‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 35 sur 150 · L 'AFFAIRE DC. 31 OCTOBRE · texte numérisé non relu

L 'AFFAIRE DC. 31 OCTOBRE

Le parti de la Commune, où brillent MM . Flouiemi, Blanqui et Pyat, avec M. Arago, maire, dans k

pénombre, nous a donné une triste et honteuse jo**née, suivie d'une triste et honteuse nuit. Le gounrnement de la défense nationale a été prisonnier dan

l'Hôtel de Yill-.pri — n**: — ^' '--[■"•• rrrnnitrrt,

maintenant, en partie, prisonnier à son tour. C était la garde nationale qui défaisait le gouvernera* ancien (ancien de quarante jours), le retenait captif et faisait le gouvernement nouveau ; c'est la garde nationale qui a délivré le gouvernerr eut tMtâam ri renversé le gouvernement nouveau ; tout cela, d'auleurs, sans tirer un coup de fusil. On dit que, d'm côté, M. Robinet, maire, de l'autre, M. Picard, ntnistre , ont joué chacun un grand rôle. M. Garuùrl'agès s'est évanoui, M. le général Trochu a été insulté , M. Blanqui aurait été crosse sin tiré par sa barbe blanche ; M. Jules Favr avoir eu la bouche fermée d'un coup di bouche si éloquente ! Personne de mort ment, chacun semble être rentré dans et même dans sou ministère. Potitiquen quelqu'un debout, on l'ignore, s'il y a q

terre, on n'en sait rien. Journée des dupes, terminée sans qoe l'on puisse dire au juste qui est dope, llélas! et les Prussiens sont là, qui regardent et attendent !

Ce matin, à huit heures, nous lisions des affiches apposées pendant la nuit, signées de MM. Dorian, S<*hœlrher et Arago, maire, suivi de ses adjoints, formant une sorte de Commune provisoire , qui convoquaient les électeurs aux mairies pour élire aujourd'hui mime la Commune définitive. A neuf heures, des patrouilles arrachent ces affiches, et le Jourwtl of/iciet, sans décommander l'élection, avertit les citoyens de ne pas se rendre aux convocations hâtives. En même temps, les tambours battent le rappel ; en même temps, nul ne sait si M. Dorian est toujours ministre, si M. Schœlchcr est toujours colonel de l'artillerie de la garde nationale, si M. Arago <»st toujours iiiaire et ses adjoints toujours adjoints. IVu t-étrj que rien n'est changé dans leur situation. II ht soir, ils collaient leur affiche poilue : « Je suis souris, vivent les rats! » Ce matin, la patrouille arr.vhe leur affiche ; qu'à cela ne tienne : « Je suis oi!M»ati, voyez mes ailes! »

11 garnit , cependant, que le farouche docteur Robinet, maire du sixième arrondissement, n'a point \ muIii >♦' raser. Sonafliche, signée d'un « comité républicain » anonvme, approuvé de lui, mettait le gouvernement « hors la loi » et lui accordait trois jours pour v retirer. Le gouvernement reste, M. Robinet doiitii» sa démission, il s'écoule. Ce même Robinet, au couimeiK'euient du mois, n'étant que simple adjoint,

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avait par une autre affiche mis l'Allemagne « au bande l'humanité, » et donnait à chacun de nous licence de la détruire. L'un des motifs de sa haine contre l'Allemagne, c'est qu'elle le dérange, lui Robinet, dans la salutaire opération de ci remplacer la théologie par la science ! » L'espèce rouge dépasse de beaucoup les limites anciennes de l'absurde. Mais, hélas! les Prussiens sont là, regardant couler ces robinets.

Il faut pourtant que nous sortions de ce martyre et que le combat et la mort reprennent leur dignité. Pour l'amour de Dieu et de la France, par respectai passé, par respect de la postérité, et afin que nos enfants qui auront tant à pleurer n'aient pas trop i rougir, nous adjurons M. le général Trochu et ce qu'il peut y avoir de gens de cœur dans le gouvernement d'aviser à nous procurer au moins une fil décente. Succomber honnêtement, voilà le dernier vœu de la population saine de Paris ; «lie y voit le dernier moyen de ne pas mourir à jamais.

