‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 73 sur 77 · DES DROITS DU SAINT-SIÈGE · texte numérisé non relu

DES DROITS DU SAINT-SIÈGE

L'Assemblée nationale, hier, a discuté ou plutôt voté sur les pétitions de la France catholique concernant la situation du Saint-Siège dépouillé et du Saint-Père captif sous le couteau. Elle a déclaré avec une sorte d'accord qu'elle ne s'occuperait pas <le ca.

C'est le fond. Il y a des formes. M. Thiers a fait un discours. On est étonné souvent du peu de distance qui se mesure entre M. Thiers et M. de La BédoUière.

Dans une séance de cinq heures, très-bruyante, ■deux figures principales ont paru à la tribune. La première est la France philosophique modérée, sous ies traits de M. Thiers , plus ressemblant à M. de La BédoUière qu'on ne le vit jamais; — un La Bédollière froid, décent, chef du pouvoir exécutif. Il a expliqué, répété, ressassé qu'il se trouvait bien embarrassé ;

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qu'il aimerait sans cloute k faire ce qu'il t a demieux, mais que cependant œ qn'il y a de mieux lui paraissant être aussi ce qull y aurait de plus mal, il ne savait vraiment que faire; qw'en conséquenee , il priait l'Assemblée de s'en remettre à son patriotisme et à sa prudence, et que dans ces conditions il promettait de faire tout ce que la raison indiquerait, c'est-à-dire ne rien faire du tout.

L'autre figure est sortie de la foule, pâle, austère,, sans éclat de gloire; mais on Ta vite reconnue. C'était la France croyante. Rarement pareille clameur s'est élevée pour empêcher un orateur de parler. Il aurait dit sa pensée et celle des autres; quel péril ! On n'a pas voulu l'entendre. Pendant dix minutes il est resté adossé à la tribune, et il a du descendre sans avoir prononcé un mot. Nous ne nous souvenons pas d^un député à qui FAssemblée ait rendu pareil hommage et qui art forcé le gouvernement prétendu de la parole et de la vérité à se faire lui-même plus juste et plus sanglant affront. Gardons le nom de cet homme de cœur, qui est en même temps un homme fort poli et fort lettré , et qui professe une foi dont il peut rendre compte. Il se nomme M. de Belcastel, député de la Haute-Garonne. Il lui a été donné, en ce long quart d'heure, de juger et le système, et l'Assemblée, et le temps. Il sait ce qu'il y a dans une Chambre issue du suffrage universel^ délibérante, législative, constituante ; il sait ce qui roule et retentit au fond de ces "Qots écumeux : — Tais-toi, homme qui dirais la vérité !

Il s'en est fallu de peu que le vote ne fut pris à

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l'unanimité. M. Gambetta^ entièrement satisfait des (( déclarations si nettes et si précises de M, le chef du j)Ouvoir exécutif vis à vis de nos relati&ns avec l'Italie et le Saint-Siège, » adhérait à Tordre du jour dont M, Thiers voulait bien. Nous allions former un peu,ple de frères! Mais M. Keller, trouvant que M. Gambetta se moquait sans doute, a déclaré qve la chose ne pouvait pas ceipendant se passer ainsi, et qu'il était vraiment impossible que les amis de tBome ' eussent une même pensée avec les amis de M. Gambetta. M. Thiers s*est terriblement fàché^ mais la lumière était faite. Il a eu tout do même son v-ote^ mais la machine était cassée. Non sans brouhaha, s'en remettant au patriotisme et à la prudence du Sérénissime, l'Assemblée nationale française a renvoyé la cause de Rome à M. le ministre des aflEaûres étrangères...

C'est-à-dire à M. Jules Favre, là-bas, dans les régions morales et politiques où siège cet houmie d'Etat, entre les papiers privés fournis par son compère Minière et les pièces diplomatiques signées par son ambassadeur Senart !

Par ce voté, l'Assemblée établit cortainement une sorte d'équilibre dans la situation. Après la capitulation, après la Commune, et après le renvoi du Pape à M. Jules Favre, on ne peut nier qu'une harmonie .existe entre l'état de la France militaire, Tétat de la France civile et l'état <ie la France catholique. Nou^ avons reçu tout des mêmes mains, dans l'espace de moins d'une année ! Si après cela nous ne nous souvenons pas du règne des Jules^ c'est que

notre mémoire est devenue paresseuse et fatiguée comme nos bras, et qu'il ne reste plus autant de France qu'il en faudrait.

On veut espérer encore que tout ce qui survient en ces jours néfastes est imbécile et caduc, et passera ; qu'il y a une France qui en est humiliée et contaminée, mais non entamée^ et qui n'ignore pas qu'on la déshonore ; que cette France, malgré tout, refuse d'apostasier ; qu elle se lèvera, qu'elle secouera les nains infirmes qui se sont introduits dans son giron pour le gâter, et qui, cela fait, ne savent plus que faire. On se berce de ces attentes, et l'excès même de l'horreur fait d'une certaine manière supporter l'excès expiatoire de l'humiliation.

Un jour e/itin, excédé et écrasé de la honte de ces reniements, le cœur de la France, s'il en reste un lambeau, se tournera sans doute avec amour vers rhomme que le torrent de l'erreur publique n'a pas ébranlé un instant, et dont la main loyale s'oflFre à ce malheureux pays pour l'appuyer sur Dieu. Henry de France voit cette inénarrable misèie d'une nation contrainte sur les plus graves questions de son existence et de son âme, à se tourner vers un vieillard frivole et à lui dire : Faites comme vous voudrez ! 11 voit cette proie facile aux ambitions vulgaires, et ne veut pas l'acheter au prix du mensonge qu'elle lui demande, parce que ce mensonge non plus ne la sauverait pas. Il aime mieux ne point régner que de n'être pas un roi chrétien. Que Dieu lui rende l'honneur qu'il daigne encore nous faire, et que peut-être nous ne méritons plus !

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CCXYIII

27 juillet.

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