LES VICTIMES CLOÎTRÉES
Comme Pyat a senti le besoin d'im comité de salut public, Rochefort et Vallès ont senti le besoin d'une victime cloîtrée. En politique révolutionnaire et socialiste, cette pièce n'est pas moins indispensable que les pinces, les poignards, les bons de la Commune et l'eau-de-vie. Cela soûle, force les portes et tue.
11 leur fallait donc une victime cloîtrée. Ils l'ont trouvée dans le faubourg Saint-Antoine, au couvent de Picpus, récemment pillé. Même ils en ont trouvé trois ; trois pauvres folles que leurs sœurs gardaient pour ne pas les livrer aux maisons spéciales. Deux ont été mises à l'abri par la charité communeuse, très-honnêtement, dans une caserne. La troisième est restée au couvent envahi, sous l'égide. des gardes nationaux et d'une ce brave citoyenne, » qui la montre au peuple.
Là-dessus, les gens de Rochefort et de Vallès rebâtissent l'histoire des crimes des couvents. Jamais
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elle ne fut rebâtie par des goujats plus bêtes. Les instruments de torture, les cachots, les souterrains pour aller du couvent des femmes au couvent des hommes, les ossements qui <c doivent être » des ossements humains et des ossements d'enfants supprimés, ils y fourrent tout. Leurs imaginations sales, mais stériles, n'ajoutent rien à ces accessoires obligés. Il y a de nouveau simplement ceci : « Un ouvrage sur la manière de faire avorter, y) écrit par un capucin, et c( trouvé dans la cellule de la supérieure ! »
D'où il suit naturellement que les couvents sont des lieux de débauche, des écoles de crime, — et que Dieu n'existe pas. C'est la conclusion formelle du Cri du peuple^ par le citoyen Vallès, ci-devant pion de l'Université, ci-devant au Figaro, présentement ministre.
On imagine les déclamations de ces vertueux qui défroquent leurs sœurs de Saint-Lazare pour les installer maîtresses d'école et infirmières à la place de nos sœurs de Charité. Entre Rochefort et Vallès^ Vermorel finira par faire figure d'homme de bien.
Rochefort a délégué un rédacteur « au crime et au mystère de Picpus. » Il n'a pas eu la main heureuse. Son choix est tombé sur un ma&curat qui manque de génie jusqu'à n'être pas absolument sans conscience. Invité par a les honorables gardes nationaux » à visiter ce théâtre de crimes^ il s'y est rendu avec sa boîte à coUodion. Il atteste qu'il a tout vu, et sa photographie atteste qu il n'y a rien à voir. En outre, il raconte comment une sœur, non folle et II. 22
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non intimidée, qu'il s'est permis d'interroger, a fortement mitigé son insolence naturelle.
Il ne garantit pas les ossements ; il n'a pas vu « le souterrain qui faisait communiquer le couvent avec un établissement de religieux situé tout en face ; » il n'a pas vu « le traité des avortements trouvé chez J a supérieure. » Il en parle sur les dires des «honorables gardes nationaux..». Il croit; il aimerait mieux passer pour rural que paraître en douter; mais pourtant Timbécile ne veut pas articuler qu'il a vu. Tu n'iras pas loin, galopin démocratique et social, si tu t'embarrasses de ce reste d'honneur! Et enfin qu'as-tu vu?
11 a vu la sœur Bernardine, victime cloîtrée ; il ^ vu les « instruments de torture ; » il a vu un berceau «un très-petit berceau ! !! »
Quant à la sœur Bernardine, elle a cinquante ans. Elle se porte bien, mais a ses paupières boursouflées » attestent « de longues et horribles souffrances. » Elle se plaint d'avoir été mal nourrie et bien battue. Elle parle peu. Lorsqu'on lui demande si elle n'a pas eu envie de se marier, elle baisse les yeux, et tout bas, tout bas elle murmure le nom du
père Raphaël! Ici notre galopin étoufiFe un soupir
et dérobe une larme.
Quant aux instruments de lorlure, il en donne une description travaillée, destinée à faire frémir, et qui a dû lui coûter gros. Des sommiers étroits, déchirés, couverts de crochets et de courroies, une couronne de fer toute rouillé^, un carcan étroit, un poids, une tringle de fer terminée en fourche,
<( évidemment destinée à assujettir le menton, » un corset de fer, des courroies, d'autres tringles, un support a dans lequel on fixait probablement les pieds de la patiente^ » un « tourniquet, » etc., etc., et enfin « toutes ces horreurs » reléguées dans une chapelle entourée « d'immenses terrains , vagues , qu'aucun cri, si poignant fut- il, n'a jamais pu franchir! y>
L'apprenti rochefortin se demande «c à quoi les religieuses employaient -elles cet attirail, qui rappelle assez bien ce qu'on a trouvé plus d'une fois à Rome ou en Espagne^ dans les caves de l'Inquisition? » Il répond que peut-rtre l'enquête le dira. Mais en attendant, il propose sa petite idée, fort digne de lui : « On commence à comprendre^ ditil, quand on a vu, près de Tun de ces sommiers, un tout petit berceau qui n'a pu évidemment recevoir que des nouveaux-nés» »
Ce qu'il y a d'abominablement plaisant, c^est que le gredin dénonce lui-même la firaude à laquelle il s'associe. Ayant rencontré l'une des sœurs prison-* nières, il a eu l'impudence de la questionner et il a la sottise de rapporter l'entretien. Avec le dédain convenable, qu*it fait très-bien sentir, la sœur lui a dit que les sommiers étaient de vieux lits orthopédiques et que le berceau servait à faire une représentation de Jésus dans la crèche. Ensuite, quoiqu'il voulût continuer, elle l'a planté là, suîQsamment déconfit. Il traite cette religieuse de Bismark féminin. Le fait est qu'elle l'a èismarké.Mdiis il n'a pas voulu perdre sa description, et, comme on le voit, il se venge.
