les portes même de la caisse seraient enfoncées et laisseraient fuir l'âme du bourgeois.
Nous ne redoutions pas de nous rendre fâcheux et
désagréable pour attirer leur attention sur cette pensée, et ils nous renvoyaient bien loin, souvent sans aucune aménité. Voilà pourtant, hélas ! cpie la chose arrive, comme nous l'annoncions.
Ce boulet de Versailles qui frappe sur Paris, et ce boulet de Paris qui ne laisse pas de frapper aussi sur Versailles, crevant ici et là tant de caisses, si ce n'est pas la première pierre tombée du Vatican qui commence à rouler, nous demandons ce que c'est?
Nous invitons tout spécialement le Journal des Débats à nous le dire, sitôt qu'il aura remonté son affût, momentanément retiré de l'embrasure où il se fit pendant quelques jours honorablement remarquer. Le Journal des Débats était le plus savamment satisfait de la situation critique de l'Église. Qui l'eût cru, hormis nous, que lui aussi, bientôt, s'estimerait en péril? Sa porte était certes la plus blindée qui existât au monde. Il était le grand maître d'école de la civilisation moderne, et il avait signé le diplôme de M. Jules Simon.
Un gredin sans nom grimpe au dôme de Sainte- Geneviève pour abattre la croix, et deux coups de marteau en font l'affaire : c'était si peu solide, cette croix ! Mais voilà que les éclats rebondissent sur le pavé, franchissent la Seine et vont dans tout Paris briser les presses de dix journaux, sans excepter les presses révérées du Journal des Débats^ et en même temps combien de serrures !
Tous les obus de Prusse n'en auraient pas tant fait.
Quel sujet de méditation, si l'on savait méditer!
â98 PARIS PENDANT LA COMHiniB
CLxm
15 avril.