Que le gouvernement donc prenne l'autorité! qu'il écarte ces misérables séditieux, impies envers la patrie mourante ! qu'il réduise à l'impuissance lea gredins escortés d'imbéciles et les imbéciles année de gredins ; qu'il gouverne enfin la défense nationale et prenne les responsabilités qu'il a osé assumer le 4 septembre.

« Nos frères » nous invitent à faire des sorties. Ui nous crient une parole célèbre : Egrediamur forml qu'ils en aient le contentement. Mais l'on ne veot pas qu'ils ordonnent les sorties, parce que l'on veet qu'ils en soient. On se souvient qu'Abel eut tort de

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vons dire, comme Israël puni : Seigneur, tous avez soumis au joug des hommes néfastes, h hommes super capita nostra, et comme le paralytique de la piscine : Nous ne guérirons pas, parce que nous n'avons pas d'homme pour nous jeter dans la source de salut, Hominem non habeo.

Cependant la piscine est ouverte, et l'ange de Diei agite les eaux. Ne viendra-t-il point d'homme? Ci homme pourrait encore nous sauver; il suffirait peutêtre de le demander à Dieu et de faire un effort. Tout est compromis, mais rien n'est perdu.

La force de Paris demeure ce qu'elle était hier. Le rempart n'est point entamé, les vivres et les provisions de guerre ne sont point épuisées. Un acte èb foi en Dieu et aux destinées chrétiennes de la patrie, un généreux abandon de tous les dissentiments polfr» tiques, ou tout au moins un armistice sincère eatol toutes les opinions qui se peuvent débattre plus laid, la concentration de toutes les forces dans «ne maïs uniquement chargée de résister et d'écarter tout et qui n'est pas la résistance à l'ennemi extérieur, cela suffirait pour faire face à des périls encore ptai grands, douner à la France le temps de se rekvar. En tout cas, nous succomberions avec honneur, dernière bouchée de pain mangée et notre cartouche brûlée.

Paris ne peut traiter, ne peut capituler tant qall lui reste un moyen quelconque de tenir. On a tafll crié contre la hAte de Nancy et tant exécré la trahisse de Sedan! Paris ne peut s'ouvrir comme Nancy ans ennemi qui cherche encore la porte, ni imiter Napo-

L'on à Sedan, livrant ce qui reste de la France. Ou que l'ennemi se retire emportant des trophées parmi lesquels ne sera pas tout notre honneur, ou qu'il entre a la pointe de Vépée, comme dans cette pauvre petite ville héroïque de Châteaudun, nous apportant lui-même l'honneur avec la mort !

Il ne faut pas que Paris s'y trompe. Si parmi ceux <(tii lui parleraient de capituler, quelques-uns le tentent en le flattant de sauver sa fortune et de revoir sa splendeur, la capitulation n'aura point ce résultat. \u eontraire, elle détruira la fortune et éteindra la splendeur plus vite et plus irrémédiablement que ne ferait l'entrée violente de l'ennemi. Lia France reprochera à Paris Lien îles choses! Elle lui reprochera d'avoir été plus prompt à lui donner des révolutions que constant à lui procurer le temps do se défendre. Kl le ne viendra pas rebâtir ces murailles qui se seront ouvertes d elles-mêmes trop tôt; elle ne laissera pas ton cœur, sa fortune et sa vie dans un lieu de plaisir où ie seul bruit du canon et la seule privation des flûtes suffisent pour faire brèche et laisser passer l'ennemi.

Par le fait, depuis 89, il y a toujours eu un roi de Fraiiee, et il n'y en a eu qu'un seul : c'est Paris. La Trancr lui a été dévouée et obéissante, ne lui a refusa ni tributs, ni san^, ni sacrifices, ni caprices. Mais le moment est venu pour Paris de payer de sa personne. S'il veut conserver son empire, qull se gouverne m sagre, qu'il obéisse en soldat, qu'il compile et qu'il vainque ou suceombe en roi!