Tels sont ce les crimes et les mystères » du couvent de Picpus, d'après les propres inventeurs. On y a trouvé, en résumé, trois religieuses folles, deux vieux lits orthopédiques et une crèche. C'est d'ailleurs tout ce qu'il faut à Paris, en ce moment^ pour être pillé, volé, emprisonné, diflfamé par la racaille à plume, déchiré par la racaille à dents. Rien ne peint mieux la Commune et ses meneurs.
Ils se sont particulièrement rués sur cette congrégation de Picpus. Avant de piller les religieuses, ils avaient pillé les religieux. Nulle part, ils n'ont montré autant de fureur, commis autant de sacrilèges, autant volé. Dans l'église des religieux, ils ont mutilé une statue de la sainte. Vierge, fusillé une statue de saint Pierre et une statue de saint Joseph, brisé les reliquaires, enlevé les vases sacrés. Dans les cellules, ils ont coupé les bras des crucifix, décapité les images pieuses, brûlé papiers et livres. Ils ont arrêté tous les religieux prêtres et frères, et les tiennent sous leurs verrous. Ils ont enfermé pendant deux jours dans un cachot le frère Lievin-Jacob, infirme. Ils ont mis le revolver sur la poitrine d'un autre (le frère Beunat) et l'ont sommé de jurer qu'il n'y a pas de Dieu. Le frère a dit tranquillement : Eh bien! je jure qu'il y a un Dieu! Et ils ne l'ont pas tué, — ils l'ont dit, — pour yiepas faire un martyr. Quelques-uns de ces gcns-là savent bien ce qu'ils font. A l'égard'des religieuses, on voit ce qu'ils savent imaginer. C'est tout à la fois plus savant, plus scélérat et plus lâche. Insulter des femmes et des vierges, et de cette façon, l'art ne saurait aller plus loin. Ce Paris, cette Corn-
PARIS PENDANT LA COMMUNEr 341
mune et cette littérature sont pleins de ces artistes, tous consommés.
Pour les catholiques, un mot expliquera la préférence donnée à la congrégation de Picpus. Il est probable que les exécuteurs n'en connaissent pas la cause.
La voici :
La congrégation des Sacrés-Cœurs, dite de Picpus, a été fondée en 1794, dans le sang versé par la Terreur, encore chaud. Ton peut le dire. Elle naquit de ce sang, elle sortit des tabernacles brisés et des hosties profanées par les scélérats qui s'étaient targués d'anéantir la foi catholique. Elle leur attesta que Jésus- Christ vivait toujours, que l'Église était toujours féconde, que le sang des martyrs était toujours une semence de chrétiens, et qu'il n'y avait plus de terre stérile là où ce sang était répandu.
Joseph Coudrin, bon et saint prêtre de Poitiers, assisté d'une pieuse femme, établit la double congrégation, hommes et femmes, pour l'adoration perpétuelle et pour la réparation des outrages faits au Saint- Sacrement dans les tabernacles. C'est le but spécial. On y ajouta l'éducation et l'assistance des enfants pauvres, les missions dans les campagnes et les missions lointaines.
En 1814, les deux congrégations vinrent s'établir à Picpus près du lieu des exécutions révolutionnaires, sur le champ même où les victimes avaient été enterrées. Des personnes pieuses leur donnèrent une partie de ces terrains sanglants, afin que la prière pour les morts, victimes et bourreaux, n'y cessât
:joO PARIS PENDANT LA COMMUNE.
s'émeut, s'emporte et finit par dire quantité de choses qui ne sentent en rien le grand orateor, tA le «^nd citoyen, ni le grand homme.
En notre temps de rébellion universelle, il n'y a pas de cuisinière qni n'ait pareille éloquence à la main et qni n'en use arec sa bourgeoise, surtout les jours de grand dîner, n. — Si madame n'est pas contente de mes services, elle n'a qu'à le dire! » Et eUe fait le geste de dénouer son tablier. Mctdame, épouvantée, cède aussitôt, descend de la reïaoîrtrance à la prière. « — Allons, allons, Adoiphine, vous êtes trop vive : cahnez-vous ! » Adoiphine tarabuste ses caBseroles, pousse des cris, verse des larmes, parle ^}e son petit intérieur où elle pourrait vivre en paix, accuse l'ingratitude des maîtres. Madame, traitée de haut en bas, /ile toujours. A la place du civet de lièvre qu'elle avait commandé et qui était promis, elle mange tristement le ragoût quelconque qu' Adoiphine a trouvé bon de lui servir, salé de ses larmes. Il faut dîner, et madame, hélas ! ne sait pas faire le dîner.
Dans le monde moderne, absolument et partout démanché , quel a maître » n'en est là ? O^^l bon bourgeois ne passe sa vie à filer devant ses ouvriers, ses serviteurs, ses enfants, devant tout le monde? Quand il devient souverain, l'habitude est prise. H /lie devant ses ministres, attendant que Tennemî paraisse ; et alors encore, il file^ et alors aussi ses ministres filent avec lui. Pauvre bourgeois, jaAs si tîer; astre filant, astre éteint!
