LA VICIOHŒ DE L\\ME DE LA FRANCE
Von i dune qu'ils arrivent. Humainement, tout |m rmrt d'espérer qu'ils n'entreront pas. Dans ce péril, Dieu nous a suscité des hommes de tête et de < <i»ur. Ils ont muni le rempart et nettoyé l'intérieur de la place. Les mesures sont prises pour éteindre à I iu*taut lu sédition scélérate, elle n'aura point le pouvoir il humilier et d'inquiéter ceux qui défen-
intellectuellement, il est, comme on dit, au bout de son rouleau ; nul jusque dans les catastrophes. 11 a prétendu être par excellence l'homme du progrès, et il a resserré autour de lui toutes les limites. 11 s'est mis dans une cage sans horizon et sans issue, dont les fastueuses tentures en papier peint lui cachent le ciel et le privent d'air. Là il s'accable de redites et de vains et stupides essais de recommencements bientôt avortés. 11 se fait de vieux contes et se chante de vieilles chansons qui ne l'intéressent plus. En présence de ces Prussiens qui se targuent de recommencer l'empire universel, voilà des génies frauçais qui chantent la Marseillaise et veulent recommencer la république. Au fond, ce monde avachi et idiotifié (servons-nous-en) crève d'ennui et demande du nouveau.
L'amour du nouveau les a plus que tout le reste poussés dans le jeu sanglant qui les épouvante, sans pouvoir les désennuyer. Du nouveau ! c'est le vœu éternel de l'ennui. Mais l'ennui est une maladie qui empêche de créer le nouveau et de voir celui qui se crée tout seul, ou plutôt qui se déroule sou&> la main de Dieu. Le grand ouvrier du nouveau, Dieu, travaille toujours. Il remplit de choses inouïes et logiques, à la fois prévues et soudaines, ce monde qui demande du nouveau et qui ne peut rien trouver 4e nouveau devant son œil paralysé par cette maladie houleuse de l'eiinui, elle-même jusqu'à un certain point nouvelle.
Il y a partout des écroulements, partout des résurrections, partout des échéances et des dévelop-
pcmcnts terribles et sublimes. Des hauteurs, un verbe de lumière se précipite, fait éclore un monde. Ils restent là, tournoyant dans leur cage, passant alternativement de leurs vieux coryphées qui ne chantent rien de neuf à leurs vieux corybantes qui ne dansent rien de nouveau. Ils essaient du canon, et au bruit du canon un docteur prussien parie contre son maître français vingt mille francs, l'un qu'il sera à Paris dans quinze jours, l'autre qu'il n'y viendra pas. Voilà leur affaire réduite à sa véritable expression. Le reste est de la phrase (ils diraient de la hlayuc),, et ils sont d'accord... pour ne rien voir.
11 y a du nouveau pourtant. Et le nouveau, c'est que la civilisation qu'ils ont faite s'écroule, autant pour le Prussien que pour le Français, et que « le Fils du charpentier, » celui de qui Julien l'Apostat demandait des nouvelles, a fait le cercueil d'un monde.
21 août.
LA VIC101UE DE l'.WIE DE LA FRANCE."
Voici doue qu'ils arrivent. Humainement, tout permet d'espérer qu'ils n'entreront pas. Dans ce péril, Dieu nous a suscité des hommes de tête et de < o»ur. Ils ont muni le rempart et nettoyé l'intérieur d«* la place. Les mesures sout prises pour éteindre à I in^taut la sédition scélérate, elle n'aura point le pouvoir d'humilier et d'inquiéter ceux qui défen-
la rouille : mais la pénitence a prié, et alors le fer île lu charrue devient une arme. Au besoin, les ossements suf liraient.
L'histoire nous révèle cette loi de la guerre purement politique, c'est-à-dire barbare. Le conquérant qui ne porte pas la vérité morale dans les plis de son drapeau, n'y porte qu'un principe de défaite, qui éclate contre lui dans un temps généralement assez court. Il allume l'ardeur des représailles, il enseigne l'art de les assouvir, et les peuples dont il a insulté les foyers viennent se venger dans les siens. Histoire ancienne, histoire moderne. Le grand homme de guerre uniquement chargé de faire la guerre est un désastreux présent pour le peuple que Dieu en gratifie.
Nabuchodonosor, très-grand roi (c'est le même qui fut changé en bète), attire Cyrus; Cyrus provoque Alexandre ; Alexandre appellera les Romains; Cartilage périt parce qu'elle a eu Annibal ; Rome fait des routes pour les peuples qui la fouleront aux pieds. Que d'autres exemples dans l'histoire jusqu'à la République française et jusqu'à Napoléon, qui reprennent si complètement la guerre païenne, et quel exemple que Napoléon! Le destin de la Prusse victorieuse est là.
Une autre loi, plus certaine et moins visible à cette populace de lettrés qui fait des philosophies de l'histoire, c'est le soin que Dieu prend de former et de maintenir les peuples auxquels il coufie le dépôt de la vérité et le devoir de la porter dans le monde. Il les punit, il ne les détruit pas. Rien ne peut détruire
PAIUS PENDANT LE SrÉC.E. 77
Israël, toujours puni de ses fautes. L'Assyrien tombe sur lui, le ruine, remmène captif et s'écroule , le laissant entier. Pour cette œuvre de châtiment, Nabuchodonosor est qualifié de serviteur de Dieu. Home vient à son tour et n'absorbe pas non plus «•elle terre qui a un tel fruit à donner. Jc*rusaleui n'est arrachée qu'après avoir élevé le vrai roi du monde sur le trône de la croix. Arrachée, elle vit encore dans son peuple errant, parce que le châtiment ne détruit pas la promesse.
FUi bien ! sans doute, nous, peuples catholiques, nous n'avons pas la même promesse, et le flambeau ••teint peut nous être enlevé. Alors nous périrons. Mais Voltaire n'a pu l'éteindre, et c'était le véritable ennemi. Ce que le Prussien Voltaire n'a pu faire, le Prussien voltairieu ne le fera pas. Son souffle stupide raviverait plutôt la flamme que son pied s'efforcerait d'étouil'er, et quand même nous poumons souffrir des maîtres si brutaux, nous ne les supporterions pas si bêtes. Voit-on la France soumise à des Prussiens parlant français ? Un Samson se lèverait et le Voltaire-Chevreau lui servirait de mai-boire.
