‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 19 sur 150 · LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE

Un ne tarirait pas sur les horreurs de lu guerre. Depuis des milliers d'années, la rhétorique en a fait des descriptions épouvantables, rajeunies seulement par les horreurs nouvelles qui viennent sans cesse multiplier la mort. 11 est connu que les hommes sont acharnés à s entre-détruire, que le moindre prétexte y suffit, que leurs plus sérieuses querelles n'ont au* cun fondement en comparaison du sang et des larmes qu'il faudra pour les éteindre,** qui ne les éteindront pas. Les Grecs et les Latins ont parlé du cœur broyé dea Meurs* des épouse* et des mère* ; Us ont dit les villes dévastées, les campagnes désolées, le paisible laboureur dévoré dans son villageen flammes» égorgé sur le sillon qu'il avait rempli do hlé pour eoux «fui le tuent, et la peste et la famine, au lieu de hlé, germeront de ce sillon parricide. Masaillon a tonné contre 1 ambition des rois, armant pour s'agrandir d'un territoire qui ne suffira pas à la sépulture de «eux qui l'auront conquis. Il aurait pu ajouter que, quand même la conquête pourrait contenir tous les cadavres des vainqueurs à côté de tous les cadavres dee vaincus, le prutit de l'entreprise ju'ea vaudra pas

52 PAItlS PENDANT LE SIÈGE.

la dépense ; car, en effet, sur cette terre conquise, les fils des conquérants seront sujets de l'homme, de l'angoisse et de la mort, exactement comme ceux qui l'occupaient et comme les conquérants Tétaient euxmêmes au pays d'où ils sont venus.

Tout cela a été répété, déclamé, chanté. Il n'est pas un esprit un peu cultivé qui ne connaisse ces vocalises des congrès de la paix et ne les ait en sérieuse considération. Eux-mêmes, les puissants qui ont préparé la guerre actuelle par tant de soins, de machines et de machinations, ces hommes d'Ktat qui ont décrété l'extermination de trois cent mille hommes, — davantage, s'il le faut, — ce sont des philanthropes.Ils ont dit tout cela. Ils détestent les horreurs de la guerre, ils détestent l'effusion du sang. Entre Troppmann et la déclaration de guerre, ils ont récité des tirades contre le bourreau et signé la grâce de plusieurs assassins. Ils souhaitent hautement que le progrès des sentiments d'humanité leur permette d'abolir législativement la peine de mort et la guerre. Et au fond, tout au fond, ils ont l'orgueilleuse pensée d'abolir l'expiation sans abolir le crime.

C'est pourquoi toutes les choses sensées, touchait* tes et belles que l'on peut dire sur la guerre, ne sont cependant que des formules de dérision qui écrasent la raison humaine dès qu'abandonnant le secours de Dieu, celle-ci se trouve livrée à elle-même.

La guerre a été perpétuelle dans le genre humain. Sorti du paradis, le premier homme, dit Bossuet, voit la première action tragique. Gain tue Abel et se sauve, tremblant qu'on ne le tue. Il n'y a qu'une

FAHkS PENDANT LE SIÈGE. 53

famille, et lu guerre est allumée : c'est une guerre de race, c'est-à-dire éternelle, à moins d'un médiateur souverain entre les hommes et Dieu.

La guerre donc existe, elle est dans le saug de T homme pécheur, dons sa constitution même ; le péché originel lui a fait cette iuiirmité terrihle. « Fièvre continue, dit Joseph de Maistre, marquée pur dVUroyables redoublements. » L'heure de ces redoublements s'annonce par des signes certains, il n'est pas difficile de la reconnaître lorsqu'elle approche : C'est surtout, dit encore Joseph de Maistre, lorsqu'une orgueilleuse philosophie se flatte d'abolir ftsjjiation dans le monde. Et cette heure est la même que celle où les peuples se fout des idoles, des veaux d'or, et détournent leur cœur des voies de llieu.

(Juaiid cette heure est venue, la raison qui s'élève « -outre la folie de la guerre, et l'éloquence qui en décrit les horreurs, exercent peu d'empire. Il y a aussi une raison et une éloquence pour la guerre. Alors il devient facile de prouver aux hommes qu'ils doivent s'eutrVgorger et qu'il leur importe d'aller se conquérir une fosse sur la terre étrangère, à côté d'un ennemi qu'hier ils ne haïssaient pas et ne connaissaient pas. lies prétextes inouïs sont mis en avant et accepté.**; de vieilles rancunes mille fois mortes, des injures mille fois rendues et mille fois oubliées se ravivent ; il se lève des Tyrtées absurdes, il en renaît de plus stupides. Des dernières profondeurs du mépris intellectuel et littéraire où elle croupissait justement, une vieille chausou s'elauce. Elle n'a ni rime ni

