‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 139 sur 150 · M. TII1ERS EST POUR M. TH1EBS · texte numérisé non relu

M. TII1ERS EST POUR M. TH1EBS

M . Thiers a prononcé un grand discours en faveur de la République, et l'Assemblée a fait un grand pas vers l(» rétablissement de la monarchie. 11 parait assez (pie c'était convenu. L'on doit marcher ainsi jusqu'à un certain point que tout le monde doit ignorer, les mains ibuis les poches, l'œil et l'oreille aux aguets. Ou votera des lois sur ceci et sur cela ; tk* lois à tuer le temps, et, s'il le faut, le bon sens. Les lois ne se faisant pas avec les mains, mais se frjppafltf par assis et levé, il est entendu que les mains ne «opt iront «les poches que pour se donner des tétjsejiute* cordiales. Seulement un jour, il y aurt 4c* XPWis qui

HAAM *BNDA#T LA COMMUN*. 48#

ne voudront pas lâcher. — Pria ! On ariara Viv/ô quelque chose, et ce sera fait.

Qu'est-ce qui sera acclamé? Qu'astre qui vivra? D'après M. Thiers, si l'on était sage, bien sage, trèfrsage, ce serait la République. Mais M, Thiers n'a pas Fair d'y compter beaucoup, vu l'esprit répuklicaia, et il laisse voir percer une disposition à se contenter de la a monarchie constitutionnelle, » qui lui semble peut-être a la meilleure des républiques. » Alors, pourquoi n'y entrons-nous pas tout de suite ? Ah ! c'est que nous avons encore besoin de la dictature du 4 septembre, transformée en gouvernement de La réorganisation nationale. Les hommes du 4 septembre ont si bien désorganisé, qu'ils sont évidemment les plus capables de réorganiser.

Si quelqu'un se demande pourquoi le gouvernement enlève, empontonne et transporte outre-mer les ouvriers de la Commune, au lieu de les employer A rebâtir Paris, c'est que, par extraordinaire, «cas incendiaires ne sont point parfaits maçons.

Pour démontrer la nécessité du provisoire, M. Thiers allègue que, les passions n'étant point encore calmées, il faut éviter de leur donner des <& émotions nouvelles, » etquU importe de faire « renaître le travail. » Peut-être qu'un meilleur moyen de calmer les passions serait de leur Ater l'espoir d'une reprise; peut-être qu'on arriverait plus vite à ranimer le travail en faisant comprendre àoeux des ouvriers qui ne veulent pas travailler, que le travail est désormais la seule manière de se procurer du paît. Mais personne n'en a fait l'observation. Il était coq-

4f>0 PARIS PESHAMT LA COJWUKE.

venu que M. Thiers ne dirait ricu que d'irrehiUl-l»- Le chef du pouvoir exécutif avait mis à cette rondition sa neutralité entre la république et la monarchie.

En effet, son discours est neutre. II a été applaudi à droite, à gauche et au centre. On le, regarde coma» une merveille d'équilibre. Va pour merveille d'équilibre. ! Véritablement, cela vous laisse l'impression d'une séance de Léolard. Le mérite est moindre k l'âge de M. Thiers. Entre 70 et 75 ans, pour les hommes d'État, c'est le moment de la grande agilité ri de la légèreté suprême : aucun fardeau de principe» ne les surcharge plus, ils font les serments en perfection, ils ont l'œil tendre, la peau dura, le cœur sec, et ils sont tout à leur affaire.

Pour dire que c'est haut, lumineux, nourrissant , auguste, non ! A se représenter la situation, et ces combats, et ces crimes, et ces ruines, et ces deux ennemis présents encore, l'ennemi étrangers! cruellement vainqueur, l'ennemi intérieur si douloureusement et si mal vaincu, à regarder le noir avenir où tant de sphinx nous attendent, on souhaiterait mieux. Le boa plancher, les bons cables, les bous fanaux des principe*. rassureraient plus que ces ficelles: Mais ce n'est pu la manière de notre temps.

Enfin, l'élection des princes est validée, la loi d'exil est abolie, et Bourbon rentre en France. Par ce vole l'Assemblée reconnaît que le suffrage universel est au-dessus de la Republique et au-dessus dr lui-même. C'est un grand pas. 11 eut mérité d'être fait carrément.

M. Thiers a stipulé (en couloirs) que les princes ne franchiraient pas le seuil de l'Assemblée. On pouvait lui accorder cette satisfaction; c'est assez qu'ils soient aux alentours, et que la France puisse avoir une tête. Alors il ne faudra plus qu'un mouvement républicain et M. Tbiers verra remplir son attente : la République sera fondée.