Ainsi vous-même vous filerez, insubordonnée Adoiphine, et ce sera bientôt! Vous voilà sur le
point d'avoir à votre tour une cuisinière. A votre tour vous la verrez cuisiner, non selon votre goût mais selon le sien. A votre tour vous la « tracasserez; » à votre tour il vous sera dit : a — Si
madame n'est pas contente i» à votre tour vous
sentirez amèrement l'inutilité des pactes, du sentiment, de la raison et de l'éloquence : — Quoi, Julie, Emestine et Simonne^ vous auriez bien le cœur de me planter là, laissant le dîner en train? Et tous ces affamés qui attendent? et l'honneur de la maison? et vos serments? Mais vaines paroles. On vous répondra que madame est trop tracassière, que madame est trop ingrate, et que l'indépendance sacrée des serviteurs doit passer avant l'intérêt de la maison.
Nous engageons nos lecteurs à conserver nerfre dernier numéro (1) où cette scène entre M. Tbierset l'Assemblée est relatée tout au long. Le hasard y a réuni deux autres documents dans lesquels deux autres espèces de gouvernement dessinent chacun leur caractère et déroulent chacun leur programme. Le premier est le manifeste du Comité de salut public an nom de la Commune , signé de quatre drôles sanglants, dont un assassin avéré. Le second est le* manifeste de la monarchie, signé de Henry de Bourbon, celui qui pourra deux fois, i^il règne, s'intitider roi par la grâce de Dieu. Car en vérité, nitl ixA ne sera né tout à la fois plus loin et plus près du trône, n'aura été tout ensemble plus donné et plus choisi.
Roi par la grâce de Dieu! ^e de choses cette for-
(i)V Univers du 1'2>biql.
3S2 PARIS PENDAîiT LA COftlMINE.
mule, par elle-même, dit déjà aux intelligences capables de réfléchir, sur cette autre formule si orgueilleuse et si fouaillée par les quatre-vingts dernières années de notre histoire: Roi parla grâce du peuple.
Après Louis XVI détrôné et assassiné, après Robespierre et Barras, après Napoléon, après Louis- Philippe et l'autre république et l'autre Napoléon ; après la République-Fa vre, noyée dans ces hontes épaisses où la fait surnager encore la tête ajoutée de M. Thiers, tête philippienne pleine de vent; après tout cela, régnent par la grâce du peuple les quatre abominables malandrins qui s'intitulent Comité de salut public. Dans le monde moderne , ils sont la résultante et l'expression suprême de la grâce du peuple, comme Néron en a été la résultante etl' expression suprême dans l'antiquité.
Tout le progrès politique du monde avant le Christ avait abouti à l'enfantement de Néron, tribun, empereur, pontife et dieu. De même, tout le progrès politique de la France, séparée du Christ par la doctrine de 89, aboutit à ce fœtus épouvantable qui gouverne la grande Cité. Quatre ou cinq abjects coquins en font la matière, son intelligence est composée des déjections de la cervelle humaine, et par une inspiration où se sent l'ironie divine, il a pris ce nom de Comité de salut public qui est le nom du premier tyran que la France ait subi. La France avait eu des rois plus ou moins sévères ; seule parmi les peuples, elle n'avait pas enduré de tyran. Le Comité de salut public lui en fit connaître la race ; elle a permis plus tard que le sophisme lui en glorifiât l'histoire, et ces der-
niers drôles se sont imposés. Les voici tribuns, empereurs, pontifes et dieux de Torgueilleux Paris, la merveille du monde. A l'avare Crassus on fit avaler de l'or fondu : Tu aimes l'or, bois-en ! Tel est le sort de Paris : Tu aimes la Révolution, désaltère-toi !
Le programme de Henry de Bourbon fait une impression profonde. On est étonné de cette simplicité, de cette sérénité, de cette grandeur. Habitué aux bassesses et aux insolences des postulants de royauté, les uns qui promettent de ramener les affaires, les autres de ramener la mort, on éprouve une sorte de stupéfaction devant ce prince qui promet de ramener la paix, qui ose annoncer qu'il ramènera Dieu, qui ne craint pas de proclamer qu'il est la réforme et la clémence, et qui ne dit rien de trop. La surprise de l'opinion rappelle ce que se disaient entre eux les Juifs : Nul homme n'a parlé ainsi. On a eu le temps d'oublier ce cœur de roi et de père que Dieu fait aux princes résolus de suivre sa loi. On ne sait })lus que ces roislà s'attendent à rendre compte et n'ignorent pas qu'ils doivent respecter le genre humain.
Cependant M. Thiers, tel qu*il s'est montré à l'Assemblée, conserve la chance de gouverner la République, plus ou moins longtemps. Entre Henry de Bourbon et le citoyen Delescluze, entre la croix et la guillotine, M. Thiers offre un milieu si doux!
France, France, prends garde ! Médite ton histoire, souviens- toi de Paris : si tu veux encore des rois par la grâce du peuple, tu n'en manqueras pas, tu n'en auras plus d'autres, et cela ne saurait aller loin!
M. le comte deChaixtbord a adressé à l'un de ses amis la lettre suivante :
ar€omme vous, mon cher ami, j'assiste, l'âmenavrée, aux cruelles péripéties de cette abominable guerre civile -qui a suivi de si près les désastres de l'invasion.
