‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 18 sur 150 · POUR LE VOLTAIRE-CHEVREAU · texte numérisé non relu

POUR LE VOLTAIRE-CHEVREAU

Il y a longtemps que cette idée d'ériger dans Paris une statue de Voltaire travaille les fortes tètes librespenseuses. Louis-Philippe, prince qui n'était pas sans voisinage intellectuel avec Havin, se consacra lui et son royaume à Voltaire et à Napoléon. Il leur lit tout de suite à chacun une statue, l'une au fronton d'un temple, l'autre au sommet d'une colonne; et sous la protection de ces deux anges, il crut qu'il régnerait en pais.

Cependant la statue de Voltaire au fronton de Sainte-Geneviève ne satisfit pas les fortes tètes librespenseuses. -Avoir, par la main d'un prince français, effacé la gloire de la Vierge qui vainquit Attila, pour y substituer la gloire du proxénète qui insulta la vierge de Vaucouleurs et flatta le cynique vainqueur de Rosbach, c'était encore trop peu. Le fanatisme anticatholique ne se tint pas content. Au fronton de Sainte-Geneviève, Voltaire n'était pas traité avec assez de considération. On le voyait là dans la foule, mêlé à quantité de gens qu'il avait détestés ou qu'il eut fort méprisés, accolé notamment à ce /ou, i ce polisson, a ce chien, à ee singe de Jean-Jacques,

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le plu* méchant coquin gui ait jamais déshonoré la littérature il). Il fallait une statue plus insolente, une statue à part, et qui tirât l'auteur de Candide du vulgaire dus grands écrivains. L'Académie française résolut d'y travailler. Elle mit au concours l'éloge de Voltaire.

Nous ne savons qui eut le prix . M . Romain (ioniul le mérita. Voulant dire la vérité, il avait pris le contre-pied do reloge. Il n'était point catholique, on l'était si modérément qu'il a cessé de l'être. Mémo eu ce temps-là, M. l'abbé et terrassier Loyson ne l'eût point redouté pour l'àme délicate de M. le meunier et député Girault. Mais il suffit d'avoir le sens droit et juste et de tire Voltaire pour que l'indignation raoute au cœur. Le discours indigné de M. Romain Coriiul, rejeté par l'Académie, emporta néanmoins ses plans. On comprit que la statue de Voltaire n'était plus désormais u te affaire de littérature, que c'était fini de ce coté-la, et l'Académie n'y toucha plus. Il fallut attendre que M. Havin, ayant formé le public nécessaire, reprit ce pieux dessein. On attendit vingt ans. Mais il n'y a que la vertu et l'esprit qui soient plus immortel» et qui sachent mieux attendre que le vice et la sottise.

M. Romain Corniit no s'en était pas tenu à son premier discours. Il en composa uu second. Voltaire

(Il i* «ont le* pniprvi pipTMaiun» Je Voltaire, et il * en lieront il julri-v 1lili*.iit : La chienne d'Erottrate, ayant rtufimlrr It ehitn A4 I>it«jnœ, fil det \ieti!t, dont Jean-Jacquet e%t lUtcetviit en droite liyne. t> <|oi il'ailleur* n'efil pas i'-Ii^ iriniiitm »iJ..|. fatait ttit «le Voltaire.

4g PiftIS PtSBA.VT LE SIÈGE.

conseiller et complice du partage de la Pologne. Cet écrit comme l'autre, est solide do style et de sens jusqu'à l'éloquence. Il fait bien regretter que 1'atrtemr ait mal tourné. C'est là qu'il faut étudier cette âme de Voltaire foncièrement, sciemment, imperturbablement cruelle et scélérate. C'est là encore que l'on voit combien madame de Graffigny, qui s'y connaissait, avait raison de dire : Qu'il est bête ! C'est là aussi que l'on se reud compte dus dégradations et des destructions que le venin de Voltaire peut opérer parmi ceux qui ne le savent point vomir.

