‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 119 sur 150 · CLXX1X · texte numérisé non relu

CLXX1X

19 nihi.

I»K8ThlCTION DE LA COLON* K.

Us ont jeté bas la colonne. Le dessein était m brutal, et, de leur part, si sot, qu'ils y tenaient absolument. C'est fait. Le grand trophée et la grande idole gisent sur un fumier dans la fière rue de la Paix. maintenant indigente. Le nouvel Opéra, fœtnsmoi*-

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tre, conçu aux nuits d'orgie, avorté aux jours de sang, a vu cette chute. Là les demoiselles Carpeaux, plus que nues par permission des ci-devant Autorités, mènent publiquement leur danse. Au son des castagnettes de Montmartre et de Moutretout, dansez, filles Carpeaux, et que vos chants règlent vos pas, suivant les usages du lieu ! Chantez la chanson de bienvenue de l'abîme éternel : Quomodo eecidisti Lucifvr?

Courbet a fait le coup. Courbet le bon peintre des chairs sales ! Il les peint si bien qu'à les voir seulement on en sent l'odeur. Comme l'admirable Carpeaux fait puer h* marbre, ainsi l'admirable Courbet fait puer le châssis. Courbet des Baigneuses, Courbet du cochon attaché par la patte, Courbet le penseur qui a peint sou ami Proudhou pensant un livre! Ce Courbet amusa longtemps Paris. Il aboyait au prêtre, il niait Dieu, il faisait de l'esthétique. Paris cria : Bravo, Courbet, rénovateur de l'Art! Courbet vit néanmoins qu'on si? refroidissait. — Ah! ah! Je saurai raviver in<»n nom; je le tatouerai dans l'histoire! Il a renversé la colonne, laissant debout le socle, à porter le nom île Courbet. Courbrtfcrit! Kt il entre en effet dans l'histoire, ci» bel artiste, une scie et une corde à la main. Korhefort^ Vallès, la bandedes lettrés le suivent, portant le Mylet, les fausses clefs, la pince, tous les ••ii^ins des escarpes et voleurs de nuit. C'est l'Institut • le la République.

Pauvre colonne! sur le fumier, en troi> tronçons, comme un ver coupé par un enfant cruel. Selon Courbet, l'oMvre n'était pas « artistique! • Qu'en

sait-il, l'envieux lourdaud? Il n'est pas artiste, il n«l pas juge, pas même bourreau régulier. Il n'est qu'assassin. Mais quelquefois l'assassin est suscité et lâché sur la proie par la justice mémo qui lui demandera compte. Dans les temps impies, la justice emploie le crime à punir le crime, afin que le monde voie mieux à quelles mains infâmes son crime Ta livré. Nul juge légitime n'eût abattu ce monument, et néanmoins il y a ici une justice faite. Couvrant d'une exécratîou entière le vandale insolent et stupide, la conscience humaine regarde l'œuvre abolie et ne lui accorde qu'un regret léger. C'était une emphase de l'orgueil, un champignon gonflé du venin de la fausse gloire : sou* les coups d'an autre orgueil, le champignon tombe, corrodé du même venin qui Ta produit.

Ceux-là doivent gémir et s'irriter amèrement qui ont élevé ces sauvages et qui sont encore à s'en repentir. Pour se grandir eux-mêmes, pour achever leurs desseins et leur gloire, ils ont donné au peuple de fausses notions de tout. Le peuple culbute leurs desseins, abat leurs monuments, avilit leur gloire, tournant contre eux les mensonges dont ils l'ont nourri et les passions dont ils l'ont enflammé.

M. Hugo, remisé à Bruxelles, a rêvé de sauver la colonne. Jadis il l'avait chantée ; cette chutelui écrase une oJe. « Son cerveau tenaillant, » il en a décroché un quintal d'étranges alexandrins, secs et craquants, qui font un bruit île mitrailleuse et qui exhalent un fumet de chou. Quelques-uns pourtant sont beaux

.Nul n'a fût t:int de vers, ui *î beaux ni si httes !