« Je n'ai pas besoin devons dire combien je m'associe aux tristesréflexions qu'elle vous inspire etcom bien jecoaiprends vos angoisses.
«c Lorsque la prenadère bombe étrangère éclata sur Paris, je ne me suis souvenu que des grandeurs de la ville où je suis né. J'ai jeté au monde un cri qui a été entendu. Je ne pouvais rien de plus, et, aujourd'hui comme alors, je suis réduit à gémir sur les horreurs de cette guerre fratricide,
<c Mais ayez confiance, les difficultés de cette douloureuse entreprise ne sont pas au-dessus de l'héroïsme de notre année.
c< Vous vivez, me dites-vous, au milieu d'hommes de tous les partis, préoccupés de savoir ce que je veux, ce que je désire, ce que j'espère ?
Ci Faites-leur bien connaitre mes pensées les plus intimes, et tous les sentiments 4ont je suis animé.
a Dites-leur que je ne les ai jamdis trompés, que je ne les tromperai jamais, et que je leur demande, au nom de nos intérêts les plus chers et les plus sacrés, au nom de la civilisation, au nom du monde entier témoin de nos malheurs, d'>did)|ier nos dissensions, nos préjugés et nos rancunes.
« Prémunissez^les GK)ntr<e tes oalonuôes répandues dans l'intention de faire etaipe que, découragé par l'excès de nos infortunes, et désespérant de l'avenir
PABIS PENDANT LA COMMUNE. ^*jl
de mon pays, j'ai renoncé au bonteur de le sauver.
« Il «seFa sauvé le jour où il cessera de confondre la licence avec la liberté; il le sera surtout, quand il n'attendra plus son salut de ces gouvernements d'aventiQ*e qui, après quelques années de fausse sécurité, le jettent dans d'ejffroyables abîmes.
« Au-^dessus des agitations de la politique, il y a une France qui souffre, une France qui ne veut pas pé- Tii:,et qui ne périra pas; car, lorsque Dieu soumet une nation à de pareilles épreuves, c'est qu'il a encore sur elle 4e grands des^seins.
Xi Sachons reconnaître enfin que l'abandon des piiacipes est la vraie cause de nos désastres.
c( Une nation chrétienne ne peut pas impunément déchirer les pages séculaires de son histoire, rompre ta ehaîne de ses traditions, inscrire en tête de sa constitution la négation des droits de Dieu, bannir toute pensée Teligieusede ses codes et de s<m enseignement public.
<( Dans oes conditions, elle ne fera jamais qu.uno halte dans le désordre, elle oscillera jperpétuellement Bntre le césarisme et l'anarchie, ces deux formes également honteuses des décadences ipaïennes, etn'échapjpeiaipas^au.sort des peuples infidèles à leur mission.
K.Le .p»3?is l'a bien ciî^mpris, quajad il a choisi pour JuandatàÎDes ides iiommes éclairés eomme vous su r JBsbfiôoiasBS de leur temps, mais non moins pénétrés jdes principes jîécessaireB à toute société, qui veut vivre ilaus. riionneur et dans la liberté .
c( C'est pourquoi, mon tdier ami, maigré-oe qui ï?este idoB pMJJB^, toBt le Iwwa isens de la JË'raiiioe aspire à
356 p^Ris pkjSdakt la commune.
la monarchie. Les lueurs de l'incendie lui font apercevoir son chemin; elle sent qu'il lui faut l'ordre, la justice, l'honnêteté, et qu'en dehors de la monarchie traditionnelle , elle ne peut rien espérer de tout cela.
c( Combattez avec énergie les erreurs et les préventions, qui trouvent un accès trop facile, jusque dans les âmes les plus généreuses.
c( On dit que je prétends me faire décerner un pouvoir sans limite. Plût à Dieu qu'on n'eût pas accordé si légèrement ce pouvoir à ceux qui, dans les jours d'orage, se sont présentés sous le nom de sauveurs, nous n'aurions pas la douleur de gémir aujourd'hui sur les maux de la patrie !
c( Ce que je demande, vous le savez, c'est de travailler à la régénération du pays, c'est de donner l'essor à toutes ses aspirations légitimes, c'est, à la tête de toute la maison de France, de présider à ses destinées, en soumettant avec confiance les actes du Gouvernement au sérieux contrôle de représentants librement élus.
c( On dit que la monarchie traditionnelle est incompatible avec l'égalité de tous devant la loi.
a Répétez bien que je n'ignore pas à ce point les leçoft3 de rbistoire et les conditions de la vie des peuples. Comment tolérerais-je des privilèges pour d'autres, moi qui ne demande que celui de consacrer tous les instants de ma vie à la sécurité et au bonheur de la France, et d'être toujours à la peine, avant d'être avec elle à l'honneur.
c< On dit que l'indépendance de la papauté m'est
chère, et que je suis résolu à lui obtenir d'efficace? garanties. On dit vrai.
« La liberté de l'Eglise est la première condition de la paix des esprits et de l'ordre dans le monde. Protéger le Saint-Siège fut toujours l'honneur de notre patrie, et la cause la plus incontestable de sa gran deur parmi les nations. Ce n'est qu'aux époques de ses plus grands malhetlrs que la France a abandonné ce glorieux patronage.
« Croyez-le bien, je serai appelé, non-seulement parce que je suis le droit, mais parce que je suis l'ordre, parce que je suis la réforme, parce que je suis le fondé de pouvoir nécessaire pour remettre en sa place ce qui n'y est pas, et gouverner avec la justice et les lois, dans le but de réparer les maux du passée et de préparer enfin un avenir.
