LK PRINCE ETIENNE
« — Au fait, me demandait hier un Parisien qu'est-ce que c'est que M. Etienne Arago , maire ée Paris? 11 remplit depuis deux mois toutes les conversations et s'étale sur tous les murs ; il fabrique de» législateurs et des lois ; il préside cette comnrav secrète qui voulait l'autre jour défaire le gouverne* ment et en faire un autre; il est du gouvernement qu'il voulait défaire , il allait être du gouvernement qu'il allait faire, il reste du gouvernement qu'il ■'•
pas défait. Homme de Trochu, homme de Blanqui, maire de Paris , père de l'État , patron d'un tas de gaillards tout disposés à piller Paris et à faire sauter Trochu et l'Etat , M. Etienne Arago semble être le personnage important de la France.... et tout le monde se souvient de n'avoir jamais entendu parler de lui.
« Chacun ayant quelque ouï-dire d'un Arago fameux, chacun .le prend d'abord pour le savant, ou pour le voyageur, ou pour l'orateur ; mais chacun découvre tout à coup que cet Arago-ei n'est point cet Arago-là. Qu'est-ce qu' Arago maire, actuellement le grand Arago, cet Arago qui fait jaillir du budget de la Ville une cascade de huit millions au profit des maîtres et maltresses d'école qui voudront renier Jésus-Christ?Quelles sont les œuvres intellectuelles, administratives et sociales de ce rare Arago ? Quelles actions grandioses lui ont fait confier le gouvernail d'.* la grande galère, où il a placé tant de rameurs inconnus comme lui, trop connus comme lui?
Sur la galère capitane
Ils ètvmt quatre-vingts rameurs.
« < >n en expulse une quantité, et ce qui reste est rompt*'» parmi les calamités publiques. Je demande pourquoi f Arago n'est pas expulsé et pourquoi Trorhti, qui fait pincer Blanqui, nous laisse à l'homme d<» Blanqui? »
Ainsi me questionna ce Parisien, et je me souvins, rottimt» tout le monde, de n'avoir jamais su rien de M. A 1.11:41, sinon qu'il est auteur de nombre de vaude
villes cyniques. Je dis à mon questionneur : consultons Vapereau : c'est le greffier des mérites inconnus, et il rapporte au moins tout sur ceux de qui personne ne sait rien.
En effet, VapereaudonneàM. Aragodeux colonnes. C'est la grande longueur. Lui-même ne s'en est pas accordé davantage, et le cardinal Antonelli n'en i pas autant.
Donc « Ârago (Etienne), homme politique et littérateur français, » né en 1803, commença, dès sa tendre jeunesse, à ne rien faire que Ton puisse estimer. On le voit auteur, avec Balzac, d'un roman qui ne trouve point de lecteurs, et avec un autre d'un vaudeville qu'avale immédiatement F oubli. Déjà il est carbonaro, à dessein de réformer la misérable espèce humaine. Vapereau atteste qu'il « se jeta sans réserve dans toutes les luttes , » ne prenant que le soin de ne pas s'y faire blesser. Ardent, téméraire, souvent vaincu, jamais pris. Co»ur ferme, pieds légers ! c Entré dans la ebarbonnerie, il ne cessa d'en défendre les principes ; la léijèreté athénienne de son caractère (A Vapereau) n'ôta rien à l'opiniâtreté de ses convictions. »
Ne cessant pas de « défendre les principes de la ebarbonnerie, » il ne cessait pas non plus de Caire des vaudevilles. Vapereau en avoue « une centaine, • tous « en collaboration. » Il cite les plus illustres: Cest demain le treize, ou le Sentiment et fAtmanackt — le Cabaret de Lustucru, — les Chemins de /er9 \ deville composé à la mécanique avec des couplets fmk à la vapeur, etc., etc., jusqu'au numéro cent. Les titres sont déjà ineptes.
