‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 29 sur 150 · LA STA1TK DK VOLTAIRE ET LES FILLES DE LA CHA1ITÉ · texte numérisé non relu

LA STA1TK DK VOLTAIRE ET LES FILLES DE LA CHA1ITÉ

Ou dit que la statue de Voltaire, placée dans le vestibule du Théâtre-Français, a été voilée. Nous fOiorons le fait, nous en ignorons la cause. Mais les journaux révolutionnaires s'en servent pour injurier les sœurs de Charité. Par quel détour peuvent-ils arriver là? Rien de plus simple. Les sociétaires da théâtre v avant établi une ambulance dont les Sœur* ont consenti à se charger, ces 6ns journaux supposent que les Sœurs n'ont pas voulu passer devant la statue de Voltaire, et qu'il a fallu leur voiler cet objet, à la vérité très-répugnant. Là-dessus, feu H

tlaniines eoiitre les Sœurs, et contre les comédiens coupables d'avoir cédé à leur intolérance. Ces pauvres comédiens, qui chantent la Marseillaise, et qui jouent Tartufe avec tant de zèle, les voilà en péril de passer aristos et même cléricaux, et tout à l'heure le père Pyat demandera leurs têtes. Ils peuvent compter *jue la requête ne tardera pas d'être proposée « au peuple, » surtout s'ils ont autrefois refusé quelque ponte dramatique du père Pyat.

Quant aux Sœurs, après tout, elles seraient dans leur druit. 11 leur est permis de ne pas entrer là où le diable est honoré sous sa forme la plus hideuse, qui est la ligure glorifiée de l'impie.

Les lèpres, les gales, les gangrènes, toutes espèces d'horreurs, les Sœurs affrontent tout cela. Elles tournent le pestiféré, l'emportent dans leurs bras, le nettoient, le recouchent au lit dont elles ont remué et enlevé les puanteurs. Elles auraient très-coura- ^euscment et très-tendrement soigné Voltaire luimême et exposé leur visage à son haleine , fallùt-il eu mourir. Mais s'il avait voulu leur réciter ses poèmes favoris et jeter aussi Bon souffle sur leur ànie, «lies se fussent enfuies à bon droit.

D'un autre coté, c'est un droit civique de ne point passer devant le portrait de Voltaire. Ces guenillards rouges prétendent-ils nous réduire tous à saluer le portrait de Voltaire, comme Gessler faisait saluer son chapeau?

Us voudront bien noter encore ceci. En exigeant qu'où leur voilât l'insolente idole, les Sœurs n'auraient fait que les imiter très-modérément. Us exi-

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geut, eu effet, qu'on abatte le» statues, bustes, chif» fres et emblèmes qui choquent leurs opinions. Ds débaptisent et rebaptisent les rues, ils grattent llûstoire. Us ne veulent point passer devant une de Napoléon, ni dans une rue Bonaparte, ni sur place impériale, ni sur un pont de Solférino, ni voir un aigle, et ils sont très-fiers de l'arrogante inepbr avec laquelle ils se font obéir.

Donc, quand même les Sœurs auraient fait jeter un torchon quelconque sur cette statue privée, dat un lieu devenu momentanément leur domicile. qu'auraient-ils à dire ? Le 4 septembre, lorsque k « gouvernement » prit siège pour la première Cois a rHotel de Ville, Al. Gambetta fit retourner contre la muraille les portraits de l'Empereur et do l'Imper*» trice qui ornaient la salle, et que le vandalisme républicain voulait lacérer. En quoi les Sœurs seraientelles plus blâmables que ÎI . Gambetta ? Elles n'ont jamais prêté aucun sennent à Voltaire, ni porté an* cun vêtement à son chiffre, ni tombé aucune monnaie marquée à sou effigie.

Cette race républicaine n aurait-elle jamais le boa sens de voir combien elle se rend impossible à foicr de contradictions et de brutalités ?

Du reste, sans avoir pris aucun renseignement, nous affirmons volontiers que les Sœurs ne sont pov rien dans le légitime affront fait à la statue de Voltaire. Quelqu'un, sans doute une femme, aura peu* qu'il n'était pas déeent de laisser cette grimace dau un lieu où les vierges de Jésus-Clirist allaient demeurer, on le prêtre du Christ pourrait apporter k

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sacrement des mourants, où le Christ lui-même pourrait veuir. Il y a là uue délicatesse de respect et de convenance que la grossièreté rouge peut seule méconnaître. Pour les Sœurs, il est à parier qu'elles n'ont f;uère pris garde aux statues qui décorent le local de l 'ambulance . Elles se soucient fort peu de Voltaire, de ses imagos et de ses gloires. Elles savent, en gros, que ce fut un très-mauvais coquin à quiquautité de sots rendent hommage. Elles plaignent le coquin d'avoir été coquin ; elles plaignent les sots qui rendent hommage au coquiu , et elles songent à autre chose. Que leur" importe de passer devant la statue de Voltaire ! Elles prennent leur chemin vers un séjour où elles ne rencontreront pas les coquins détiuiiifs.

Il faut croire que tous ces journalistes rouges, adorateur^ de Voltaire, n'ont jamais rien lu : ni leurs propres auteurs, quasi unanimes à traiter Voltaire de ini.M'rahlc et de scéh rat ; ui Voltaire lui-même, qu'iU eussent regardé comme un aristocrate à guillotiner au plus \ite , et qui les eût considérés comme des drôles à faire rouer au plus tôt.