Si loin que puisse aller notre humiliation, et quand Dieu se rendrait sourd à notre repentir, qui croira que la miséricorde divine, abolissant le dernier peuple catholique à cause des renégats qui l'auraient poussé à l'apostasie, élira pour le remplacer ce peuple civilisateur, dont l'apostolat n'a que des maîtres d'école et des mitrailleuses ?
L'homme du dix-neuvième siècle est misérable.
Intellectuellement, il est, comme on dit, au bout de son rouleau ; nul jusque dans les catastrophes. 11 a prétendu être par excellence l'homme du progrès, et il a resserré autour de lui toutes les limites. Il s'est mis dans une cage sans horizon et sans issue, dont les fastueuses tentures en papier peint lui eachent le ciel et le privent d'air. Là il s'accable de redites et de vains et stupidcs essais de recommencements bientôt avortés. 11 se fait de vieux contes et se chante de vieilles chansons qui ne l'intéressent plus. En présence de ces Prussiens qui se targuent de recommencer l'empire universel, voilà des génies français qui chantent la Marseillaise et veulent recommencer la république. Au fond, ce monde avachi et idiotifié (servons-nous-en) crève d'ennui et demande du nouveau.
L'amour du nouveau les a plus que tout le reste poussés dans le jeu sanglant qui les épouvante, sans pouvoir les désennuyer. Du nouveau ! c'est le vœu éternel de l'ennui. Mais l'ennui est une maladie qui empêche de créer le nouveau et de voir celui qui se crée tout seul, ou plutôt qui se déroule sou* la main de Dieu. Le grand ouvrier du nouveau, Dieu, travaille toujours. 11 remplit de choses inouïes et logiques, à la fois prévues et soudaines, ce monde qui demande du nouveau et qui ne peut rien trouver de nouveau devant son œil paralysé par cette maladie houleuse de l'ennui, elle-même jusqu'à un certain point nouvelle.
11 \ a partout des écroulements, partout des résurrections, partout des échéances et des dévelop-
poments terribles et sublimes. Des hauteurs, un verbe de lumière se précipite, fait éclore un monde. Ils restent là, tournoyant dans leur cage, passant alternativement de leurs vieux coryphées qui ne chantent rien de neuf à leurs vieux corybantes qui ne dansent rien de nouveau. Ils essaient du canon, et au bruit du canon un docteur prussien parie contre son maître français vingt mille francs, l'un qu'il sera à Paris dans quinze jours, l'autre qu'il n'y viendra pas. Voilà leur affaire réduite à sa véritable expression. Le reste est de la phrase (ils diraient de la hlayue), et ils sont d'accord... pour ne rien voir.
11 y a du nouveau pourtant. Et le nouveau, c'est que la civilisation qu'ils ont faite s'écroule, autant pour le Prussien que pour le Français, et que « le Fils du charpentier, » celui de qui Julien l'Apostat demandait des nouvelles, a fait le cercueil d'un monde.
11 août.
LA VICIOIHE DE l'\ME DE LA PRANCE."
Vont doue qu'ils arrivent. Humainement, tout |»< Tinrt d'espérer qu'Us u'cutrerout pas. Dans ce péril, Dieu nous a suscité des hommes de tête et de < trur. Ils ont muni le rempart et nettoyé l'intérieur «I»* la place. Les mesures sont prises pour éteindre à I mutant la sédition scélérate, elle n'aura point le pouvoir d'humilier et d'inquiéter ceux qui défen-
80 PAKIS PENDANT LE SIÉGK.
«Iront la muraille. Dans la ville assiégée, il ne faut i|iie la voix brève du commandement. On ne permettra pas qu'un tumulte quelconque puisse euipeeher de l'entendre. La civilisation française, assiégée dans sa capitale , n'aura d'ennemis armés qu'eu face.
Paris résistera glorieusement, et, nous l'espérons, victorieusement. 11 verra l'ennemi se briser à ses portes, il le verra lever le siège, il le verra fuir, fuir vers Bazaine et Mac-Mahon,à travers la France exaspérée. Bientôt la France et la Prusse sauront ce qu'elles valent réciproquement quant aux muselés, puisque c'est aujourd'hui la grande affaire du monde. 11 est trop évident que le peuple « savant » avait mieux organisé la guerre, mieux pris ses précautions. Il a eu davantage la science de la topographie, celle du tir, celle de l'espionnage. L'application de ces sciences lui a coûté déjà deux cent mille hommes. Mais il en avait trois cent mille à dépenser pour arriver dans Paris, il en a donc cent mille à jeter pour combler le fossé. Nous verrons comment le reste se tirera d'affaire. Ce dernier bout de chemin sera glissant ! À notre avis, les professeurs de guerre ignoraient quelque chose qu'ils vont apprendre. Ils vont apprendre ce que c'est qu'un peuple vraiment guerrier. Tous ne reviendront pas pour en donner des leçons ù la grande Allemagne et lui procurer l'empire du inonde.
Que Paris se défende : <»t quand menu* il serait rntin forcé, c'est déjà une victoire et une grande victoire. C'est la victoire île l'âme de la France- Celle-
là est assurée, elle est indépendante du sort des armes. Elle sera plus grande même si le sort des armes est contraire. Elle montrera que la France pourtant n'avait pas attaché tout son coeur à cette merveille qui lui a coûté tant d'or, tant de labeur, hélas! et tant de péchés. La France, la vieille Franco, la France retrouvée d'avant 89, aura exposé la merveille et l'aura jetée dans le gouffre de sang pour sauver son honneur. Cela n'est pas conforme aux nouveaux principes économiques ; c'est sauvage comme autrefois. Les savants allemands de Vienne, ceux qui sont déjà protestants, ont été plus sage:». Méprisant tuie semblable victoire, craignant sagement de voir endommager leurs boutiques, leurs cafés-chantants, leur nouvel Opéra, préférant voir abtmer la patrie, ils ont philosophiquement pétitionné vers leur empereur pour n être pas défendus. Voilà un peuple qui veut qu'on le prenne ! Le Français, resté bon #ré mal gré catholique, est d'humeur différente. 11 sacrifie sa ville pour sauver l'honneur et la nationa- * lité.