278 PARIS PENDAHT LE SIÉGI.

vons dire, comme Israël puni : Seigneur, tous non» avez soumis au joug des hommes néfastes, Imposvûà hommes super capita nostra, et comme le paralytique de la piscine : Nous ne guérirons pas, parce que nous n'avons pas d'homme pour nous jeter dans k source de salut, Hominem non habeo.

Cependant la piscine est ouverte, et l'ange de Dieu agite les eaux. Ne viendra-t-il point d'homme? Un homme pourrait encore nous sauver; il suffirait peutêtre de le demander à Dieu et de faire un effort. Tout est compromis, mais rien n'est perdu.

La force de Paris demeure ee qu'elle était hier. Le rempart n'est point entamé, les vivres et les provisions de guerre ne sont point épuisées. Un acte <k foi en Dieu et aux destinées chrétiennes de la pairie, un généreux abandon de tous les dissentiments politiques, ou tout au moins un armistice sincère entre toutes les opinions qui se peuvent débattre plus tard, la concentration de toutes les forces dans une main uniquement chargée de résister et d'écarter tout ee qui n'est pas la résistance à l'ennemi extérieur, cela suffirait pour faire face à des périls encore plus grands, douner à la France le temps de se relever. En tout cas, nous succomberions avec honneur, notre dernière bouchée de pain mangée et notre dernière cartouche brûlée.

Paris ne peut traiter, ne peut capituler tant qail lui reste un moyen quelconque de tenir. On a tant crié contre la hâte de Nancy et tant exécré la trahison de Sedan ! Paris ne peut s'ouvrir comme Nancy à on ennemi qui cherche encore la porte, ni imiter Nspo-

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léon à Sedan, livrant ce qui reste de la France. Ou que l'ennemi se retire emportant des trophées parmi lesquels ne sera pas tout notre honneur, ou qu'il entre à la pointe de l'épée, comme dans cette pauvre petite ville héroïque de Chàteaudun, nous apportant lui-même l'honneur avec la mort !

U ne faut pas que Paris s'y trompe. Si parmi ceux qui lui parieraient de capituler, quelques-uns le tentent en le flattant de sauver sa fortune et de revoir sa splendeur, la capitulation n'aura point ce résultat. Au contraire, elle détruira la fortune et éteindra la splendeur plus vite et plus irrémédiablement que ne ferait 1 entrée violente de l'ennemi. La France reprochera à Paris bien des choses! Elle lui reprochera «l'avoir été plus prompt a lui donner des révolutions que constant i lui procurer le temps de se défendre. Kilo no viendra pas rebâtir ces murailles qui se seront ouvertes d'elles-mêmes trop tôt; elle ne laissera pas son cœur, sa fortune et sa vie dans un lieu «le plaisir où le seul bruit du canon et la seule privation des flûtes suffisent pour faire brèche et laisser passer l'ennemi.

Par le fait, depuis 89, il y a toujours eu un roi de Franc*, et il n'y en a ou qu'un seul : c'est Paris. La France lui a été dévouée et obéissante, ne lui a refusé ni tributs, ni sang, ni sacrifices, ni caprices. Mais le moment est venu pour Paris de payer «le sa personne. S'il veut conserver son empire, qu'il se gouverne en sage, qu'il obéisse en soldat, qu'il combatte et qu'il vainque ou succombe en roi !

vons dire, comme Israël puni : Seigneur, tous mm avez soumis au joug des hommes néfastes, Imposvùâ hommes super capita nostray et comme le paralytique de la piscine : Nous ne guérirons pas, parce que nous n'avons pas d'homme pour nous jeter dans li source de salut, Hominem non habeo.

