QUAND J'AI ENTENDU DIRE DERNIEREMENT QUE VOS MINISTRES AVAIENT
if projet de désarmer m France. (De V Allemagne 9 édit. de 1 855.)
Voilà l'ennemi. II est maintenant assez près pour que nous le reconnaissions dans cette brutale et sanglante image. Il veut dominer, il sait combattre, il a le goût de détruire !
Ces peuples et ces armées de la philosophie antichrétienne sont des peuples et des armées barbares. Ils ont étudié la guerre barbare avec une abominable patience, ils la font avec une abominable tranquillité : Je suis le plus fort, je ne traite pas, je vous foulerai aux pieds, fallùt-il vous mettre en cendre! C'est le Ilun, c'est le Vandale, c'est le Turc; c'est pire, c'est le disciple de la philosophie athée. Elle l'a formé, elle nous l'amène après qu'elle a travaillé cent ans à nous affaiblir devant lui.
Xous concevons très-bien que la philosophie, de ce côté-ci du Rhin, s'épouvante du résultat de ses fatigues, autant que de l'autre côté elle peut s'en réjouir. Le philosophe anticatholique et antichrétieu qu'une heureuse inconséquence a laissé français doit ressentir en son cœur d'étranges amertumes, de formidables désespoirs. Vous, Quinet, contemplez cette « logique inexorable » qui place aujourd'hui le dernier rempart du dernier grand peuple catholique entre le canon du roi de Prusse et les manifestations «le M. Blanqui, tandis que peut-être Mazzini, par la
mai a de Victor-Emmanuel, bombarde Saint-Pierre de Rome ! Vous voilà au moment de voir le catholicisme « étouffé dans la boue. » Que voua en semble? Que dites-vous du sang qui forme cette booe, et de la main qui le verse? Et toi, Renan l'apostat, blasphémateur du Christ, du haut des douze éditions de ton blasphème, que te semble de cette opération du progrès, et quel remède y trouves-tu, hideux misérable, pour la nation qui a permis ton blasphème, et qui te Ta payé comme si tu ne l'avais pas volé ara Prussiens ?
Pour ceux qui ne voient à opposer au fer athée des Allemands qu'un autre fer, athée aussi, ils doivent, quelle que soit l'issue des affaires présentes, désespérer de l'avenir. Ou le despotisme universel ou la révolution universelle seront la conséquence de eelte guerre. La défaite de la France nous précipite as plus bas rang des nations et assure à l'Allemagne un empire immense; la défaite delà Prusse met prompte ment aux mains de la Russie le sceptre qu'elle ne cesse de convoiter, et il n'y a plus rien sur la terre qui contredise le sabre, sinon le sabre lui-même. Mais la contradiction du sabre n'est pas de longue durée. Contre le sabre, il faut une pensée immortelle, il faut une foi. Quelle espérance peut rester à eenx qui ont voulu anéantir la foi sur la terre, et qui pleurent d'avoir réussi?
Mais, gnfces à Dieu, ceux-là n'ont pas réussi autant qu'ils se sont appliqués. La foi est restée cœur de la France, nous dirions volontiers dans arsenaux. C'est l'arme qui vaincra le fer et l'athéisme
allemands. Sous le coup des derniers désastres, elle rendra au eœur français toute sa vieille vertu. Chassés de nos villes détruites, sans forteresses, sans canon, blessés et n'ayant plus qu'une goutte de sang, nous nous appuierons à la croix qui s'élève encore dans nos campagnes ; protégés de ce suprême rempart, l'épée de la France à la main, nous ressaisirons la vie.
L'autre jour, aux portes de Paris, remontant le torrent d'une troupe prise de panique, un prêtre s'avança vers l'ennemi pour relever des blessés; avec lui, les sœurs de Charité qui composaient l'ambulance ne rentrèrent dans la ville qu'après les soldats. C'est l'image de ce que fait la foi, et elle le fait toujours, et plus la France subira do désastres, plus Tàme française rebaptisée dans le sang voudra vaincre et combattre pour la victoire du Christ. Ainsi l'islamisme allemand rencontrera sa journée de Tours, et après l'Allemand si le Tartare s'avance, il trouvera la Fiance debout.