PABIS IHERDAKT LA COMMCTUE. 375

Mais, à travers des prosternements d'une extraordinaire lâcheté devant le « peuple » armé déjà de la scie de Couihet, M. Hugo décrit bien le caractère révolutionnaire de la colonne, selon son sens détraqué. Il veut que l'on conserve la colonne parce que, sous la figure des soldat» de la Révolution, elle représente la France chantant la Marseillaise et montant à Tassant... du progrès ! C'est bien drôle, la raison poétique! M. Hugo ajoute que ces grands soldats

Tinrent le Pape et le? row, l'ombre nuire Et le pa«K\ captifs et cernés dans leur gloire. . .

Voilà! Avec moins de simplicité et beaucoup plus de chevilles, c'est la vieille chanson du chauvin :

Ah ! qu'on est lier d'être Français l^rsHju'ou regarde la ooJoont I

Paris, — Paris chevalier, dit M. Hugo, — est devenu humanitaire, et ne se targue plus d'avoir tant pris « le bronze des batailles. »

Les |m*u|i1i»s smit |K>tir nous «les frerc» !

C'est sa chanson d'à présent, et il jette la colonne sur un fumier.

Par le progrès do la littérature humanitaire, on a pu amener le chevalier Paris à démolir la colonne, comme ou a pu l'amener facilement à fusiller les généraux et à noyer les gendarmes, comme on pourra Tamener à massacrer les « otages » au nom àt la tondre humanité, ils en font même une thèse : «Qu'estce que c'était, cette colonne? disent-ils. Un cri antihumanitaire et auti-é^alitaire ; un hymne à la gloire

:(7ti i'akis j'EsnAsr la commis.

■l'un séducteur du peuple. Le peuple a monté là, sur ses épaules, au prix de sa sueur et de son sang, le plus criminel gendarme qui ait traversé le momie moderne. H l'a dressé précisément pour être le pape et le roi, l'ombre noire et le passé. Noua l'avons jeté bas, afin de rompre avec le militarisme, coût limier du même crime, et nous avons assuré la liberté. •

Ces raisons, pour n'être pas en vers, valent bien celles de M. Hugo. L'illustre pharmacien Miot, membre de la Commune, ajoute : Celui qui n'acceptera pas la liberté, nous lui couperons la tète! Conclusion très-correcte, à laquelle M. Hugo ne répliquera pas. S'il osait répliquer, on le réfuterait par lui-même.

Tous, ils pataugent dans un gâchis tic boue, de fange et de bêtise. Leurs monuments tombent sur eux et les écrasent, pendant qu'ils continuent d'insulter Dieu , criant les uns qu'il n'existe pas , les autres qu'il n'agit pas.

Nous le voyons agir, nous le voyons se venger. Il entend le eri indigné de l'âme, chrétienne qui le presse de se lever et de juger sa cause.

Et nous regardons d'un <eil tranquille crouler subitement ce qui avait monté si haut, monter subitement ce qui croulera si bas. Après tout, puisque ces sages et ces fous se font un même jeu d'arracher la pierre fondamentale , il est juste que les maisons branlent et que les colonnes croulent. Nous aimons mieux la ju-Jtîce de Dieu que nos biens et que nousmêmes, et que) bien pourrotis-uous attendre de ceux qui ne vcnleul pas de Dieu!

P ilUS l'LNhAM LA COMMUNE. 377

20 niiii.

mociikpok r.

Ilochefort a été arrêté ce matin, en compagnie Je moii>ii»ur sou secrétaire. Comme on le pense bien, il fuyait. Pour Paris, ce n'est pas uue perte; pour Yersailles, ce n'est pas un gain. Cet illustre chenapan poiis>ait au feu, mais n'y allait pas. La police lui fait l'honneur de le garder de près; elle a toujours été bonne pour lui. Malgré la teudresse qu'il lui inspire, «*llf n'a nulle appréhension de le voir retourner au rempart, lue fois qu'il est tenu, il ne s'échappe pas; il s'évanouit. Sou Mut d ordre ^ si insolent et si sanguinaire, où il a insulté, dénoncé, ditTamé et, l'on peut le dire, assassiné, n'a jamais été qu'un mot de pas>e.

