PROCLAMATION AUX PARISIENS
Le gouvernement publie une proclamation ou sommation « aux Parisiens » où ne manque pas un certain accent de poignet. La résolution d'en finir avec la force par la force s'y exprime d'un ton qui dénote la certitude de posséder le matériel suffisant. Donc, la fameuse * action décisive, » si annoncée, si ajournée et si désirée, va enfin s'accomplir. Il le
oit) l'AHIS l'KMiAM LA COMMISE.
faut. La pression allemande ne permet plus de tarder. Ou le gouvernement légal, ou les Prussiens « sans merci. » 1/ argument est irrésistible. Nous regrettons que le gouvernement se soit trouvé dans la nécessité de remployer, a La fortune, » connue disait 1 éloquence de la feue Défense nationale, ne nous veut faire grâce de rien. Par toutes les mains, sur toutes les claies, à travers toutes les amertumes» nous sommes trainés à toutes les humiliations.
Formidables et interminables gémonies! Oh! qui nous lavera de cette histoire? Qui nous lavera vaincus, et qui nous lavera vainqueurs?
Le document d'aujourd'hui ne nous sera pas une pièce à décharge. La littérature en est négligée, la politique douteuse, la morale plus que légère, II exhale une odeur mélangée de patrouille triomphante et d'enterrement civil, sous la direction de quelqu'un qui serait tout à la fois M. Prud'homme et le seigneur Matamore. On y cause de ses petites affaires, des moyens de faire remonter le 3 pour 100, des réparations à exécuter dans le logis mortuaire afin d'y ramener sans délai les His, les Grâces et les Amours. Du mort et de sa pauvre âme, pas un mot.
Nous voudrions savoir quelle est la doctrine de Vè tre composite, et jusqu'à un certain point fictif, qui uous parle comme {gouvernement de la cho*» encore plus composite et encore plus fictive à laquelle il donne le nom de République française?
Nous voudrions savoir en «juoi ce gouvernement diffère essentiellement, dans la pensée du gouvernement, de la Commune? S'il croit avoir plu» d'idée»
P4A1» P£MMNT LA COMMUNE. 347
morale*, et comment il le prouve? S'il admet davantage l'immortalité de l'ànie et ta responsabilité devant Dieu? S'il est plus persuadé de l'existence même de Dieu et de sou intervention vengeresse et réparatrice dans les choses de co monde?
L'être en question a toujours été trouvé court sur ces points dont il parait ne pas soupçon uer l'importance ; en ce moment solennel, il est plus court que jamais. 11 semble persuadé que les maladies morales se guérissent à coups de canon, comme le comité de salut public semble persuadé qu'elles se guérissent à coups de couteau. 11 hausse les épaules, lorsqu'on lui dit que le canon, loin d'être le remède, est la nulad ie.
En vérité, reprendre Paris uniquement pour le balayer « et rétablir la circulation, » ce ne serait pas la peine. Il faudrait au moins indiquer que l'on songe à l'assainir, qu'on cherche le moyen d'empêcher les barricades d'y repousser toujours et toujours plus belles.
Nous en reparlerons. C'est assez pour aujourd'hui de protester contre cette absence de toute pensée morale, dans une pièce qui nous annonce le prochain assaut île Paris par une armée française !
Nous nous permettrons aussi un mot au sujet des « Parisiens » mm combattants, à qui l'on annonce de mauvaise pxAce leur prochaine délivrance. La proclamation s'atlrefsantpête-méle aux tyrans et am tyrannisés les morigène également, mais les tyrannisés, d'un certain ton pins âpre, comme m le 48 mars et tout ce qui s'en e*t suivi était leur fiante. La
Franco, leur dit-on aigrement et impoliment, « a le droit de se sauver, 5/ vous ne savez « pas vous sauver vous-mêmes. »
Pour l'excuse de ces malheureux, nous objecterons qu'ils pouvaient, jusqu'à un certain point, se croire munis d'un gouvernement qui avait charge de les sauver. Ils paient assez cher leur erreur.
Il est bien vrai que ce gouvernement s'est « sauve lui-même», les plantant là. L'exemple était bonsan» doute, et ledit gouvernement l'a immortellement donné; mais d'un tel pas qu'on eût eu peine à le suivre.
Le premier venu n'a pas, comme un gouvernement, le don, la facilité et le courage de déménager subito, abandonnant tout à l'ennemi, armes, trésors, vieillards, hommes, enfants, pupilles, honneur, enfin tout !