‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 30 sur 150 · LE CITOYEN COURBET VEUT ABATTRE LA COLONNE · texte numérisé non relu

LE CITOYEN COURBET VEUT ABATTRE LA COLONNE

Outre le Journal officiel, il existe une seconde feuille de l'État, spécialement destinée aux murailles, et qui s'appelle le Bulletin de la municipalité de Paris. L'utilité n'en parait pas bien évidente. Ce journal semble être fait surtout pour la consolation des purs qui trouvent que a ça ne va pas m et qui reprochent au Journal officiel un certain fumet à'aristo. Dans Y Officiel on dit encore monsieur, dans le Municipal on dit citoyen. Rien que cela sans doute vaudrait la dépense. Mais il y a mieux, il y a des idées, oui, vraiment ! et le dernier numéro en expose une du citoyen Courbet, peintre, laquelle ne manque pas de saveur.

Voici cette idée du citoyen Courbet, peintre, président de nous ne savons quoi, par l'élection de nous ne savons qui.

Considérant que la colonne de la place Vendôme est un monument sans valeur quant à l'art (il dit artistique t et de plus très-butor, très-fanfaron et trèsagaçaut comme tous ces mémoriaux de coups de poing qui font le bonheur des peuples, le citoyen Courbet propose de « déboulonner » ladite colonne et d'en porter les tronçons à la Monnaie.

S14 PABIS PENDANT LE 8IÉGE.

Véritablement, si cette proposition rencontre quelque difficulté, ce ne sera pas de notre part. La colonne ne nous a jamais séduit par sa beauté « artistique, » encore moins par la pensée de grossier orgueil dont elle est l'expression. Elle nous parait bonne à transformer en canons et en honnêtes groi sous. Pendant qu'on y est, ne ferait-on pas bien de transformer aussi en gros sous la médaille de Sainte- Hélène et la petite quantité de métal noble qui entre dans la croix d'honneur ?

Il se peut que quelque lecteur se demande si no» parlons sérieusement ou si nous voulons plaisanter. Eu vérité nous n'en savons rien. L'idée de M. Courbet a du bon et du très-bon. Mais il faudrait la suivre, et alors l'Arc-de-Triomphe... Hum !

D'un autre côté, il importe de considérer que Im gros sous et les canons seront longtemps utiles, tandis que la Colonne et l'Arc-de-Triomphe ne servent que de points de vue et de points de mire. On les a vus et mirés de tous les coins du monde ; et de tous 1rs coins du monde on tire dessus des projectiles qui menacent de toucher. Si les projectiles devaient approcher trop de ces monuments plus glorieux que beaux, et plus provoquants que solides, autant vaudrait les démonter et déboulonner de nos propre* mains. Cela nous ferait plus de travail, mais mon* de peine.

11 y aurait pourtant moyen de garder l'Arc-de- Triomphe, qui est une assez belle bâtisse, sans agacer personne. L'Arc deviendrait le chœur d'une église cominéinorative ;de jla délivrance de Paris* Cette

église serait en même temps le monument expiatoire de toutes nos guerres injustes, et Ton y prierait pour tous les pauvres soldats de toutes les armées à qui ces guerres ont porté la mort, sans autre profit, hélas ! pour nous, que d'avoir aujourd'hui sérieusement affaire aux revenants. L'idée nous vient et nous la laissons passer ; mais peut-être qu'elle est un peu forte pour M. Courbet et pour la municipalité de Paris. Enfin, on cause.

Semblablement, il nous semble qu'on pourrait tirer de la colonne déboulonnée, non pas mieux que des canons, objets de première nécessité dont nous voudrions que chaque village de France fût pourvu, mais mieux que des gros sous. Par exemple, si on la débouloune et qu'on veuille nous en garder une tranche, — de quoi faire une bonne cloche de village, — nous nous engageons à la payer au double et au triple de sa valeur matérielle, et nous mettrons quelque chose en sus pour les frais de déboulonnage. Nous promettons d 'y consacrer notre premier argent, sitôt que Ton reverra de l'argent.

Kt si Ton vendait de la sorte la statue de Voltaire, quoique ce ne soit que du méchant zinc, tout au plus propre à confectionner des conduites d'évier, nous ferions «les folies, toujours au retour de l'argent.

M. le citoyen Courbet, peintre, a une autre trèsbonne idée... — (Jui nous eût dit <pie nous consacrerions une heure et une feuille de papier aux idées de M. Courbet? — Il propose de débaptiser les rues qui portent des noms de victoires. Tope !

Sans doute, il serait mieux de rester tranquille,

Même jour.

l'adjoint brisson, fils de voltaire.

