I.P. ROLE DT CLEHGf
li est tout tracé.
Due tous partcut, moine* t*t curés, surtout les premiers, qui i*nt;ih)M«*!it la capitale et circulent avec une arrogance hors Je «ai«i»n, ventrus et dêscruvres, parmi les citoyens en armes.
IVHes, I«* moment n'eut pas venu de dire font re que noos I *»**.!» de ertte rcifftiMiee : aji surplus, nos amis le savent u*$ex. Ou'uu laisse même jusqu'à nvurel ordre, au milieu rie nos années», (cul que réclame (niur bon service une sujuistition trop enraibVe : il est trop tant pour prêcher raison ou philo - •Mipliie.
Mars, «piatit au reste, quant à «eux qui demeurent jKJiar prier, sehm le vœu du < itoyen Ikurhov, le Dieu des batailles, Umu àalxmth ; merci, il n'en faut plus.
Qu'où ne »y trompe jmj». 11 ne s'agit |K»iiit ici, comme on u»»u% l'oltjt «*(«•! a peut-être-, Je dis< unions futiles et «le querelle* philosophique:. Ce >ont des fait*», et aii!*i Lien, puisqu'il >e tmiire une façon prati<pte autant que révolutionnaire — et qni
rieuses aussi. Mais enfin, comme dit l'Écriture, Qu'est-ce qui est arrivé? Ce qui sera. Ils partent d'un principe prussien, excellent pour eux, et devant lequel la société est devenue très-faible, ce qui rend le principe très-fort. Ils ont des chances.
Leur opposer des raisonnements serait superflu. Retenez donc des affamés lorsqu'ils flairent de si près la vapeur du festin ! Quand la nappe est mise, ditesleur que peut-être ils ne digéreront pas ! Mais le bourgeois conservateur que ceci intéresse est encore le maître, et peut encore apprécier quelques réflexions.
Le bourgeois doit bien penser que ces longues dents qui veulent manger du prêtre ne sauraient se contenter d'un si maigre régal. Tous les trésors de l'Église représentent à peine les pains et les poissons de l'Évangile que portait un seul petit enfant, et ne fourniraient pas à une heure de ripaille. La provision de pain et de vin faite pour l'autel n'apaisera point l'appétit surexcité du lendemain. Ce pain et ce vin ne multiplient qu'aux mains du prêtre.
Quand le prêtre aura disparu, quand ces gens-là auront brûlé les tabernacles et vidé les burettes, il n'y aura plus le pain et le vin qui multiplient et qui suffisent, et ces gens-là auront encore faim et soif. Ils s'adresseront an bourgeois.
Que pourra bien leur donner à manger et & boire le bourgeois, qui a tant désiré que le prêtre disparût, emportant son hostie et son calice, et qui a évoqué contre lui ces gens-là, ces gens d'éternelle soif et d'éternelle faim?
JtJo PAB1S PhMlAM M. SIÉGJ..
I'Iub de prêtre, plus do pain ai de vin d'autel , plu» de grenier ui de cave d'église : et la faim et la soif partout, la faim insatiable, la soif inextinguible! Comment faire?
C'est le bourgeois qui a créé le problème, c'est loi (jui le doit résoudre. En vérité, noua voyons le bourgeois bien embarrassé, d'autant qu'il a grenier et cave et maison logeable, et qu'il est gras !
En Angleterre , en Allemagne , dans la France libre-penseuse, dans la Prusse aujourd'hui, dans tous les pays d'hérésie, plus ou moins privés de nourriture eucharistique, le bourgeois a non pas résout, mais ajourné la difficulté eu jetant ses affamés snr les autres peuples.
Il les a nourris de bétail humain, suivant la Méthode de Home uutiquu, la Itète dévorante.
Et comme le bétail se défendait un peu, rendant la chasse assez meurtrière aux cliasseurs affamés, c'était doubla profit, car beaucoup d'affamés étaient tués, et ceux qui n'étaient pas tués mangeaient, et ensuite tenaient en respect le reste qui ne mangeait pas. Ainsi Ton s'est passé du prêtre, et l'on a tant bien que mal suppléé à l'absence de la nourriture eucharistique.
liais cette ressource de vivre sur l'étranger, c'est* à-dire dr. l'étranger, s'épuise à La longue. La Franse, par exemple , eu est privée. C'est elle au contraire qui sert de supplément, et qui, mourante de faiss, subit les ravages de la dent étrangère.
O bourgeois, qui n'as pas su que le Christ est la nourriture un jour indispensable, lu seule qui m
PAKIS PKMli.Yl LU SIÉtifc. Ml
I rompe pas la faim éternelle des peuplas, la seule i|iii les rassasie; bourgeois, bourgeois, proscripteur du Ctirist ot de son sacerdoce et de sa chair sacrée, 'iuus quoi péril as-tu aventuré tes orges, tes avoines tl ta chair!
Joh, ligure du Christ, rappelle qu'il a mis tout le soin de son âme à vivre selon la loi de Dieu, et il s'écrie : « Les gens de ma maison n'ont-ils pas dit : <• Qui nous donnera de sa chair, aiin que nous en « soyons rassasiés : Quis det de carnibus ejus, ut satu- « remur? » L'Église, illuminant cette parole mystérieuse, s'en sert pour exprimer le désir véhément de la nourriture eucharistique, joie et soutien de cette vie, parce qu'elle est le gage de la vie éternelle. Mai» dans l'humanité renversée par le péché, lu feu de la haîue s'allume où devait brûler le feu do l'amour, la ii.iiiie de lin un mu remplace, l'amour de Dieu; et alors, l'inférieur, grinçant les dents conlre le supérieur qui l 'a Iralii en le détournant du b.mquet divin, s'écrit; en un sous matériel et horrible ; Qui me dor.~ rteni de sa chair 1 qui rassasiera ma haine !
Nous l'avons dit souvent à nos adversaires voltairieiis, que la pierre qui tomberait de l'Église ébranlée par eux écraserait leur demeure, ferait ruisseler l'or de leur caisse et le sang de leurs veines. L'heure yieut, et c'est main tenant. Si la pierre tombe, il n'est plus temps de crier : Gare t mais de servir le dîner. Et ceux qui avaient si bien cru le préparer pour euxmêmes el le f lire durer longtemps, ne le mangeront pas et n'en maiigerout pas Ifs miettes. Le peuple qui s pus le Christ est insatiable comme la *au-
ceux qui les ont tués seront eux-mêmes forcés de cultiver lu blé el la vigne, afin que les prêtres du Dieu vivant puissent créer et répandre le levain de notre résurrection et de la victoire de Dieu.