Les protestants, les juifs, les libres-penseurs, espèces dominantes à Vienne, qui conseilleraient au Français de traiter, afin de se perfectionner dans l'élude de la philosophie, sous la direction de la Prusse, et de devenir savant à son tour, ceux-là seraient mal venus. C'est encore une chose que les professeurs de Prusse ignoraient, et qu'ils apprendront s'ils triomphent. Us sauront ce que c'est qu'un grand peuple « atholique. Le monde aussi l'apprendra, non sans nécessité, après ce siècle d'injures contre l'unique t. t.
Église du Christ. Et nous aussi, nous rapprendrons, pour notre gloire immortelle et pour le salut du genre humain, menacé d'être prossiamsé.
0 retours divins de la vérité honnie et en apparence vaincue à jamais ! Que d'infâmes papiers, ace**mules depuis un siècle, vont être trêves et lacérés en quelques jours, par cette guerre qu'ont suscitée entre tous et plus que tous les barbouilleurs de papier ? Car qui est assez dénué de raison pour croire qu'un peuple se jette de lui-même sur un peuple, et que les paysans du Brandebourg étaient naturellement tourmentés du besoin de prendre Paris,ou nos paysans d'Auvergne du besoin de prendre Berlin ? (> n'est pas même l'ambition des prisées qui conçoit toute seule de telles idées, et si elle les concevait, elle ne pourrait pas les réaliser. Ce sont les professeurs, les avocats, les écrivailleurs sans nombre, les cuistres de nues de bras pour combattre comme pour travailler, qui, dans le monde moderne, sont surtout dévorés de l'implacable orgueil de le domination et de la conquête. Ils en sont dévorés et ils en répandent l'ardeur et le tourment. Les peuples sont pris de la folie de mesurer leurs forces, d'imposer les idées de ces drôles. Ce ne sont plus des années qui combattent pour un but déterminé, mais des lions entières qui se ruent l'une sur l'autre, autre projet bien connu de l'une et de l'autre que l'extermination. Et ces malheureux sont très-fiers de la stïence qui leur fournit le moyen d'eu hoir teot de suite. L Autriche a été tuée en un jour, par une idée et par une machine. Quatre ou cinq nationalités
italiennes ont sombré en mie fois. Et voici que ou la Prusse ou la France restera couchée sur le flanc ipour de longues années eu une seule campagne, qui n'aura été qu'nne seule bataille, où peut-être un million d'hommes auront péri. Or le « savant » a tellement abêti la terre que d'atroces sots peuvent dire sans rougir d'eux-mêmes et sans révolter personne : C'est le progrès !
Mais enfin, une vérité apparaîtra quoiqu'il arrive, du moins pour ceux qui ont conservé !a faculté de penser, et plus tard pour ceux en qui cette faculté peut renaître. Il sera démontré que ces cuistres savants et puissants sont In plaie de l'espèce humaine H la honte de sa raison, et que les peuples qui leur laissent l'empire doiveut souffrir, décroître et tomber ; qu'il* doivent perdre les faux biens où ils les convient ; qne ces biens périssent encore lorsqu'ils ont paru les réaliser,que leurs richesses se changent en désastres foudroyants, que leur orgueil les mène aux humiliations dernières, que les noms de leurs Tictoires, fnstueusement écrits au coin des rues, peuvent Être effacés par les boulets ennemis et disparaître comme les passants.
t> sera le sort certain et définitif de la Prusse, encore qu'H puisse plus ou moins se faire attendre. Probablement il ne se fera pas attendre longtemps. <^trand même le courroux de Dieu, non encore apaisa enrers nous, lei permettrait de passer tête levée sous nos ares de triomphe, elle marche à ce châtiment sa pré me, elle y court. Elle le trouvera nonseulement par sou orgueil sans mesure, mais encore
et surtout parce qu'elle n'a aucune vérité à donner au monde, et ne veut lui donner au contraire que son erreur. Rien dans son passé ne parle pour eue, rien dans son avenir ne se rattache à Dieu. Elle périra et ses desseins périront.
Elle périra par la France, et la France détruira ses desseins, parce que la France est la vieille servante du Christ et se retournera vers le Christ. Elle se souviendra de lui, et il se souviendra d'elle ; elle redemandera son service glorieux, et il lui sera rendu. Est-ce que nous sommes liés par la proclamation qui annonçait à l'Allemagne que la France lui portait les bienfaits de 89, dont elle jouit d'ailleurs plus que nous, Dieu merci? Est-ce que nous sommes engagés par l'arrêté préfectoral qui permet d'attester jue le peuple de France a érigé le Voltaire-Chevreau? Que nous importe ce que disent de nous ce Chevreau et d'autres ! Nous sommes la France du Christ; nous reprendrons notre drapeau, et nous défions les victoires de la Prusse.
Le patriotisme sera catholique, et c'est pourquoi, quelle que soit la fortune ennemie, la Prusse ne vainvva la France ni par les armes ni par le temps.
Nous savons que la Marseillaise ne vaut pas une armée, et la Prusse le sait aussi. Nous savons, et la Prusse sait encore que 89 ne vaut pas une année, et ((lie ni la statue de Voltaire ni la statue de Napoléon ne sont non plus une armée. Mais la foi et la fidélité à la sainte Église catholique, voilà l'invincible, la renaissante, l'éternelle armée ; et la Prusse périra.
Nous autres, qui ne sommes pas savants, nous cou-
n lissons le nom de Dieu; nous le connaîtrons davantage, et les desseins de la Prusse périront.
29 août.
PROJET fiK LA STATUE DE JEANNE D'ARC.
I^e Propagateur de Lille propose une souscription fiopulaire pour ériger dans Paris une statue de Jeanne d'Arc. Il désigne remplacement : ce serait dans la nouvelle rue du Théâtre-Français, qui passe sur Tanrien rempart Saint -Honoré, là où l'héroïne insultée par Voltaire fut blessée en combattant contre les Prussiens de l'épo«pie.
Il s'agirait de compenser ainsi le Voltaire-Chevreau, et l'idée en elle-même est très-louable. Elle avait été déjà proposée, lorsque M. Havin lançait sa souscription. Elle eût alors été acceptée très-aiséluent , elle le serait plus aisément encore aujourd'hui. .Néanmoins nous ne crûmes pas devoir nous y associer. Il convient que nous fassions connaître les raison* de ce refus. Aujourd'hui comme alors, elles paraîtront décisives.