Selon Vapereau, « la plupart de ces pièces ont eu la faveur du public » et « plus d'une a été traduite, imitée ou contrefaite en italien! » Certainement Vapereau est honnête; mais je ne me fie pas, moi, aux notes que lui a remises le seul vivant qui connaisse les œuvres complètes d'Etienne Arago,. « littérateur français. »
Je trouve ailleurs un échantillon du talent poétique de monsieur le Maire. En 1848, il était directeur des Postes, et il avait le cœur gai. Dînant avec de vieux camarades, il leur fit prendre maints gobelets de son liippocrène. Voici le premier :
Air du Charlatanisme.
Amis, quel triomphe immortel !
De notre France grande et fiére,
La lilterté, tille du ciel,
Helève la noble bannière.
Conduit par le peuple vainqueur,
Aux poste* secouant mes guêtres,
Je fus acclamé directeur,
Et grâce à ce poste flatteur,
Je suis deux fois... homme de lettres.
(\d ne rime pas, mais M. Arago n'avait alors guère plus de quarante-cinq ans... et puis il est tant Athénien !
Passons à la vie politique.
En 1830, M. Arago était directeur du Vaudeville, théâtre où, « malgré l'habileté de sou administration, dit Vapereau, il ne s'enrichit pas ; » ce qui porte à croire qu'il représentait ses propres pièces , malgré 1 habileté de son administration. Il ouvrit alors
M 18 PARIS l'ENDAST LE SIÈGE.
la série de ses sacrifices patriotiques. Parlez, Vapereau :
« Le 27 juillet ^1830) , il ferma les portes du Vaudeville, distribua sur les barricades toutes les arma qui étaient en réserve dans le garde-meuble de ma théâtre i paya de sa personne durant les trois jour» ne fut point blessé), et devint un des (mille) aides de camp de La Fayette. Lieutenant d'artillerie dans la garde nationale , il fut compromis dans les év*> nements de 1832 et de 1834. Il put se soustraire aux poursuites de la police et se cacha quelque temps... Pendant les journées de février ; 1848 , il parut en armes aux postes les plus * périlleux ... et dans l'après-midi du 2i, il s'était emparé, de son autorité prirév, de l'hdtel des Postes et installé à la place du directeur général... »
M. Arayo lui-même continue la véracité de Vapereau.
(ioiiiluit jiar It» |kmi|»]«» v.'iinqiufur, Aux j*t$tts
J«! [US .irrl.tlIU* «liri'Ht.Mlt'.
f/est plus poétique, mais Vapereau est plus naiL
Kcoutuiis-le encore. Il est parfois impayable et
impitoyable, ce Vapereau:
XI. Ara^o « préférait » Ledru-Kollin. Néanmoins, postillon du gouvernement avant d'écouter son ctiMir, le 2.'! septembre, il retarda de quelques heures tous les courriers, pour leur donner le temps d'emporter dans les provinces une pièce qui intéressait Cavaignac, chef du pouvoir exécutif. Cette mesura
parut tin acte d'obéissance un peu vif et lui fut reprochée. Il n'en resta que plus aisément directeur des postes, jusqu'au 10 décembre, mais, ce jour-là, il perdit sa place et retrouva sa vertu. Il devint un opposant farouche, signa la mise en accusation du pré* aident à l'occasion du siège de Rome, ne fut point réélu pour l'Assemblée législative, et se fâcha tout à fait. « Au 13 juin 1849, il se plaça en uniforme à la tête des gardes nationaux qui répondirent à l'appel de la Montagne.... La haute cour de Versailles le condamna par contumace à la peine de la déportation. i> Va-t'en voir s'ils viennent! Toujours plus fin que les tyrans, M. Arago s'était déjà déporté : «c II avait pu se réfugier à Bruxelles. » U entend le déport rment! Au premier péril, deux fois homme de lettres, il passe
Tout comme une lettre à la poste.
Autre beau vers de sa chanson « sur l'air du Charlatanisme ».