La France infidèle est flagellée et abaissée et ne veuf pas encore se repentir. La France de l'Eucharistie priera, se relèvera et grandira. Dans l'Europe submergée du Ilot de l'hérésie, elle sera la terre on la colombe de l'arcbe trouvera le premier rameau qui annoncera que Dieu se réconcilie. Ce rameau était resté vert sous les eaux du déluge : ainsi la miséricorde subsiste jusque dans la colère du cœur de Dieu, ainsi' l'espérance reste vivante aux cœurs nourris du puin eucharistique. Ils recommenceront la France du Christ miséricordieux et vainqueur. Alors on verra dans le monde des événements plus grands et des changements plus merveilleux que ceux qui s'accomplissent aujourd'hui, car la mort n'est qu'un fait do l'homme, mais le miracle est un fuit de Dieu.
(.nie les hommes dont les erreurs et les menaces ont éveillé en nous ces pensées n'y voient pas l'expression d'un sentiment amer. Nous ne sommes pas eu un moment et dans des circonstances qui puissent au fond des rirurs chrétiens laisser place à la haine. Sur le seuil de la mort, des cb: "tiens ne savent que pardonner, et plus la mort peut s'annoncer dure et cruelle, plus ils espèrent. Donnant beaucoup, ils savent que Dieu leur rendra beaucoup. Qu'on leur creuse des fosses, Dieu en fera des berceaux. C'est ce qu'Us demandent, c'est ce qu'ils obtiendront. De ces
170 P*KIS PKJ\(JAKT LE SIÈGE.
berceaux jaillira la vie. Ceux qui blasphèment le Dieu qu'ils disent mort, ceux-là font ce qu'il faut pour quo leurs fils, et peut-être eux-mèmoA, connaissent uujour et adorent le Dieu vivant.
MENACES DU ftévpil CONTRF. LES CA1HOL1QCE3.
Uu journal de la révolution, le Réveil, propose de retirer la qualité de citoyen français à quiconque re~ citnnait l'autorité d'un souverain étranger.
.N'étant pas supposante qu'uu citoyen français puisse avoir eu France la fantaisie de se proclamer sujet du roi de Prusse ou de n'importe quel prince remuant ailleurs, il faut croire que la proposition regarde les catholiques de France. Eu effet, ils reconnaissent l'autorité du Pape.
lia la reconnaissent non comme sujets, mais comme fidèles; et ils nicut que le Tape soit uu souverain étranger, puisque son royaume est le domaine de saint Pierre, c'est-à-dire de l'Église, c'est-A-dire, selon la définit iitn du Pape lui-même, la propriété commune do tous les catholiques répandus sur la terre. Mais si M. le directeur du Hêveil, citoyen Deluscluze.vcut que le Pape soit un souveraiu étranger, qui osera soutenir le Contraire? Et si le même citoyen Delescluze ne sait pas ou ue veut pas faire la différence entre sujet et fidèle, qui prouvera que
PAJUS PENDANT Uù SIÈGE. 171
lidèle et sujet ne sont pas des termes synonymes? Un lion Français n'a ni le droit de savoir ce que le citoyen Delescluze ne sait pas, ni le droit de ne pas croire ce que croit le citoyen Delescluze.
Donc c'est nous autres catholiques qui pouvons d'un jour à l'autre perdre notre qualité de Français.
Or, de la privation du titre de citoyen français à (acquisition du certificat d'incivisme il n'y a pas loin, pas plus loin que du certificat d'incivisme à la guillotine.
Peut-être que ce n'est pasrisible! 11 n'existe aucune /ai son bien claire de penser que ces messieurs «lu Réveil ne régneront pas à leur tour, ou demain <»u plus tard, et n'auront pas le temps de faire quelque diuse. Quand on a vu le règne et la restauration «le M. Créinieux, c'est le cas de dire que tout arrive. I m Iji njjiije sensé, ue risquera pas un pari de cinquante ceuhujes contre le règne deM.et madame Esquiros(l , et des autres rédacteurs du RéveiL Et alors, quel réveillon !
Or, puisqu'on ne sait ni qui vit ni qui meurt, et que pas un journaliste n'est assuré en ce jour de ne point publier sou dernier numéro;
Ayant de bons motifs pour croire que, pendant le règne du Réveil, j'aurai de graudes difficultés à dire ce que je pense, et que je porterai uu bâillon encore
• 1/ U. h^quirun, esprit nul en corps et mal en pluine, éUil prvfct ou plutôt ilii'bitiMir do Mar-«'ilh\ Madame Esquirus, * née Adèle lliittonrtion, «était rédacteur «lu Rfireil,ei figurait dan» I»» ffn>u;M?«li* «madame Hid.ind » qui dirirç«.»ait les manifestation* f<tttiuini*9.
à l'Église que pourrait m'imposer n'importe quelle invasion de l'égout ou de la force, et qui prétendrait me faire une lot semblable et s'instituer ainsi mon pape à lu place de celui que Jésus-Christ m'a donné. J'y mettrai le prix, et je l'enverrai promener.
Voilà ma qualité de Français bien aventurée. Mais je penserais la perdre beaucoup plus honteusement .si je permettais au citoyen Delescluze et a ses amis de croire qu'ils pourront me soustraire à l'obédience du Pape. Ils n'ont pas assez de couperets pour trancher cw lieu-là!
Ils sont pauvres gens, ces jacobins, d'imaginer qu'ils anéantiront des croyances, parce que dans un i-urrefour de nuit, entre la sédition qui leur a frayé passage et la gendarmerie qui sera tout à l'heure sur leurs talons, profitant d'un moment néfaste, ils pourront couper des bourses, et à la rigueur des têtes!
Mais ! ceux que vous pensez enrayer, vous leur offrez, au contraire, uu moyen de vous vaincre. Soit que leur contenance vous fasse reculer, soit que vous les frappiez, dos deux façons vous les délivrez de l'affreux ennui de vous voir. Pour moi, je raisonne niuii affaire, et je ne prétends à aucune palme civique en vous déliant de faire plier ma foi sous vos ineptes brutalités.
Ou je prendrai le soulagement de vous braver t'uintue l'exige l'honneur du citoyen et l'honneur du rlirélîen, ou vous me donnerez le soulagement de souffrir pour la cause qui est désormais la cause de la patrie terrestre autant que de la pairie céleste.
