‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 136 sur 150 · LES MEUBLES DE M. THIBRS · texte numérisé non relu

LES MEUBLES DE M. THIBRS

M. Thiers, pour son compte, a plus ou moins pris les Tuileries trois fois, et même quatre : juillet 1830, février 1848, septembre 1870, mai 1871. Par une rencontre singulière, le quatrième coup a brûlé ses meubles.

Enlevés de l'hôtel Saint-Georges par les soins des

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employés du mobilier de la couronne, les weublo de M . Tliiers arrivèrent en bon état dans les magasins du quai d'Orsay. Sauf peut-être quelques petits objets qui avaient trop tenté quelques amateurs, M. Thiers aurait tout retrouvé. L'on veillait avet soin sur le dépôt du Prince. Malheureusement sur* vint dans le voisinage l'explosion de la poudrière du firos-Caillou, qui ébranla les magasins et fit juger qu'ils n'étaient plus assez sûrs. Les meubles y étaient désormais exposés il l'effondrement, à l' incendie... et à la probité publique. On jugea bon de les transférer ailleurs ; il parut prudent de les loger an palais des Tuileries, comme étant l'endroit le plus abrité de la bombe, du feu et du peuple. Ainsi fut fait. Il y en avait treize voitures, dont on rangea le contenu dans le salon stuqué. C'était presque une prise de possession. M. Thiers, habitué à franchir ce seuil, n'avait-plus qu'à ouvrir la porte; il se trouvait chez lui, dans ses meubles. .Mais, personne n'a plus de meubles ni de chez soi.

Le mobilier des églises, quoique fort maltraité, a été moins malheureux. Il est vrai qu« 1 État ne se lialera point de le réparer ni de le remplacer. La Mile, vraisemblablement, ne traitera pas la maison de Dieu en mine l'Assemblée a traité la maison de M. 'Ihiers.

Les relises de Paris ont retrouvé, dans lus magasins du quai d'Orsay, des lampes endommagées, des !ustres brisés, «les noix tordues, des fragments d'autels. 11 ne manquait que l*or et l'argent. Klles ont re- 'muvé iiissi un eertain nombre d'ornements assez

riches. Les employés du garde-meuble en ont pu sauver plusieurs en déguisant, aux gens de la Commune, la valeur des broderies.

La plupart de ces ornements étaient lacérés et souillés. Ils n'arrivèrent au dépôt qu'après une station à la Préfecture de police. Les brutes qui occupaient cet endroit-là avaient exercé sur eux leur rage et leur insolence, les déchirant, les traînant par terre, crachant dessus. Ce ne fut qu'après s'en ètrr ainsi amusés qu'ils s'en dessaisirent. On les chargea sur des charrettes et on les mena au quai d'Orsay. Là, les honnêtes ouvriers qui les reçurent ne purent retenir leurs larmes. Ils se dirent entre eux : Puisqu'on fait cela, les gens de bien sont perdus. Qui peut maintenant se flatter d'être en sûreté et de posséder quelque chose ? Ils reçurent avec respect ces dépouilles insultées et les rangèrent de leur mieux.

Le délégué aux domaines, l'illustre Fontaine, un monsieur, professeur distingué de mathématique*, s'indigna du soin que l'on prenait de ces a guenilles. » Il voulait les voir à terre, en tas, dans un coin. Il rudoya les braves gens qui les avaient étalées sur des planches. — Si la Commune savait cela, leur dit il, elle vous ferait fusiller !

Du haut en bas, toute la bande ne parlait jamais que de fusiller. Elle n'avait que cet argument et que cette science. Hélas! elle a trop vu, qu'en effet, c'esi assez, et qu'un peuple qui se vante de ne plus obéir à aucune bouche du ciel et de la tt rre, sait parfaitement obéir à la gueule du canon.

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