En 1851, à la nouvelle du coup d'État, « il essaya de rentrer, et s'avança jusqu'à Valenciennes. » Puis il rentra... en Belgique. On le retrouve tout de suite à Bruxelles, où il publie des articles si terriblement antinapoléoniens qu'il se fait chasser. Il va en Suisse, en Hollande, en Angleterre, à Turin, partout si redoutable qu'il ne peut trouver « nulle part aucune hospitalité. » C'est Vapereau qui parle. L'histoire ajoute sans transition que ce formidable fuyard reparut en France l'an de grâce 1839. 11 faut croire que le tyran, désespérant de vaincre l'Arago, le laissa
revenir pour avoir la paix. Et lui, que rien n'étonne, s'assit tranquillement tra le unghuie délia tiyra. Et tel est en substance le rapport du bon greffier Yap*» reau sur le dossier d'Arago (Etienne), « homme politique et littérateur français. »
— Bien, me dit le Parisien ; à présent je sais claire ment pourquoi Yapereau est préfet. Mais je contint» de ne savoir pas pourquoi M. Arago est maire ik Paris. Cette biographie me révèle un caporal de» classes dangereuses, un conspirateur subalterne* m vieil émeutier audacieux et prudent, de profession louche, de caractère plus que frivole. Dans les rii^ constances où nous sommes, un tel personnage «levrait-il occuper un poste si important?
Je trouvais bien là aussi quelque mystère; repan dant je voulus répondre.
— 11 y a, dis-jr, raison à tout. M. Etienne Arago fat longtemps vaudevilliste et corybante des jeux dt-oJletés. Mais la République est la mère des miracles. Elle a discerné la vraie vocation de M. Arago, et li lui a révélée. Au fond, il était né législateur auslèn», dans le goût de Lycurgue. Voyez comme ses discours nous portent aux vertus héroïques. La sobriété, li discipline et la danse à la Carpeaux, voilà ce gnnJ Lvcurgue, en qui Ton pourrait retrouver un vaudevilliste secret; et voilà le maire Etienne, en qui le» vendanges politiques de 1870 ont révélé un Lvcurpat méconnu. Se connaissant enfin lui-même, à l'âge oà Ton renvoie les vieux serviteurs, plein de contuac* en son génie, il est entré dans la mairie parisienar, de ce même cœur léger et de cette même ja»W
légère par lesquels il a toujours éloigné le péril. — Est-ce que cette explication vous satisfait? me dit le Parisien. — Point du tout, repris-je ; mais enfin il ne faut que chercher, et je tiens le joint. Sachez donc que le seigneur Etienne est maire de Paris
Kt (kir droit de conquête et par droit de naissance.
Car il est Arago.
Tout gouvernement doit faire quelque chose de tout Arago, et depuis la création des Aragos, aucun gouvernement n'y a manqué. Après avoir été, comme nous l'avons vu, bien des petites choses, celui-ci vaquait. Le 4 septembre est venu à point pour le fourrer quelque part. Le voilà grand maire, cette « bonne petite vieille, » ainsi que le nomment ses collaborateurs du vaudeville. Il est paternel et clément; il nous appelle ses a chers concitoyens, » mais enfin il a failli attendre, et parfois un peu de hauteur souveraine perce dans ses décrets.
On s'étonne des choses qu'il ose faire. La vérité est qu'il ne se gène pas. Il connaît son droit et sa force. Non-seulement il est charbonnier depuis cinquante ans et plus, ce qui lui assure du inonde, mais encore il ne peut ignorer qu'il n'est point le premier Arago venu. Il a l'honneur d'être oncle du membre Emmanuel, (ils du défunt membre François.
Louis-Napoléon a régné sur les Français parce qu'il était neveu de son oncle. Le prince Etienne règne sur Paris parce qu'il est oncle de son neveu. Admirables variétés des lois dynastiques dans leur admirable permanence !
On a toujours dit que le peuple français adorait ksang de ses maîtres, et il cultive beaucoup de souches, passant trop souvent de Tune à l'autre, parsKcades qui lui coûtent gros, et qui ne font pas toujouB honneur à son jugement.