Non, Allemands, vous n'aurez pas la France du Christ! Vous ne l'aurez pas, et vos alliés français ne vous la livreront pas. Ils ne vous livreront qu'euxmêmes. Ayant renversé les corruptions, vous fuirez devant la France rajeunie, et quelque jour un autre Boniface et un autre Charlemagne vous réimposeront le baptême, parce que le Christ miséricordieux veut entrer en possession du monde.
C'est là ce que nous chante le canon prussien. En tombant dans l'abîme, nous crierons à notre Dieu de v. Titrer sa cause, et nous ne désespérerons pas.
20l> IWWS l'K.NDANf I.E SIÉtiE.
23 septeuibiv.
M. .IILKS FAVHK AU CAMP PRUSSIEN.
La démarche de M. Jules Favrc au camp prussien reçoit une approbation quasi unanime. Les pédants routes du Réveil, les Pyatistes, les Blanquistes, la condamnent par l'excès accoutumé de leur vertu; mais ils ne font pas tout l'effet qu'ils attendaient de leurs yeux roulants et de leurs moustaches rebiffées.
Xous nous joignons à ceux qui approuvent M. Favre. Il faut que la justice l'exige ! Aucune de no» sympathies ne s'attache à ce vice-président. La manière dont il s'est installé prince du peuple n'a pa.< plus excité notre admiration que commandé notre estime. Il a peu d'idées, et ce peu vaut peu. Il a prô le gouvernement, le trouvant à sa portée, sans antre but bien clair que d'être à son tour le gouvernement. L'art pour l'art ! Le plaisir d'arriver, de donner des ordres, de distribuer des bureaux de tabac! Tout bomme en ce temps-ci rencontre les sorcières dr Macbeth : Tu seras roi ! Et qui peut se flatter de nr pas tomber dans le panneau des sorcières? Le mal démocratique, c'est la passion d'être roi. Ce mal est si général qu'il a inspiré la législation. Tout a été dispos*'* pour faciliter l'accession au trône, de telle sorte que chacun y puisse monter, mémo poussif. Il y a des lignes d'omnibus à destination du trône. Ou
* 'organise en associations pour remplir des omnibus irréguliers qui prennent la traverse. M. Jules Favre, fortement saisi par les sorcières, a fait et refait le chemin. Il a versé, il a renversé. Dégringolé du sommet pres<pie atteint jusqu'au point de départ, il est reparti. En lin, il est arrivé avec ses compagnons, étrange empilage, sans se douter que Rochefort avait sauté sur l'impériale et arrivait en même temps, au même titre que lui et les autres compères. Oh! sorcières moqueuses! On est roi, l'oracle s'accomplit, et pourtant on reste foule. Et dans la foule, il y a ce diable de Rochefort, et le bonhomme Glais-Bizoin, et tant d'autres, sans compter les chevaux, qui sont aussi le roi. C'est drôle, trop drôle, hélas!
Soyons justes néanmoins. Après les réserves nécessaires pour procéder plus tard contre cette manière de constituer un gouvernement, il convient de louer ce qui mérite la louange. M. Jules Favre a fait un coup de maître. Son voyage au camp prussien comptera parmi les actes politiques du premier ordre, et la relation qu'il en a publiée est une sorte de chef-d 'œuvre. Cette page dépasse infiniment le mérite de tous ses discours. Elle entrera dans l'histoire de France. Elle est, en outre, une admirable exhortation au combat. A meilleur titre que cette vieille comédienne de Marseillaise, elle peut compter pour une armée.
