‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 33 sur 150 · RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

RELIGIEUSE

iNous sommes en révolution, et malgré le péril inouï qui devrait nous rendre sages, le vertige révolutionnaire s'empare de nous. Nous prenons visiblement le vieux chemin de traverse par où l'on arrive soudain aux catastrophes. Il est fort connu, nom l'avons souvent fait. Mais c'est là que les mulets qoi se sont chargés de la fortune de la France ont l'habî-

tude de perdre leur chargement; personne ne les détournera d'y aller.

L'histoire du gouvernement de la défense nationale devient triste. Au milieu du plus épouvantable désastre qui put nous atteindre, nous voyons machiner l'émeute, pour opposer au canon de la Prusse les théories, les idées et les hommes des clubs de Belleville et de Mouffetard !

Les quelques personnages qui se sont chargés de mettre au jour et d'établir la république française de 1870, destinée à devenir si promptement la république parisienne, veulent sans doute défendre le rempart. Nous souhaitons qu'ils le fassent avec honneur et nous l'espérons du courage des gardes nationaux et de l'armée. Mais nous demandons comment ils pourraient plus malheureusement abandonner la défense de la société. Or, la défense du rempart tient à la défense de la société. S'ils laissent briser la société, avec quoi préparera-t on et relèverat-on le rempart ?

En quoi importe-t-il à la défense nationale de permettre les essais tyranniques qui sont en ce moment proposés, tentés et commis contre la liberté religieuse? Nous voyons très-bien, nous, comment ces essais peuvent lui nuire. Il ne faut pas tant de génie pour comprendre que le zèle en faveur de la République et de Paris se ralentira dans les départements, lorsque la République apparaîtra comme un mécanisme de force pour appliquer les idées sociales du citoyen maire Ârago, qui donne la main au citoyen Blanqui.

Le citoyen Arago, maire provisoire, a composé on corps de « maires d'arrondissements » qu'il semble avoir formé en une sorte de chambre secrète ou chacun, non content de proposer ce qui lui passe par la tète, s'attribue encore le pouvoir législatif et dictatorial dans sa circonscription. L'un de ces messieurs supprime par affiche la liberté d'enseignement! Sa municipalité, inconnue et provisoire comme lui, déclare que désormais les écoles de l'arrondissement seront € purement laïques, » et c'est fait. U existe dans l'arrondissement trois écoles tenues par las sœursde Charité : sans autre forme d'urgence, comme s'il s'agissait d'arrêter un espion prussien, 11. le maire ferme les trois écoles, et il pose là des gardes nationaux pour que les enfants que leurs parents y enverraient ne puissent pas entrer !

La folie qui se permet ces coups brutaux et la folie qui ne les empêche pas, jettent en France plus que des semences de guerre civile. De la suppression des écoles religieuses à l'imposition des écoles irréli* gieuses il n'y a qu'un pas, et ce pas dé|>end uniquement du fanatisme d'un sectaire. Croit-on que la France acceptera cela et se dévouera tout entière pour appliquer les idées de M. Arago, maire provisoire de Paris et compère de M. Blanqui ?

C'est trop compter sur l'amour et la vénération des peuples pour M. Blanqui et pour M. Arago, et è défaut d'amour, sur la puissance actuelle des moyens révolutionnaires. On ne se soumettra pas, quand même ces messieurs les maires provisoires, avec le secours de leurs clubs, auraient supprimé à lflV

manière le peu de rebelles qu'ils ont à redouter dans Paris.

Ouant aux hommes du gouvernement officiel et ostensible, il faut bien leur dire la vérité. Leur indolence en présence de ces scandales menaçants ruine leur crédit parmi les gens sages, et leur autorité parmi les autres. Quoi! la République ne peut-elle donc pas sortir de cette ornière de la violence et de la persécution? Ce sera donc toujours la même chose ? De plus, ils prouvent ainsi qu'ils ont peu de

vue. En s associant à cette guerre inepte contre la religion catholique, ils contribuent à diminuer les ressources de l'avenir. Contre le roi de Prusse, pape du protestantisme allemand et chef de la maçonnerie allemande, il n'y a qu'une force invincible : la force de l'orthodoxie religieuse» Le patriotisme intégral, le patriotisme de l'esprit et du cœur, celui qui résiste à tout et que n'étreignent ni le temps ni le sang, le patriotisme éternel sera catholique , on tout sera fini.

On verra cela bientôt, si Dieu permet que la Prusse; parvienne à l'empire et au pontificat qu'elle rêve. Alors elle persécutera les catholiques, tandis que nos mulets révolutionnaires, qui ont le pied sur pour eux-mêmes et dont la plupart n'ont jamais brouché dans la fuite, reparaîtront, seront amnisties encore une fois, et publieront eu sécurité quelque nouvelle édition de Voltaire, ou même de Parny.

9 octobre.

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