LA FÊTE-DIEU
Les églises de Paris, si insultées par la Commune, mais >sî protégées de Dieu, sont en fête pour l'octave du Saint-Sacrement. Les prêtres montent à Tautel paré de fleurs et de lumières, les chants retentissent, les fidèles prient, les enfants de la première communion, le cierge en main, entourent la croix et les bannières délivrées. Il y a quatre semaines* on assassinait les prêtres, on pillait les vases sacrés, on violait les sépulcres, on étalait les ossements sur le seuil des églises ; on mettait le feu aux portes, on le faisait pleuvoir sur les tours.
La ville offre un autre spectacle de sécurité. D y a quatre semailles, la ville était en proie à la guene sauvage. Elle brûlait. Le sang coulait par les mes, on y entassait les morts; le tocsin, le canon, les explosions, les écroulements, le râle et le blasphème étaient les seuls bruits que put entendra la terreur. Changement merveilleux! La vie circule broynte
et empressée. Les lourdes charrettes ouvrières roulent sur le pavé encore mal rétabli; les boutiques sont ouvertes, le marteau et le blasphème ne se sont pas tus.
J'ai vu une boutique longtemps fermée, où le marchand tient en vente des bustes de madame Du Barry, reste de ses fournitures en vogue sous le grand gouvernement de Napoléon III. Sous le grand gouvernement de Napoléon III, il n'y K/ait point d'objet d'art ni de Kgure historique qui se vendit mieux (pie le buste de madame Du Barry. La ville bâtie le di-. manche, brûlée, se rebâtit le dimanche. L'Église fait aujourd'hui des prières publiques pour la France ; la ville n'y sera point : les histrions ont relevé leurs tréteaux.
Veuille Dieu écouter les prières et fermer son oreille au reste des voix de Babylone. Xon est «muta !
Dans le monde religieux, comme dans l'autre, rien ne finit, et il semble que rien n'a été fait.
Dieu donne le temps au combat des choses humaines.
Quelles épreuves à la patienco et à la foi du juste, quels délais à l'erreur et au crime , «quelle latitude à la liberté!
Mais il y a une différence : dans le monde politique, les choses continuent et empirent ; dans le monde religieux, elles renaissent et s'améliorent. Ecdetia imsetmctbUis, linvieillissable Église! A travers les décadences inévitables de l'élément humain, qui entre pour une si large part dans sa composition, l'Église,
il2 F1II18 l'ESHAST LA COMMISE.
par un effort constamment heureux, conserve el fortifie le principe purement divin qui la sauve. A travers les révolutions, la société politique, avec une obstination vengeresse, s'accroche au principe pure* ment humain qui la perd.
Il y a un an, le Concile du Vatican, en présence dV I» sédition doctrinale, affirmait pour jamais l'autorité. Aujourd'hui, en présence de la sédition politique, la société, se trahissant elle-même, se prépare à affirmer l'anarchie. Dans l'édifice religieux assailli par la révolte du seizième siècle, le concile du Vatican rétablit une pierre que le concile de Trente avait rru devoir laisser atteinte et ébranlée, ne croyant pas le moment venu de la raffermir. Dana l'édifice social, plus qu'à demi jeté par terre, l'Assemblée nationale, non-seulement ne répare pas la brèche faite par la Commune, mais l'élargit et la régularise. C'est un fait accompli.
Ainsi out fuit, l'un après l'autre, tous les gouvernements issus de 1789. Ils ont l'un après l'antre élargi cl régularisé la brèche. Ils ont donné droit de bourgeoisie ù l'assaillant vaincu ; ils l'ont relevé et ils ont légalisé ses armes, parco qu'en effet .cet assaillant était leur soldat, et leur disciple. Comment et de quel droit pourraient-ils le proscrire? Que feraientils et que seraient-ils sans lui ?
Fou Millière n'était si furieux contre M. Jules Favreque parce que M. Jules Favre avait été leur homme de confiance. De même, Sicard, Urbain, Pariscl et les autres, qui ont si bien traité le faubourg Sh i ut-Germain, avaient mis leur confiance dans le
petit Jules, dit Ferry, avec qui le grand Jules, M. Favre, va très-bien. Les Jules ont eu la chance de tuer ces imbéciles; mais quel droit et quelle volonté peuvent-ils avoir de les trahir et de ne pas se borner à régulariser leurs voies ?
Et ainsi feront les gouvernements, d'accord avec la société, élargissant et régularisant la brèche, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de mur.
Alors viendra le fouet de César, qui sera le mur, puisqu'il en faut un ; et l'Église se rajeunira dans les catacombes. Elle y sèmera le blé sans lequel l'humanité, nourrie uniquement de sa propre chair, périrait tout entière empoisonnée.