Heureuse nouvelle, consolation de la patrie en deuil! Quand nous parlions de ce voile sacrilège jeté >ur le Voltaire du Théàtre-Francais, le voile était déjà arraché par la main pieuse d'un adjoint au maire de Paris. Ainsi Napoléon III, le Sedantaire, n'a pas emporté tous les Chevreau. Il nous en a laissé un au inoins. On le nomme le citoyen Henri Brisson.

Aux élections de 1869, il briguait l'honneur de prêter serment à la constitution impériale. Le premier pas dans la vie politique, c'est de se donner un serment à lâcher. M. Brisson accomplit ce rite indispensable, mais ne passa point. L'opposition irréconciliable lui préféra M. Ferry, non comme plus pur, mais comme plus sage. Aux yeux qui pouvaient les comparer, M. Ferry semblait offrir encore je ne sais quoi d'humain. Précédemment un petit nombre de spécialistes, munis de bons microscopes, comptaient M. Brisson dans les infiniment petits du journalisme. Quelqu'un du 4 septembre le prit entre ses doigts et le posa dans la municipalité, probablement par la raison qui fit mettre M. Rochefort dans le gouvernement, pour ne l'avoir pas dehors.

D'après la Cloche, c'est un vainqueur de premier

et toutes ces débaptisations et rebaptisations impliquent quelque chose de puéril et de périlleux ipii provoque des réactions à leur tour puériles et périlleuses. Mais enfin, puisqu'il faut faire la part do ruisseau de l'opinion, dans les époques où il devient torrent, ceci n'est point mauvais. Jetons là-dedans nos étiquettes belliqueuses avec la médaille de Sainte-Hélène, et la bête impériale déplumée, et la colonne déboulonnée. A l'eau le laurier malsain de l'Empire qui attire la foudre! Pour dire la vérité, ces noms de victoires au coin des rues se ressentent trop des pratiques du sauvage , lequel fait une coche à son fusil pour chaque homme tué, et s'il l'a pu scalper, il prend ce cuir chevelu et en orne sa ceinture. Donc, bravo, citoyen Courbet , peintre et homme d'idées, et même de bonnes idées. Mais il faut tâcher de n'avoir que de bonnes idées. Nous nous rappelons un certain volume illustré de la propre main de M. Courbet, où l'on proposait de confier à ce maître toutes les gares de chemins de fer, pour qu'il les couvrît de ses peintures et même de ses pensées. Hélas! que ce serait triste ! N'allez pas maintenant nous proposer cela, citoyen Courbet. Ce n'est pas une bonne idée cela, et elle ferait tort aux autres. Si l'on vous voit en passe d'illustrer les gares, on ne vous laisser! jamais déboulonner la colonne et désillustrer l'Empire.

Même jour.

l'adjoint brisso.n, fils de voltaire.

Heureuse nouvelle, consolation de la patrie en deuil! Quand nous parlions de ce voile sacrilège jeté sur le Voltaire du Théâtre-Français, le voile était déjà arraché par la main pieuse d'un adjoint au maire de Paris. Ainsi Napoléon III, le Sedantaire, n'a pas emporté tous les Chevreau. Il nous en a laissé un au moins. On le nomme le citoyen Henri Brisson.

Aux élections de 1869, iJ briguait l'honneur de prêter serment à la constitution impériale. Le premier pas dans la vie politique , c'est de se donner un serment à lâcher. M. Brisson accomplit ce rite indis- [lensable, mais ne passa point. L'opposition irréconciliable lui préféra M. Ferry, non comme plus pur, mais comme plus sage. Aux yeux qui pouvaient les comparer, M. Ferry semblait olfrir encore je ne sais quoi d'humain. Précédemment un petit nombre de >pecialistes, munis de bons microscopes, comptaient M. Brisson dans les infiniment petits du journalisme. Quelqu'un du 4 septembre le prit entre ses doigts et le posa dans la municipalité, probablement par la raison qui fit mettre M. Rochefort dans le gouvernement, pour ne l'avoir pas dehors.

D'après la Cloche, c'est un vainqueur de premier

le ferait rire, et nous aussi, et « Brisson » aussi. Nul moyen de dire saint Voltaire. Il est dieu, et le citoyen adjoint est son prêtre.

Prends le bras pieux de l'adjoint et monte au pinacle de ton temple, dieu Voltaire, « immortel initiateur de la Révolution française. » A droite, à gauche, en avant, en arrière, ton œil pourra se rassasier de la vue de tes chers Prussiens. Ils sont là, comme tu Tas annoncé; leur canon bat les murs des « stupides Welches », comme tu Tas désiré ; et parmi ces Welches, il y en a de plus bêtes encore que tu ne le disais!

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