PABIS PfcMUM Uv stf£&. 35

ment wniuie sous l'ancien régime, quand les peuples n'avalcut (tas stipulé qu'où ne die poserait plus Je leur bourse et de leur vie qu'ils » y eussent consenti à la majorité des voix ! Hs le veulent, ils l'exigent, LU le feront. Incapables probablement de souieuir la moindre discussion en forme contre le moindre philosophe de leurs uni ver ai té s, ils forceront les philosophes et les universités* prendre le mousquet, lorsque eas savantes espèces «étaient si bien persuadées que le duel de leurs idées se livrerait entre soldats «jui n'y comprennent lien. Il faut combattre, et U> vainqueur élargira son pays jusqu'à le rfoyer dans sa conquête. Peut-être que l'un et l'autre adversaire maintenant voudraient bien reculer. Mais il faut avancer, et les meneurs sont menés par d'autres, et ces autres à leur tour entendent la voix des multitude* qui leur crie : Marche ! Et le bras invisible est là, qui pousse, qui traîne aux dernières témérités J 'impie orgueilleux, hébété d'épouvante. Marchez, prononcez, arbitres du monde ! -Car enin, ces seiguours sont les arbitres du monde. Le sort du monde est dans ces mains que l'histoire ne connaîtra pas. U* ont la puissance pour une heure, le temps de mettre le feu à la mine. Ensuite, Dieu les appellera nu jugement par quelque porte obscure. Les hommes resLeut vulgaires encore que le méfait soit immense. La Uère civilisation du dix-neuvième siècle devra eela aussi, d'être précipitée par les gens de fML Puisqu'elle se trouve en de telles mains, elle ta osetainemeut mérité, et c'est une raison pour quVHe IMI se tire que malaisément du mauvais pas où de

ceurs. On se répète les dépèches également belles de Bazaine victorieux^ Je AUc-Mahon vaincu : Je me suis battu tout le jour, j'ai perdu la bataille. Envoyer moi des munitions et des vivres 1 Et te mot héroïque des soldats de Afac-Mabon, dignes de lui : Maréchal, pourquoi pleurez-vous? Vos soldats vous ont-Us refusé daller à la mort? Mous voilà loin de la Duchesse de Gerolstein, si chère aux boulevardiers et aux rois.

L'esprit de sacrifice est partout tranquille, fier, plein de mépris pour quelques derniers sots qui ne craignent pas le ridicule de s offrir en exemple lors* qu'ils peuvent prendre de si belles leçons. D'un oeil ferme on regarde crouler le biblot, on voit la hache abattre les bois sacrés; d'une main ferme, on fond le veau d'or pour en faire des balles; et le grand amour de la patrie et le grand honneur, qui l'emportent anr l'avarice, triomphent aussi de l'esprit -de sédition.

Ainsi la France guerrière se dépouille de l'habit de baladine qu'une longme conjuration lai avait fait revêtir. Comme Achille, elle se reconnaît en voyant des armes. Ainsi, ce qui vaut mieux encore, la race baptisée se relève sous le poids sacré et la bénédio tion sanglante de l'épreuve. L'habile Prussien n'a* vait point prévu ce retour. Il ya des choses que l'habile Prussien ne peut prévoir. Il nous croyait trop amollis et trop divisés. Le roi de Prusse a visité Paris. Il disait, rentré dans sa Prusse : C'est une ville aimable, très-belle, pleine de modistes, de caricaturistes et de prostitutions en tous genres : je ne crains pas Paris ! Ce n'était point mal raisonné. Mais il fallait tout voir. Le sage roi a parcouru les

PABJS PJÙNIiAiST Uù &IÉÛ&. 59

boulevards, mais n'a point visité les églises. 11 a pris Paris pour la France et ne s'est point douté qu'il existe un autre Paris, tout semblable à la France qui ne ressemble point à Paris. Il sait ce qu'il y a dans ses églises à lui et ce qui peut en sortir; il ignore quels arsenaux et quelles forteresses sont nos églises à nous, d'où Ton emporte l'armure du vrai baptême, d'où l'on prie la Vierge, où l'on reçoit l'Eucharistie.

Oui, uous avons péché ; oui, cmx par qui nous avons mérité d'être conduits et dont nous avons trop subi la conduite , nous ont fait entrer dans cette guerre par un coup de trahison que personne de nous ne leur demandait et n'aurait prévu. Nous pouvions *Ure défenseurs de la justice, nous sommes fuyards du devoir. Le roi de Prusse, qui lit l'Écriture sainte, a pu se souvenir du conseil que F Ammonite Achior donne à Uolopherae, qui était le Aloltke du roi d'Assyrie : « Seigneur, informez-vous siée peuple « a commis quelque faute contre son Dieu, et alors « allons les attaquer, parce que leur Dieu vous les « livrera (I). » Mais l'infirmité du roi de Prusse, protestant, est de ne pas tout entendre dans l'Écriture saiute, encore plus que de ne pas tout voir en pays catholique. 11 n'a pas compté sur la prière de Judith, il ut* sait pas quel mystère ravive l'éclat du baptême au front du pécheur, et ce que fait le Dieu de TJuirbaristie lorsqu'il trouve encore eu Juda a quelques boitue* pensées. »

Achior dit aussi à Holophernc : « Si ce peuple n'a a pas offensé son Dieu (c'est-à-dire s'il s'est repenti, « s'il désavoue et veut réparer ses offenses), alors « nous ne pourrons lui résister : leur Dieu prendra « leur défense et nous deviendrons l'opprobre de « toute la terre. » La suite est au même livre de Judith : « Chaque ville et chaque province, ayant choisi « les plus braves de ses jeunes gens, leur fit prendre « les armes et les envoya après les Assyriens. Ils les « poursuivirent jusqu'aux extrémités des confins de « leur pays, passant au fil de l'épée tout ce qu'ils « rencontraient. » Et maintenant, roi des Borusses, comprenez rÉcriture sainte ! •

Vous aviez bien pris vos dispositions, bien choisi votre moment ; vos espions vous avaient informé de nos faiblesses et de nos fautes, vous étiez muni d'enins nouveaux, et vos soldats connaissaient la toporapine du pays à conquérir. Mais la France a reçu le vrai baptême, il reste en elle de bonnes pensées ; elle a la Vierge et l'Eucharistie : bientôt vos professeurs et pédants de guerre sauront ce que c'est qu'un peuple guerrier.