Tellement que si Ton vous disait qu'un jour, finir d'autre sang napoléonien, un fils quelconque de nudame Rattazzi s'offrira pour prendre la couronne de France et sera acclamé, vous feriez bien de ne pas crier merveille. Espérons que ce fils Rattazzi épousera une fille Arago, et alors nous aurons une dynastie parfaite, qui pourra durer ses quinze ans. EDe durera même davantage, si Ton a l'esprit d'y mêler du Crémieux, du Gambetta et de 1 Orléans.
Pourvu que ce soit bâtard et anticatholique, t peuple français sera trop heureux.
— Il uni! dit mon Parisien, c'est humiliant, luit de même !
— J'en conviens (1).
'I; Cet article a reçu un lioiuii'iir qui m'aurait fait reculer * .)♦* i'a>ais prévu. Les Prussiens Tout reproduit dans leur tcur «le Versailles. Ils étaient trop heureux de voir à queJk« pècos Paris se trouvait livré. J'aurais craint de leur en ce témoignage. A présent, je ne crains pas de le rapfdcr. U vieil Arago est un des ty|ies révolutionnaires dont l'actioa ta la plus funeste et dont l'aspect m'a fait le plus souffrir. SB régne fut peutnMre 1«> plus amer dégoût de mon cœur et h plus âpre humiliation de mon esprit.
Il novembre.
l'abominable décadence.
Le gouvernement n'a point démenti les nouvelles qui font entrevoir une partie de la France dans le feu ignoble de la sédition, tandis que l'autre est sous le feu meurtrier de l'ennemi. Elles sont plutôt continuées par le médiocre résultat militaire qu'il annonce. Deux cent cinquante mille hommes en tout, et tout au plus, pour répondre à l'appel de nos désastres. Ce n'est point l'élan que promettait le prophète Rouget en ses indigentes rimes :
S'ils tombent, nos jeunes héros, La terre en produit de nouveaux.
11 fout Ouvrir les yeux et reconnaître que notre terre, puisque terre il y a, est frappée aussi dans la production du fruit héroïque. Un certain soleil et un certain arrosement ont manqué, et quelque affreuse béte a ravagé le champ. Nous nommerions bien la béte.
L ennemi triomphant, la sédition victorieuse tarissant la source du secours, et enfin la France, au lieu de se défendre, tournant contre <elle4néme ses mains si longtemps levées contre Dieu, voilà bien le
:t2i l'A ItlS I'ËMJAMT LE SIÉliE.
comble en fait de ruine et de honte! Les craintes U*> plus désespérées n'allaient pas si loin. Ouelque «ip. préhension que tissent concevoir les maximes et le* pratiques révolutionnaires, personne n'eût pensé «jiir « l'inexorable logique » avait fait tout cet etTroyaM*1 chemin, et que l'abîme était creusé à cette profondeur. Quoi ! nous en sommes à nous demander s'il existe encore une Frauce !
Nous ne parlerons pas comme il serait juste Jr eeux qui ont précipité l'effondrement. Les dédaigner est plus juste encore. Ils ont témérairement et criminellement brisé un iil qui ne pouvait longtemps tenir. Le poids était formé, la tumeur incurable. U catastrophe imminente. Malgré le crinie, ils demeurent plus impertinents que coupables. L'impertinence étant le caractère général de l'ère de 89, plo> marqué encore dans la multitude de notre personnel dirigeant en tous genres, ceux-ci ne sont pas plus coupables que les autres, et les autres ne le sont pas moins.
Hélas ! quel Français n'a pas été élevé à se croit* te docteur et le maître du monde? La sorcière lui est apparue dès l'école, sous les traits de ses pédagogues, et lui a dit : Tu seras roi ! Il Ta retrouvée dav la presse, à la tribune, dans les rues, dans les palais» dans les autres, ajoutant ce que Macbeth n'aurait pif voulu croire : Tu es Dieu! Et cet oracle a rempli soi cœur vide do Dieu. .Mais la sorcière de Macbeth se contentait d'exalter l'ambition de sa victime ; la sorcière de 89 a plus infernalement trahi la sienne : et lui soufflant l'ambition, elle lui a ôté le remords.
