‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 133 sur 150 · LE CHAPEAU DE M. GLA1S-BIZOIN · texte numérisé non relu

LE CHAPEAU DE M. GLA1S-BIZOIN

On s'amuse à Versailles des récents malheurs de M. Glais-Bizoin.

Cet homme illustre est possesseur d'un chapeau unique, quelque chose comme un turban de vieille peau de mouton gri^e et grasse, et sentant le suinf. Il parait partout sous ce chapeau qui le fait reconnaître partout. On trouve son chapeau plus cynique encore que sa position sociale, plus cocasse que sa ligure, plus montant que son génie. 11 a porté ce chapeau a Tours et à Bordeaux, et c'était alors la couronne de France. Il l'avait à Paris lorsqu'il a salue la chute de la colonne. 11 est venu ces jours-ci le produire à Versailles sur les Réservoirs. Mais là on s'est fâché.

Des personnes médiocrement endurantes sont venues l'interroger sur son chapeau et sur ce qu'il y avait dessous. On lui a dit bien des choses! 11 s'est embarrassé, il s'est expliqué, il s'est irrité, et il a ôté son chapeau et ce qu'il y avait dessous. On ne le voit plus.

Il n'a pas dit qu'il reviendrait.

Tours et Bordeaux le regretteront. Il était bon enfant. On le voyait assis sur deux chaises dans les cafés; il «lisait les secrets du gouvernement, et toute la journée il nommait des sous-préfets, des juges, des généraux, etc., sans leur faire payer la consommation.

Si ce petit arti«le va le trouver dans sa retraite, qu'il sache «pie nous lui rendons justice et que personne ne lui en veut. Il ne faut pas que sa disgrare «le Versailles l'afflige outre mesure. On Ta hué, sifflote et presque tapoté; mais c'est à cause de son drôle «le chapeau, un peu aussi pour la colonne, et surtout pour le i septembre. On avait là le 4 septembre sous la main, c'était bien tentant. Du reste, personn»' n'ignore qu'il fut eu que le 4 septembre pouvait montrer «le plus innocent et de plus pur, et qui» «If toute cette première bande il restera le plus honore

lblas ! Seigneur, m i»oii> sommes condamnés à deiiicuivr «lati> ces < omlitioiis-la, contentez-vous de iioii> mtli-.T dr> 4ilai>-Ili/.oiu;

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t:U PARIS PEKDA5T LA COMMCXE.

3 juin.

CANONISA MON CIVILE b'i'N RÉDACTEUR Dr SittU.

M. Chaudey, rédacteur du Siècle, assassiné par Raoul Rigault, étuit républicain. Le rang que lui a donné M. Thiers au-dessus de toutes les autre? victimes, comme si ce n'était plus rien d'assasÀner l'archevêque après a^voir assassiné « le généreux Charnier, » lui fait un grade posthume que le Si+rle exploite trop. On parle de statue. Ce serait beaucoup.

À le juger sur les éloges funèbres, M. Chaud* \ était de ces hommes au c«rur droit, à l'esprit court, nés disciples, « ] ni si» jettent témérairement dans des entrepris infiniment plus hautes que leur génie rt ne se font aucun scrupule de déchaîner des torrent» infiniment plus lui (s ipie leur bras. Us décorent de leur prnl'ilé personnelle des écoles, des opinion*, des coups de parti <jui sont incontestablement sans probité. 11 se donna d'abord à Proudhon, très-médiocre républicain, et par la perversité de son intelligence, très-médiocre honnête homme* Chaudey bt l'ami, l'exécuteur testamentaire, l'éditeur de «t athée scélérat, qui a tant semé la graine de commu-

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ueux. Au temps où nous sommes , éditer Proudhon ne coustitue pas ce que Ton peut appeler un acte d'improbité, mais ce n'est pas non plus une preuve île grande hauteur politique ou morale. Proudhon savait ce, qu'il faisait aussi bien que Verinorel ou Hochefort, pout-étro mieux. L'honndto homme qui édite Proudhon ne reste honnête quo s'il no comprend pas, f,e fut sans doute le cas do M. Chaudey.

I^e i septembre , il se mit derrière M. Jules Favre et M. (îambctta commeil avait été derrière Proudhon. Iloimètriiieiit, sans savoir où Ton allait, en présence îles Prussiens cependant, il frappa ce coup qui en- «louait le ranoii de la Krance. Républicain t/irctr'uihU\ dit M Thiers. En vérité, sou invariabilité iimiih lit un beau présent, et c'est bien le moins que nous ilcrerniniiseii >a personne une statue à tous les donateurs !