D'autres petits livres suivirent ceux-là, préludant au travail décisif de M. l'abbé Maynard, provoqué par l'invasion navînieune; et c'est ainsi que Havin, après tout, n'a pas laissé d'avoir son utilité. Sans M. H a vj», probablement nous n'aurions pas eu la vraie vie de Voltaire ; M. Maynard aurait manqué de courage pour inventorier ce tripot.

Et rien n'est resté debout dans l'œuvre si étendue de cet homme absolument méchant, qui, grâce à l'ignominie particulière de son siècle, avec le même rire saie, pendant soixante années, put insulter à lout l'honneur du genre humain. Aujourd'hui même, ■ eux qui suivent la voie de Voltaire avouent qu'il les dégoute.Aim centimètre d'élévation intellectuelle '■1 littéraire au dessus de Havin, ils tiennent tons à lui marquer de quelque façon leur mépris. L'on a iv.levé cette parole d'un réducteur du Siècte : Voltaire EST LE DIEU DES IMBÉCILES.

Cependant Voltaire, détruit en détail, résiste et demeure dans sa masse. Le phéuomèuG s'explique

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parcelle miaou, que Voltaire eal l'une des expressions les plus complètes et les plus persévérantes de l'impiété, qui est la granule imbécillité humaine. L'impiété est sa qualité précieuse, c'est par la qu'il est le dieu des iufbéeile». 0* parle d'un physicwri qui n'embaume pas, mais qui conserve les corps en y injectant une solution d'arsenic. Ainsi une solution d'imbécillité conserve ce vil cadavre, et Voltaire a enfin sa statue.

Il n'y a rien à dire, puisque tout le monde { audelà du niveau bavûiique) est d'accord sur le personnage, et il n'y a rien non plus k faire, du moins quant a présent, puisque l'Etat, comme jadis Louis- Philippe, se passe au cou la bricole de feu Ha vin. Seulement il faut une inscription ! Que l'on fasse au moins, cela pour nous. Non» avons sujet de nous plaindre, une inscription nous consolerait.

Nous continuons de pniaer dans le Vol taire- Touque! les motifs qui pourront servir à la décoration patriotique du Voltaire-Chevreau. Ce que nous offrona au choix de la Commission réunit l'avantage d'insulter en mémt: temps la Pologne etlaFnutce.

Le 18 uevemlwe 1774, Voltaire écrit i Frédéric :

On dit, Si le, que r'esl mus ijui avez imaginé le portage île ni Coin pic, et je le «roi-, parce qu'il y a lu du génie.

Le roi de Prusse, qui était poétasàer, mot confidentiel de Voltaire, avait fait de innovais vers contre les

Polonais. Voltaire lui écrit :

Il wtl piimaat U« oWfnrire le* a*n* •( «le les rbontcr.

Cette gentillesse avait déjà servi contre les Français; mais Voltaire était économie. Personne n'a autant pratiqué l'art d'utiliser les restes.

Le même Frédéric fait frapper une médaille où il se proclame libérateur , pacificateur et restaurateur de la Pologne. Le même Voltaire lui écrit :

Sire, la médaille est belle et bien frappée, la légende en est noble et simple. Mais surtout la carte que la Prusse jadis polonaise présente à son maître fait un très-bel effet.

... C'est assurément une chose comique que le même homme se soit moqué si légèrement des palatins pendant six chants entiers, et en ait eu un royaume pour sa peine... Jamais on n'a fait un poème ni pris un royaume avec tant de facilité. Vous voilà, Sire, le fondateur d'une très-grande puissance, vous tenez un des bras de la balance de l'Europe, et la Russie devient un monde nouveau. Comme tout est changé, et que je me sais Uni gré d'avoir vécu pour voir tous ces grands changements!... Je ne sais quand vous vous arrêterez, mais je stis que l'aigle de Prusse va bien loin. Je supplie cet aigle de daigner jeter sur moi chétif, du haut des airs où il plane, un de ces coups d'oeil <jui raniment le génie éteint. Je suis à vos pieds, comme il y a trente ans, mais bien à vos pieds; je regarderai le reynoredintegrato (la médaille) quand je voudrai reprendre mes forces. — Votre vieux idolâtre . (16 octobre 1 772 . )

Quelques généreux Français, en très-petitnombre, avaient embrassé la cause de la Pologne et étaient partis pour la servir. Frédéric, dans une lettre à Voltaire, les traite (T excréments des nations, et dit qu'ils viennent faire en Pologne le métier de brigands. Voltaire applaudit, et relève la supériorité du Nord sur la Fiance.