A travers ses oublis, il y a une chose que le peuple tle France n'a pas oubliée. Il a donné à Dieu des prêtres, Dieu lui a donné des soldats. 11 a bâti à Dieu des temples, Dieu lui gardera son territoire. Par ses missionnaires, plus qu'un autre peuple, il a voulu conquérir à Dieu des nations, Dieu lui rendra des victoires. Non, non, le peuple dont les fils et les tilles mêmes se répandent sur toute la surface de la terre pour agrandir 1 empire du Christ ne sera pas

lAlilS l'LMfi.M U. blfci.t. (il

jeté en proie à cette louve prussienne qui ne veut «pie s'agrandir elle-même. Son Romulus fut un voleur d'églises, son César ne sera qu'un Augustule. Berlin ne deviendra pas la nouvelle Rome. Rome est faite ailleurs, et la France se retrouve. Quelle que soit l'épreuve, la France se retrouvera tout entière ; et l'épée victorieuse du Franc, sortie de l'ignoble fourreau philosophique et véritablement prussien où l'avait enfermée Voltaire, dérouillée dans cette lutte et resplendissante de son ancien éclat, s'étendra sur le roi pacitique du monde promis à Jésus-Christ.

David, dont nous sommes le peuple continué par Jésus-Christ, chantait : « Béni soit Dieu qui m'a fait pour la guerre et qui a dressé mes mains au combat pour la vérité de Dieu! » iNous chanterons encore ce chant, la véritable Marseillaise des Francs et de la race baptisée. L'épée à la main, l'Eucharistie dans les plis de notre drapeau, nous chanterons le chant de David contre tout peuple et toute race qui voudrait abolir ou fausser le baptême. Et nous irons prendre sur l'autel de Pierre, affranchi par nous, l'onction qui sacrera les peuples, et la clef qui doit ouvrir à la race humaine un nouvel et plus grand avenir.

d'autres prussiens.

2$aoàt.

Lorsque le sort d'une bataille peut amener les l*rassiens aux portes de Paris, il y a en France et dans Paris des hommes qui semblent aroir le dessein de faire assassiner les prêtres.

Un mot d'ordre est certainement donné pour amener ce résultat patriotique. Des maisons religieuses ont été attaquées, le même jour, dans plusieurs villes. Les plus stupides calomnies contre le Saint- Père sont répandues au même instant dans les campagnes les plus éloignées. On colporte que le Pape est d'accord arec le roi de Prusse, qu'il le béait, qu'il lui fournit des millions, qu'il lai avait promis de le sacrer quand il aura vaincu la France.

Cela est cru de la stupidité publique, qui croit que l'on empoisonne les fontaines en cas de choléra, et qui a cru, tout à l'heure, dans ta Dordogne, que l'infortuné M. de Monéïs était Prussien. De non»* breuses lettres écrites de divers points de la France nous informent de cet état de choses, ajoutant qu'il est urgent d'y prendre garde.

Une étincelle suffirait pour allumer l'incendie intérieur que le Prussien attendait avant la guerre, et qui lui serait encore plub utile en ce moment. La France u'a plus qu'un jour, si elle a le jour tout en-

PARI* PEMMST r,E SlÉf.E. C3

tier, pour prévenir eet incendie. Une fois alltrmé, elle n aurait ni le moyen ni le temps àe l'éteindre.

Sans dente, on a peine à comprendre nne pareille conjuration, de moins de ht part de beaucoup de ceux <fui s'y engagent. Elle existe néanmoins, et ceux <pii s'y engagent, sciemment on non, sont nombreux. Nous avons en les propositions et discours de M. le dépoté Girault et de ses amis. Nous croyons aseoz volontiers que M. Girault est innocent. 11 est vraisemblable que ce « galant homme, » comme le nomme prudemment M. le professeur d'éloquence sacrée Loyson, ne va pas loin en philosophie prussienne. 11 ne parlerait pas des WelcAes comme Voltaire. Mai* ses amis sont déjà bien disposés k croire «pie la terreur en France serait le meilleur moyen de nous débarrasser des Allemands; et en tout cas, dans l'espoir qu'elle les débarrasserait au moins de Dieu, ils- en oseraient. II y a aussi des journaux qui formel»! cette belle conception et qui la servent avec zèle.

Nous en avons nommé quelques-uns. Le Journal fk$ Débats a commencé ou phitAt il a continué une tactique dont il a l'habitude. Le Temps, protestant, né de la confiance et do sourire de M. le duc de Persigny, suit de près le Journal des Débats et mérite d'être signalé. Il donnait hier une prétendue « correspondance de Rome, » qui parte des sentiments du Pape et des « prélats de Rome * de manière à seconder parfaitement les plans prussiens.

