‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 141 sur 150 · SITUATION A ROME · texte numérisé non relu

SITUATION A ROME

J^c Moniteur , résumant ce matin la situation du gouvernement français dans la question de Rome, nous dit qu'elle est entière. Grâce à la réserve louable et inattendue de la délégation de Tours, le gouvernement n'a point d'engagement officiel envers l'Italie. M. Senart, ambassadeur de M. Favre, peutêtre par la seule impulsion de son cœur italien , s'était beaucoup avancé. Se trouvant à Florence lors de la prise de Rome, non-seulement il avait félicité

Victor-Emmanuel et reconnu son droit f il avait eacore exprimé une sorte de regret touchant l'annexion française de Nice et de la Savoie. Mais M. Senart fat révoqué par M. Gambetta, et révoqué d'une manière qui équivalait à un désaveu. Ensuite la délégationde Tours déclara nettement à Florence et à Rome que « le gouvernement de la défense nationale n'entendait prendre aucun engagement sur la question romaine, sa volonté arrêtée étant de la laisser intacte au gouvernement régulier qui devait sortir de la convocation et de la réunion d'nne Assemblée nationale. » Ainsi M. Gambetta fut dans cette occasion plus prudent, plus prévoyant et pins loyal qne M. Jules Favre, qui avait jeté à Florence cet avocat Senart, pauvre vieille tète totalement démeublée.

Qu'a fait depuis et que veut faire H. Jules Favre, ou, pour mieux parler, que se propose M. Thieisf Car, pour M. Favre, ses sentiments ne sont presque pas douteux : ce sont vraisemblablement cens de son ambassadeur Senart. Sa politique n'a pas varié quant à l'Italie. Elle lui est dictée par M. Nigra, et nous en avons l'expression dans le journal le Soir, de M. About, invariable aussi sur ce point. Mais M. Tbiers n'est pas complètement ici, nous l'espérons, l'homme de MM. Favre, Nigra et About.

Cette question veut être résolue, et l'Assemblée, à qui la délégation de Tours l'avait réservée, n'entend pas sans doute l'abandonner an bureau diplomatique, jusqu'à ce qu'il plaise à ce bureau de venir lui déclarer un fait accompli.

Si nous en croyons des indices trop certains, quel-

que chose se prépare qui ne serait pas selon les vœux de la France ni de l'univers catholique. 11 est, croyons-nous, sérieusement question d'envoyer M. de Choiseul à Rome, soit en lui donnant Tordre d'y accompagner le roi d'Italie, près duquel il est accrédité, soit en osant l'accréditer en même temps près du Pape, poste qui dans tous les cas deviendrait vacant, parce que certainement M. d'Harcourt ne le voudrait pas garder, ni aucun autre personnage honorable le prendre. On voit assez où cette situation nous mènerait promptement.

User sans bruit le pouvoir temporel, provoquer sournoisement tous les coups qui peuvent le ruiner, n'opposer que de vaines protestations toujours plus faibles, accepter enfin les faits accomplis, c'était le calcul de la politique bonapartiste. La République suivra-t-elle cette tradition impérialiste, et avonsnous qpant à Rome, tout à la fois, l'empereur Napoléon et M. Jules Favre, réunis dans la main de M. Thiers?

Nous croyons le moment venu pour l'Assemblée d'interroger très-exactement M. Thiers sur la question romaine. 11 y a urgence.

Même date.

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