« On se dira que j'ai la vieille épée de la France dans la main, et dans la poitrine ce cœur de roi et de père qui n'a point de parti. Je ne suis pcrtnt un parti, et je ne veux pas revenir pour régner par un parti. Je n'ai ni injure à venger, ni ennemi à écarter, ni fortune- à refaire, sauf celle de la France ; et je puis choisir partout les ouvriers qui voudront loyalement s'associer à ce grand ouvrage.
« Je ne ramène que la religion, la concorde et la paix; et je ne veux exercer de dictature que celle de la clémence ; parce que dans mes mains, et dans mes mains seulement, la clémence est encore la justice.
c( Voilà^ mon cher ami, pourquoi je ne désespère pas de mon pays, et pourquoi je ne recule pas devant l'immensité de la tâche.
3o8 PARIS PBNDÂIST LA COMMUNS.
« La parole ost à la France, et Theure à Didu.
a HENM.
« 8 mai 1871. »
14 mai.
L'Univers est supprimé à Paris. Il est resté sur la brèche jusqu'au dernier jour et jusqu'au lendemain, ayant encore publié un numéro après le décret. En attendant que nous sachions comment il a pu tenir si longtemps malgré une si mâle hardiesse, il nous sera permis de remercier nos collaborateurs de rhonnêur qu'ils ont fait à la cause catholique et à nous.
Eloigné du périlleux champ de bataille, nous devons laisser à qui de droit la gloire de ce ferme combat. Il y avait là M. Du Lac, notre ancien à tous, rédacteur de V Univers depuis le premier jour; M. Léon Aubineau» M. Arthur Loth, M. Auguste Roussel, et M. Rastoul. Craignant davantage pour M. Loth et pour M. Roussel, qui étaient en outce réfractaires, nous les avons rappelés et ils ont enfin obéi, quoiqu'à regret. Les trois autres sont restés jusqu'à la dernière heure. Dieu merci, personne dans la presse n'a plus fièrement tenu tAte aux coupejarrets qui, après javoir affiché tant d'insolence et de férocité, vont maintenant détaler, ou plier le genou.
lô mai.
LESSARD CÔÎCTRE BOUÏIBON.
Le Soir y fondé, si nous avons b^^nne mémoire,. par M. Âbouiy est devenu Ia chose d'nn banqaieBr emmâlé dans les affaires de M. Gambetta. Lejournal aeifes^' sent de cette origine et de cette migjraiioav IL dst tout à la fois prétendant, oa ne sait à quoi^peut^tra à tout, et préientieux. Ce sont deuK; cacaetàz^esi dâ son Abraham^ le brillant auteur de V Homme àsUoreilie. cassée. Il se pique de ne pas beaucoup^croire en Dieu^ lequel, selon lui, ne possède que le mérite de nesieiv vir à rie% tcoisiàme caractère aboutigue^r et le pluâ marqué; cavactèra aussi de hanque^ Mille /^(sm€$> payables à vius, voilà le nom et révangile du? vrai' <lieu des miracles,, créateur, réden^teur, laaîti:^ sottvarain des choses humaines. Ml About ett la ban(]uef ont toujours prêché cela avec un «aplomb et une. 000-^staûice qui attestent la foi la. plus carjpée. Nous, jm nions pas les conviction»;. eelle-<îi est éelatanta» Le Soir y puise un grand mépris poul* la lettre de M. le <:omte de Chambord^ et ce mépris est exprimé du toa le plus hautain par M, Pessard.
M. Pessard (Hector) est notre con&ère. Nous n'avons pas rhonneur de le connaître^, et tout m^^til
3G0 PAhIS PENDANT L'A OMMUNE.
nous manque à dire le moindre mal de lui. On voit qu'il veut avoir de la tenue. Il se plie à faire quelqu'éloge du style royal ; il pardonne courtoisement leur manie aux défenseurs persévérants d'une religion c( qui ne fut pas sans grandeur ; » il convient que a le manifeste de M. le comte de Chambord ne pourrait qu'augmenter le légitime orgueil d'hommes pour lesquels la foi tient lieu de science politique ! » Il faut honorer la courtoisie de ces formules. Néanmoins^ c'est Pessard contre Bourbon, et Pessard dédaignant Bourbon ! L'habitude n'y fait rien, on a un éblouissement.
Au paragraphe suivant, M. Pessard, toujours avec le même inflexible savoir-vivre, se prend à dédaigner Dieu comme il vient de dédaigner Bourbon. Kt c'est même à cause de Dieu que M. Pessard dédaigne tant Bourbon. Il trouve que Bourbon s'occupe trop deDieu. On rapporte que M. Buloz, critiquant un article sur Dieu, condamne d'abord le sujet, pour manque d'actualité. M. Pessard va plus loin contre la lettre royale, et parvient san& e£Port à un comique plus haut, tt II n'est guère queston dans ce manifeste, dit-il, que de Dieu, de l'Eglise et de la religion, questions qui, étant du domaine inviolable de la conscience......
ne peuvent, en notre temps, peser d aucun poids sur les résolutions dun homme politique, et même sur celles du plus humble citoyen. » Franchement, nous ne pensons pas qu'on puisse trouver plus de naïveté nulle part sur la terre. '
Il y a des ignorances de nature, des cécités et des surdités absolues, contre lesquelles aucun raisonne-
PARIS nSKDANT LA COMMUNE.
ment ne prévaut. Mais cette naïveté coriace du libre*^ penseur façonné ad hoc^ qui ne voit pas même Paris , qui n'entend pas même Montretout, et qui se flatte de retrouver sa sécurité et sa bourse dans le même chemin où depuis un siècle il est bâtonné et raflé de plus en plus irrémédiablement, c'est la merveille du monde.