Il est absolument impossible qu'un monsieur qui remplirait à Rome les importantes fonctions de cor-

fii l'AHIS PE5DAST LE SIÈGE.

respondant du Temps, soit en relations avec les « prélats », de façon à savoir ce qu'ils disant et ce qu'ils pensent. Ou ce monsieur est un pauvre diable qui ne pourrait pas gagner sa vie à Paris, ou c'est inielque bas employé d'ambassade qui fait ce métier pour ajouter à son maigre gage, peut-être aussi pour assouvir la haine de sa bassesse contre Rome, qui est honnête, et la haine de son orgueil contre la société, qui le laisse dans les bas-fonds. Plusieurs sent loin de dédaigner cet appoint. Voltaire a des propos sévères sur les nouvellistes : a Le monde veut des « nouveautés, et la canaille immense des écrivains n subalternes attend ces nouveautés pour faire rire « et gagner un écu. — J'avoue que les polissons « qui, de leur grenier, gouvernent le monde avec « leur écrite ire, sont la plus sotte espèce de tous. » .Mais Voltaire n'avait pas encore l'idée du journal; sa courte vue n'entrevoyait pas l'envie impuissante et la scélératesse irritée endoctrinant l'ignorance et la folie.

Nous donnerons cependant un avis à ceux qui jouent ce jeu, non pas bien entendu à ces écrivains d'eu bas, qui n'ont et qui n'auront jamais une place honorable dans une société régulière, et qui

Si tout n'est renversé ne sauraient subsister,

Ils sont sans autels, sans enfants, sans tombeaux, déracinés de toute patrie, et il leur importe peu que tout croule dans le monde, au contraire! Il n'y a nul moyen de les effrayer ni de les attendrir. L'avis est pour ceux qui leur fournissent les moyens d'impri-

l'AMS PEM>À.\T LE SIÉt.K. (m

mer. A ceux-ci, qui oui des maisons et des rentes, nous disons que la première pierre qui tombera de l'Église écrasera les maisons voisines, et ces maisons en tombant feront crouler les autres; et quand le feu s'allumera là-dedans, il brûlera le Grand- Livre, suivant le souhait de Proudhou. Plusieurs de ceux qui écrivent s'en inquiètent médiocrement, llsauront les plaisirs du spectacle, et comme leur plume ne les nourrit pas au gré de leur appétit, ils mangeront les cadavres. La pitance abondera. Nec est finis cattarrnun, «lisait le prophète, en des temps avec lesquels le notre n'est pas sans analogie.

Mais le bourgeois qui se consolerait encore île voir les Prussiens à Paris pourvu qu'il n'y vit plus de prêtres, et qui est si content déjà de ne plus voir «le Français à Home; le bourgeois, qui ne veut pas plus de médiateur entre les peuples qu'il n'en veut entre l'homme et Dieu, le noble et tier bourgeois, enfin vainqueur du Christ, sera très-malheureux eu ce temps-là.

C'est pourquoi nous n'avons cessé de dire au bourgeois qu'il avait tort de tant rire de l'Église ri de tant la persécuter. Lorsqu'il n'y aura plus de prêtres, meunier Giraull, il n'y aura plus de moulin, il n'y aura plus de rentes, il n'y aura plus de boulevards, et même les fonds placés à l'étranger périront.

Cela donc vous regarde, et vous regarde plus que les prêtres et ceux qui partageront leur sort. Les catholiques n'ont pas tant sujet de craindre. Pour eux, il v a autre chose. Leur mort sera lemarlxre. Ils diront, comme les Mncliahées, qu'il leur est plus

G6 PARIS l»E>DAXT LK SIÈGE.

doux de mourir que de voir les maux de la patrie. Mais vous autres, vainqueurs du Christ par la main des Prussiens, vous serez justiciés!

XYJ

2o uoùj.

M. Emile de Girard in, pour donner aux Français de la confiance, de la confiance, s'était laissé aller à croire que le balai, et au plus la crosse du fusil ajoutés à la plume du journaliste et au crayon ducaricaturier, sufliraieut pour battre les Prussiens. Il en a 4 lit quelque chose dans des lettres a patriotiques » qu'il a publiées. Un Prussien lui a répondu, et M. de Girardin imprime la lettre prussienne. Le Prussien aussi, lorsqu'il écrivait, avait confiance, confiance, et il dit à M. de Girardin des choses qui ne manquent pas toutes de gravité. .Nous mettons sa lettre sous les yeux de nos lecteurs. Ils la comprendront mieux peut-être que le publiciste fameux à qui elle est adressée. Elle a d'ailleurs ceci de remarquable, qu'elle confirme tout ce que la presse aile- • mande nous a révélé du plan prussien.

Saint-AvoM, 10 août.

Monsieur de dirai «lin, In île no* nombreux eoni|>atnute> à Paris vous fera parvenir i'C* ipidqurï» mots de répoii>e à \«n rodomontade s, qui uni exrite d.m* notre eaiiij» une liil.irité iu*si bru \ an te qn'iiue «k.*

dos bombardes. Vous avez fait un pari, je vous en fais un autre.

Je vous jure sur l'honneur de vous payer vingt mille francs, li mon régiment ne défile pas devant votre palais de l'avenue du ftoi-de-Roiiie avant le f 5 septembre prochain.

Savez -vous d'où nous vient la certitude de vous vaincre?

Faites-en part à vos amis, si vous voulez, mais ne retranchez fias un mot de ce que je vais dire.