La Republique, c'est un homme, un honnête homme, agréé des honnêtes gens : et cet homme est parmi nous.

La fierté républicaine de M. Tbiers donne à entendre qu'il n'acceptera jamais cet homme pour maître. La France comprend autrement la situation : c'est précisément pour n'avoir plus de maître que la France appelle cet homme, ce roi.

<:<;iy

12 juin.

l'IioJKr* l'OlR L'ETABLISSEMENT DE M. JULES FAVRE.

.Naguère M. Picard s'était laissé couler dans la Italique de France, à la place de tant de millions qu'il en a fait sortir ; mais il fut trouvé trop gros et trop lourd, si bien que le conseil a dit non, non, et non ! et Ta fait rebondir dehors, et relancé jusque daus les Itétervoirs.

Voilà que M. Jules Favre, peu touché de cet exem*

pic, ose bien, dit-on, songer à s'offrir la présidence de la Cour de cassation. Il y remplacerait 11. Devienne, lequel serait prié de se démettre, pour came d& certains petit* papiers trouvés aux Tuileries H publiés par les soins du gouvernement de M. Juki Favre, dans le temps que M. Jules Favrc disait : Aï une pierre de nos forteresses, ni un pouce de noire territoire.

Mais comme M. Jules Favre, assisté des hommes do grande valeur qu'il avait lui-méine choisis, a cède beaucoup plus que la pierre et beaucoup plus que le pouce, sans parler du reste, l'opinion estime généralement qu'il n'y a pas lieu de le récompenser par la première magistrature du pays. « 11 a gâté asseï de choses déjà, dit-on; ne lui donnons pas A gâter encore la magistrature- et la justice plus cyniquement que personne ne l'a su faire jusqu'ici. »

Nous ignorons si M. le président Devienne s*estinu» jugé par les papiers en question, et s'il entend si* démettre de sa charge. C'est à quoi nous ne l'engagerions pas. Il aurait un autre service à rendre, vu le successeur qui lui semble destiné. Mais, laissant de coté ce cas encore obscur, nous disons que la Cour de cassation aurait elle-même des mesures à prendre si le Journal offieiel venait un beau matin loi apprendre qu'elle a Si. Favre pour président. Son honneur l'obligerait à suivre l'exemple que vient de donner le conseil de la Banque. Les hommes de justice ne peuvent pas être moins scrupuleux que les hommes d'urgent.

La résistance de la Cour de cassation m&tmA d'au-

PARIS PENDANT LA (OMttUfM** 463

tant plu» indispensable qu'il ne s'agit pas exclusivement de politique* Il y a aussi des petits papiers eilr M. Jules Favre : les petits papiers de feu Millière»

Millière a été fusillé subitement* et» d'après Hochefort * il n'était pas, en matière privée, la leur de la probité humaine. Hochefort* qui l'a eu pour caissier, l'accusait d'avoir volé sa caisse. Us disent tous les uns des autres, avec beaucoup d'assurance, quelque chose comme cela. Millière lui-même soutenait que Hochefort était son propre voleur. Quoi qu'il en soit, les papiers de Millière subsistent. Après les avoir publies, il est devenu député, collègue de M. Jules Favro, avec qui il avait traité jadis pour leurs communs intérêts. 11 n'a point désavoué sa publication, tout au contraire, et M. Jules Favre n'y a répondu que par de beaux dédains, très-insuffisants.

Rencontre bizarre ! A cette occasion, Hochefort, alors sorti du gouvernement et redevenu simple lanternier, protesta violemment contre l'indiscrétion de Millière. Kn face des terribles petits papiers* il se donna les gants de prodiguer à M. Jules Favre les témoignages de son estime privée la plus sentie. Mais l'estime privée de Hochefort, non plus que les beaux dédains de M. Jules Favre, ne saurait prévaloir contre des papiers authentiques, et les papiers de feu Millière sont toujours là. Or, ils imputent à M. Jules Favre des délits de droit commun.

Nous admirons bien, en un sens, que M. Jules Favre se puisse connaître assez de force d'àme pour braver le tapage que feraient ces papiers mal endormis, réveillés tout à fait par sou élévation à la pre-

W»t HARIS MLNbAM LA COMMLM2.

tnière présidence de notre première cour de justice. Nous avons vu des pétroleuses, traversant Versailles, qui montraient cette vertu. Elles levaient la tête et accablaient de hautains sourires les vils réactionnai* res qui les regardaient monter à Satory. On leur pardonnait cette arrogance, parce que sur les hauteur» de Satory elles allaient respirer un air austère, et parce qu'elles avaient les mains liées. Néanmoins, l'indignation était dans la foule, quelques témoignages en éclataient par-ci par-là. Nous croyons que l'indignation aurait été bruyante et unanime s'il s'était agi de faire asseoir ces dames sur un tribunal <»ù elles auraient jugé le reste des mortels.