.M. (iliamlev deviut adjoint du maire de Paris. Le \nii,i ilirrière le vieil Aratro, cet autre homme "i-rii u\ et convaincu, lequel s'entoura aussi «le ces llfins «!.' sa\oir, «le i: ravi té, île patriotisme et de deli<atr:»><* qui coiii|MjM*rrut le conseil des maires, piviui'-ri» ébauche de la (iommuiic! M. tihaudey trouva |i> iiiiiyeu d'être honnête huinme la-dedans, et proli dili-meut il y prit le ^erme de sa mort.

11 m' lit marquer des drôles insinues qui rôdaient autour rt dan* 1 intérieur de cette assemblée, pour être awusMiié plus tard. Voilà son honneur véritable* C'était mal se souvenir des leçons de Proudhon et en nier les irréductibles conséquences. Mais honneur à qui om.» être inconséquent! Lorsque la logique mène*

rait au crime, il est beau d'errer dans l'inconséquent qui peut mener à la mort.

Si Ton dit qu'ici M. Chaudey a conquis son pardon, c'est notre sentiment ; mais Ton nous permettra de réserver encore la statue. Sur le socle de cettr statue, quels bas-reliefs faudrait-il sculpter? M. Chaudey, publiant les manuscrits de Proudhon; M. Chaud»»y, collaborateur du Siècle, érigeant la statue de Voltaire; M. Chaudey, assistant le vieil* corybantc Arago, maire de Paris; M. Chaudev. consacrant sa vie à charger les armes sauvages qui devaient le tuer et qui ont atteint en même temps que lui la religion et la société ?

Que M. Cernuschi, propriétaire et directeur actuel du Siècle, le dise. Il sait où vont les doctrines révolutionnaires, et à quoi se peut porter un esprit qui s'en est laissé pénétrer. Étant membre de l'assemble* romaine à l'époque du triumvirat, en 1848, M. Cernuschi, pour en finir avec le Christianisme, comut la pensée de faire sauter le dôme de Saint-Pierre. Il l'a confessé lui-même au bout de quelques années, comme on parle d'une chose qui ne laisse pas de faire honneur, quoique peut-être insensée. Devenu riche. acquéreur du Siècle au prix d'un million, il s'est corrige «le cette belle passion d'incendiaire; mais enfin, il connaît le péril d'allumer ce feu-là dan* le* aine*. Hé ver de faire sauter le dôme de Saint-Pierre, par amour pour la pat rie et pour la liberté!... Que pensc-t-il. en son fond, du dessein de dresser une statue à ceux qui ont jeté du hoisdans la flamme, même lorsqu'ils oui ensuite essayé de se mettre aux pompes?

Les obsèques « civiles » du malheureux Chaudey ont été l'occasion de plusieurs discours où l'esprit du Siècle et du 4 septembre a largement parlé. On a entendu là le vieil Arago, dont les louanges ne peuvent honorer personne. Un avocat a peint le mort sous des traits sincères : a Son cœur f qui semblait venir au-devant de vous, qu'on voyait rayonner sur ses grands traits, dans ses yeux intelligents et naïfs, dans son honnête sourire. » Le même avocat, parlant du P. Caubert, jésuite, a fait une citation malheureuse : « Le P. Caubert avait, dans sa prison, l'intrépidité s toupie d'une àme absolument détachée du monde et déjà engagée dans la mort : Perinde ac cadaver. • L*»s avocats les plus habiles ne parlent pas toujours adroitement ! Sur la tombe d'un rédacteur du Siècle, assassiné par les lecteurs du Siècle, ce perinde ac cadaver, avec quoi les avocats et le Siècle ont assassiné moralement tant de jésuites, n'est pas placé comme il faut. Il y a cadavre ••t cadavre. Le jésuite qui meurt au monde ne meurt pas* pour répandre la mort , mais pour faire les «eu vies de la vie. On vient de voir eu que donnent au inonde les hommes qui n'abjurent pas les ambitions de la terre, qui prétendent être quelque chose, et qui Remploient à créer un ordre social où ils n'entendent nullement sacrifier leur part. Ceux-là forment aussi une société , fout aussi des sermeuts qui les metteut dans la main d'autres hommes auxquels ils ne refusent pas d'obéir. Seulement le jésuite s'engage pour être le bâton daus la main du vieillard, et les autres pour ••tre le poignard dans la main de l'assassin : diffé-

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rcnce importante, présentement assez vive pour fripper l'esprit même d'un avocat .

Et après tout, qu'était ce pauvre Chaudey relatirement à Proudhôn? Perinde ac cadaver.

