‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 102 sur 150 · LES PRINCES D 'ORLÉANS · texte numérisé non relu

LES PRINCES D 'ORLÉANS

Ou dit, dans certaines réunions, que les princes d'Orléans se désisteront de leur titre électoral. Ce conseil serait meilleur que celui qu'ils ont suivi en se faisant élire au mépris de la loi, et sans se souvenir assez de leur dignité et de leur devoir comme membres de la maison de Bourbon.

Quant à l'Assemblée, nous pensons que, si les princes insistent, elle ne doit pas se prêter à ce jeu politique, et que son devoir est de respecter la loi qui les exclut. La validation de leur élection serait un coup d'État qui en préparerait fatalement un autre.

11 ne suffit pas que l'Assemblée soit souveraine. La souveraineté peut abroger une loi, mais non pas la violer. Tout coup d'État vicie ce qu'il fait, et ce qui s'élève aisément par la fraude périt aisément par la conspiration. Établissons enfin quelque chose de régulier et qui se puisse défendre.

Si l'élément monarchique doit dominer dans notre constitution future, que ce soit l'Assemblée elle-même qui le déclare ; que ce soit elle qui fasse ou plutôt qui appelle le Roi. Car si l'on veut la monarchie, il n'y a qu'un roi possible, et il est déjà fait.

A poster un chef de parti et disposer les choses

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pour le mettre à mémo de sauter sur la couronne comme un forban qui fait un mauvais coup, ce serait une pratique peu digne et du peuple et du prince, plus conforme aux bassesses du présent qu'utile à ses misères et que favorable à l'avenir. Elle armerait , elle justifierait d'avance tous les conspirateurs; les régularisations postérieures demeureraient vaines.

En fait de régularisation, Louis-Philippe et Bonaparte ont eu tout ce que Ton pouvait imaginer. Consentement tacite, explicite, répété. Rien n'a suffi. Jamais ils n'ont osé, jamais ils n'auraient pu faire ju»» tice. Le vice de leur origine les a contraints de conspirer contre eux-mêmes et contre la France. Personne no se sentait lié envers eux. Redevables à la conspiration, ils ont payé. Et nous aussi nous avons payé, et nous payons, et nous paierons. On connaît le prix.

Les princes d'Orléans admis dans l'Assemblée y seraient fatalement des conspirateurs, ne le voulussent-ils pas. On peut exiler, déposer, tuer des hommes de sang royal : on ne peut les transformer en simples citoyens. Eh quoi! un Arago déjà n'est plus un simple citoyen. S'il nait un petit Gambetta qui devienne un homme, ce ne sera pas tout à fait un homme comme un autre, par la raison que son illustre père aura signé des décrets souverains. 11 faut se résigner à ce mystère ennuyeux pour la démocratie. Est-ce que les petits Garibaldi ne naissent pas généraux français? Est-ce que nous n'avons pas un petit Carnot qui naquit député eu dépit de nature?

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Combien d'autres pareils fils des dieux, qui n'ont jamais su ni acquérir la moindre valeur ni se garer des grands emplois 1

Un Bourbon est un Bourbon. Il faut en passer par là. Et les deux Bourbons qui frappent à la porte de l'Assemblée n'y ont pas été envoyés au mépris de la loi, uniquement pour fournir deux voix à la confection de telle ou telle loi.

Mais la raison qui fait qu'un Bourbon est plus qu'un autre citoyen fait aussi qu'un Bourbon n'est pas un citoyen. Il n'existe en réalité qu'un Bourbon politique, c'est le cbef de la Camille, et celui-là aussi est tout autre chose qu'un Français de plus! Le mot de Charles X est joli, aimable, français, mais feux en politique. Un Bourbon est uu héritier du trône ou un aspirant au trône. Héritier, il attend et il obéit; aspirant, il conspire, et la raison politique prdoune de l'écarter.

Henry de Bourbon donne un exemple que ses cousins regretteront de n'avoir pas imité. Il se tient à l'écart, il ne s'offre pas, il n'a pas sollicité uu département de l'introduire par une porte dérobée comme candidat à la rovauté. Si la France a besoin «le lui, elle sait où elle le trouvera.

Ce qui conviendrait à l'égard des princes d'Orléans, ce serait de leur faire sommation de se soumettre à leur chef. Nous n'aimons pas le mot de fusion trop généralement employé.

Les primes d'Orléans n'ont pas de droit distinct. 48:io ne leur a créé qu'une situation mauvaise, irréguliere. séditieuse. Elle les oblige à rentrer dans

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l'ordre, voilà ce qu'exigent leur honneur et l'intérêt du pays. Autrement ils sont des princes révolutionnaires et des révolutionnaires princiers, ce qu'il y a de pire dans le régime monarchique, et ce qu'il y a de pire dans le régime républicain. S'ils veulent conserver cette situation, ce que le chef de la Maison de Bourbon peut faire de plus sage est de leur Ater le rang de princes, et ce que la République doit avoir de plus pressé est de leur retirer la qualité de citoyens.

Henry de Bourbon ne les exclut pas, il n'exclut personne, et c'est le privilège incomparable de sa situation. Ils excluent Henry de Bourbon, et avec lui ce que Ton appelait sous Louis-Philippe les partis extrêmes, sous Bonaparte les vieux partis, sous Jules Favre la République honnête et modérée.

Ils sont ce juste-milieu, de qui personne ne veut longtemps ; ce troue, ce ventre sans tète, sans cœur, sans jambes, qui roule de ci, de là jusqu'à ce qu'il ait trouvé avec Louis-Philippe la fosse, avec Bonaparte le trou, avec Jules Favre l'infâme abîme.

DEUXIÈME SIÈGE

Au point où nous en sommes, ce n'est pas un homme de guerre ni un homme politique qui peut nous sauver : cette lâche ne peut être remplie que par un homme de Dieu. Le démon qui nous tient est de ceux qui ne peuvent être chassés que par le jeûne et la prière.

Nous en avons le sentiment, et tous nous disons : Perimus! Mais telle est la profondeur de notre mal que personne ne sait ou n'ose dire : Domine, sotte nos! Et la tempête fera ce qu'elle voudra de la pauvre barque en péril.

0 triste peuple sans Dieu !

19 mars.

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