Ainsi ceux qui ne peuvent porter les armes auront
responsabilité. Autrement les blessés lui redemanderont leur sang et les morts s'élèveront devant Dieu et presseront sa justice de se faire rendre compte de leur vie inutilement sacrifiée.
20 sepU-niliiv.
LE MONDE PRLSSIEN.
Henri Heine en 4855, M.Quinet en 1866, M.Renan ces jours derniers , ont prédit la Prusse et le monde prussien. Nul ne peut les accuser de préjugés cléricaux. Henri Heine a blaspbémé tous les jours de sa vie ; M. Quinet proclame depuis quarante ans la nécessité d'en finir avec le catholicisme, de l'étouffer dans la boue ; M. Renan, c'est assez de le nommer.
Voyons ce que ces trois docteurs annoncent de ce monde futur, anticatholique par excellence , dont ils ont été diversement les introducteuis et les pion* niers.
Les pronohti cations de M. (Juinet remontent i 1831. En 1866, il les a rééditées dans une brochure écrite à l'occasion de Sadowa. Elles sont réellement frappantes, et le commentaire qu'il en fit alors est plus frappant encore aujourd'hui. Dès 1831 , il avait très-bien vu que les pays allemands, à travers toutes
les divergences et toutes les antipathies , s'accorderaient pour a accroître en commun la fortune de Frédéric, » car la Prusse était l'instrument de l'unité qui donnerait à l'Allemagne le moyen de satisfaire sou ambition et sa vengeance.
Cette fortune de Frédéric, le frivole Voltaire lavait prédite de plus loin , par le seul infernal instinct de son impiété, meilleure devineresse que la philosophie et l'étude de M. Quinet. Il sentait l'ascendant croissant du mal, la démoralisation croissante, le soulèvement do l'orgueil et de l'impureté contre la loi du Christ. L'aigle prussienne lui apparut comme l'enseigne triomphante de l'antichristianisme : avec un enthousiasme diabolique , il lui promit cette victoire pour laquelle il a plus fait luimême que Frédéric et qu'aucun autre Prussien. Il passa par-dessus tous les incidents politiques. S'en tenant à la grande cause, ignorant le chemin, il vit le but. Il sut que le but serait atteint, et que le torrent de I antichristianisme creuserait une route militaire de Berlin à Paris. Il osa dire à Frédéric que Paris était sa capitale. Et M. Chevreau, Français, préfet, ministre, . permettait aux hoirs Haviu «1 élever en plein Paris une statue de Voltaire , fournie par les souscriptions du peuple, dans le moment que l'héritier de Frédéric forçait la frontière française !
Voilà la vraie genèse du prussianiMiie , au>si français qu'allemand, grâce à Voltaire. C'est «h lu- Voltaire qui a reçu la grande insufflation <»t qui a bien singé le prophète.
Mais M. Quinet, fermant les yeux sur cet ensemble,
a néanmoins habilement interprété le détail accompli et deviné quelque chose du détail futur.
11 a annoncé, lorsque la diplomatie l'ignorait en* core, le travail de formation de l'unité allemande. déjà terminé dans les esprits et prêt à passer dan» les faits par l'épée de la Prusse, demi-pressentiment de Talleyraud après le fameux congrès où l'Europe croyait avoir établi son équilibre.
Pour l'Allemagne, disait M. Quinet, « le despotisme prussien a le privilège de tenir dans sa mail l'humiliation de la France et de lui rendre le loue affront du traité de West pliai ie. »
La pensée de M. (Juinet est difficile à suivre, parce qu'il a souvent de ces paroles trop savantes et trof» profondes. Que reproche -t- il au traité de W«tphalie ?
Sans ce traité, l'unité de l'Allemagne s'accomplissait il y a deux siècles, ou par la conquête protestante ou par la conquête catholique. Dans le premier cas, très-improbable, la France aurait cessé d'être ; dans le second, il n'y aurait pas eu de Prusse, et ce qui arrive aujourd'hui ne serait jamais arrivé* L* Allemagne entière étant ramenée au catholicisme, l'nMlr catholique régnerait dans l'Europe, et, selon toute apparence, s'étendrait au monde entier. II n'y aurait pas de question turque, ni de question slave, ht Pologne serait intacte, la Russie et l'Angleterre cou* \erties. Nous serions les États-Unis de l'Europe. 0 existerait en Europe cent ou cent cinquante républiques, et autant dans le reste du monde, reeoauaissaut le même chef spirituel au sommet de U
PARIS PENDANT LE SlÉG*. 179
grande république humaine. On verrait poindre le moment où le genre humain ne constituerait plus en réalité qu'une race, on y toucherait peut-êlre : un seul troupeau, un seul pasteur. Un pasteur ! Et la guerre ne serait possible dans le troupeau que quand le pasteur l'aurait permise et déclarée sainte, c'està-dire nécessaire pour empêcher tout égorgement de peuple et toute lésion de l'unité, car c'est la fissure pur où peut pénétrer la mort.
Mais la philosophie de M. Quinet, d'ailleurs trèshumanitaire, ne veut point du pasteur, et demande que le pasteur et la portion de l'humanité qui lui obéit « soient écrasés dans la boue. »
Cependant M. Quinet voit venir l'antipasteur prussien et son redoutable troupeau d'armées, et il a |»eur, non sans sujet :
Voilà que ces idées se soulèvent en face de nous comme le urine même «l'une race d'homme* ; et cette race elle-même se range sousU die Ut une d'un peuple non pus plus éclairé qu'elle, mu* plus avide, plus ardent, plus exigeant, plus dressé aux .iir.ui-e*. Elle le charge de son ambition, de ses rancunes, de ses raptnrs, de ses nist$. de sa diplomatie, de ses violences, de sa *iluirr% de sa forte au dehors. Cest de la Prusse que le Nord iM ocrupé à cette heure a faire san instrument.
Oui, et ti on le laissait faire, il la pousserait lentement et par ii*-rrièrc au meurtre durieu.c royaume de France.
I.'unité germanique ne peut jilus être emjxVuèe par quoi que • •• «oit au nwwôV... La voilà lancée arec In forée de projection .t un boulet de eanon. 11 ne s'agit plus pour elle que de grandir ••n< or»', diflkuité qui n'est rien en comparaison de celles qu'elle i v.iuicues...