Il n'y a pas d'impudence qui tienne : on ne peut si; faire à l'idée de voir l'homme de Millière présidant la Cour de cassation, toutes chambres réunies!

Sachez-vous donc, disparaissez donc, ayez donc mit* fois pitié de la pauvre conscience humaine!

Oue voulez-vous que devienne un malheureux peuple condamné à voir de tels scandales? On finira par trouver qu'en effet tout cela doit être lave au pHrole.

I ABIS PENDANT LA (t»MMNE. 163

15 juin.

LA V1NGT-CINQLIÈME ANPÉE DE PIE IX.

Il est arrivé, nous le voyons, ce jour uniqutylans lu suite des siècles chrétiens. Pie IX accomplit aujourd'hui les années romaines de Pierre. La Providence, <|ui nous l'a marqué do tant de traits augustes et profond?, nous donne encore ce signe incomparable. Sans doute, ce n'est pas un miracle*; mais entin cela ne s'était point vu, et une tradition des siècles disait qu'on ne le verrait pas : Non videbis fitmos Pttri. Pie IX les a vues. Dieu a brisé eh sa faveur cet oracle qui avait presque pris le rang d'un article de foi. Il a voulu l'entourer do rayons extraordinaires, le placer dans une lumière faite exprès pour lui. On se rappelle les éclairs du Jourdain et du Thubor, les tonnerres du temple : « Celui-ci est mon iils bien-aimé; écoutez -le ! »

Voilà drjà longtemps que l'amour des tidèles, pressentant le dessein de Dieu, prenait le contre* pied de la tradition et prophétisait que Pie IX achèverait sa \ ingt-cinquième année. On l'annonçait tout haut dans Home, il y a un an, à pareil jour. On disiit qui- Infaillibilité serait proclamée, et que Dieu

466 PARIS PENDANT LA COMMl\NK.

donnerait au pape de l'Infaillibilité les années A*- Pierre, comme pour écrire lisiblement, aux yeux Je tous, son jilnwt sur le décret de l'infaillibilité : IVsxun est S/tirittti Sancto , et nohis.

Quelle année ! et il semblait qu'elle dut être si tranquillement franchie ! Quelle année pour la France. pour l'Europe, pour l'Eglise, pour tout le genre humain! Elle s'ouvre par la définition de l'infaillibilité: le Pape, la voulait donner au Concile qui, affermissant, développant et éclairant la doctrine, devait procurer la réforme des mœurs, le rétablissement de l'autorité, la pacification du monde. Mais la pauvreté intellectuelle des princes et des peuples séparés de Dieu, la décadence orgueilleuse de la France incrédule, l'ambition inhumaine et sauvage de la Prusse hérétique, en ont autrement décidé.

L'année a été remplie «le cette guerre qui est notrv honte particulière et la honte générale de la civilisation. La France est découronnée du laurier militaire; la civilisation deux fois impuissante a vu s'élever contre elle deux maîtres, deux brigandages, 'qui désormais ne la laisseront resj irer qu'autant qu'ils voudront. L'un et l'autre ont pris sa capitale : le premier l'a fouettée et rançonnée; le second l'a rançonnée, fouettée et brûlée. L'humanité se souviendra de la vingt-cinquième année de Pie IX, commencée par la proclamation de l'infaillibilité du Vicaire de Jésus- Christ, qui parut le scandale de la raison humaine, terminée par l'incendie de Paris, qui montra ce que la raison humaine, livrée à elle-même, peut faire pour procurer la concorde des esprits et des cœurs

PARIS PEMlANT LA COMMO'E. 467

et assurer la gloire, le bonheur et la durée des nations,

Et Dieu trouvé tidèle en tonte? ses menaces!

Mais ce même Dieu a néanmoins laissé parmi nooe son prêtre, son ange, l'interprète sacré de sa loi* l'intercesseur sacré entre lui et le monde. Il Ta laissé revêtu d'une splendeur rajeunie, second Pierre et second Moïse au seuil d'un inonde nouveau* Et parce qu'il l'a laissé, il sera trouvé fidèle en toutes ses promesses et en toutes ses miséricordes.