M* Pessard continue de cet air supérieur et content dont sa plume est douée par-dessus toute plume qu'ait jamais fournie oie de France :
A tort ou à raison, nous avons pris Thabitude d'essayer de faire nos affaires nous-mêmes, et peut-être la faute en est-elle à la Providence qui, après s'être chargée si longtemps — et non sans frais (le petit mot pour rire!) — de les mener à bien, nous a conduits trop souvent dans des abîmes où nous serions encore â nous n'avions commencé par nous aider, avant d'attendre l'aide du ciel .
Il paraîtrait, d'après cela, que nous ne sommes plus dans les abîmes, et qu'ayant opéré nous-mêmes, nous voilà tirés du mauvais pas où nous avait mis trop d'abandon à la Providence. La France remerciera M. Pessard qui lui donne cette bonne nouvelle vingt-quatre heures avant les autres journaux, encore occupés à battre le rempart. Ajoutons que par la gravité de son langage et « la solidité de sa politique,» M. Pessard ne peut que nous maintenir dans la bonne habitude « d'essayer de faire nos affaires nous-mêmes. »
Il dit encore, toujours avec là même noble assurance, que M. lecomte de Chambord s'en fait accroire. Selon lui, M . le comte de Chambord témoigne qu'il
362 IrÂRIâ PENDANT LA OdMMUNE.
n a.pa6 sondé les innombrables ccproblèmeftSôdaux,)? qui,. € cx>mme autant d'iovpitoyables sf^hinESi^ »; se dressent ce. de toutes parts ! » Commeat! à ce paya désormais accoutumé k sa ticer de TaibiBiâ pa^ lui^ même et sans le secours de laPcovideace^. mais eor fait a ruiaé.^ envahi pac Fétrafliger^ déehiré pA£ les factions; » à ce pays des innombrables sphinx, .rtuévîpf tier de Henri lY raeommaudaocatime moryea miifue de salut la restauration de la monarchie légitime,, le rétablissement d'une relxgicin. d'État et la pratection du Saint-Siège ! ! !... »
On sent que M. Pessard ne fait .pas Té tonné ; il l'est. L'étonnement dérange un peu ses cordes graves et il semble n'avoir pas bien compiâs ce qm/il. a ]ia..Xi«areâ^ tauration de la monarchie légitiniie, Tavénement d'un roi par la grâce dfe Dieu, c'est-à-dire d'un chef qui a le droit et le devoir d'appeler à lui toutes les énergies^ ce nlestipas peu de^ chose. Beaucoup de c( problèmes sociaux » seront nécdasairemeni rédalus, et quantité de et sphinx»! eassenonl de proposer leurs énigmes meurtriàr>as^ <|uan4. ces événements seront accomplis . M. le comta de Ghamliord dît. qu'il est LA Réforme;, c'estun.très^^â&dsmot, et ce nuoi prouve que les problèmes^ sociaux n'ont pas échappé à son regard. M. Pessard n'en parle pas. En ï?evMiche, il insiste sur la religion. d'État^ dont( Ifr prince ne dit rien. Protection de lareligioui.qai est mn droit à protéger comme un autre ; liberté de l'Église^, qui est une liberté politiqjue aurdessus de toute antre, ne sont pas du tout synonymes de religion de l'État. M . le comte de Chambord ne promet, pas^. et. les ca-
tholiques ne lui d^tBandent pas, ce cja'on appelle la religion d'État. Il suffit aux catholi(jae8 que UÉtat ne* s'applicpie pas'à détruira la religion.
M. Pessard, si âpre au comte de Chami)iO(rdy ai aussi un pro^a«ame. Gen'est poioik sons ntâraole, enh core qu'arucun principe raligieuis^ ne le déprava.. N&9S citoxïs :
Nos sociétés in©dèmes> si mal assises qu*ellfes paraissent être en ce moment, n'en reposent pas moins sur \m prâncipe que rien, désormais^ ne saurait détimiiK.. Gft prâsycàpei c'^afrJteî Droite maie, le droit ^entifiqmmmb établi eta^axiir pouK ongpa le respect de la personnalité humaine dans la mamfestatim, de toutes, ses activités morales ou matérielles !! !
Si le savanti p<^itiqu6 entend bien, ee quHl dit^.. il propcise là le programme de la Commune^ ai MM. Âssi, Billioray, Delescluze et autres sont sas' hommes d'affaires.
Car on a beau se targwr de faire ses aSuires.soir même^ on a toujours un homime d'affaires» Ou pm*l«r grâce' dii peuple ou. par la* grârce de Di<eu^ an autourjours un roi, et le billet de mille^fraûcs luinnèmie,, dieu etroi^ nous gouverne par ses délégués^, (pri sont nos dieux et nos rois* Nous faisons, par e,as. nosaffaires ou ils les font. pour nous; nousneles faisons, pas nous-mémes<.