C'est :

i9 Parce que nous avons l'appui moral de l'Europe ;

2° A cause de la supériorité de notre artillerie ;

3° Farce que tois nous voulons l'unité germanique, (L'idée des annexions vient de votre Empereur, qui a eu pjur imitateur* MM. de Cavour et de Bismark.

♦• Parce que nos soldats sont bien commandés et que nous n'avons pas chez nous de divisions d'intérêts, de principes, et point d'insulKirdiuatioii romme vos mobiles, — que nous craignons moins que «les collégiens ; — chacun de nos soldats a l'instruction d'un de vos officiers ;

.S" Pane que uous combattons pour la civilisation, e'est-âdire |Mmr rémaiici|>ation de l'homme par l'instruction.

Comment un homme comme vous n'a-t-ii pas vu que l'avenir appartient aux races septentrionales ou protestantes ?

Voyez les Etats-l'nis pour l'Amérique. (Jue sont à rôté d'eux les petits Etat* de races latine*? Des république tes toujours en guerre civile, sans force morale, sans autre culte que la superstition de leurs ancêtres les Inquisiteurs.

Eu Europe, les deux Péninsules et la Erauor ne sout-elies pas eu décadence? Eu vain nous donnerions un roi à l'Espagne; voire voisine la catholique doit vous apprendre ce qu'est ce pays. L'Italie dégénérée à l'ombre des mêmes préjugés; le caluoliciiftiiu! idiotiiic minv hou français?,*. La FVance décline depuis qu'elle a sarrilié sa sûreté à l'arbitrais d'un hocniiie qui a toujours menti tant avec nous qu'avec vous. Vous voyez où vingt ans de de>|Hitistue %ou* ont conduits; vous avez voulu rempire*|«aix et tous avez l'cmpii-e-guerre , l'invasion et la |n*rie de deu* prmjuee-i, «.n nous le* garderons. Vou* vous

lié l'UUS HEM» A M Lt S1É0K.

l'Ii'S liés à la dynasiie lies Bonaparte par crainte de la s« iale! i '.Yst-à-dire que vous avez voulu éviter Cliarybde et que vous êtes tombés dans Scylla.

Voyez la chose : au premier Napoléon, nous et l'Europennus avons repris les conquêtes de la République, au deuxième pous prenons le neuvième de votre pays, sans parler des frais de guerre que vous allez nous payer.

Dieu sera avec ceux qui veulent le progrés; t'est pourquoi il vous délaisse. (Croyez-vous en Dieu seulement?)

Vous avez le sullïagc universel et vos élui leurs ne savent pas lire; c'esl là votre arme ia plus dangereuse. A vrai dire, sans votre l.edru-lliillin, qui vous a donné ce mode de vote, vous n'en seriez pas la; mais la Providence fait tout pour le mieux... L'Allemagne, terre classique du libre examen, qui avait Luther quanJ ou ne savait pas chez vous ce que c'est que lu logique, l'Allemagne est destinée à être pour l'Europe ce que le pays de l'ranklin est pour l'Amérique.

N'oubliez pas mon pari et répondez-moi à lieuève, 8, rue du Muni-Blanc : M. Westermanu, pour remettre (eu France) au Colonel Freii. Vos Hiilstein.

Cm Prussien ('-tait bien lier le lif août. 11 iguore i|u'il est lui-iuèine une manière de Girardiu, uonseulcuient par sa confiance, mais encore par ses idées. M. de Girardin est « émancipa teur de l'homme par l'instruction » protestant (nulle nécessité de croire en Dieu pour cela), et beaucoup d'autres choses semblables. Rien n'empêche que le Prussien ne soit un nourrisson de M. de Girardin. Si ce savant colonel croit que Luther est un honneur pour l'Allemagne et qu'il a inventé la logique, M. de Girardin l'a dû dire maintes fois, à moins qu'il n'ait réservé l'honneur de l'invention de la logique pour lui-même. Et quant à l'assurance avec laquelle ce

même savant prussien donne l'aven» r aux « races septentrionales ou protestantes, » c'es- un don que lui a fait depuis longtemps la Revue des h^ux-Mondes^ «*t que la multitude des penseurs et écrivains français, acharnés depuis un siècle à diffam t le catholicisme, ne lui reprendront pas. M. de Girardin est convaincu de cette supériorité tout comme lui, plus que lui peut-être, et n'a ni le droit ni le moyen de soutenir le contraire.

L'idée de la prépondérance, ou plutôt de l'empire absolu réservé au Nord, à la Prusse particulièrement, est tout simplement une idée française. Voltr.ire chantait cela au Prussien athée bien avant que le Prussien girardinesque fût né : « Vous êtes, Sire, « le fondateur A'une très-grande puissance. Vous te- <( nez un des bras de la balance de l'Europe. Je a ne sais où vous vous arrêterez, mais je sais que

« LAhiLK h¥. pHt'SSK VA BIEN LOIN. Je SUpplic Cet aigle

€ de jeter sur moi chétif, du haut des airs, un de ces « rayons qui raniment le génie éteint. » Voilà qui est prussien dans les moelles. Nous proposions l'autre jour de l'inscrire sur le piédestal du Voltaire-Chevreau.

Est-ce que ce petit morceau ne contient pas tout ce qui est dans la lettre du Prussien de M. de Girardin? Kt est-ce que M. de Girardin a le moindre mot de sou fonds h dire contre la statue du Voltaire-Chevreau érigée par la presse française?