Cependant la piscine est ouverte, et l'ange de Dieu agite les eaux. Ne viendra-t-il point d'homme? Un homme pourrait encore nous sauver; il suffirait pentètre de le demander à Dieu et de faire un effort. Tout est compromis, mais rien n'est perdu. •

La force de Paris demeure ce qu'elle était hier. Le rempart n'est point entamé, les vivres et les provisions de guerre ne sont point épuisées. Un acte 4e foi en Dieu et aux destinées chrétiennes de la patrie, un généreux abandon de tous les dissentiments politiques, ou tout au moins un armistice sincère entre toutes les opinions qui se peuvent débattre plus tard, la concentration de toutes les forces dans ue main uniquement chargée de résister et d'écarter tout ce qui n'est pas la résistance à l'ennemi extérieur, cela suflirait pour faire face à des périls encore plof grands, douner à la France le temps do se relever. En tout cas, nous succomberions avec honneur, notre dernière bouchée de pain mangée et notre dernière cartouche brûlée.

Paris ne peut traiter, ne peut capituler tant qall lui reste un moyen quelconque de tenir. On a taat crié contre la bâte de Nancy et tant exécré la tralriaM de Sedan! Paris ne peut s'ouvrir comme Nancy à on ennemi qui cherche encore la porte, ni imiter Napo-

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léon à Sedan, livrant ce qui reste de la France. Ou que l'ennemi se retire emportant des trophées parmi lesquels ne sera pas tout notre honneur, ou qu'il entre à la pointe de l'épée, comme dans cette pauvre petite ville héroïque de Chàteaudun, nous apportant lui-même l'honneur avec la mort !

U ne faut pas que Paris s'y trompe. Si parmi ceux qui lui parleraient de capituler, quelques-uns le tentent en le flattant de sauver sa fortune et de revoir sa splendeur, la capitulation n'aura point ce résultat. Au contraire, elle détruira la fortune et éteindra la splendeur plus vite et plus irrémédiablement que ne ferait l'entrée violente de l'ennemi. La France reprochera à Paris bien des choses! Elle lui reprochera «lavoir été plus prompt à lui donner des révolutions que constant à lui procurer le temps de se défendre. Klle ne viendra pas rebâtir ces murailles qui se seront ouvertes d elles-mêmes trop tôt; elle ne laissera pas son cœur, sa fortune et sa vie dans un lieu de plaisir où le seul bruit du canon et la seule privation des flûtes suffisent pour Caire brèche et laisser passer l'ennemi.

Par le fait, depuis 89, il y a toujours eu un roi de Franc*, et il n'y en a eu qu'un seul : c'est Paris. La France lui a été dévouée et obéissante, ne lui a refusé ni tributs, ni sang, ni sacrifices, ni caprices. Mais le moment est venu pour Paris de payer de sa personne. S'il veut conserver son empire, qu'il se gouverne en sage, qu'il oltéisse en noldat, qu'il combatte et qu'il vainque ou succombe en roi !

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vons dire, comme Israël puni : Seigneur, tous mis avez soumis au joug des hommes néfastes, Impomkk hommes super capita nostra, et comme le paralytique de la piscine : Nous ne guérirons pas, parce que nous n'avons pas d'homme pour nous jeter dans li source de salut, Hominem non habeo.

Cependant la piscine est ouverte, et l'ange de Dieu agite les eaux. Ne viendra-t-il point d'homme? Un homme pourrait encore nous sauver; il suffirait pentétre de le demander à Dieu et de faire un effort. Tout est compromis, mais rien n'est perdu.

La force de Paris demeure ce qu'elle était hier. Le rempart n'est point entamé, les vivres et les provisions de guerre ne sont point épuisées. Un acte 4e foi en Dieu et aux destinées chrétiennes de la pairie, un généreux abandon de tous les dissentiments poli* tiques, ou tout au moins un armistice sincère entre toutes les opinions qui se peuvent débattre plus tard, la concentration de toutes les forces dans ane main uniquement chargée de résister et d'écarter tout ce qui n'est pas la résistance à l'ennemi extérieur, cela suffirait pour faire face à des périls encore plot grands, douner à la France le temps de se relever. En tout cas, nous succomberions avec honneur, notre dernière bouchée de pain mangée et notre dernière cartouche brûlée.