Deux communeux discutaient. L'un s'appliqjuait à convertir l'autre,, qui avait du bon sens. Le premi^c, l'apôtre, disaii : — Faisons nos affaires nousr* mêmes, et elles seront bien faites. L'autre répliquait en. langue communeuse : — Mais, bv..,.. de bête, je fais faire mes hardespar mon tailleiff, qui.n/est p^
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au besoin il s'indignerait. Tout en souriant, ilre- .garde son sabre : malkeur au roi lot il jette un œil irrité sur sou fusil : que Dieu tremble!
Le «Soir a néanmoins sa figure, en ce temps d'abseacov. Il représente le lecteur des Débats devenu républicain honnête et modéré. Il a axissi son imporjtanee : il est officieux. Il nie Toffice, mais il a tort. On peut être offîcieux en tout bien et tout honneur. €e n'est pas un crime de partager ropinion dugouvermement. Tout le inonde a le droit de se persuader, comme M. Thiers, que M. Thiers est né pour sauver «la France, jet M. Pessard, du «Soir, y est autorisé plus qu'un autre, trouvant en M. Thiers toutes les balles idées qu'il se reconnaît. De cette conformité entre deux hommes, dont l'un est chef du pouvoir et l'autre journaliste, se forme correctement et nécessairement Yofficiosité. L^on se veut réciproquement du bien, Ton travaille ensemble. Quand le ministre est le ministre du journal, comment le journal ne serait-il pas le journal du ministre?
Reste à définir la nuance républicaine t< honnête et modérée. » Ge n'est pas facile^ vu le nombre des échantillons. Garnier-Pagès aux longs cheveux en prononça le nom pour la première fois, le iS mai 4848, dans TAssemblée nationale envahie au cri de : Vive la République! par les hommes de Blancpii. ftï. Cîarnier-Pagès courut à la tribuaie, tout chaiod, 4out bouillant. Il n'avait pas néanmoms une^mkie de lion, ni un regard d'aigle^ ni xme vois: tdotouo^nre. tt Nous aussi, dit^il, noias voidQns la Jlépublifue, iiiai« honnête, wais modérée, ««s*», » flje reste de
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la définition. »e put percer te vaoarme, et la République honnête et modérée se tuouva créée en esprit, sous les traits de M. Cfarnier-Pagès. Elle apparut comme une chose en soi inofiFensive, sinon innocente, mais malheureuse, destinée à recevoir tous les chocs du gant, de la botte et du fourreau de sabre, et à en mourir. Si Ton consulte son histoire, elle vécut et mourui^nsi plusieurs fois^ sans avoir jamais fini de naître.
, Gouvernement de Lamartine mâtiné de Ledru^ (Rollin, elle dura, cahotée et tapotée, du 24 février au.2S juin. Gouvernement de Cavaignac, elle se t99tfia cahin-eaha jusqu'au 10 décembre. Gouvememest-de Louis-Napoléon, déjà plus présidence que République, elle se poussa trois ans dans Tavenue lAe l'empire. Elle périt, accouchant d-un dictateur, fonction normale de toute république^ honnête ou non.
Vingt ans après, 4 septembre, seconde république honnête et modérée. En tête, Jules Favre et Gamibetta; en flanc, Jules Simon et Picard; en queue, iRiochefort; pour agréments, Garnier*Pagès, Pélletan, Crêmieux, Glais-Bizoin, Jules 'Ferrj-; dans les bases et le sous-sol, les B«anvalet,WMot tu, lesFloquet; dans les caves, îles Pyat, les Manqui, tenant couverts d'autirel^so^errains pleins et 'bondés d'autres leboses. Les;Prussiens entourèrent soudain cette belle machine et en empêchèrerot lejeii'hoîinête et modéré. Elle ne laissa voir que sa forée de conception mUi- ' taira, civile et morale ; après quoi, la botte prusdieafiie Téorasa. delà fit un claquement ef&oyâble
qui retentit jusqu'aux extrémités du monde, qui nous désolera jusqu'aux extrémités de la vie. Il y a deux mois, des missionnaires catholiques, chassés de l'Abyssinie, se réclamèrent de leur tilre de Français. Les persécuteurs abyssins répondirent: «France? Plus France ! France république ! Plus roi, plus Dieu. Finie, France ! »
De la seconde république honnête et modérée, il nous reste la carte à payer de M. Gambetta, et le traité de paix, revêtu de la signature de M. Favye.
Rendus à nous-mêmes, moyennant une douzaine de milliards tant prussiens que gambéttistes , et d'autres frais, et le reste, nous avons acquis une iroisième république honnête et modérée. M. Tbiers la gouverhe, assisté du même Favre, du même Simon^ du même Picard, qui font voir toujours leur même talent et leur même vertu. Ayant adroitement débondé les caves et les souterrains qu'avait bondés sa devancière, cette troisième république honnête et modérée s'est trouvée en devoir d'en exterminer le contenu. Cela l'occupe ; elle y puise l'élément d'une durée qu'elle ne pouvait pas se promettre. M. Thiers ne se lasse pas de dire :
(k Restons en république, c'est ce qui nous divise le moins. » Ouï, mais c'est cher!
L*inoffensive république honnête et modérée trouve toujours le moyen d'être fort dépensière d'argent et de sang. Elle enterre immensément, elle ne plante pas du tout. Par ses mains bénignes mais bêtes, le sang de la Banque et le sang de l'homme coulent en abondance, et rien ne pousse, que des
impôts et des couteaux ; pressoirs pour écraser toujours plus les bourses, outils de chirurgie politique et sociale pour amputer toujours plus les gens.