Ensuite est venu M. Henri Martin, au nom de* municipalités parisiennes ! M. Martin, — antre cadavre et très- mûr, — a fait l 'apologie de « ce 4 septembre qu'osent traiter d'attentat eoux qui s'efforcent de préparer la réhabilitation du 2 décembre, y* À qui en a cet hiérophante Martin , et que veut-il que l'on distingue entre ces dates et tant d'autres dates de conspirations découlant également du droit révolutionnaire ? Si la première révolution a eu le droit, toutes les autres l'ont en, et tontes celles qui pourront survenir l'auront. C'est le droit général et le droit particulier, le droit de toutes les majorités, de toutes les minorités, de toutes les individualités. Il plaît à M. Martin de retenir le droit [tour sou opinion et le nier aux autres. C'est son « idée ; » mais quand M. Martin n'est pas le pins fort, qu'importe l'idée île M. Martin? Et si M. Martin parvient à régner, pourquoi lo premier venu qui voudra conspirer ne se ferait-il pas un plaisir, un droit et un devoir de bousculer M. Martin qui a conspiré?

Ils ont tous et toujours la prétention ridimle d'arrêter la Révolution là où elle leur plaît, c'est-à-dire là où elle leur pourrait mettre le monde en leurs mains plus ou moins tachées d'encre et de sang. IL* oublirnt tous et toujours que la Révolution refuse tout maître et veut imposer toute loi. Ils viennent d'en faire l'essai, eela continuera. M. Martin et le

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Siècfe ont sans doute la tête dure; néanmoins ils apprendront qu'ils sont voués à toute tyrannie»

Ce qu'il y a de plus étonnant dans le discours de M. Henri Martin, c'est l'accent religieux. Oubliant qu'il parle sur la tombe d'un disciple de Proudhon, et qu'il décore un enterrement civil, M. Martin lait une profession de foi à l'immortalité de l'àuie et à l'éternité de Dieu, qu'il appelle Y idéal vivant. Ceci vaut la peiue d'être cité comme type du tohu-bohu intellectuel où s'empêtre le dolent patriciat des libre* penseurs, effarouché par ies œuvres de ia plèbe athée.

Et maintenant, fîustate Chaiiilcv, toi qui m mort comme lr* (rr:irnlt>< victimes • I n «Iroit <*t île la liberté, mort comme liai II v, nmrt ri>mm«' Yt'i-iruiaud, ouuime iiiiiluiui' Holumi, Ciiiunu' Camilii*, va njnimlre cette | iléude $ncré*y ries martyrs di' l.i li'u'i-ii'l** |Militn|ii**. que riii^tnîrc iiurrit [mur toujour» à rûti- i\%-^ martyrs *lt- la l#*-tr«-n«lf reli*:ii'ii<e, martyrs de ret deux rrWjV'its >/>ti m dî*j»mittri'nt pis pins l'un? qn*- l'autre du genre fmth'iiu: \a rej<iiii<lrv « ••< âme* «•'•néreii ses da/ut le momie mpérieur *l* t'rurwi f/ vimut id* i/.

Il ••\i-1f. il .1 'ifiil, n-TaN-je «lire, la plein»; rt réélit» exi>ti'iii f. < •' in«»ii'l'* • 1 1 i*a ni»* l.i plii!"«.,.phn' .ill.'in »n«lr «1rs «lerniers «'il'.-. I.i |»i|il<»-.,|iln.' d.> l.i inurt i-t «lu n<" int. <jm .i envahi iiutiv 1 lame, et. i-ii ii'iint l.i c..nii[»ti'»n i iit|*«"*rî-i|t>% a «'iiervr l'i-iji: it pul>!i< . a ti.i\-- la mule aux armée* allem unlev N«u* ti- |t-\ ■■! liiii*». liiMa\r Uiallilet.

T/e>t tout ce <|iii a été dit de Dieu devant ce cercueil «ni gisait une ligure prineipalc de la société présente. A\ee ses vitIiis privées et ses opinions dangereuses, (iliaudev semble avoir été le tvne assez «omplet de cette probité désarmée contre le sophisme

qui la séduit. Elle l'accepte, elle constitue sa force et, lorsqu'elle veut l'arrêter, il l'écrase et il avance.

M. Martin no s'est pas aperçu qu'il protestait contre Chaudey et contre lui-même ; et nous l'avertissons en vain; il ne s'apercevra pas de sa contradiction ni de la vanité de ses protestations.

Il faut cependant lui savoir gré de l'instinct supérieur qui le contraint de chercher quelque chose en haut, de se reconnaître une âme, de pressentir un Dieu, de souhaiter en ce monde une lumière et dans l'autre une justice pour ceux qui ont soutenu le combat contre l'iniquité. Un jour peut-être, il s'apercevra que tout cela est dès longtemps proposé aux hommes par 1 Église catholique avec une largesse, une certitude et un ensemble de moyens pratiques où son système de c l'éternel et vivant idéal » n'arrive pas.

En vérité, lorsque Ton étudie ces inventions, ces incohérences, ces pauvretés et ces lâchetés de l'intelligence moderne, force est hien de s'avouer qu'au tfinps où nous sommes, la faculté de penser a souffert d'effroyables lésions!

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