CV>t l.i, dit-il, qu'on juirtage /e$ provinces d'un trait de plume,

qu'on dissipe les confédérations et des sénats en deux jours, et qu'un se moque surtout trè$-plaisamment des confédérés ( Polonais)...

Il no se contente pas de dire ces jolies choses, il se fait espion, afln d'apprendre aux Prussiens et aux Russes ce que la France préparc pour soutenir son honneur à l'étranger; il y revient si souvent que Frédéric en est fatigué : « Vous nie parlez de vos Welehes et de leurs intrigues, elles me sont toutes connues... »

Quand le sultan était venu au secours de la Pologne, de concert avec la France, Voltaire avait écrit à Frédéric :

Vous déniez bien vous arranger pour attraper les dépouilles de ce gros cochon.

Ht à Catherine, qui menaçait l'influence franchise en Orient par ses entreprises sur la Turquie :

J'ai pris parti pour Catherine II, l'étoile du Nord, contre Mustapha, le cochon du Croissant... Votre Majesté impériale me rend la vie en tuant les Turcs.

Il n'en veut pas moins nux Français qui sont partis pour la Pologne. Il écrit à Catherine et lui demande que ces « hlancs-becs » soient déportés eu Sihérie M qu'on les faste mourir de faim.

Nos chevaliers welehes qui ont été porter leur inquiétude et leur curiosité chez les Sannate* doivknt moi tu r hk fum $'ih ne meurent pas du charbon.. .

Si res fous de confédérés étaient des étivs « apul»l«*H «h» raison, ions les auriez ramenés au droit *»n* ; mai* j»» «ai* un remède

f)0 PARI» PENDANT LE SlfoE.

qui les guérira. J'en ai ira aussi pour les petits-maîtres s*ti* aveu qui abandonnent Paris pour venir servir de précepteurs à

«les brigands. Ce dernier remède vient en Sibérie : ils le prendront sur les lieux.

Que tout cela est joyeux à lire, dans ce moment choisi pour ériger la statue de Voltaire, et que les dates deviennent éloquentes !

11 y a cent ans que Voltaire écrivait au roi de Prusse : « Vous voilà, Sire , le fondateur d une trè^- « grande puissance ; vous tenez un des bras de la « balance de l'Europe. Comme tout a changé, et « comme je me sens bon gré d'avoir vécu pour voir a tous ces grands changements !... Je ne sais quand « vous vous arrêterez, mais je sais que l'aigle de « Prusse va bien loin...» Voit-on enfin ce que le siècle de Voltaire a été pour la France ?

0 Voltaire, « dieu des imbéciles* » tu ne ris pins, là où tu es, là où tu t'es senti enfoncer an huiiMt de terreur ! Mais si l'âme perdue pouvait au fond de la géhenne se réjouir du mal qu'elle a fait, comme tu rirais, misérable, de voir tes Welches travailler ans remparts de Paris contre les Prussiens, et en même temps t'ériger dans Paris une statue populaire et gouvernementale !

Cependant, tn n'eus jamais de joie complète, et fa joie serait encore mélangée. Joseph de Maistre proposait de t élever une statue par la main du bourreau. 11 t'aurait fait trop d'honneur, et le Nazaréen sait mieux vaincre : tu reçois ta statue à l'heure coït- \ enable, des mains du préfet. Le bourreau, c'eût été la vengeance ; le préfet, c'est rimlwillîté* Une antf*

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heure viendra, et la Justice, qui n'a pas permis que le bourreau élevât ta statue, le chargera de l'abattre.

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