La seule chose qui soit bien en propre au Prussien, c'est de se croire une mission divine. Le Français éclairé ne croit pas assez eu Dieu pour inventer

un pareil détail. Si M. de Girardin le disait, ce serait a dessein de se donner un petit reflet mystique» dans un moment de coquetterie littéraire; quelque chose comme sa m? .lie tant célébrée.

Il est bien \ rai, cependant, que le Prussien a une mission. Seulement, lorsqu'il ajoute: «Dieu sera avec ceux qui veulent le progrès, » il tombe enfin dans la sottise familière aux publicistes français, qu'il a trop lus, comme toute l'Europe. Le progrès prusso-voltairien, Bulozo-voltairien, Girardino-Havino-Bonaparto-voltairien, le progrès qui consiste à rejeter Jésus-Christ du monde social et à remplacer Dieu par 89, n'est pas celui que Dieu favorise, el la mission donnée à la Prusse en ce moment n'est pas d'accomplir ce progrès-là.

La mission de la Prusse est d'apporter ses idées de Prusse, idées voltairiennes, sous le tranchant de l'épée française. Si nous n'avions que nos écrivains et nos principes de 89, la statue de Napoléon et la statue de Voltaire, les deux anges de Louis -Philippe, roi de 89, verraient la fumée d'un camp ennemi. L'une n'en pourrait être surprise, l'autre assurément n'en serait pas offensée. Mais il y a le vieux soldat et la vieille épée de France, et Dieu est avec ceux qui défendeut la patrie Ceux-là sont encore les mêmes qui proclamaient le Christ roi des Francs.

Nous pouvons bien, hélas ! être un peuple et une armée de pécheurs, c'est ce qu'il faut pour subir des revers ; mais la Prusse constitue un peuple et une année d'athées, c'est ce qu'il faut peur périr. Entre le pécheur et l'athée, il y a une différence que

.M. de Girardin et sou Prussien ne saisissent pas, mais qui est celle do la vie et de la mort.

En sorte qu'au fond la bataille se livre pour l'Eglise, et que voilà toute la troupe de Voltaire, tout le peuple de 89 obligé de travailler et de suer sang et eau pour la gagner. Il y a de ces dérisions dans l'histoire de la philosophie, de la logique et du libre examen.

Ajoutons à l'honneur de ces mauvais logiciens qu'ils ont vraiment du cœur à l'ouvrage, et que leur patriotisme se moque glorieusement de leur raison.

26 août.

le rnrssrEN m: m. ue i.irardin.

Refaisons un tour sur ce Prussien de fer et de plume, qui se croit invincible à la plume comme au fer. Invincible au fer, puisqu'il écrit de Saint-Avold en France ; invincible à la plume, puisqu'il pousse l'alinéa aussi facilement que M. de Girardin luiinèmn, dans le français même de M. de Girardin.

L'originalité de ce Prussien consiste en ce qu'il 4>st la frappaute image d'un libéral français. Il en a les idées historiques, politiques et sociales, et jusqu'à la littérature. Il pourrait écrire naturellement dans tous les journaux de toutes les nuances révolutionnaires, depuis le Charivari, dont il a la grâce pétillante, jusqu'à la Revue «les lieux-Mondes, dont

£gT*^J.

ii P.lltls PENDANT LE SIÈGE.

)i -» l.i profondeur. SI. Buloz n'aurait qu'un léger blanchissage à lui donner. Il serait au Siècle comme eliex lui, sans blanchissage aucun. On peut dire que iv Prussien csl né rédacteur du Siècle.

Ku un moment où l'on doit s'interdire sévèrement luiil acte de guerre civile, c'est un avantage bien l'ieiii'iiY de rencontrer ainsi toute la forfanterie et Imite la bèlise française dans un seul Prussien!

Ce long combat de la France contre Dieu, c'estu-dire contre elle-même, contre son histoire, contre su gloire, contro sa force et contre su destinée; le blasphème vnltairïeii et la brutalité révolutionnaire, li' péduiitismc doctrinaire et l'hypocrisie philosophique, lu rêvasserie humanitaire et l'arrogance de la force qui se croit la science et la pensée, tout aboutit li. foui se réunit là, tout sert à former ce Prussien. Kl h' Prussien, enivré de se voir vainqueur à Saint Avnl<]. ne doute plus que Dieu ne soit protestant et Prussien.

Après un siècle de travail, corrompant par tous lis moyens toute morale et tout bon sens, ils ont lait ce rude animal, et l'ont accru sur la terre jusqu'à lui mettre quasi autant d'intelligence sous les pieds qu'il a d'insolent orgueil dans la tète. Le voilà fait. Il déclare qu'il est la science, la liberté et l'avenir, i-l ils ne savent que répondre, car ils l'ont dit euxinèuies, sinon qu'ils ont autant de muscles que lui. Mais s'il a l'iV/f;c,cuiiime ils l'ont proclamé si souvent, à quoi bon leurs muscles f Véritablement il est leur stii-iice, leur liberté, leur avenir. Vomiront-ils employer leurs muscles à écraser tout cela, uniquement

PARIS PENDANT LE SlÉtifc. 73

pour avoir la gloire et le plaisir de le relever et le mérite de le distribuer eux-mêmes au reste du «lobe ?