Car il était sans estime pour ce que nous appelons lu prisse : a La canaille immense des écrivains subalternes... Les feuilles volantes, peste de la littérature... La canaille de la littérature, plus insolente et plus dangereuse que la canaille des halles... Les poli>*ou* qui, de leur grenier, gouvernent le monde avec leur écriloire... La canaille littéraire, ce que je «uiuiais de plus abject au monde, etc., etc. » C'est uii>i que Voltaire traitait les auteurs des feuilles

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volantes. Et encore, en ce temps-là, il n'y avait ni tant de feuilles volantes, ni si peu d'orthographe, et moins de couteaux.

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KOME AL l'OLNOUt DE L ITALIE.

Home est au pouvoir des Italiens. La nouvelle était prévue. Quelque douloureuse et accablante qu'elle soit, la foi catholique peut en porter le poids et la douleur. Dieu permet que l'iniquité humaine fasse ce qu'elle a médité de faire , et elle ne fait que ce qu'il veut. Il y a deux manières aux hommes d'accomplir la volonté de Dieu, qui les gouverne par leur liberté. 11 y a l'action libre de l'amour et tle l'obéissance, et tout va bien ; il y a l'action libre de la haine et de la révolte, et ce qu'elle opère est un premier châtiment qui en annonce d'autres. Le «bâtiment prend son cours jusqu'à ce qu'il ait emporté l'œuvre du péché, comme le torrent qui abat tout et qui ronge et détruit ses propres rivages. Après quoi Ton détourne le fléau, l'on replante et l'on rebâtit plus sagement, sur le plan de Dieu.

En un mot, suivant que l'action de l'homme est bonne ou mauvaise, Dieu le conduit ou le ramène, le conserve ou Te perd. Mais il le gouverne et lo jugs toujours. Il en est de même pour la société. C'est à

l homme et à la société de se servir de leur liberté et de leur raison pour voir où ils vont, pour s'arrêter, pour se repentir, pour se détourner, ou pour continuer leur course vers l'abîme. Quand la société tout entière est prise d'un vertige de perdition, l'individu n'est pas perdu pour cela. Il peut encore se sauver. Lame a des ailes. Des bords mêmes du gouffre, elle s envole, abandonnant le souci du corps, qui est terre et qui appartient à la terre, et qui d'ailleurs se retrouvera. Ceux qui ne veulent croire qu'en leur corps ont sujet de désespérer, car ce corps misérable, bien qu'il doive ressusciter, ne se retrouvera pas. Tous seront ressuscites, mais tous ne recevront pas la véritable vie.

l'our éclairer cette doctrine malheureusement trop peu comprise aujourd'hui, où le genre humain se pique tant d'être juste et sage, prenons exemple des choses qui s'accomplissent en ce moment même. Si le genre humain est juste et sage comme il le suppose, il doit avouer néanmoins que sa justice et sa sagesse ne l'ont pas conduit au comble de la prospérité et de la paix. Tout croule , d'effroyables jours , ou plutôt d'épouvantables nuits se préparent. Cette civilisation si jeune à son avis , puisqu'elle prétend dater de 89, et qui se croyait encore si forte et si libre , et qui se débarrassait avec tant d'allégresse de tous les liens qu'elle jugeait capables de l'empêcher de courir à la liberté et au plaisir, la voilà loin de son but. Elle meurt. Apoplexie ou pourriture sénile, c'est la mort. .1»» vous dis qu'elle est morte! Dans les fossésde Paris vous enterrez sou cadavre.

pour soutenir la guerre sainte; bref, c'est la civilisation de la croix qui recommence , et la débauche de 89, si vivement poussée par le dernier prince, est finie. Durits est hic sermo! Mais que l'ennemi force nos portes ou qu'il soit obligé d'aller chez lui se refaire, tâchez de soutenir sans l'assistance de la croix l'assaut du pape à cheval qui se rue sur vous, suivi d'un monde à qui il ne commande qu'en lui promettant de vous écraser!

Encore une fois, Dieu veut vous ramener : laissezvous faire.

Quant à Rome, autre chose est de la prendre, autre chose est de la garder. Nous nous flattons que le Prussien n'entrera pas dans Paris défendu par la Mobile ; et si pourtant il entre, nous sommes certains qu'il ne restera pas. Home est défendue par I'Immobilk, qui demeure encore, même lorsqu'il laisse pénétrer 1 ennemi. Depuis que saint Pierre est verni s'asseoir à l'ombre des sept collines , elles ont été investies et prises bien des fois, toujours par des barbares ou par des brigands, toujours à des époques de grande calamité, toujours pour la honte et le châtiment du monde. Pierre est resté; il reste toujours. Notre espérance y reste avec lui. Le monde est moins sur du destin de Paris, et de celui de Berlin, et de relui «le Londres, où sont d'autres papes pour qui la République française montre plus de respect.

Ce qui nous afflige surtout, et ce qui nous alarme dans cet événement prévu, c'est l'adhésion de la République française. Elle s'est hâtée de consentir à l'annexion que vient de se permettre le roi Victor-

29 septembre.

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