Paris ne peut traiter, ne peut capituler tant lui reste un moyen quelconque de tenir. On a crié contre la hâte de Nancy et tant exécré la trahison de Sedan! Paris ne peut s'ouvrir comme Nancy è on ennemi qui cherche encore la porte, ni imiter Napo-

léon à Sedan, livrant ce qui reste de la France. Ou que l'ennemi se retire emportant des trophées parmi lesquels ne sera pas tout notre honneur, ou qu'il entre à la pointe de l'épée, comme dans cette pauvre petite ville héroïque de Chàteaudun, nous apportant lui-même l'honneur avec la mort !

U ne faut pas que Paris s'y trompe. Si parmi ceux qui lui parleraient de capituler, quelques-uns le tentent en le flattant de sauver sa fortune et de revoir sa splendeur, la capitulation n'aura point ce résultat. Au contraire, elle détruira la fortune et éteindra la splendeur plus vite et plus irrémédiablement que ne ferait l'entrée violente de l'ennemi. La France reprochera à Paris bien des choses! Elle lui reprochera «ravoir été plus prompt à lui donner des révolutions que constant à lui procurer le temps de se défendre. Elle ne viendra pas rebâtir ces murailles qui se seront ouvertes d'elles-mêmes trop tôt; elle ne laissera pas son cœur, sa fortune et sa vie dans un lieu de plaisir où le seul bruit du canon et la seule privation des flûtes suffisent pour faire brèche et laisser passer l'ennemi.

Par le fait, depuis 89, il y a toujours eu un roi de Fraie*., et il n'y en a ou qu'un seul : c'est Paris. La France lui a été dévouée et obéissante, ne lui a refusé ni tributs, ni sang, ni sacrifices, ni caprices. Mais le moment est venu pour Paris de payer de sa personne. S'il veut conserver son empire, qu'il se ffouverne en sage, qu'il obéisse en soldat, qu'il combatte et qu'il vainque ou succombe en roi !

A MONSIEUR LE GÉNÉRAL TROCHU, GOUVERNEUR DE PAUW, PRÉSIDENT DU GOUVERNEMENT DE LA DÉFENSE NAT1 NALE.

Général,

Demain, j'irai voter pour vous conserver à la tète du gouvernement et conserver le gouvernement aver vous. Je dirai on.

Mais je l'avoue, général, et ma conscience* puisqu'on l'interroge, a besoin de s'en décharger à hante voix : en votant le maintien du gouvernement, et faisant mon possible pour que la majorité soit éclatante, je n'agirai pas par amour pour vos collègues, ni même, quoique je vous honore, avec une entier» confiance en vous. Passez-moi l'expression et pardonnez-moi la pensée : Vous n'êtes point mm homme.

On vous reproche d'être « clérical. » C'est biea injuste envers vous. Si je pouvais me prendre pour quelque chose, j'ajouterais que ceux qui vous sent d'être clérical comme moi sont également i justes envers moi.

Encore que vous soyez le plus honnête homme dm monde, et bon et ferme chrétien pour vous-même» prêt, je n'en doute pas, à mourir plutôt que d'abja-

rer la foi du Christ, vous n'avez point, selon moi, la qualité et la quotité de foi sociale que nous devons tous à l'Évangile. Vous en avez ce que tolère le monde, vous n'en avez pas ce qu'il faut à la société. Si je me trompe, tant mieux pour vous et pour nous. Mais je dis comme je pense, et je pense comme je vois.