La Prusse est le péché de l'Europe, comme César fut le péché «le Rome et du monde. Une fable profonde nous parle de cette déesse réprouvée qui, à la suite d'un mauvais commerce, enfanta des chiens dont elle fut depuis immortellemeut dévorée ; et la Vérité nous dit de son coté que la justice élève les nations et que le péché les rend misérables. Le protestantisme et le philosophisme ont fait la Prusse, nous y avons travaillé, nous en jouissons. Ainsi, au moment le plus glorieux et le plus honteux de l'histoire des hommes, quand la lumière du Christ formait un nouveau genre humaiu, quand la justice et l'autour offraient h la terre la liberté, l'égalité et la fraternité, en ce moment, la vieille erreur donnait l< bilan de sa philosophie, de sa science et de sa politijue ; et c'était l'empire de Tibère et de Néron.

L humanité maudite accouchait de ces monstres durables. Ils naissaient des entrailles de la malédiction, afin de s'opposer air Fils de Dieu, né de la Vierge Marie. Car la malédiction refuse et hait la bénédiction. Et comme l'empire et Néron, œuvres du péebé, sont apparus à l'aurore du Christ pour le noyer dans le sang, ainsi le Prussien, si le courroux de Dieu permet qu'il soit autre chose qu'un fantôme, aura surgi du même fond et des mêmes causes, au moment où l'humanité chrétienne, sortant d'un long desastre, se range autour de Pierre pour rappeler au monde appauvri la plénitude du bienfait de Jésus.

Il faut certainement empêcher cette renaissance, il faut écraser ce dessein, il faut le noyer dans le

sang !

Le Prussien ne se gène pas de le dire. Il parle du christianisme idiotifié par le Pape et par le Concile, et il demande si ce mot idiotifié est bon français ? Très-bon français, Prussien ! Nous avons eu un fameux auteur, nommé Eugène Sue, mort il n'y a pas longtemps, en parfait état de démence , bavant à tremper ses matelas, et nous avons encore un grand philosophe nommé Quinet, écrivain à mettre dans l'Académie, et nous en possédons quantité d'autres qui ont dit tout cela bien avant vous, et qui le répètent dans le même style. Notre Quinet, quand vous tétiez encore à l'école du soldat, décrétait déjà l'urgence « d'étouffer le catholicisme dans la boue. » Il voulait certainement, par cette opération, nous désidioti/ier.

Il y a longtemps que nous ne manquons pas de penseurs prussiens ! Nous avons M. About, M. Jourdan, et Bassinet, et Bouzier, et cent autres, dans Paris et dans les provinces ; nous avons notre ministre de l'intérieur, S. Exe. M. Chevreau, qui vient d'ériger une statue à Voltaire, lequel adorait l'aigle de Prusse, et «lisait, en parlant du christianisme « idiotilié » : Écrasons l Infâme ! Soyez bien tranquille sur la bonne qualité de votre français, Prussien ! Il a cours, et si les chances de la guerre vous sont défavorables, vous pourrez gagner votre vie dans les journaux libres-penseurs. Votre langue est aussi française que leur pensée est prussienne.

Mais si vous croyez pour cela que vous êtes maître de la France et du monde, et que Dieu combat avec la Prusse au profit de la Prusse, c'est ici que votre philosophie de l'histoire vous abuse gravement, quoique tout à fait conforme à celle de tant d'illustres peuseurs et phraseurs français, tels que Voltaire, Quinet, Bassinet, Bouzier et autres de Paris et des départements.

Il y a, Prussien, plusieurs philosophies de l'histoire, vous ne l'ignorez pas. Mais il n'y en a qu'une vraie, c'est ce que vous ignorez ; et vous ignorez celle-là, qui est totalement ignorée aussi de vos maîtres. Elle ne promet pas l'empire à la Prusse. Elle nous apprend que Dieu ne combat que pour luimême, <Yst-à-dire pour son Église, pour l'agrandissement, l'épanouissement et le triomphe de sa volonté très-juste et très-miséricordieuse; en d'autres termes, pour le règne du vrai et du bien.

Quand même vous entreriez dans Paris, quand vous vous étendriez sur toute la France, ce qui doit vous paraître invraisemblable; quand même vtfus emporteriez tous les trésors du temple (ils ne sont pas lourds], et tous ceux du palais et tous ceux de la rue, c« ne serait encore que notre châtiment et pas du tout votre établissement. De bonnes pensées restent en JiuUi, et il n'existe aucun moyen de couper les communications entre les lèvres de la pénitence qui prie et la clémence du Dieu qui ressuscite. C'est assez pour nous délivrer de la Prusse, c'est assez pour que la Prusse ne se délivre pas de la mort. Il n'y a plus de fusils, et le dernier tronçon d'épée est dévoré par

7(i PARIS PENDANT LE SIÈGE.

la rouille : mais la pénitence a prié, et alors le fer de la charrue devient une arme. Au besoin, les ossements suffiraient.

L'histoire nous révèle cette loi de la guerre purement politique, c'est-à-dire barbare. Le conquérant qui ne porte pas la vérité morale dans les plis de son drapeau, n'y porte qu'un principe de défaite, qui éclate contre lui dans un temps généralement assez court. Il allume l'ardeur des représailles, il enseigne Fart de les assouvir, et les peuples dont il a insulté les foyers viennent se venger dans les siens. Histoire ancienne, histoire moderne. Le grand homme de guerre uniquement chargé de faire la guerre est un désastreux présent pour le peuple que Dieu en gratifie.