I •■ ff^uvernement pni«*ien » eu la *auacitif' de comprendre
480 l'AHIS PKMiAYl' LK SIÈGE.
que l'athrihlissement des ronscienees avait entraîné une «liiiunution île l'intelligence humaine, que les espiits étaient «lu premier occupant, que le succès déciderait de tout. Il a mardi*?. il a vaincu, les .nues se sont courliées. 1 /unité de l*A)It*magn^. qui n'avait pu se former dans la justice et dans le droit, e«t née d'une guerre abhorrée, puis applaudie depuis qu'elle i réussi...
< Convaincus, d'ailleurs, qu'ils ont conquis le gouvernemeiit des esprits en Kurope, ils (les Allemands) tiennent pour certain depuis longtemps que tout émane d'eux, science, puésie. art, philosophie; «pie le inonde est devenu leur disciple. A e«tte souveraineté intellectuelle qu'ils s'imaginent |»os*éu>r. que manquait-il encore? La force. Ils viennent de s'en emparer. A leurs yeux, ce n'est pas seulement un empire de plus dans W monde; c'est la substitution de l'ère germanique û l'ère «lr* peuples latins et catholique*, relégué- dé«oim:iis sur un pl.m inférieur.
Vous demandez toujours de quoi il est question. La ch»*** est bien aisée à dire. Il s'agit de l'a\énement d'un monde qu> vient de se révéler, H oui a ta ferme intention de vous $nèo»"lionntr eu tout.
Dans sa légitime inquiétude, M. Quinet cherche pourtant ce que Ton peut espérer tle l'empire pinssien pour la liberté future de l'Allemagne et pour «elle du monde, terriblement éclipsées. Le résultat de ses recherches ne fournit rien de consolant. Il espère que l'esprit de kant, qui était fédéraliste ou qui croyait l'être, prévaudra sur l'esprit tout prussien de Hegel. Il espère qu'il se formera une bourgeoisie riche et libérale qui jouera de mauvais tour» à l'orgueil féodal et tyrannique des hobereaux d* Prusse. Il espère que l'empire allemand étant protestant, il abandonnera « l'arbitraire » catholique et ne saura ni ne voudra opprimer la pensée humaine.
PAHIS PE.NDA.VI LE SIÉUK. {81
Mais ces espérances et quelques autres également lointaines ne l'empêchent pas de craindre que la démocratie allemande, toujours a complaisante, » comme toutes les autres démocraties, « n'épouse le despotisme pour se donner un soutien. » Ecoutons ceci :
Si jamais pareilles épousailles se fout, dites pour toujours adieu à ce que tous avez connu de la vie allemande : probité de l'intelligence, pénétration, grandeur de l'esprit, génie, gloire. Tout disparaîtra, tout se noiera dans la confusion du bien et du mal, du juste et de l'injuste, du vrai et du faux. {Jxii peut se figurer un byzuntinisine allemand? Le mélange de* vices du Midi et des vices du Nord, c'est trop à la fois. Machiavel réfuté par Frédéric et réalisé par le Tugendbund, par l.i «MK'iété de la Vertu! Epargnez au monde cet avenir.
Lue chose plusdiflicile à calculer est ce que deviendra lïroimni' oryueil teuton que se donnant carrière et croyant voir à <m*s pieds, du haut de ses victoires nouvelles, les nations latines < uiiime nitant de nains au pied d'un château-fort. Je craindrais \xmr ce grand corps l'infatuation. Où ne pourrait-elle pas le conduire? (Juand il touchera à la fois la Baltique et le Danube, quelles |H*nsées, quelles ambitions ne s'éveilleront pas dans le Kêaiit ?
(«miment échappera-t-il à l'aveuglement ? Si puissant et si neuf, quelle tentation de se mesurer à son tour avec le monde, et, pour «ortir du rêve, de palper des royaumes? Avec un front de fer, du IloUtein au Tyrol, il e.st malaisé de n'avoir que des |MMisêe* modestes et de renoucer à étendre le bras \*uv delà le Hhui.
Telles sont les « espérances » du M. Quiuot sur l'empire d'Allemagne. Eu résumé, et quoiqu'il fasse pour se rassurer pur la contemplation des victoires po>Ml»lt»s de la « pensée humaine, »> ou y seul lepou- \.mte et le désarroi. Cette brochure est l'œuvre d'un
(82 KAKI* PENDANT LE Sl&iK.
homme qui désespère de la civilisation et qui la voit sans idée dans l'esprit, sans foi dans le cœur, abandonnée d'elle-même, absolument livrée à l'orgueil de la force brutale.
Ayant eu de tout temps ces terribles appréhensions, si honorables pour son esprit et pour son patriotisme, et les trouvant aujourd'hui si fondées, M. Quinet nous offre un problème d'ailleurs peu rare, mais difficile à résoudre. On se demande cornaient, de 4831 à 486t>, il s'est fait un devoir de travaillera dissoudre l'unique obstacle sérieux de l'idée allemande, l'unique force morale et persistante que la France lui put opposer, le catholicisme ! Car enfin, même aux yeux de M. Quinet, le catholicisme est au moins une iV/ee, et c'est une idée qu'il faut.
L'intelligence la plus ordinaire aurait compris que décatholiser la France (le mot est républicain, fabriqué, je crois, par notre Mirabeau), c'est la dénationaliser et la désagréger, opération infiniment profitable à la Prusse et à tout ennemi. Voltaire a rendu ce service à Frédéric ; la Révolutiou , le premier Empire, Louis-Philippe l'ont rendu à ses descendants ; Napoléon 111 n'a rien négligé pour le rendre à ses successeurs actuels. Cela n'est pas méconnaissable : de là le désarroi moral, intellectuel et mène physique où l'invasion nous a trouvés.
La France catholique eût été la protectrice d'un monde qui se lèverait aujourd'hui pour la défendre, qui n'eût pas même laissé naître la pensée de l'attaquer. Dans tous les cas, elle se protégerait elle-même parmi ressort naturel et invincible. La France indif-
férente, incrédule, voltairienne, ayant abandonné la eauso des faibles, abîmée du frivolité et de luxure, se voit sans un allié au monde, et n'a en elle-même que la moindre partie de sa vigueur. Travailler à lui ôier le Christ, c'était donc travailler à lui Ator l'avenir. Néanmoins, Ai. Quinet, durant trente-cinq années, a décatholisé, c'est-à-dire teutonisé et prussianisé de toutes ses forées. Nous accordons bien volontiers qu'il n'a pas su ce qu'il faisait, et s'il l'avait su, jamais . il ne l'aurait voulu faire. La passion anticatholiquo ne pouvait jouer un plus mauvais tour à un plus honnête esprit.