M. Havin aurait voulu le premier, de très-bonne foi, souscrire pour la statue de Jeanne d'Arc; son Sitr/t\ après lui, patronnerait très-volontiers la souscription. M. Havin était, et le Sièc/r est resté l'ami de toutes les aloire* de la France. San* doute, ils ont leur* préiéreiiees, et ils prennent soin qu'on ne les
86 PARIS PENDANT LE SlÉtt».
ignore pas ; mais c'est leur système de ne râeu écarter* Au Panthéon, ils ont bousculé dans la même apothéose Voltaire et Fénclon; dans la cour du Louvre, Voltaire et llossuet, Rabelais et saiat Grégoire de Tours. Ils accoleraient très-bien madame de Sévighé, qui fut une femme distinguée , et Ninon , autre femme distinguée. Le jardin réservé des Tuileries est orné d'une statue de Lais mourante; ils ne trouveraient pas mauvais qu'on y mit une Jeanne d'Arc mourante, couchée sur le bûcher, ce qui permettrait au sculpteur de la ramener davantage an costume de cour. M. Carpeaux, habile à faire puer le marbee, saurait bien s'y prendre pour qu'il n'y «ùt qu'un contraste agréable entre Jeanne d'Arc et Laïi. Elles fraterniseraient comme les deux sœurs de Béraoger, et ces messieurs seraientéblouis jusqu'à l'extase, comme le Dieu de M.Ilugo:
...Et I)i«!ii, dont l'œil flamboie, N«» sait plus distinguer, pire éhlmiide joie. Bcliul il** Jùsti*.
Feu Uaviu était plein de cette poésie 11 se voyait» peut-être , dans un monde meilleur ( quelle idée Ilavin se pouvait-il faire duu monde meilleur?), appuyé sur sa caisse très-ample et très-fournie, regardant avec bouté Y l /iivers, el lui montrant Voltaire et Jeanne d'Arc s embrassant dans les liras de Dieu, pire ébloui de joie.
Et certainement feu Havin aurait consenti de ben ctHurà réaliser eu ce monde ce que M. llu^o lui disait qu'il verrait dans le ciel : Voltaire et Jeanne
d'Are sur le mène pied devant le peuple de Paris comme devant Dieu! Si on lui avait dit que c'était une idée plus ancienne que M. Hugo, une vieille idée de l'empereur Héliogahale, lequel un jour, fatigué de la diversité des dieux, les voulut tous réunir dans le même temple et dans le même culte, sous la président* d'une certaine pierre qui était son dieu à lui, Huviii eût pris en estime cet empereur qui concevait des pensées si grandes, et il se fût admiré davantage de le* avoir su réaliser, à quoi l'empereur Héliogahale ne parvint pas.
Tout cela donc serait très-bon pour feu H a vin, et pour sa suite très-vivante, et M. Chevreau nous offrirait immédiatement un arrêté. Mais nous ne saurions entrer dans ces largeurs, et nous ne devons pas nous dissimuler que la statue regardée par nous comme une revanche, serait tout simplement considérée par eux comme un pendant.
Ce n'est point là ce < pi' il nous faut. La statue de Voltaire est un outrage à la religion, à la pudeur, au patriotisme. Un pendant n'y changerait rien, et ne serait au fond qu'une acceptation de l'injure. Il faut que l'injure soit effacée ou qu'elle reste sans compensation et sans pendant.
Une statue de Jaaune d'Arc dans Paris, à coté de celle de Voltaire !... Voltaire s'en amuserait, Ha vin s'en réjouirait, mais Jeanne d'Arc en pleurerait.
Non ! uon ! S'ils n'ont pas la vertu d'enlever cette ordure, qu'elle reste; qu'elle soit un témoin de leur règne, et de Tannée des Prussiens! Os deux sonre-
vaincrons. Mais s'ils ont gardé la foi, Dieu les défcndra, et nous ne pourrons rien. »
Les officiers d'Ilolopherne furent révoltés d'entendre parler d'un Dieu qui serait plus puissant que Nahuehodonosor.Tous s'écrièrent : « Escaladons ces montagnes, nous tuerons leurs défenseurs et Achior avec eux ; et les nations saurout que Nabuchodonosor est le seul dieu de la terre ! »
C'est ce qu'un colonel prussien déclarait l'autre jour à l'Ammonite Emile de Girardin et à toute la race catholique. M. de Girardin lui-même n'est pas sans avoir quelques traits, bien affaiblis, de cet honnête Achior. Lui non plus ne sait que répondre aux Assyriens.
Holophcrne, irrité, chassa l'Ammonite de sa présence. On Temmena hors du camp, et on le laissa lié à un arbre. Dûs Israélites le trouvèrent et le conduisirent en Béthulie. Il y raconta ce qu'il venait de voir et d'entendre.
Ce récit effrava les habitants, mais sans ébranler leur constance. Us prièrent avec larmes, demandant à Dieu de considérer l'orgueil de l'ennemi et leur propre humiliation. Kusuite ils consolèrent Achior, lui disant que le Dieu de leurs pères, dont il avait publié la gloire, montrerait sa fidélité, et lui accorderait tle voir la ruine de l'envahisseur. Ils lui offrirent de rester parmi les enfants d'Israël, heureux de pouvoir le traiter comme un frère. La grande France dira un jour les mêmes paroles à ceux de Pologne, de Saxe, tir il.iiiovre, de Wurtemberg, île Bavière et des pays rhénans, aujourd'hui cruellement forcés de la
combattre, sans autre profit pour la plupart que rentière destruction de leur propre patrie et l'esclavage de leur autel.
Cependant Holopherne, au lieu d'assaillir immédiatement Béthulie, imagina un moyen plus sûr et moins coûteux de la prendre ; il suffisait de la priver d'eau. En effet, au bout de vingt jours, les citernes étaient vide*, et plusieurs dans la ville commencèrent à murmurer contre les chefs qui avaient décidé de résister. Ils disaient que le glaive était préférable an lent supplice de la soif. D'autres, en plus grand nombre, mieux inspirés, recoururent à la prière. Ils demandèrent à Dieu d'avoir pitié de leur détresse, H qu'au moins, s'il voulait châtier son peuple, ce ne fût point en le livrant à des infidèles, qui en prendraient occasion de blasphémer et de leur crier : On est votre Dieu? Enfin, après de longs gémissements, Ozias, prince de la ville, dit : «Attendons encore cinq jours, et si le courroux de Dieu ne s'apaise pas contre nous, alors nous nous rendrons. »
Ce discours fut rapporté à Judith, fille de Mérari, de la tribu de Siméon, veuve de Manassès depuis trois ans, parfaitement belle et très-riche. Elle vivait avec ses servantes dans un appartement secret, an haut de sa maison, portant le ciliée et jeûnant tons les jours, hormis le Sabbat et les antres fêtes dn Seigneur ; et il n'était personne qui élevât la moindre parole contre sa vertu.