Nabuehodonosor, très-grand roi (c'est le même qui fut changé en bote), attire Cyrus; Cyrus provoque Alexandre ; Alexandre appellera les Romains; Cartilage périt parce qu'elle a eu Annibal ; Rome fait des routes pour les peuples qui la fouleront aux pieds. Que d'autres exemples dans l'histoire jusqu'à la République française et jusqu'à Napoléon, qui reprennent si complètement la guerre païenne, et quel exemple que Napoléon! Le destin de la Prusse victorieuse est là.

Une autre loi, plus certaine et moins visible à cette populace de lettrés qui fait des philosophies de l'histoire, c'est le soin que Dieu prend de former et tle maintenir les peuples auxquels il coulie le dépôt de la vérité et le devoir de la porter dans le monde. Il les punit, il ne les détruit pas. Rien ne peut détruira

PARIS PENDANT LE SfÉC.E. 77

Israël, toujours puni de ses fautes. L'Assyrien tombe sur lui, le ruine, l'emmène captif et s'écroule , le laissant entier. Pour cette œuvre de châtiment, Nabuchodonosor est qualifié de serviteur de Dieu. Home vient à son tour et n'absorbe pas non plus rette (erre qui a un tel fruit à donner. Jérusalem n'est arrachée qu'après avoir élevé le vrai roi du monde sur le trône de la croix. Arrachée, elle vit encore dans son peuple errant, parce que le châtiment ne détruit pas la promesse.

Eh bien ! sans doute, nous, peuples catholiques, nous n'avons pas la même promesse, et le flambeau éteint peut nous être enlevé. Alors nous périrons. Mais Voltaire n'a pu l'éteindre, et c'était le véritable ennemi. Ce que le Prussien Voltaire n'a pu faire, le Prussien voltairieu ne le fera pas. Son souffle stupide raviverait plutôt la flamme que son pied s'efforcerait d étouffer, et quand même nous pourrions souffrir des maîtres si brutaux, nous ne les supporterions pas si bétes. Voit-on la France soumise à des Prussiens parlant français ? Un Samson se lèverait et le Voltaire-Chevreau lui servirait de mâchoire.

Si loinque puisse aller notre humiliation, et quand Dieu se rendrait sourd à notre repentir, qui croira que la miséricorde divine, abolissant le dernier peuple catholique à cause des renégats qui l'auraient poussé à l'apostasie, élira pour le remplacer ce peuple civilisateur, dont l'apostolat n'a que des maîtres d'école et des mitrailleuses ?

L'homme du dix-neuvième siècle est misérable.

78 PàRIS PENDANT LE SIÈGE.

Intellectuellement, il est, comme on dit, au bout de sou rouleau ; nul jusque dans les catastrophes. 11 a prétendu être par excellence l'homme du progrès, et il a resserré autour de lui toutes les limites. Il s'est mis dans une cage sans horizon et sans issue, dont les fastueuses tentures en papier peint lui cachent le ciel et le privent d'air. Là il s'accable de redites et de vains et stupides essais de recommencements bientôt avortés. 11 se fait de vieux contes et se chante de vieilles chansons qui ne l'intéressent plus. En présence de ces Prussiens qui se targuent de recommencer l'empire universel, voilà des génies français qui chantent la Marseillaise et veulent recommencer lu république. Au fond, ce monde avachi et idiotifié (servons-nous-en) crève d'ennui et demande du nouveau.

L'amour du nouveau les a plus que tout le reste poussés dans le jeu sanglant qui les épouvante, sans pouvoir les désennuyer. Du nouveau ! c'est le vœu éternel de l'ennui. Mais l'ennui est une maladie qui empêche de créer le nouveau et de voir celui qui se crée tout seul, ou plutôt qui se déroule sou*> la main de Dieu. Le grand ouvrier du nouveau, Dieu, travaille toujours. 11 remplit de choses iuouîes et logiques, à la fois prévues et soudaines, ce monde qui demande du nouveau et qui ne peut rien trouver de nouveau devant son œil paralysé par cette maladie houleuse de l'ennui, elle-même jusqu'à un certain point nouvelle.

11 \ a partout des écroulements, partout des résurrections, partout des échéances et des dévelop-

pcmcnts terribles et sublimes. Des hauteurs, un verbe de lumière se précipite, fait éclore un monde. Ils restent là, tournoyant dans leur cage, passant alternativement de leurs vieux coryphées qui ne chautent rien de neuf à leurs vieux corybantes qui ne dansent rien de nouveau. Ils essaient du canon, et au bruit du canon un docteur prussien parie contre son maître français vingt mille francs, l'un qu'il sera à Paris dans quinze jours, l'autre qu'il n'y viendra pas. Voilà leur aflaire réduite à sa véritable expression. Le reste est de la phrase (ils diraient de la hlttijuc), et ils sont d'accord... pour ne rien voir.

11 y a du nouveau pourtant. Et le nouveau, c'est que la civilisation qu'ils ont faite s'écroule, autant pour le Prussien que pour le Français, et que « le Fils du charpentier, » celui de qui Julien l'Apostat demandait des nouvelles, a fait le cercueil d'un monde.

27 auùt.

Page 1