11 dit dans sa brochure que la Prusse aurait marché plus vite, si elle n'avait pas craint de rencontrer quelque part « la liberté et la révolution. » Ce trak m» fait pas honneur à son aptitude prophétique. La liberté et la révolution existent partout, et elles font l'affaire de la Prusse. C'était ce qu'elle attendait, ce quelle provoquait avec une sagacité funeste. Elle se revêtait et s'approvisionnait de fer, laissant la liberté et la révolution faire son jeu dans le reste du monde. Le journal français de M. de Bismark disait dernièrement : Puisque la révolution est dans Paris, bientôt Paris pourra trouver que notre marche est trop lente.
M . (Juinet appartient à cette classe d'esprits beaucoup trop contents de leur sagesse, qui veulent la conscience sans Dieu, et le paganisme sans César. 11 croit que ses idées peuvent nourrir le penife humain, et il demande ce que nous avons fait pour être frappés de cette * cécité de cœur et d'esprit » qui nous livre aux brutalités de la force !
48i l'AMS |>KNt>AM' W. SIÉGK.
Venons à M. Renan.
Dans ces circonstances tragiques, M. Renan est désagréable à écouter. Son talent de chanteur de romances jure avec le deuil national, non moins qu'avec cette mine si caractérisée de cuistre que loi ont faite en commun la nature et l'art. Depuis qu'il a tourné en idylle l'histoire de la Rédemption et planté ses faux camélias sur le Calvaire, M. Renan croirait manquer au genre humain s'il négligeait de répandre toujours ces fraîches fleurs dont les bergers et les bergères de Paris font tant de cas. 11 en couronne le front de Al. de Bismark, la gueule fumante des canons, les cyprès de la France. Âh ! que la sottise humaine sait ajouter d'atroces petites piqûres à l'horreur des grandes catastrophes ! Et lorsque le canon prussien , sur un affût de cadavres, ouvre lt brèche par où la barbarie menace d'envahir la terre. voici le surcroît, le Dies irœ fleuri du joli Renan.
11 jette tout d'abord le cri de sa vraie douleur, où Ton sent une tidèle admiration pour les docteurs qui ont garni son sac :
Lu granit maîtresse de l'investigation savante, l'ingénieuse, vive et prompte initiatrice du momie à toute tine et délicate pensée, sont br« milices pour longtemps, à jamais peut-être: (-li.icuiii' d'elles s'enfoncera dans ses défauts; l'harmonie intellectuelle, morale, ]»oUti<|ue de l'humanité est rompue; une tigre dissonance se mêlera au concert de la société européenne pendant de* siècles.
Kn etfet, la grandeur intellectuelle et inorale de l'Kurope repose sur une triple alliance, d<»ut la rupture est un deuil pour le progrès l'alliance entre la Franc»*, l'Allemagne et l'Amie
Hkm.
terre. Unies, ces trois grandes forces conduiraient Je monde, et le conduiraient bien.
Avec l'union de la France, de l'Angleterre et de l'Allemagne, le vieux continent gardait son équilibre, maîtrisait puissamment le nouveau, tenait en tutelle ce vaste monde oriental auquel il serait malsain de laisser concevoir des espérances exagérées. — Ce n'était là qu'un rêve. Un jour a suffi, pour renverser l'éditice où s'abritaient nos espérances, pour ouvrir le monde à tous les dangers? à toutes tes convoitises, à toutes les brutalités.
Et ce n'était qu'un rêve et un jour a suffi ! 0 philosophes, depuis Luther, vous avez mis cependant trois siècles et demi à le construire, l'édifice où s'abritaient vos espérances ! Vous avez eu Voltaire et la Révolution et le siècle révolutionnaire : et il n'a fallu qu'un jour, et voilà le monde livré a toutes les
BBITAÎJTÉS.
Après cet aveu, un esprit sérieux n'aurait plus qu'à confesser le tort immense de la philosophie qui a détruit l'unité religieuse en Europe. Le tort n'estil pas évident? Cette philosophie ne s'est-elle pas abusée en espérant de remplacer l'unité dogmatique par je ne sais quel accord visiblement impossible des idéoque sa révolte devait enfanter, sans jamais rien produire qu'un abject besoin d'unification matérielle, perpétuellement irréalisable, et de plus en plus destructeur de toute liberté? Mais la philosophie est orgueilleuse, et l'orgueil de l'apostasie est incurable. L'apostat s'enfonce où il tombe. M. Kenan ne veut rien voir. Suivant sa coutume, il déroule des nuances, dans le dessein de dérober les couleurs. Il ne réussit pas cette fois. Le jour est trop franc. Quoi qu'il fa^si», la vraie couleur apparaît sans cesse, il ne
186 PARIS PEMJAM le siège.
peut s'empêcher lui-même de lu signaler; et, coiuiur .M. Quinet dont il n'a pas la sincérité, il s'épouvanta.
Le progrès espéré, le rêve effacé, c'était l'avenement du protestantisme universel, acheminement au progrès délinitif et au rêve suprême, le nihilisme religieux. Ils y \ oublient arriver par petites couches snccessi\ esen, dehors de ces violences démocratiques et militaires «jiii inquiètent toujours les philosophes et les mettent pour un temps sous le sabre et h* sabot, où leur importance et même leurs gages diminuent.
Tout philosophe tend à faire douce vie. 11 aime a limer la vérité et à vendre cher sa limaille. Qu'on lui demande l'apologie des violences antérieures, qu'où lui demande d'eu préparer de plus terribles pour l'avenir, il ne refusera pas; ce sont des choses de son métier, travaux de sou ait. Mais faire sauter la mine lorsqu'il est présent et exposé aux débris, s* ni esprit y consentirait encore, son petit cœur n'y va pas ; l'opération lui semble farouche et détestable.
Ainsi M. Renan adore la Réforme luthérienne. C'est u la plus belle chose «les temps modernes , dit- •i il, une chose supérieure à la philosophie et à la a Révolution, œuvres de la France, et qui ne le cède h qu'à la Renaissance , ceuvre de l'Italie. » Mais
I échéance luthérienne qui tombe sur l'année 1870 e.t que nous soldons en ce moment, M. Renan nr l'aime pas. Il laisse à quelque Renan futur le soin de la glorifier.