Par nature, H<»chefort était né employé, par talent \.iude\illish» ; l'orgueil et l'incapacité de penser Tout lait révolutionnaire; il est devenu terroriste par peur. CVM l.i Miiiplc histoire d'un dcini-cent d'autres polissons qui depuis trois ou quatre mois ont troublé tant de tètes, allume tant d'incendies, taxé la France a tant de larmes et de sang, lue pointe d'esprit tant *«>it peu plus aiguë, un fumet île corruption tant soil peu plus prononcé ont mis Itochefort en vogue; voilà

lo secret de sa gloire. Il est devenu la perfection d>ce qu'on peut appeler en littérature comme en négon* « l'article-Paris. » Tout le monde sait que la bimbeloterie parisienne est sans égale pour la fabrication du pamphlet-mouche. En soi, ce n'est rien, mais cela peut produire les effets du picrate et de la nitroglycérine. Rochefort a véritablement renversé l'Empire, Courbet le butor, manipulé dans l'atelier parisien, a fait sauter la colonne, c'était plus malaisé.

Rochefort présente d'ailleurs un phénomène psychologique curieux. Naturellement, il n'était pas •■<■> qu'on l'a fait. Insolent, oui ; cynique, encore ; mai* pas délateur, pas persécuteur, pas féroce ; incapable de se prendre au sérieux, ou seulement d'en avoir l'air comme par exemple ces deux vieux montants de guillotine, Dulescluze et Pyat. On ne le croyait pas non plus absolument l:\chc, ni de l'horrible espèce qui en veut davantage aux faibles, aux purs, aux innocents. L'infatuation du succès, la nécessité de soutenir son rôle, la peur ensuite ont accompli ce hideux prodige.

Il est arrivé au tin fond de l'infamie littéraire dam l'affaire des religieuses de Picpus. Jusque-là, plusieurs le balançaient. Depuis l'affaire de Picpus il e>! premier. Si l'on disait «pie la presse parisienne actuelle recèle son égal , nous demanderions dr> preuves.

Il est le type. Nous ne voyons rien do plus déformé, de plus avili par [dus de genres de bassesses a la fois. Il est par excellence Tinssent, le haineux, le féroce, le méchant. Il est celui qui lèche son rouleau

PAW MBtDAKT LA COMWITIfK. ST9

pour l'empoisonner; celui qui s'étudie par prudence à ne pas donner la mort, et par plaisir à faire une blessure qui ne guérisse pas ; celui qui frappe sans avoir même à se venger et qui aime mieux tourmenter un innocent que blesser un ennemi ; et d'ailleurs en tourmentant l'innocent, U tourmente aussi d'une façon plus exquise rennomi qui voudrait en vain défendre cet innocent. Rochefort est devenu le gredin pur. Il a cela dans lame; cela se lit sur son visage et dans son style, à travers un vernis formé des sueurs ignoble» de la peur.

11 ses! doue sauvé, l'insigne drAle. Au dernier moment , il n'a pu tenir, il ni pas su imiter Verurinesch, Venninorel et Ver minai lès, qui demeurent. EtPyat, qu'il a tant accusé de poltronnerie, est vengé. Pyat est un Roland à côté de Rochefort.

Et notes bien que Rochefort est innocent. Il n9a pas un moment perdu la tète. Au milieu Ai ees folies de Bicètre, en dénonçant, en insultant, en versant la vin des démences assassines, il s'est conservé légalement innocent 1 On ne pourra trouver à son dossier tout un plus que des délits de presse. Il n'a exercé aucune fonction, n'est d'aucune assemblée et d'aucun comité; il s'est abstenu de signer autre choae que ses articles. Voilà le maître!

Après tout, son ami M. Picard ne ferait rien de très-illégal en le nommant préfet.

U80 P\H1S 1-K.MiANT L\ rOMMLSK.

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