Dans la conception de la démarche, dans la vaillante résolution de l'accomplir sans la soumettre aux incertitudes du conseil, dans la manière de la raconter, dans l'art de l'exploiter contre l'ennemi, il
y a de l'honnête homme, de l'homme de cœur, de l'homme de talent et de l'homme d'État. Noos en félicitons d'autant plus M.Jules Favre, nous nous réjouissons d'autant plus que, pour ne rien dissi 1er, nous ne l'aurions pas espéré de lui. Une actioa si droite et si vigoureuse, une parole si simple, ub art si loyal do mettre en évidence la majesté da vrai, un attendrissement si communicatif, pouvait-on attendre tant d'un tel vieux politique révolutionnaire, académicien et avocat ?
M. Jules Favre a donc eu le bonheur de rendre a pays et peut-être à l'Europe un grand service. Il a tiré du roi de Prusse beaucoup plus et beaucoup mieux qu'un traité même avantageux. La paix acceptable où il réduisait sans doute son espérance, ne pouvait valoir, pour le présent ni pour l'avenir, 1 "indignation légitime et féconde que provoque son échec. Dans la situation présente, le roi de Prusse ne pouvait en rien nous favoriser autant que par l'étalage de sa brutalité. Il nous avait vaincus, c'était le sort des armes ; il a voulu se donner le plaisir de nous souffleter. Qu'il en écrive à sa reine tout ce qu'il voudra, il ne nous fera jamais croire que Ken l'avait chargé de cette besogne, et le soufflet lui sera rendu. Il connaîtra que Dieu n'a pas fait la France pour le plat de l'épéc.
M. Jules Favre ne rougira pas d'avoir attends comme un solliciteur importun «pie l'on veut dégoûter de revenir ; il ne se plaindra pas de la grossièreté de l'outrage devant lequel il n'a pu retenir «es larmes. Dans ce moment-là, dans cet abaissement, fl
a été véritablement l'homme de la France. C'est un honneur qu'il n'avait pas pris le 4 septembre. Cet honneur, auquel nous osons dire qu'il ne pouvait même pins prétendre, a été la récompense de l'effort «le probité humaine et de dévouement patriotique qui l'a fait résoudre à demander la paix.
Dans le même moment il a cruellement expié l'audace de son usurpation, et il a eu le privilège de voir jusqu'au fond le coeur de l'ennemi. Il a vu cette hypocrisie, cette arrogance, cette ambition sauvage; il lui a été donné d'en tracer une peinture ineffaçable. À présent la France connaît le roi de Prusse, ou plutôt le pnissianisme. Elle sait ce qu'il est et ce qu'il sera, «•e qu'il veut et ce qu'il voudra. Elle le sait, et la mierrr ne finira qu'avec lui.
A présent, Paris pourra être pris si Dieu veut pousser jusque-là notre expiation , mais l'honneur sera sauf et la France est sauvée.
La France est uu calice qui a contenu le corps et le sang du Christ. Des mains infâmes l'ont arraché du tabernacle, l'ont souillé, l'ont rempli de boissons impures. Mais Dieu n'a pas perdu de vue cet or profané et avili, et n'a pas oublié son ancienne gloire. S'il le jette au creuset, ce n'est pas pour l'anéantir, cVst ponr le puriGer. Lui ayant rendu sa pureté, il lui rendra sa forme et sa splendeur, et il le remplira de nouveau du vin qui germe la vie.
Lest une terrible chose sur la terre, quand les hommes, ayant rompu avec Dieu, reçoivent de lui rongé de faire ce qu'ils veulent. Mais pourtant la volonté et la liberté do Dieu demeurent, et dans le
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désordre apparent des œuvres de leur révolte, le* hommes ne font encore que ce tpie Dieu veut; les démous menés avec le fouet y servent, en dépit de leur perversité, comme les anges emportés par IV mour.
Prussiens de toutes les contrées, révolutionnaire de tous les orgueils, sceptiques et athées de tonte» les écoles, rêveurs de toutes les folies, allez, allô! Servez-vous de la plume, servez-vous de l'épée, servez-vous du couperet et de la flamme : vous forcez k France à se réfugier dans l'acropole catholique, voo> refaites la France du Christ.
20 septembre.