‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 7 sur 77 · LES JOURNAUX DE PARIS SUR LA NUIT DE NOËL · texte numérisé non relu

LES JOURNAUX DE PARIS SUR LA NUIT DE NOËL

Les journaux semblent s'être entendus pour parler de la fête de Noël. Presque tous lui . consacrent un article. L'un d'eux, assez grave, dit naïvement que nous autres, gens de Paris, a nous voyons même apparaître toute la signification profonde qui caractérise cette fête du Christianisme, à laquelle, dans des temps plus heureux, nous n'eussions donné qu'une attention secondaire. » Hélas ! nous croyons qu'il se flatte et qu'il flatte un peu le plus grand nombre de ceux qu'il appelle 7ious. L'attention

est encore « secondaire » et les considérations poélico-politiques qu'elle inspire «ont secondaires aussi. Dans les dix ou douze articles dictés par la sanglante Noël de 1870, il apparaît surtout un vif regret de tant de boustifailles supprimées. On en souffre pour sa part, on s'en réjouit pour ce qui regarde l'ennemi, « l'attention » que les Allemands donnent à la fête de Ngël étant, sur ce point, beaucoup moins « secondaire » que la nôtre. Le reste est vague. Les conséquences de l'attention secondaire en effet, et trèssecondaire, accordée aux fêtes, c'est-à-dire aux principes du Christianisme « dans les temps plus heureux, » échappent totalement même au journal qui a dit cette grande vérité. Ce sont ces conséquences cependant qui ont amené cette nuit de Noël de l'an 1870 (1), laquelle restera si mémorable pour Paris, pour la France et pour l'Allemagne, et proba- 'blement sera suivie de plusieurs autres toutes sem* blables.

L'Européen n'a pas fini de passer la nuit de Noël dans des trous glacés ou boueux, la main sur la détente du fusil, en tête à tête avec la mort, qui se réjouit de faire coup double. La paix de l'Europe n'est pas pour cette année, ni pour Tannée prochaine. L'année prochaine, la nuit anniversaire de la Bonne Nouvelle sera encore une nuit de glas, on y entendra le duo de la bise et des balles, on y verra encore pour étoiles la bombe et l'obus perfectionnés par la science;

(1) Les Prussiens avaient célébré la nuit de Noël par une ean<mnade formidable.

il y aura encore des tristesses dans les prisons de guerre, des angoisses et des larmes au foyer entouré de veuves et d'orphelins. Le monde est livré à un travail de durée. 11 se défait du Christ, et^ par une conséquence inévitable, il refait César. Ce n'est pas l'oauvre d'un moment !

Et voilà, gens d'Europe, la messe de minuit de César. Vous avez des chances pour la célébrer plus d'une fois, et vous n'y manquerez pas, ni à la messe de l'aurore, ni à la messe du jour !

Ce sera le commentaire de cette parole d'tm de vos grands philosophes, que Vous n'avez pas assez écouté en ce point, où il vous a paru entiché d'un reste de préjugés catholiques, a Chose étrange {?)y dit Montesquieu, la religion, qui semble ne s'occuper que de l'autre monde, assure seule notre bonheur dans cqJui-ci, »

Il est certain que la commémoraison de la Noël du Christ [avait quelque chose de moins fatigant pour le Français et même pour l'Allemand, sans exception du Prussien, que cette première Noël de César.

Gloria in excelsis Deo, — Et in terra pax hominibus bonœ voluntatis ! Ces deux termes sont liés et inséparables, et le premier est la condition du second. Tant que vous voudrez chanter ou Gloria in excelsis Imper atori^ ou Gloria in excelsis Populo^ et tant que vous souffrirez qu'on le chante, dites adieu à la bonne volonté et à la paix du monde ; car la paix du monde est la paix des hommes de bonne volonté.

En parlant ainsi, peur la confession plusr nécessaire que jamais de la vérité, nous ne voulons pas

laisser croire que nous méconnaissons ce qu'il y a de louable dans le sentioient de ragred et de respect qui a inspiré au même instant un si grand nombre de journaux. Nous y saisissons et nous y goûtons un arôme de Christianisme. Est-ce encore Tautomne, est-ce déjà le printemps ? En tous cas, il y a donc, même là; des âmes dont la mort n'a pasi encore pris possession^ ou en qui la vie recommence? C'est, nous n'en doutons^ pas, un fait acquis et grandissant, et c'est en même temps la meilleure arme qui nous reste contre César. Là où quelque chose demeure au Christ, ni. la moit ni César ne prendront pied et ne demeureront éternellement.

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