Les contradictions, d'ailleurs, ne lui coûtent rien.
II si! les permet de page eu page, et souvent jusqur
PARIS PiùNDAM UL Slfckiii. 187
dans la même période. Ce beau protestantisme, si admiré, a engendré la Révolution. M. Renan le sait et ne lui en fait pas reproche. Il convient qu'à son tour la Révolution a engendré l'Unité allemande : « La Révolution française fut, à vrai dire, le fait générateur de Fidée de l'Unité allemande. » Il ajoute un peu plus loin : a Lie grand facteur de la Prusse, « c'est la France. » Rien n est plus vrai ! C'est si vrai, que M. Renan se repent immédiatement de l'avoir dit, et il corrige, expliquant que la Prusse n'a pu s'élever que par l'appréhension d'une ingérence de la Franco dans les affaires de l'Allemagne. Prenons la correction pour ce qu'elle vaut. Nous croyons avoir parlé en tous sens plus exactement, quand nous avons dit que la Prusse est le péché de la France. Toujours est-il que la Révolution français» est un rameau du Protestantisme, et qu'à ce rameau pt-nd aujourd'hui, mûr, ce fruit archi-protestant qu'on appelle la Prusse. Hélas ! le gland est gourde ; et Matthieu Garo , enchaîné au pied de l'arbre monstrueux qu'il a fait fructifier, n'a que trop sujet de trembler pour sa tête.
Malgré le péril, malgré le bruit du canon, nous ne pouvons nous défendre de citer un joli trait de M. Rfnan. C'est une explication de M. de Bismark, où l'on voit bien à quoi tiennent les plus vastes événements de ce monde :
• Le grand nul de la Prusse, c'est l'orgueil. I ne des cause* <{ui mit produit M. de Bismark a été la vanité blessée du diplomate, abreuvé d'avanies p.u* se* confrères autrichiens traitant la l*nnseen parvenue. Le sentiment qui a rr+è la Prosv» n /•»••
188 l'AKIS l'KM)AM LK SIÈGE.
quelque chose d'analogue : l'homme sérieux, pauvre, gent, sans charme, supporte avec peine les succès de d'un rival qui, tout en lui étant fort inférieur pour les qualités solides, fait figure dans le monde, règle la mode et réussit, par des dédains aristocratiques, à empêcher les autres de se faire accepter. •
Pour la forme et pour le fond, voilà ce que l'on. peut appeler une platitude. L'amour-propre blessé de M. de Bismark a pu entrer comme moyen dans les événements qui ont déjà fait périr tant d'hommes et qui pourront précipiter la civilisation vers l'abîme. Les causes en sont autres. Mais cette manière d'expliquer M. de Bismark explique très-bien comment M. Renan, né sans charme, a conçu la pensée d'écrire sa Vie de Jésus.
Comme M. Quinet , M. Renan aborde le chapitre des espérances, et, comme M. Quinet, il est fort chiche là-dessus.
Il demande qui fera la paix? Une seule force an monde lui semble pouvoir accomplir un si difficile ouvrage. Cette force, dit-il, c'est l'Europe. Hélas ! il n'y compte guère , et en effet, pendant qu'il composait son article, l'Europe avait déjà répondu. L'Europe ne fera rien, premièrement parce qu'elle est égoïste, secondement parce qu'elle est impuissante, troisièmement parce quelle a peur.
Si Ton s'euquiert des causes, il est facile «Tes trouver beaucoup, et il n'y eu a qu'une : La fraternité des nations a péri avec l'unité de foi ; l'absence de foi a fait baisser le sens moral , rabaissement du sens moral a fait baisser le niveau de l'intelligence. C'est
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uiuî très-juste remarque de M. Quinet, que d'autres avaient faite avant lui : Justitia élevât y entes % miseros autem facit populos peccatum. Et les peuples librespenseurs, ou ne voient plus le péril qui les menace, . ou ne sont plus assez fiers pour le combattre, ce qui «•Ht assurément le comble et la honte de leur misère.
Pour toucher ces peuples insensibles à nos malheurs, M. Renan se sert d'arguments étranges et qui dénoncent cruellement le désarroi de la philosophie matérialiste en présence des grands périls sociaux.
11 ne faut pas, dit- il, mutiler la France, ce serait la mort, u Une France faible et mutilée ne saurait rxist»T. Que la France perde l'Alsace et la Lorraine, et la France n'est plus. L édifice est si compacte que l'enlèvement d'une ou deux grosses pierres le ferait crouler. L'histoire naturelle nous apprend que ('animal dont l'organisation est très - centralisée ne souffre pas r amputation d'un membre important. » Cette raison a un air de famille avec la consolation que Sénèque proposait à une mère trop longtemps désolée de la mort de son fils : « La vache , lui disait-il, qui a perdu son veau, ne mugit pas plus de trois jours! » C'est d'ailleurs tout ce que peut dire M. Renan, qui ne sait pas que la France avait une àme immortelle, ou qui croit qu'elle ne l'a plus. Il ignore que cette àme «le la France, non-seulement soutiendrait sa vie après la mutilation, mais encore lui reconquerrait les membres amputés.
Enfin , dans la persuasion où il est que la France
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serait anéantie si elle perdait ces deux nobles provinces , il trouve cette raison pour intéresser F Allemagne à nous laisser la vie : « Sans attribuer à • l'esprit français le premier rôle dans l'histoire de l'esprit humain, on doit reconnaître qu'il y joue un rôle essentiel : le concert serait troublé si cette note y manquait. Or, si vous voulez que l'oiseau chante, ne touchez pas à son bocage! La Franc* humiliée , vous n'aurez plus l'esprit français? » Toujours des grâces, toujours des fleurs !
Ici se termine la liste des espérances propres i M. Renan. Le reste est pris à M. (Juinet. Retour en Allemagne de l'esprit de liberté, naissance d'une bourgeoisie qui sifflera les hobereaux prussiens et brisera l'hégémonie prussienne, réveil futur de l'Europe, qui créera un tribunal amphictyonique pour le règlement pacifique des dissentiments internationaux. Rien de propre à la France, rien qui puisse lu mettre en état de se relever par ellemême. Eu résumé, décadence imminente cfoFRii'f»pe et invasion de toutes les brutalités pour des siècles/
M. Renan conclut par quelques menaces courtnables : a Un œil pénétrant, dit-il, verrait peut-ttor dès h présent le nœud déjà formé de la coalition future, et les sages amis de la Prusse lui murmurent: 1 >/' rktoribus ! » Assurément , ce « mot de la fin » n'est téméraire en aucun sens et ne peut compromettre M. Renan ni avec la Prusse ni avec la porté» rite ! La postérité verni tomber mv la Profite le di»«tin et le chAtiment qui attendent tous les victorieux
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par répéc. Mais en attendant, quel sera le sort des vaincus ?