Elle fit venir plusieurs des princes et des anciens, vt elle leur dit : — Que me rapporte-t-on d'Ozias, et de cet engagement de livrer la ville , si dans cinq
pâaia fembaxj ul tiisc 9i
jour» Dieu m Ta pas secourue? Et qui êtes -vous, vous autres qui Gxez une limite au Seigneur? Au lieu «le sa miséricorde, craignez plutôt de provoquer ainsi sa colère 1 Elle ajouta qu'il fallait beaucoup de larmes, beaucoup de prières, beaucoup d'humilité, mais aussi beaucoup d'espérance, puiaqu 'enfin Israël ne suivait pas ses pères en tous leurs crimes et ne connaissait d'autre Dieu que Dieu. — C'est pourquoi, poursuivit elle, attendons avec une humble pa- I ience les consolations que Dieu ne manquera pas de nous donner. Il nous vengera des afllictions que nos ennemis nous font souffrir, il couvrira de honte toutes les nations qui s'élèvent contre nous. Vous donc, anciens du peuple, relevez-lui le cœur. Rappelez-lui les épreuves d' Abraham, de Jacob, de Moïse. Tous ceux qui ont été agréables à Dieu ont passé par les tribulations; mais ceux qui n'ont pas reçu l'épreuve dans la crainte du Seigneur et se sont laissés aller aux murmures, ceux-là ont péri. Nos houffrances n'égalent pas nos péchés. Les fléaux sont envoyés pour nous sauver, et non pour nous perdre.
Les anciens répondirent à Judith : — Il n'y a rien a reprendre dans tes paroles, ''rie pour nous, femme sainte et craignant Dieu. Judith reprit: — Ht vous, priez aiin que Dieu m'affermisse dans un dessein que j'ai conçu Vous vous tiendrez cette nuit à la porte de la ville, et je sortirai avec ma servante. Je ne \eux point que vous vous mettiez en peine de savoir ce que je ferai Jusqu'à ee que je vienne moi-même vous douncr de mes nouvelles, qu'on ne fasse autre chose que priex pour moi. Us répondirent : — (/ue le Sei-
PARIS PtNDAM LE SIÈGE. 93
« des humbles, l'auxiliaire des petits, le défenseur « des faibles, le refuge des méconnus, le sauveur des « désespérés. Oui, oui, Dieu de mon père, Dieu de t rhéritage d'Israël, maître des cieux et de la terre, « créateur des eaux, roi de toutes vos créatures, vous « exaucerez ma prière. Répandez l'intelligence parmi « tout votre peuple ; qu'ils sachent que vous êtes « le Dieu des royaumes et des années, et qu'il « n'est point pour Israël d'autre protecteur que « vous. »
Ayant ainsi prié, Judith OU ses habits de veuve et reprit ceux des jours de joie, quand fttanassès vivait. Kilo arrangea sa chevelure, se frotta de parfums, noua sous ses pieds des sandales, reprit ses bracelets, ses colliers, ses bagues, ses pendants d'oreilles, toute sa parure, et Dieu lui augmenta encore sa beauté quelle ornait par un désir de vertu (1).
Suivie de sa servante, qui portait un sac de provision*, elle se rendit aux portes de la ville, où les anciens l'attendaient. Etonnés eux-mêmes de la voir si belle, ils lui dirent : — Que le Dieu de nos pères accomplisse ce que tu as projeté pour Israël ! Klle adora Dieu et s'éloigna. Us la suivirent du regard jusqu'à ce qu'elle eût disparu dans le vallon qui menait aux gardes avancées des Assyriens.
Comme ceux de Béthulie, les Assyriens furent
I Cui etiam Dominufl contulit splendurem : quoniani omnis i«U compositio, non ex Hbidine, sed ex virtute pendebat ; et hieo Dominus banc illmm pulrhntudinem ampliavit, ut incotit* IMmhUi décore omnium oculi* apporeret. (\, 4.
émerveillés de sa beauté. Holopherne lui dit de ne rien craindre. Elle lui parla devant sa cour.
Entrant dans ht pensée qu'avait dû lui brimer le langage d'Achior, elle lui fit croire qu'elle l'avertirait quand les Israélites auraient commis certaines transgressions qu'ils osaient méditer, et que ce aérait le moment favorable pour donner l'assaut, c Dieu m'a envoyée, dit-elle en terminant, pour accomplir avec toi des choses qui frapperont d'étonnement ceux qui les apprendront. » Holopherne, aussi ravi de son langage que de sa beauté, voulut qu'elle habitât la tente où étaient déposés ses vases d'argent, et qu'on lui servit les vins et les mets de sa table. Elle refusa les mets, interdits par sa religion, disant qu'elle se nourrirait de ceux qu'elle avait apportés. Holopherne lui ayant demandé de quoi elle vivrait ensuite, elle répondit : « Vive ta vie ! mes provisions ne seront pas consommées que le Seigneur n'ait accompli par ma main ce qu'il a décidé. » Elle exprima ensuite le désir de pouvoir aller prier chaque soir dans le vallon. Holopherne accorda tout.
Pendant trois jours, Judith, toujours suivie de sa servante, sortit du camp sans être inquiétée. Elle faisait ses ablutions à la fontaine qui est dans le vallon, et, s'étant ainsi purifiée, elle rentrait sous la tente* jeûnant et vaquant à la prière commo elle avait coutume en sa maison de Réthulie.