Première république honnête et modérée : amputation de la république socialiste, c'est-à-dire non honnête et non modérée. Seconde république honnête et modérée : honte de la France, mer de sang, amputation formidable de territoire et de milliards. Troisième république honnête et modérée : résurrection gigantesque de la république non honnête et non modérée, amputation de Paris, nouvelle et indéfinie amputation de milliards. Et à la suite de cette troistèniôjEâotputation, comme à la suite des deux autres, quel bénéfice? Un ulcère plus désespérant. \
Il faut donc convenir que la république honnête et modérée a la main malheureuse. D'où lui vient ce persévérant malheur? Ni Dieu ni roi, pourtant, ne la pousse hors du chemin de la raison moderne et ne l'invite à violer le droit nouveau formulé par M. Pessard, en ces termes savants :
Respect de la personnalité humaine dans la manifestation de toutes ses activités morales ou matérielles III
La république honnête et modérée est tout uniment la chimère du prolétariat bourgeois de nos jours, sans ancêtres et sans postérité, à qui l'esprit révolutionnaire persuade qu'il est devenu une classe politique capable de <c faire elle-même ses affaires. » L'infatuation de celte race est inexprimable. Sans cesse renouvelée et de plus en plus ignorante, elle ne 1). 24
profite en rien des effiroyables expériences qu'elle fait. Toujours affamée, elle se jette toujours sur Tappât du pouvoir qui lui est toujours offert. Aa rapport des pêcheurs de morue, ce poisson se précipite sur rhameçon qu'on lui tend; chacun se presse, essayant de passer le premier^ et le sort de ceux que le crochet enlève n'inquiète nullement le reste de la troupe stupide. Chacun s'imagine sans doute attraper et garder enfin le crochet qui les attrape et les garde tous. Toutes réserves faites pour les talents littéraires et oratoires qui frétillent dans la mer démocratique, quel empressement à se bousculer, à se dévorer les uns les autres pour arriver au crochet ! Et après ?. . . »
Nous disons, nous, qu'il faut premièrement ôter le crochet, ou c'en est fait de l'iofortuné peuple des morues. Il faut retirer cet appât, tourner l'appétit publie vers autre chose, dresser les aptitudes et les distribuer à d'autres occupations qu'à cette perpétuelle chasse au pouvoir.
Or, un roi nous semble seul propre à cette besogne urgente ; il n'y a qu'un roi possible, lequel est le roi légitime, le roi par la grâce de Dieu, quoi qu'en dise M. Pessard. Saus Henry de Bourbon, il faut, à travers les flots incléments et les sphinx railleurs , recommencer à chercher sans relâche l'Ithaque de la république honnête et modérée. Quand nous arriverons, Ithaque sera déserte «Pénélope,, lasse de défaire la nuit son ouvrage du jouf, se «ef8t défaite ellemêrae» Nous ne trouverons poiïEt de phare allumé, nous périrons au port*
PARIS PENDANT LA COMMUNE. 37 i
Il n*y a point de bons mots ni de dédains pes&ar^ dins qui tiennent. La lettre d'Henry Y promet plus et promet mieux que toute combinaison de république honnête et modérée. L'intelligence populaire elle-même, tout hallucinée d'opium démocratique, entrevoit qu'un roi régulier, même donné de Diwi.et même perpétuel , serait meilleur nocher qu'un conseil de plusieurs Gambelta, de plusieurs Favre, de plusieivs Garnier-Pagès, même présidé par M. Thiers, même donné du peuple , et même renouvelable toiis les mois.
Nous ne défendons pas la religion , ni l'idée de la Providence, ni l'idée de Dieu. Le Soir en fait des plaisanteries qui seraient encore regrettables, quand même elles ne seraient pas aussi absolument indigentes. Ce sont des traits accoutumés du parti républicain honnête et modéré. On est voltairicn dans ce parti-là, et c'est par ce côté que l'on confine à l'aimable Rochefort. M. Pessard devrait s'interdire ces exercices où il n'excelle pas. Il prétend être né poli; en tout cas il n'est point né plaisant. 11 a beau se moquer du Saint-Esprit, il y a tout de même un Saint- Esprit qui gouverne les choses de ce monde. Par lui sont guérissables les nations de la terre : sans lui, elles périssent. Quantité de Framçads* croiront toujours cela, en dépit de ces bons mots qui sont des blaisphèmes et surtout des platitudes.
On a vu cette aimée àqfuoi s'occupe im peuple qui ne faiit podut ses Piiques ! ffl ei^ y#aisemblable que, ei Paris avait coutume de chanter Fim«, Sancte Spiritm$^ les fossea autour du rempart ne sa^aieiit pas si nom-
breuses ni si pleines, et que moins de puanteurs mortelles s*exhaleraient de la grande ville; il se pourrait aussi que la république honnête et modérée devînt un rêve moins absurde.
Saint Augustin disait aux Romains, après la chute de Rome : <c La prospérité vous a dépravés et l'adversité ne vous corrige pas. Brisés et non convertis par le châtiment de vos vices, vous perdez les fruits du malheur, et devenus les plus malheureux des hommes, vous ne cessez pas d'être les plus impies. y>
Les Romains persévérèrent dans l'impiété. Il en résulta que Dieu balaya enfin cette ordure du monde, et il donna Rome aux nouveaux- venus qui disaient : Au nom du Père^ et du Fils^ et du Saint-Esprit!
' 19 mai.