Je no vois rien du tout dans vos actes publics qui me déclare que l'Évangile soit pour vous la loi du salut politique autant que celle du salut particulier. Vous croyez qu'il est permis et même urgent de n'être chrétien que dans la vie privée. C'est l'essence du poison révolutionnaire; c'est par là que la révolution trompe les intelligences et dissout les consciences à qui ses autres maximes et pratiques font horreur. C'est ce poison surtout qui tue la société. II paralyse les cœurs et les bras qui pourraient la sauver, f 1 Mo aux hommes de bien le sens vigoureux du juste et de l'injuste, il affaiblit en eux la majesté généreuse de la foi, il leur interdit la grandeur, il les ravale aux incertitudes, aux compromis, à toutes les fausses habiletés de la pauvre raison humaine, si mesquine et si profondément déraisonnable lorsqu'elle éteint le flambeau que Dieu lui a donné.

Vous avez bu ce poison. Vous vous êtes allié à des hommes qui ne pouvaient voir le flambeau et de qui vous ne pouviez accepter le bandeau. Ils ont avec une lâche emphase abandonné le Pape. Vous avez sans doute craint alors de voir crouler la France, et cependant vous êtes resté avec eux, sans leur imposer au moins le silence que justifiait peut-

être notre propre malheur. Us ont voulu persécuter l'Église, ou ils Tout souffert; vous l'avez souffert aussi. Us ont laissé les hommes que vous savez insulter le crucifix dans les écoles ; ils ont laissé ces mêmes hommes arracher des déclarations d'apostasie à de misérables instituteurs et à de malheureuses institutrices, auxquels ils voulaient réserver l'éducation des enfants du peuple : vous avez sans doute entendu dans votre conscience €[ae Dieu voua redemanderait ces âmes, et il vous les redemandera; mais la politique est intervenue encore, et vous avei encore cédé.

Ils ont renouvelé cette stupide et insolente farce, dernier legs de l'empiro avant Sedan ; accentuant le blasphème, ils ont traîné leur Voltaire dans un lieu plus digne de lui. Vous êtes resté, et vous figura bon gré mal gré dans l'apothéose, entre le seigneur Chevreau et les citoyens Arago et Fonvielle. Vous êtes là, général ; l'histoire vous verra là ! Et voua êtes aussi dans le brevet de Garibaldi, devenant général français quand Pie IX est prisonnier do roi de Piémont. Et vous êtes encore sur leurs autres papiers. Vous êtes, non, je l'espère, devant Dieu, mais devant la postérité, du nombre de ces hommes qui, sur le calvaire du Vicaire de Jésus, ayant la garde de la France agonisante, permettent que la France soit clouée à la croix du mauvais larron.

Tout cela n'est pas * clérical. *

Jusqu'à présent, je no me suis pas senti protégé par vous, comme je devais l'être, dans mes droits et dans mon honneur de chrétien et de citoyen. J'ai

PAJUS fSSOASET U SIÈGE. 283

senti sur ma tète et sur mon cœur les pieds sales de la canaille, et j'ai désespéré de l'honneur des derniers jours de la patrie .

Avant-hier, quand vous disiez à cette honteuse foule que vous aviez rendu Paris imprenable, je n'ai pas trouvé que vous disiez vrai, parce que vous n'aviez pas rempli le devoir de vous rendre imprenable vous-même.

Néanmoins, général, je voterai pour vous, parce que vos paroles d'aujourd'hui sont meilleures et montrent enfin une résolution trop longtemps et trop vainement attendue. Dans ces paroles, je ne vois pas le chrétien, ni surtout le « clérical » qui ne voudrait ni ne saurait à aucun prix abandonner la cause <le l'Église; mais j'y sens au moins le général et l'homme de cœur qui ne vent pas abandonner la patrie.

Gardez donc le pouvoir, ou plutôt recevez-le, et désormais commandez hardiment. Soyez l'homme de la France, sauvez son honneur. Tenez bon jusqu'à la dernière bouchée de pain, jusqu'à la dernière cartouche» jusqu'à la dernière goutte de sang. On ne vous demande plus la victoire, Dieu la donnera, s'il lui plait ; on vous demande l'honneur. L'honneur du dévouement et du sacrifice est toujours dans la main qui veuf le sauver, et si l'ennemi nous creuse une fosse, l'honneur saura bien en faire un berceau.

28i I'AKIS PLNDANT LE SIÉGK.

3 novembre.

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