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M. THIERS DETIENT RÉFTOLICÀIN.
Nous ne voudrions point contrarier M. Thiers. II est certainement aussi intéressé que personne à sauver la civilisation ; il a son plan, qu'il ne peut Jire â tout le monde. Cette considération , jointe à *m grand renom d'habileté, doit donner patience. D'ailleurs, quand on est du grand parti de Tordre, il faut bien accorder quelque chose au gouvernement, ei ne pas se jeter tout de suite dans une opposition intraitable. Si Ton dit que M. Thiers lui-même en a fréquemment fourni l'exemple, ce n'est pas une raisuu.
Mais il serait juste que M. Thiers, à son tour, ne fit pas trop d'opposition à la majorité nationale exprimée par l'Assemblée. Or il prend une habitude taquine et, suivant nous, périlleuse de crier ; Vive la République ! Cette « profession de foi » revieut dans toutes ses proclamations, discours et dépèches, c'està-dire au moins une fois par jour. C'est souvent! Est-il sûr d'être eu cela bien sage et de rester hkcu strictement dans son droit? A notre avis, il empiète, et de plus il agace.
Il empiète sur le pouvoir constituant. On lui a, dit-il, donné la République, il veut rendre la Repu* hlique. Ce n'est pas nous qui blâmerions tant de
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probité ; seulement M. Thiers s'abuse sur la nature du dépôt. La France n'est pas légalement en république, elle est en provisoire, voilà tout. Ce n'est donc pas la République qui a été placée sous la .garde de :M. Thiers, c'est le provisoire, le pur et simple provisoire que sa louable probité l'oblige de rendre. Nous ne contestons pas son aptitude à choisir une constitution , même à nous la faire ; «encore faudraitil prendre les voix. Mais il ne s'agit point de soji aptitude, il s'agit de sa qualité. Nous soutenons que la qualité lui manque. Certainement il n'a pas été élu député en vingt-cinq départements, ni promu pouvoir exécutif pour constituer la France, et, qui plus est, pour la constituer en république.
Il a un vieux bon mot de i 849 : « .Restons en république, c'est ce qui nous divise le moins. » Après vingt-deux ans, ce vieux bon mot n'est pas deveou parole d'évangile, et ne s'est pas, comme la loi saiique, gravi» « ès-erçurs des François. » On peut même dire qu'en 1871, le bon mot de 1819 a perdu de son sel. Sans doute, toute langue bien pendue et toute plume suffisamment exercée prouverait aisément que la République est ce <pii nous divise le moins. Mais ce jeu desprit serait un outrage aux angoisses de la France. Voilà un siècle que nous nous battons, que nous périssons, que nous pourrissons, pour attester que la République n'est pas ce qui nous divise le moins.
Si M. Thiers, fidèle ;\ son bon mot, est devenu républicain, c'est un malheur. Il n'en disait rien au temps des élections ; sa fortune électorale en eût
souffert. On lui eût demandé de définir sa forme «1. république. Mais républicain tout court, c'est-à-dirt* suivant Tune des formes successivement essavées. rejetées et reprises depuis M. de La Fayette jusqu'aux anonymes de la nouvelle Commune de Paris, cela n» peut passer, quelqu'un devrait l'en avertir. La majorité française repousse toutes ces façons de républiques-là. Si M. Thiers persiste, alors qu'il parle pour lui. Quand il a l'air de parler au nom de la France, il usurpe.
Il y a un cri de Vive la République! et un cri de Vive la France ! qui ne sont pas du tout le même cri, et tous ceux qui crient vive la République ne crient pas la même chose. M. Thiers ne l'ignore pas. Un homme d'un esprit si fin devrait avoir horreur de fatiguer ses poumons dans un exercice manifestement infructueux. Que pense-t-il gagner à faire flotter entre Versailles et Belleville cette loque multicolore, ce vieil habit d'arlequin?
Que M. Thiers cesse de désobliger quantité de gens qui lui souhaitent de bien finir ; qu'il ne leur donne pas le crève-cœur de le voir insensiblement prendre la figure d'un Serrano, lui qui a fait de* livres intéressants. Qu'il s'occupe de réduire Paris; et en attendant, qu'il nous présente au moins une république définie, mais surtout qu'il nous garde dans le provisoire : c'est la chose qui nous divise le moins provisoirement.