L'homme-dieu de 89 s'est trouvé capable de l'empire. Il aspire au suprême pouvoir comme à la chose légitime, et il cherche à s'en emparer sans plus de scrupule qu'un dieu qui exerce sa divinité.
Ainsi a fait Napoléon III. Ses anciens sujets, vingt ' ans dociles, lui imputent leur perte. Il ne les a perdus qu'on prenant leurs voies et leurs pensées. Il les a saturés d'orgueil envers Dieu et envers les hommes, de faste, de luxure, d'ignoble repos, de tranquille mépris du devoir. 11 leur a donné la raillerie, le vaudeville, le café-chantant, la danse obscène et la bourse tant qu'ils en ont voulu. Dans le courant de sa dernière année, il leur a donné les demoiselles Car peaux, les clubs et la statue de Voltaire. Par l'abandon de Rome, il a enfin renié Jésus-Christ, et il allait restaurer M. Renan. Peuvent-ils contester que .Napoléon III n'ait été l'empereur de toutes ces choses-là qui sont leurs choses? Il a régné pour eux, comme ils eussent régné eux-mêmes, seulement peut-être avec moins d'infâme sagesse et plus d'infâme appétit. 11 a régné de la sorte sans nul scrupule, en dieu qu'il croyait être. Et lequel d'entre eux, se croyant dieu lui-même, selon leur commune philosophie, avait de quoi lui persuader qu'il n'était pas dieu? Lequel d'entre eux en a fait l'entreprise autrement qu'en essayant de l'abattre, ou en conseillant de l'assassiner pour se mettre à sa place, du même droit divin ?
Certaines plantes ne vivent que d'un certain fumier. Pour que la plante napoléonienne ait pu atteindre la durée et la splendeur où elle est parvenue,
il a fallu que la couche de fumier fût épaisse ! Elle Ta été trop, et l'Empire a crevé de pléthore et d'en» cens. De tels hommes sont toujours l'expression dei temps qu'ils dominent. Lucain, boa poète, boa in» crédule et bon républicain, disait tranquillement dans Rome :
Destins. Néron gouverne et le monde est content.
M. Hugo, bon poëte, bon incrédule et bon républicain, disait à Louis-Philippe : Sire, la Providemcr a besoin de vous ! Il avait commencé de le dire i Bonaparte, il le dirait à Blanqui ou au vieil Arago, 4 s'il n'avait pas été battu l'autre jour par l'honnête Corbon, il dirait plus volontiers au peuple : Sire, la Providence a besoin de moi! 11 n'y u guère en àt portes pour le dire à Napoléon III, sauf M. Belmottet, et, je crois, Al. de Banville ; mais que de proie* seurs, d'artistes, de penseurs, de députés et de senteurs, sans compter les plébiscites!
Quant à ceux qui, fièrement campés devant le second Bonaparte, acceptant néanmoins ses amnisties. lui reiusaieut leur encens, c'est qu'ils le réservaient pour eux-mêmes, et ils ont fuit tout comme loi. D* ont pris l'Kmpire par une conspiration, commets. violant leur serment comme lui, avec moins d'exemt toutefois, sans être appelés de personne, dans • moment incomparablement plus périlleux. Bonaparte a pu croire «pie la situation de 1831 lui deauntlait d'intervenir ; eux, ils n'ont pu ignorer qnek situation «le 1870 leur conseillait de s'écarter. Sfc» l'oracle de la sorcière et les fascinations de l*i
tinence doivent être comptées à ces derniers blessés du mal contemporain, et leur vanité est flagellée si formidablement qu'ils paraissent assez punis. Leurs noms surnagent, ils ne pourront s'enfouir dans les fanges immortelles de ce déluge.