Henri Heine va nous le dire, et nous dire en même temps les résultats suprêmes de cette grande philosophie que l'Allemagne a tant cultivée et dont elle a si largement ensemencé la France par les soins de nos propres penseurs.
Comme nous l'avons dit , Henri Heine a passé sa vie à blasphémer. Il était grand poète et doué a peu près de toutes les mauvaises qualités morales. Il ne s'en cachait point, se piquant de franchise pour se donner l'avantage d'être cynique, à quoi son genre de mérite gagnait beaucoup demordant.il blasphéma dans l'orgueil de la vie, commença d'être damné vif, et continua de blasphémer jusqu'au moment de descendre aux régions du blasphème éternel. S'il eut un regard vers Dieu, un soupir sincère, tout ce «| ni reste de lui le laisse ignorer.
Atteint dune sorte de repentir où le poussèrent également la douleur physique et l'orgueil de l'esprit, se prétendant revenu aux idées religieuses, il blasphémait encore. Peut-être ne croyait-il que. rire. H avait cette bêtise particulière des voltairiens , surtout de ceux qui brillent dans le tripot des lettres , de ne pouvoir pas se défendre de faire «le l'esprit. Il aurait vendu son àme, sa pposé qu'il crût eu avoir une, pour faire ce qu'ils appellent « un mot. » On a cependant parlé de son retour aux « idées religieuses »>, il en a parlé lui-même. Tout simplement il avait lu la Bible , et il s'était pris d'admimtion pour Moïse, parce que Moïse avait mieux qu'un
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autre inventé Dieu! Il le proclame ainsi, s'adniiraiit fort lui-même, dans un chapitre d'aveux ajouté à sou livre impie sur l'Allemagne , écrit pour la Revue rfo Deux-Mondes , lorsque jeune et bien portant il niait l'existence de Dieu. Telle fut sa rétractation.
Dans le fait, il ne s'est jamais converti à une religion ni à la religion. Il a cru se convertir de l'irréligion au déisme, à cause desconséquences humiliantes pour l'esprit humain que les doctrines matérialistes enfantent nécessairement et perpétuellement. Il ne pouvait souffrir le contact des goujats frénétiques, ses coinpères en athéisme. C'est encore lui qui le dit, toujours avec le cynisme arrogant qu'il appelait de la sincérité. Ce juif de fond, sali plutôt que nettoyé par les eaux du baptême luthérien, se donnait le style de mépriser l'irréligion populaire, et se bouchait le liez pour ne pas sentir l'odeur démocratique. Il n'avait en réalité ni foi, ni loi, ni opinion, ni patrie.
Il était le Voltaire allemand. A l'exemple du Voltaire français, qui détestait la France, le Voltaire allemand détestait l'Allemagne. Sa vraie patrie était le pays souterrain, le pays de la négation et de la dérision, l'empire de Satan. Il avait d'ailleurs, comme l'autre Voltaire, beaucoup de présomption, assez de lecture frivole, des prétentions h la profondeur tout en faisant des grimaces, une immense ignorance, une immense insolence et des éclairs puissants. Pour ceux qui peuvent sans danger écouter les prêches du diable, il est, après Proudhon, l'un des meilleurs démonstrateurs de Dieu. Avec tout cela, il fut durant
sa vie le poète le plus retentissant de l'Allemagne, et le dernier qui chanta dans cette immense fabrique de pédants qu'il voyait se transformer en école île bouchers.
Comme l'honnête M. Quinet, que nous ne lui comparons ni en bien ni en mal, comme M. Renan, plus «didc impie peut-être et moins brillant oiseau, ce révolutionnaire, c'est-à-dire cet antichrétien, a travaillé pour avancer l'avènement de la démocratie dont le progrès était à ses yeux la catastrophe iinale du monde. Le monstre fascine ceux qu'il dévore; malgré leur épouvante, il les force à se précipiter.
M. Ouinet et M. Renan ont avoué leur peur. Henri Heine les a devancés dans cette voie de l'inutile aveu :
Je lis mc< adieux à l'athéisme, mais mm pas seulement par 'Icpmt, la peur v fut pour quelque chose. J'avais vu l'athéisme lormer une alliance avec le parti le plus avancé, ou, pour lais- *er de côté toute hypocrisie de dénomination, avec le communique, luette f>eur n'était jkis celle du riche qui tremble pour ses capitaux. C'était la terreur de l'artiste et du savant qui \..it eu |hti1 toute notre civilisation, le labeur de trois siècles, )«• véritable élément de notre vie moderne...
• Les ouvriers allemands forment le noyau d'une année «le prolétaires très-bien endoctrinée, sinon disciplinée. Ils protestent presque tous l'athéisme, et, pour dire la venté, ils ne peuvent se dispenser de cette négation complète des idées religieuse* du passé sans se trouver eu contradiction avec leur pin» i|m», et dés lors sans tomber dans l'impuissance. <>* cohortes de la destruction, ces démolisseurs effroyables qui menacent toute notre vieille société décrépite, sont de beaucoup *uj>érieurs aux niveleur* et égnlitaires des autres pays. Les « hefs plus ou moins occultes des communistes allemands «ont •le grands logiciens de l'école de Hégr), et sans nul doute lis i. 13
194 PAKIS PEiNDIM LE SIÈGE.
tètes les plus capables et les caractères les plus énergiques d. l' Allemagne. Eux et leurs disciples impitoyaMeuieut détenninés sont les seuls hommes de l'Allemagne qui aient l'avenir.
C'est là sans doute ce qui menace la Prusse, et non la puissance future de la bourgeoisie allemande espérée de M. Quinet et de M. Renan. En Allemagne comme ailleurs, la bourgeoisie parait réservée à de mauvais jours. Son temps est passé, parce que son esprit est dépassé. En attendant, l'alliance de la démocratie et du despotisme, dont M. Quinet s'alarme avec tant de raison , pourrait bien être dès à présent un fait accompli ; et le roi puritain de Prusse est devenu Tépéo ou le marteau de cet athéisme qui se soulève contre toutes les formes religieuses chrétiennes et contre l'idée même de Dieu.
