‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 25 sur 150 · PLAN POLITIQUE DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

PLAN POLITIQUE DE LA PRUSSE

La Correspondance de Berlin ne permet guère de compter sur les démarches plus ou moins sincères faites par des puissances neutres pour arriver à nous donner une paix acceptable. La Prusse veut constater sa victoire et la rendre définitive en nous enlevant les provinces qu il lui plait de déclarer allemandes. La presse prussienne nous dit cela du ton le plus absolu. Il faut donc nous garder de toute illusion qui pourrait rendre les résolutions moins fermes.

Quant aux puissances neutres, nous ne devons pour le moment attendre d'elles aucun appui efficace. Si des négociations sont ouvertes, on les fera traîner de toi lt» sorte que la question du siège de Paris sera tranchée avant que la diplomatie ait fait une proposition sérieuse. Mais que pourrait la diplomatie, si le Prussien était victorieux, et pourquoi , s'il était repoussé, subirions-nous les charges financières que nous accepterions peut-être aujourd'hui ?

Que Ton en soit bien convaincu : la France ne peut compter que sur elle-même. Les neutres redoutent le Prussien comme s'il l'avait emporté dans une lutte où chaque nation eût disposé de toutes ses forces. Quant à la Prusse y elle entend user et

abuser de la victoire. Enorgueillie par les succès d'un million d'hommes contre 300,000, elle veut écraser la France. Tous ses journaux le disent, tous ses hommes d'État le veulent faire. Laissons donc aller les négociations, et ne songeons qu'au combat. Quelques extraits des journaux de Berlin, cités comme l'expression des vœux et des droits de l'Allemagne par l'organe de M. de Bismark, confirmeront nos observations. Voici d'abord un mot significatif de la Correspondance de Berlin :

S'il est vrai que certaines puissances neutres aient eu de» velléités de médiation, on peut croire que ce qui se passe actuellement à Paris leur fera perdre toute envie de ce genre ; il est difficile, en effet, de se figurer les cabinets européens ouvrant des négociations avec M. Kochcfort, membre do gouverneneat provisoire à Paris.

La Gazette de la Croix, journal de l'aristocratie prussienne et de la cour, n'admet pas que, la guerre ayant été localisée, la paix puisse regarder les puissances restées en dehors de la lutte :

De nos jour*, on a [iris l'habitude de considérer que k triomphe de l'habilité i>olitique consiste, vis à vis des guerres qui surviennent, à les localiser.

IVous n'examinons pas aujourd'hui ce que vaut réellement une telle habileté; mais puisqu'à présent le principe de la politique européenne est : « Chacun pour soi et rien que pour NÉ,t puisqu'on u renoncé à l'idée d'une familU européenne, — la conséquence nécessaire doit en être que la jiatx oittsi, comme la guerre, soit localisée.

Nous pensons que, l'Europe s'élant retranchée dans la neutralité lorsque la guerre éclata entre la Prusse et la France, aujourd'hui, de même, l'Europe doit rester neutre dans les néga-

dations do la paix ; et, comme on a laissé la Prusse et la France débattre seules leur cause sur le champ de bataille, on doit les laisser seules aussi s'entendre sur les conditions de la paix. Car le traité de paix formule uniquement les conséquences de la guerre.

Dira-t-on, cependant, que l'équilibre européen peut être

menacé parce que l'Allemagne reprend à la France ce que celle-ci lui avait jadis enlevé? Nous répondrons qu'on avait bien jKMi souci de ce même équilibre, lorsque, la guerre étant déclarée, ou semblait se familiariser avec celte idée que la France victorieuse ajouterait à ses anciennes conquêtes faites sur l'Allemagne de nouvelles spoliations de territoire.

Heureusement les choses ont eu un cours si rapide et si décisif que les médiations, qui pouvaient conduire à quelques fausses démarches, n'ont plus lieu de s'exercer. L'Europe a l'habit ude de s'accommoder des faits accomplis. Aujourd'hui «pie l.i dernière armée française qui put faire campagne est nié auiie, et que l'empereur Napoléon s'est rendu lui-même au roi (lUillaume, nous pensons qu'il sera plus facile pour les iieuti e> de se tenir dans le rôle qu'ils ont choisi, c'est -à-dire, « -Miuiue ils n'ont pris aucune part à la guerre, de s'abstenir • gaieineut de prendre part aux négociations de la paix.

La Gazette du peuple souabe pose aiusi les conditions «le la paix :

l«a France doit être affaiblie à un tel point qu'elle n'ose plus s'iuiuuHier dans nos alfaires intérieures ; bien plus, nous devons lui dotmer telle nient conscience de cette faiblesse, qu'elle ne pillée plus même songer à une invasion, dont elle prévoirait elle-même l'inutilité. Les contributions de guerre, le démantèlement des forteresses, la reddition du matériel de guerre sont «les exigence* qui vont de soi, mais elles ne suffisent pas. l'ne cosion de territoire, c'est l'aveu naturel d'une défaite, de la faiblesse; c'est la seule leçon efficace qui puisse dompter la présomption inouïe des Français, surtout si cette cession fotxêe atteint les parties du pays dont l'eaneiui a toujours 1**

incapables de sentiments moraux, des assassins et des incendiaires.

Ainsi parlent les feuilles du roi de Prusse. Laissons négocier, et ne songeons qu'à montrer à l'ennemi que la France, malgré ses désastres, ne s'abandonne point.

Même date.

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