Le quatrième jour, Holopherne donna un grand festin à ses serviteurs, où il invita Judith. Elle a y rendit dans tout l'éclat de sa parure, prévenant ton» tefois l'eunuque qu'elle sortirait à l'heure aeeoo-
paris pendant le SIÊGV. 95
famée; et elle but et mangea à la table do général assyrien ce que sa servante avait préparé pour elle. Holopherne, joyeux et déjà enivré de la présence de Judith, but ptas qu'il n'avait fait en aucun jour de su vie. Etitiu, l'eunuque fit retirer les convives, tour alourdis par le vin, et Judith demeura seule dans la tente avec Itolopforne, déjà assoupi sur sa courbe, « le vin ruisselant autour de lui. »
Judith, debout, pria et pleura. Elle dit en son cœur : a Seigneur Dieu des armées, regardez. C'est « le temps de ressaisir votre héritage. » Ayant décroché le cimeterre qui pendait à Tune des colonnes du lit, elle se pencha, saisit les cheveux d'Flolopherne, le frappa au cou deux fois de toute sa force et lui trancha la tête.
Ensuite, elle fit rouler le corps au bas de la couche, • iileva le moustiquaire de pourpre entrelacé d'or, de pierres précieuses et d'émeraudes, et sortit de la tente, cette tête et ces dépouilles à la main. La servante les cacha dans le sac aux provisions. Ayant traversé le camp sans alarme , les deux femmes furent bientôt devant Béthulie. Judith cria de loin aux sentinelles : — Ouvrer! Dieu est avec nous!
Les anciens et le peuple accoururent, et Ton fit un grand feu. Lorsque Judith les vit rassemblés, elle leur montra la tête : — Voici, leur dit-elle, Holopherne, général issime de Tannée d'Assyrie, et voici le filetsous lequel il dormait lorsqu'il était ivre. Le Seigneur Ta frappé par la main dune femme. Kt vive le Seigneur qui ma gardée ! Oziasdit à Judith :— Sois bénie entre toutes les femmes. Tant qu'il y aura des hommes, ja-
fMî PARIS PKNDANT LE SIÈGE.
mais l'espoir que tu as mis en Dieu ue s effacera de leur cœur! Tout le peuple répondit : — Ainsi soit-il!
Judith ordonna qu'on fît venir \chior. Voyant la tète d'Holopherne aux mains d'un homme de rassemblée, il tomba la face contre terre et le souffle lui manqua. Revenu à lui, il se jeta aux pieds de Judith : — Bénie sois-tu, s'écria-t-il, bénie sois-tu en toute demeure de Juda et en toute nation ! Quiconque ouïra ton nom sera ému d'amour. Dis-moi maintenant comment cela est arrivé. Judith alors, en présence du peuple, raconta tout ce qui s'était passé depuis son départ de Béthulie jusqu'au moment où elle parlait. La ville entière retentit d'allégresse, et Achior crut au Dieu de Judith, le Dieu vivant. Puisse la même grâce être accordée à tant d'Ammonites, qui n'attendent aujourd'hui qu'un malheur pour croire au Dieu Nabuchodonosor.
Cependant Judith prit le commandement de la ville et ordonna une sortie contre les Assyriens. Ses or» dres eurent un plein succès. Les Assyriens furent taillés en pièces; on les poursuivit jusque par-delà Damas et son territoire. Ainsi Israël fut sauvé et Assur commença de périr, par la main de Judith, tille de Mérari, de la tribu de Siméon.
Le grand-prétre et les anciens de Jérusalem vinrent honorer Judith à Béthulie. Ils lui dirent : — Tu es la gloire d'Israël. Bénie sois-tu à jamais par le Seigneur tout-puissant! Tout le peuple cria : — Ainsi soit-il !
Ils lui tirent une grande part dans les dépouilles «les Assyriens ; elle eut la tente d'IIolopherne, toute
son argenterie, ses lits, ses cratères et ses vases; on la couronna d'olivier, elle et ses femmes. Et clic dit :
a Je chanterai à Dieu un hymne nouveau.
a Assur est venu des montagnes de l'Aquilon; il a est venu avec les myriades de son armée; leur mul- « titude a comblé les vallons, leur cavalerie a cou- « vert les collines.
« 11 avait juré de livrer mon pays à la flamme, de « faire périr mes jeunes hommes par le glaive, d'é- « craser mes enfants à la mamelle, de faire de mes « enfants un butin et de mes vierges une proie.
« Le Seigneur tout-puissant les a effacés par la « main d'une femme.
(i Leur homme vaillant n'est pas tombé sous les « coups de jeunes guerriers, les fils des Titans ne « l'ont point frappé, les géants ne l'ont point attaqué; « mais Judith, fille de Mérari, l'a défait par la beauté « de son visage.
« Sa petite sandale a ravi son œil, sa beauté a cap- « tivé son àme; le cimeterre a tranché sa tète.
« Alors mes humbles ont jeté un cri de joie, et mes « faibles les ont épouvantés. Ils ont pris la fuite.
« Les enfants des jeunes femmes les ont blessés; « le Seigneur leur a livré bataille, ils ont péri.
« Seigneur, vous êtes grand et glorieux; et les roc chers fondront devant vous comme de la cire, et « vous êtes propice à ceux qui vous craignent.
« Tout sacrifice qu'on vous offre en odeur de « suavité est petit; toute la graisse des holocaustes « est très-petite; mais celui qui craint le Seipneur « est grand.
« Malheur aux peuples qui s'attaquent à ma race! c Le Seigneur tout-puissant, au jour du jugement, « les punira. Le Seigneur les livrera aux vers ot à la c flamme, et ils pleureront en une souffrance éter- « nelle. »
Judith vécut à Béthulio jusqu'à l'âge de cent cinq ans, entourée de respect et de gloire. Elle avait consacré en offrande au Seigneur tout ce qui lui était revenu de la dépouille d'Ilolopherne, et le filet de pourpre, d'or et de pierres précieust s enlevé de sa propre main, ne gardant rien de ces richesses. Elle avait aussi affranchi sa servante, et distribué avant de mourir tous ses biens, tant à ses parent s qu'à ceux de Manassès, son époux. Lorsque Dieu la rejoignit à ses pères , on l'ensevelit dans le tombeau de Manassès, et le peuple la pleura sept jours.
En ce temps-ci, temps des soldats, des prophètes et des prêtres de Nabuehodonosor, il est bon de relire ces pages des saints Livres, dont s'est tant moqué Voltaire, évangéliste des Prussiens. Xi du bourbier de Voltaire, ni des éloquentes bouches qui s'ouvrent à la tribune pour demander que les élèves du sanctuaire soient versés dans les casernes, ni de la poitrine des hurleurs de chansons ne sortira jamais cette poésie salubre de l'amour de Dieu et de la patrie.