Si le roi de Prusse, victorieux par le concours de l'athéisme, sera ensuite assez fort pour expulser sou allié, s'il voudra même tenter l'entreprise et s'il aura un successeur capable de continuer uue telle guerre, dans laquelle le protestantisme est d'avance vaincu. c'est le secret de Dieu , qui connaît seul le terme du lié au. Mais ce que l'Allemagne toute-puissante voudra faire, le but où son caractère propre et U nature même des choses actuelles la pousseront, k voici. Heine le disait dans la Revue des Deux-Mondes. vers le temps où M. Quinet prophétisait l'unité :
N'avez, mes cliers compatriote*, aucune inquiétude; U lévulutioii :dleuiun<Ie ne sera ni plus déhonuaire ni plus dovcf piircc i|iu> la critique de fiant, l'idéal Unie transcendante dr Fit'hte et la philosophie de la nature l'auront précédée. CV* doctrines ont dêictojppé des fonce révolutionnaires qui n'attendait
que le moment pour faire explosion et remplir le monde <T effroi et d'admiration. Alors apparaîtront les kantîstes, qui ne voudront pas plus entendre parler de piété dan3 le monde des faits que dans celui des idées, et bouleverseront sans miséricorde, avec la hache et le glaive, le sol de notre vie européenne, pour en extirper les racines du passé. Viendront sur Ja même scène les tichtéens armés, dont le fanatisme de volonté ne pourra être maîtrisé ni par la crainte ni par l'intérêt. Oui, de tels idéalistes transcendait taux, dans un bouleversement social, seraient encore plus inflexibles que les premiers chrétiens (sic); car ceux-ci enduraient le martyre pour arriver à la béatitude céleste, tandis que l'idéaliste transrendantal regarde le martyre même comme pure apparence, et se tient inaccessible dans la forteresse de la pensée.
J/cm les plus effrayants de tout seraient les philosophes de la nature, qui inteniendraient par V action dans une révolution et Vident ihehaif.nt eux-mêmes avec l'œuvre de dkstruction; car si la main du kantiste frappe fort et à coup sur, parce que son cœur n'est ému |>ar aucun respect traditionnel; si le fichtéen méprise hardiment tous les dangers, parce qu'ils n'existent jHiint jHiur lui dans la réalité; le philosophe de la nature sera ter rit e, en ce qu'il se met en communication avec les pouvoirs originels de la terre, qu'il conjure les forces cachées de ta tradition, qu'il i*ut invoquer celles de tout le panthéisme germanique, et (pïil éveille en lui cette ardeur de combat que nous trouions chez U$ aiuiens Allemands, et qui teut combattre, nou poor détruire, ni même pour vaincre, mais seulement pour combattre*
Le chri>tiamsme a adouci, jusqu'à un certain point, cette brutale ardeur batailleuse des Germains; mais il n'a pu lu détruire, et quand la croix, ce talisman qui l'enchaîne, viendra à se l»riser, dort débordera de nouveau la férocité des anciens combattants, l'exaltation frénétique des Berserkers que les portes du .Nord chantent encore aujourd'hui. Alors, et ce jour, héla.*! licudra, les vieilles divinités guerrière* se lèveront de leurs tombeaux fabuleux, essuieront de leurs veux la poussière *êuiljirr; Thor se dressera avec sou marteau gigantesque et démolira les cathédrales gothiques. Quand vous entendrez le
19Ô PARIS PENDANT LE SIÉ<iE.
vacarme et le ta mal te, soyez sur vus gardes, nus chers voisii.s «le Franee, et ne vuus nièlez pas de l'affaire que nous ferais * liez uuus en Allemagne : il puurrait vous eu arriver mal... >e riez pas de ces conseils, quoiqu'ils viennent d'un rêveur que vous invite à vuus délier de kantistes, tichtéens, et philosophes de la nature; ne riez point du poète fantasque qui attend dans Je munde des faits la même révolution qui s'est opérée dans le domaine de l'esprit. La pensée précède l'action comme l'éclair le tonneire. Le tonnerre en Allemagne est bien à la vérité allemand aussi : il n'est pas très-leste, et Nient eu roulant un peu lentement; mais il viendra, et quand vous entendrez un craquement comme jamais ne s'en est fait encore entendre dans l'histoire du monde, sachez que le tonnerre allemand aura emin touché le but. Au bruit, les aigles tomberont morts du haut des airs, et les lions dans les déserts les plus recules de l'Afrique bai>seront la queue et se glisseront dans leur? antres royaux. On exécutera eu Alhiiiaync un draine aupic* dm- «/ut/ la rèculution française ne sera qu'une innocente idylle...
L'heure où doit entrer dans l'arène la troupe des gladiateurs qui combattront à mort sonnera. Les peuples se grouperont comme sur les gradins d'un amphithéâtre, autour de l'Allemagne, pour voir de grands et terribles jeui. Je vous le conseille, Français, tenez-vous fort tranquilles, et surtout gardez-\ous d'applaudir. Nous pourrions facilement interpréter \os intentions et\ous renvoyer un peu brutalement, suivant notre manière impolie; car si jadis, dans notre élut d'indolence et de servage, nous a>ons pu nous mesurer avec vous, nous le pourrions bien plus encore dans l'ivresse arrogante de notre jeune liberté. Vous savez par vous même* tout ce qu'on peut dans un pareil état, et, cet état, vous n'y êtes plus. Prenez donc garde. Je n'ai que de bonnes intentions, et je vous dis d'amères \éiités. Vuus avez plus à craindre de rAUtmagm délivrée nue de la sainte alliance tout entière avec tous les Croates • t les Cosaques. D'abord on ne vous aime pas eu Allemagne, ce qui est presque incompréhensible, car vous êtes pourtant bien aimables. Lorsque l'envie nous prendra d'eu découdre avec vous, nous ne manquerons pas de raisons d'Allemand. Dans tous les
cas,je vous conseille d'être sur vos gardes; qu'il arrive ce qu'il voudra eu Allemagne, que le prince royal de Prusse ou le docteur Wirth parvienne à la dictature, tenez vous toujours armés, demeurez tranquillement à votre poste, l'arme an bras. Je n'ai pour vous que de bonnes intentions, et j'ai fcr& presque effrayé