Ce qui restera des prodigieux événements de la vingt-cinquième année du pape de l'Infaillibilité, ce ne sera pas le triomphe sauvage de l'orgueil allemand, ni lo délire sauvage de la Commune parisienne; ce sera l'Infaillibilité, c'est-à-dire l'instrument de la reconstruction du monde. Quand ces deux barbaries, se heurtant ou s'unissant, auront accompli la dissolution totale à laquelle toute civilisation impie est réseivée, alors sera mùr le fruit que Pie IX a cultivé avec tant de vigilance, dans une attente si sùrr tt si lumineuse des besoins de la fatnille humaine. Un nouveau peuple sera prêt pour remplacer les débris corrompus que balaiera un dernier oraga, et le Pasteur prendra possession du bercail purifié et agrandi.

Lorsque le premier Pierre accomplit sa vingt-ciaquièiue année, il était captif, il allait être crucifié la tétt» en bas. Dans toute cette immense Rome que Dieu lui avait donnée, rien, selon le jugement du monde, n'était à lui, pas même la parcelle de tecre

que touchait sa tête, pas même le bois de sa croix. Le propriétaire de Rome était Néron, époux de Puppée; et Néron etPoppée étaient aussi les propriétaires et les dieux du monde. A son tour, le second Pierre ne possède plus rien dans Rome, et son Vatican même, son calvaire n'est plus à lui. 11 est prisonnier, et ses geôliers infimes et honteux, rabaissés de la taille humaine, lui rabaissent l'injure et ne sont (pie des misérables qui rêvent de se hausser à la stature des scélérats. Dieu, lui appesantissant l'épreuve en même temps qu'il élève sa gloire, permet que son supplice soit à l'inverse de sa majesté. U laisse là ce ménage subalpin, cet Humbert et cette Marguerite, ces avortons royaux, pour nous montrer en quelles mains roulera ce qui veut déchoir des mains du Christ. (Test ce couple ignominieux qui persécute le grand Vieillard, le Fils de la Colombe, le Père du monde chrétien, le Vicaire du (Ihrist ! Mais, Xuh pn*ralrbunt! II s'élève une race qui voit cet opprobre, qui en sent l'horreur et qui le vengera.

Mais détournons nos regards du Subalpin, de la Marguerite et de leur cour absolument digne de les entourer. Après tout, cette pompe d'insolence et de fange, les pieds dans les épines et le cœur plein d'angoisses, se traîne où elle doit aboutir, et ces gens-là smit sur le chemin du bagne éternel. Comprenons connue nous devons comprendre. D'un regard tranquille et d'une Ame inondée de joie, contemplons la sereine beauté du Juste, son pas ferme, le ravissement de son visage tourné vers les hauteurs de Dieu.

J'ai vu les larmes de Pie IX, j'ai compté les gémi»-

sements de son cœur, j'ai entendu les accents de sa prière quelquefois désolée. Depuis l'hypocrisie des premières trahisons jusqu'aux catastrophes de nos jours lugubres, déterminées par tant d'autres hypocrisies, combien de mensonges, de folies perverses, d'obstinations imbéciles ont accablé cette âme loyale et tendre qui voulait détourner la foudre ! Tota die expandi mcmus meas ad populum non credentem et contradicentem! Mais, en même temps, j'ai rendu grâces à Dieu des consolations de cette grande vie et de ce grand règne, consacrés au vrai combat, remplis des vrais triomphes de la foi, de la justice, de lâchante et de l'honneur. Pie IX a régné vingt-cinq ans, toujours fidèle à Dieu et aux hommes. Il a élevé le dogme de l'Immaculée Conception ; il a bâti autour de l'Église, autour du monde chrétien, autour de l'Ame humaine, le rempart de l'Infaillibilité; il a condamné toute Terreur moderne et il Ta condamnée à jamais; il a jeté le grain de sénevé dans tous les lointains et dans tous les inconnus de la terre ; il a contraint à l'amour de sa personne et au respect de sa fonction ce peuple du monde mécréant et contredisant, il l'a mis en état de connaître qu'il devra croire et cesser de contredire pour continuer d'exister.

Durant vingt-cinq ans, Pie IX a donc fait ces choses, il les a connues, il a su que ses œuvres étaient bonnes, son cœur a savouré ces incomparables délices de faire la volonté do Dieu ; et par lui la grandeur est restée sur la terre.

Et durant vingt-cinq ans aussi, ceux qui n'ont pas refus»* le présent de Dieu et qui ont accepté le guide

qu'il leur donnait, les regards fixés sur Pie IX et le cœur obéissant, ont eu, grâce à lui, la joie d'aimer, d'admirer, d'espérer, et déjà, des yeux de leur corps, ils ont vu Dieu vainqueur.

18 juin,

Page 1