Et nous savons que Judith ne fut qu'une figure de cette Judith immortelle qui prie pour les défenseurs de la patrie catholique et qui combat avec eux.
4 septembre.
ntKMIÈRE NOUVELLE DE LA CAPITULATION DE SEDAN.
Le péril grandit et les humiliations s'accumulent. Une capitulation de quarante mille hommes ! Ce coup est le plus amer. Le sang français s'écoule plus acre par cette blessure pins imprévue. Avant de condamner le plierai qui a si^né la capitulation, la conscience a besoin de savoir quels faits font pu plier à cette nécessité désastreuse; mais avant de connaître les faits, elle ne peut pas non plus l'absoudre. La loi militaire met en jugement le général qui a osé capituler. Il est passible de mort.
L'onnemi approche plus redoutable. Les murs de Paris le verront. Il faudra subir l'insolence de cette visite. En un moi* nous en sommes là. En un mois! La France!!!..
Nous espérons que nos cœurs seront plus fermes enrore que nos murs; qu'ils resteront debout sur nos murs même abattus. En dépit de tous les revers et du dernier revers, que la résistance de Paris soit la victoire de l'Ame do la France! Si nous le voulons, celte victoire est assurée. C'est elle qui frappera l'ennemi de terreur; c'est elle qui remplira de sang nouveau les veines taries; elle sera la première étape sur Berlin, ou phitot sur le prussîanisrae.
<^ue Paris se défende noblement, que la courtisane
100 PAltlS l'ENDAM LE SIÈGE.
redevienne une matrone digne d'enfanter encore des héros! Il fut pardonné à l'Adultère, parce que nul n'était sans péché, et parce qu'elle n'entreprit point de justifier son crime. A genoux, sous les insultes des pharisiens, elle garda le silence; et Celui qui apportait la miséricorde eut pitié d'elle. Son époux put la reprendre, elle put avoir des fils. Que la courtisane donc et l'adultère se relève devant Dieu et devant les peuples ! Qu'elle jette à l'ennemi ses joyaux , que ses lieux de plaisirs, arrosés de sang, deviennent une tombe glorieuse. Cette tombe contiendra la vie, et la vie en jaillira.
Nous avons péché, nous aurons été punis, frappés de Dieu. Quelle autre main pouvait souffleter la France? Le roi de Prusse, ce pharisien, ce chrétien franc-maçon, invoque contre nous Dieu] justicier. Il prie mieux qu'il ne pense ! Il prie comme ceux* que Dieu veut abattre. Dieu entend sa prière orgueilleuse, et lui en demandera compte. Dieu se souvint ainsi de l'Assyrien, du Mède, du Romain, de tant d'autres qui reçurent l'empire du monde « comme un présent de nul prix. » Ce roi croit se faire un sceptre immense. Il n'est qu'un bâton. Quand Dieu a frappé, il brise le bâton.
Dut-il être brisé sur nos épaules, ce bâton que nous avons fourni nous-mêmes et que nous cultivons depuis un siècle, il sera brisé. La Prusse, pour notre châtiment, pourra voir Dieu fidèle en toutes ses menaces. Pour son châtiment à elle, nous le trouverons fidèle en toutes sespromesses.Plus sera prompt notre repentir, plus sera prompte sa main à nous venger.
Mais il faut des vertus, il faut être chrétien. Quand nous aurons retrouvé Dieu, alors nous retrouverons la patrie. Alors nous serons la France, la grande fille aînée, armée de son épée superbe pour protéger les 'pauvres de Dieu, pour délivrer ceux que le monde veut dépouiller de Jésus-Christ.
Aux approches dos catastrophes de 1848, on cherchait un sauveur. Le maréchal Bugeaud disait : « L'homme qui nous sauvera fumo eu ce moment sa pipe dans un bivouac de l'Algérie. » Non, l'homme n'était pas là. Et sans vouloir méconnaître tant de braves soldats, plus sages et meilleurs que nos gon* do langue et de paperasse, et qui ont mieux fait leur devoir, on a trop vu qu*. la force nécessaire no viendrait pas d'un bivouac. Elle neii est pas venue et n'en viendra pxs. Du moins, si l'homme est là, il n'y est pas tel que le bon maréchal Bugeaud l'attendait. Ce ne sera plus le soldat honnête et borné que le monde connaît, disciple encore soumis des parleurs même lorsqu'il leur a imposé silence, les laissant dévorer et le butin de l'épéo et l'épée elle-même.
Ce sera le soldat de la croix, celui qui a, comme Clovis, vu le sang couler des plaies du Crucifix, et qui a senti frémir son épée : « Que n'étais-je là avec mes Francs! »
Quand viendra cet homme de la vraie race? Quand piraitra-t-il dans le monde étonné d'être devenu prussien? Et le monde aura tort de s'étonner, car on il»* devient pas arien ni prussien sans l'avoir voulu, sans y avoir travaillé et sans l'avoir mérité.
Il viendra cependant. Il surgira «le ce sang fran-
çais sacré par tant de grandes choses accomplies, sacré pour de plus grandes qui restent à accomplir. An milieu de l'apostasie quasi générale des peuples, couronnement de l'hérésie du seizième siècle, la France est cependant restée catholique. Elle a été moins criminelle que ses gouvernements , depuis deux siècles et plus vendus à l'hérésie. En dépit de ses gouvernements, la France a fait les grandes choses catholiques, elle a donné les grands exemples.
C'est la France, parmi les nations, qui, après l'orage révolutionnaire, a voulu être catholique. C'est elle qui a réclamé l'indépendance de la Papauté, qui a rouvert le champ des missions, qui a fourni le grand nombre des apôtres et des martyrs. C'est elle qui a procuré à l'Église du Christ le temps de construire la fortification imprenable de l'infaillibilité, c'est-à-dire de réaliser la visibilité et l'incarnation de ce dogme éternel. Or, Dieu n'est pas oublieux du bien. 11 détruit le péché, il efface, il oublie; il rend à ce qui était souillé la blancheur de la neige et la pureté du cristal ; mais le bien, il le conserve impérissable sous son regard.