Ne leur refusons pas une certaine bonne foi. Ils ont cru à eux-mêmes, à leurs phrases, à leur Marseillaise «fui devait valoir une armée ; ils ont cru à leurs pères de 92 et à la résurrection de ces pères qui n'ont jamais existé. Us ont cru à leur c lion populaire » qui dissiperait l'ennemi d'un seul rugissement, et qui réunirait tous les peuples à son premier appel. Ils ont cru qu'il y avait encore des peuples là où il n'y a plus d'autel, et que l'autel n'était pas la pierre fondamentale de la patrie, et que la terre drainée produirait des héros aussi bien que la terre bénie Us ont admis toutes ces fadaises qu'ils ont coutume d'exploiter comme brochuriers et comme orateurs. Us ont cru que la voix de Gambetta, si applaudie des cafés du quartier latin , remuerait toutes les fibres de la France, sans demi-tasse et sans petit verre. Avec la puissance de pensée du vieil Arago, ils ont cru que des décors et des accessoires de théâtre produiraient l'effet de la nature ; que des poignards de carton dans les mains de quelques figurants passeraient pour des armes et pour des soldais, et qu'eux-mêmes, enfin, occupant certaines places, seraient pris pour des gouvernements, et que tout marcherait. Ils ont cru que la fraternité se graverait dans les cœurs, parce que de leur doigt menaçant ils en barbouillaient le nom sur les murs.
:t38 l'AKIS PENDANT LE SIÈGE.
11 faut qu' ils l'aient cru, puisqu'ils se sont offerts. Et véritablement, qui empêche de croire que t>émieux et Glais-Bizoiu, estimant être la France, aient fait tlarihaldi généralissime français? Ce rare liait d'insolence envers tous les catholiques du pays n'est qu'un trait d'ignorance et d'imbécillité. Ces dêui hommes de 89 pensent qu'il n'y a plus de catholiques ; Garibaldi, leur arrivant éclopé , avec trois soudards sans passeport, leur a semblé le dieu de U guerre, au même titre qu'ils sont eux-mêmes lts dieux de la politique et du bon sens.
Et là est aussi l'excuse de la France. Il faut enfii avouer que la froideur de la France a ses causes, sinon ses raisons. Dans la réalité, la France, depuis 89, a été expulsée de ses propres affaires, par cette impertinence et cette centralisation de 89, qui ont renfermé toute la France dans Paris. Le résultat le pbs clair de la centralisation a été de détruire l'union. Elle a fait l'unification aux dépens de l'unité. Nous en voyons les fruits. De quelle manière les provinces ont-elles participé à la vie politique? En envoyant à Paris des députés que lui désignaient tour à tour, tantôt le pouvoir établi à Paris par Paris, tautùt l'opinion H l'opposition de Paris. Les députés, eu échange, renvoyaient aux provinces «les impôts, des lois et des révolutions que Paris avait décrétés sans prendre aucunement conseil des provinces. Dans les hauteurs de l'administration politique, civile, militaire, rien u 'était local. Tout était envoyé de Paris, tout était rappelé par Paris; tout, y compris le gouvernemeM rt les opinions, était de la fabrique de Paris.
On s'est lasse. Il est survenu enfin, notamment à partir de 1830, trop d'Esquiros de tous les habits et île toutes les couleurs. Pour dire le mot, Paris a été trop impertinent, et indépendamment des autres causes, au fond desquelles se montre toujours la main insolente et frivole de la Révolution, la France abimée laisse tomber cette bastille de 89, où plus de vérités et de droits sont enchaînés que les sévérités de la justice et les fautes de l'absolutisme n'y retinrent jamais de coupables et d'innocents.
Voilà le grand péril auquel ne remédieront pas les fredaines révolutionnaires ni les expédients de la dictature, ni les ressources épuisées de la monarchie constitutionnelle et parlementaire. C'est la France qu'il faut restaurer et rétablir dans son droit sur la religion, la famille et la propriété. Hic opusl
\k novembre.