Parce que la France est catholique, elle ne peut pas être prussienne, encore moins prussianisée. L'amour de l'Église et l'amour de la patrie, c'est le même amour. Voyez la Pologne, l'Irlande, le Liban. Ceux qui croient n'aimer que la patrie aiment déjà l'Eglise; l'abjuration de l'Église serait l'abjuration de la patrie*. De l'amour de la patrie malheureuse, et pour aimer davantage la patrie, nous monterons à l'amour «le Dieu. Nous apprendrons à contempler le Crucifix,
il lire dans ses plaies* Sur la croix uous verrons la patrie. Là nous apprendrons d'abord ce que nous devons ne pas faire ; ce que nous devrons faire, nous le saurons bientôt. Le patriotisme sera catholique, et la patrie renaîtra.
S'il en est qui veulent abjurer, ils seront étrangers parmi nous. L'invincible fidélité de nos âmes nous conservera la patrie. Nous adresserons à Dieu la prière du peuple do Béthulie assiégée : — Seigueur, conservez-nous la foi, soutenez la foi et la raison du monde, prenez pitié de ceux mêmes qui ne connaissent pas votre nom ! Seig neur, si vous voulez nous chAtier, qu'au moins ce ne soit pas en nous livrant à un peuple infidèle qui en prendra occasion de blasphémer et qui nous dira : Où donc est votre Dieu ?
.) septembre.
LA UftlL'ULlQUE.
Kn attendant <pi'il attaque nos murailles, le canon de la Prusse nous a donné la république. Cela s'est fait hier, entre midi et deux heures, sans qu'on ait entendu un coup de fusil. Quelqu'un, qui n'a pas dit son nom, a proclamé un gouvernement. Ce gouvernement, composé d'une douzaine d'individus, a été aussitôt prendre le sacre h l'Hôtel de Ville, et voilà déjà vingt-quatre heures qu'il fonctionne avec ai-
sancc. Un certain nombre de députés de la majorité, n'ayant pu pénétrer dans la salle, ont laissé une protestation chez le concierge du palais, à côté. Ils sont vingt-cinq, dit-on, peut-être trente. On suppose que cette protestation aura peu d'effet , d'autant que la Chambre est dissoute et le Sénat aboli.
Ainsi succombe l'empire de Napoléon III, six mois après le plébiscite qui lui a donné sept millions et demi de suffrages. Rien de plus honteux; rien de plus juste.
On parlait de la révolution du mépris. Toutes les révolutions du monde moderne sont lyi peu les révolutions du mépris. Mais devant celle-ci, les autres doivent baisser pavillon. La révolution du mépris, la voilà, la voilà bien! Plus l'histoire la considérera, plus elle verra qu'aucune forme du mépris n'y manque, plus elle trouvera que c'est juste.
L'Empire a entrepris beaucoup de choses. Son grand et persévérant travail a été de créer contre lui le torrent de mépris qui l'emporte. A dater de la guerre d'Italie, rien n'a été épargné pour la perfec* tion de l'œuvre; rien non plus ne manque au succès.
De tout l'Empire, rien ne reste, si ce n'est le suffrage universel qui l'avait baptisé , confirmé, sacré. Le suffrage universel garde sa puissance. Il est toujours la loi de la France moderne. En ce moment, il a sans doute reçu une entorse ! Mais il ne marche qu'à condition do prendre de ces temps de repos. D'ailleurs, l'inconnu qui vient d'accomplir cette grosse entreprise do détruire et d'édiiier un gouverneniiMit, peut dire que le suffrage universel a été de-
vint*. Et le suffrage universel, comme l'amulette de Louis XI, pardonnera encore cet écart.
A peu d'exceptions près, ce sont les députés de Paris qui forment le gouvernement. Paris affirme ainsi sa souveraineté. Nous verrons ce qu'il en fera pour le salut et l'honneur de la France.
A Tégard des hommes qui viennent de prendre ou d'accepter une si terrible responsabilité, nous nous sommes assez souvent expliqué sur chacun d'eux, pour n'avoir pas besoin de dire que nous n'en aurions choisi aucun.
A notre avis, si le moment semblait commode pour faire une révolution, c'était néanmoins le moment le mieux indiqué pour ne s'en point passer la fantaisie. Dans ce moment où les miuutcs ont le prix des siècles, le temps employé à changer le gouvernement, c'est-à-dire a désorganiser les services et à inquiéter les esprits, nous parait plus que perdu pour la défense nationale.
Le vieux monsieur Crémieux rentre dans son vieux ministère de la justice ; le vieux monsieur Garnier-Pagès pense à rentrer dans son vieux ministère des finances. Tous emménagent çà et là. Durant cette fête des crémaillères, le Prussien marche.
Une proclamation nous dit que la République a vaincu l'invasion de 1792. Cela est plus admis que vrai. Prenons-le pour vrai. 11 est encore plus vrai que nous avons affaire à une tout autre invasion.
Knlin, les voici revenus, on pourrait dire ressusrités, et ce n'est plus le moment de délibérer, d'autuit que nous n'avons pas voix au chapitre. Nous
406 PARIS PENDANT LE SfÉGE.
concluons qu'il faut leur obéir en ce qu'ils demanderont do juste, parce que la patrie saignante est là, qui n'a pas besoin de nouvelles et plus profondes blessures. Qu'ils tâchent, de leur côté , de remplir tout leur devoir. Il aura ses côtés douloureux, et pour leur cœur et pour leur mémoire. S'ils aiment la république, et s'ils ne veulent pas retarder beaucoup son avènement certain, c'est à eux de ne point charger son nom de nouvelles épouvantes.
Nous no leur supposons point de mauvaises intentions. Ils sauront sans doute s'interdire certains essais que beaucoup de leurs paroles ont fait redouter. Us ont à prouver que la république est compatible avec la liberté et la justice, et qu'elle peut enfanter autre chose que les violences ou les désordres d'où naissent toujours les dictatures.
Rendons possible un avenir qui sera, bientôt peutêtre, Tunique refuge des espérances les plus obstinées. Restons dans la gravité de notre malheur, et qu'au moins rien ne déshonore le deuil do la patrie.
La patrie se refera autour de l'autel. L'autel est sa terre natale, et n'a rieu perdu de sa fécondité. Celui qui portera la main sur l'autel, celui-là sera parricide.
Entre les temps désolés où nous sommes et l'avenir meilleur que notre désastre lui-même nous fait espérer, la main qui réussirait à interrompre la fécondité catholique créerait un désert de honte au-
delà d'un fleuve de sang.
6 septembre.