BONNE PROCLAMATION OU GÉNÉRAL TROCHU
Le gouverneur de Paris a fait publier ce matin la proclamation suivante :
A ux citttyens de Paris,
A la garde nationale,
A l'arm+e et à la garde nationale mMle.
f'eihl.int que s'accoiuplissaiont loin de nous les douloureuses
330 PARIS PianANT LE 61ÊGE.
destinées de notre pars, nous avons fait ensemble, à Pari*, ife efforts qui ont honoré nos malheurs aux yeux du moadt. L'Europe a été frappée du spectacle imprévu que nous lui avons offert, de l'étroite uuiou du riche et du pauvre «Lu» 1* dévouement et le sacrilice, de notre ferme volonté dans la résistance, et enfin des immenses travaux que cette volonté i créés.
L'ennemi, étonné d'avoir été retenu près de deux nmis es vant Paris, dont il ne jugeait pas la population capable <k cette virile attitude, atteint bien plus que nous ne le croynai nous-mêmes dans des intérêts considérables, cédait à rentniuement général. Il semblait renoncer à bon implacable mutation de désorganiser, au grand péril de l'Europe et de la civilisation, la nation française, qu'on ne saurait, sans la pbv criante injustice, rendre res|K>nsable do cette guerre et des maux qu'elle a produits. Il est aujourd'hui de notoriété qs* la Prusse avait accepté les conditions du gouvernement âe b défense pour l'armistice proposé par les puissances neutre*, quand la fatale journée du 'M octobre est venue compromette une situation qui était honorai»!*» et digne, en rendant a la politique prussienne ses espérances et ses exigences.
A présent «pie, depuis de longs jours, nos rapports arer le» départements sont interrompus, l'ennemi cherche a ■ff*'M'r no.« courages et à semer la division parmi nous |iar des avis exclusivement originaires des avant-postes prussiens et «te journaux allemands qui s'échangent sur plusieurs points «k nos lignes si étendues.
Vous saurez vous soustraire aux etrets de cette propagande dissolvante, qui seraient la ruine des chers intérêts dont avons la tutelle. Vos ni'iirs seront fermes, et vous resterez dans l'esprit qui a été depuis deux mois le caractère de la défense «le Paris.
Pendant que nos travaux fermaient la ville, nous ai conçu la pensée, dans l'incertitude ou nous étions de l'i que pourraient nous fournir les armées formées au dehors, dVa former une .m dedans. Je n'ai [tas a énumérer ici les élémesb constitutifs qui nous manquaient pour résoudre ce
problème, pi il s difficile peut-être que le premier. En quelques semaine*, nous avons réuni en groupes réguliers, habillé, éqtiifH», armé, exercé autant que nous l'avons pu et conduit plusieurs fois à l'ennemi les masses pleines de patriotisme, mais n infuses et inexpérimentées, dont nous disposions. Nous avons cherché, avec le concours désintéressé et dévoué du génie civil, de l'i m lus trie parisienne, des chemins de fer, à compléter par la fabrication de canons modernes, dont les premiers vont nous être livrés, l'artillerie de bataille, que le service spécial de l'artillerie de l'armée formait avec la plus louable activité. La garde nationale, de son coté, après avoir plus que quintuplé ses effectifs, et bien qu'absorbée par les travaux et par la garde du rempart, s'organisait, s'exerçait tous les jours et pir tous les temps sur nos places publiques, montrant un /•"•le incomparable, auquel elle devra d'être prochainement en uicHurc d'entrer en ligne avec ses bataillons de guerre.
Je m 'arrête, ne pouvant tout dire; mais je doute qu'eu au- • un temps et dans l'histoire d'aucun peuple envahi, après la destruction de ses années, .turune grande cité investie et privée de communications avec le reste du territoire ait opposé, i un désastre en apparence irréparable, de plus vigoureux etfnrK <!»• résistance morale et matérielle. L'honneur ne m'eu appartient pas, et je n'en ai en umé ré la succession que pour éclairer ceux qui, avec une entière bonne foi, j'en suis sûr, croient qu'après la préparation de la défense, l'offensive à fond était possible avec des masses dont l'organisation et l'armement étaient insuffisants.
Noos n'avons pas fait ce que nous avons voulu, nous avons fait < e que nous avons pu, dans une suite d'improvisations dont les objets avaient des proportions énormes, au milieu des impressions le* plus douloureuses qui puissent affliger le patrintiMiH- d'une grande nation. Eh bien, l'avenir exige encore de nous un plus grand etr«>rt, car le temps nous presse. Mais le temps presse aussi l'ennemi; et ses intérêts, et le sentiment public de l'Allemagne, et la conscience publique européenne le pressent encore plus. Il ne serait pas digne de la France, et le monde ne comprendrait pas qiic la population et l'armée de
Parus ai»rè* s'être si énergiguenient pré|»arces à tous les Mcntices, ne sussent pas aller plus loin, c'est-à-dire souffrir rf combattre jusqu'à ce qu'elles ne puissent plus ni souffrir m combattre. Ainsi serrons nos ran^s autour de la RépuHiqiKri élevons nos eu*urs.
Je vous ai dit la vérité telle que je la vois. J'ai voulu montrer que notre devoir était fie regarder en face nos difficulté* «*tinr périls, de les aliorder sans trouble, de nous crampunner i toutes les formes de la résistance et de la lutte. Si nous uiuttphons, nous aurons bien mérité de la patrie en donnant u grand exemple. Si nous succombons, nous aurons légué 4 b Prusse, qui aura remplacé le premier Empire dans les fefe» sanglants de la conquête et de la violence, avec une <runt impossible à réaliser, un héritage de malédictions et de haia» sous lequel elle succombera à son tour.
Le gouverneur de Paris.
(lénéral Trut.bi;.
Paris, le 14 novembre 1870.
Vive Thocht ! Nous le disons pour la premièit fois et nous le disons do tout cœur. C'est la première fois aussi que le gouvernement de la défense oatio* nale nous adresse les paroles qu'il faut et nous donne confiance en lui. Cette proclamation est enfin virile et enfin politique. Elle montre un dessein, une suite, une résolution ; elle montre des forces véritables, le» forces du co;ur, qui passeront au bras. L'homme qu a riionneur de défendre Paris, et beaucoup plus qac Paris, répond comme il convient aux indignes suggestions qui commençaient à remplir la ville et qtt montraient beaucoup trop d'amour pour la paijt d pour la marée, (le mouvement pouvait déterminerai irrémédiable torrent de faiblesse; le voilà barré. Nous sommes convaincu que le génie militaire, quoi
l'A RIS PENDANT LE SIÈGE. 333
qu'il ait su accomplir, n'a pas opposé de bastion plus périlleux à l'ennemi.
A Dieu ne plaise que nous contredisions un mot, que nous élevions un doute au sujet des efforts que le gouvernement a multipliés pour la défense matérielle! 11 le sait mieux que nous et que tous ceux qui en peuvent parler en dehors de lui ; il en connaît mieux les difficultés, qui sont d'ailleurs assez visibles. Certainement, il n'a pu faire tout ce qu'il aurait voulu ; certainement, il a fait ce qu'il a pu, et ce qu'il a pu est coDsidérable et immense. Mais par la faiblesse morale, tout manquait. Cette vaillante parole achève et couronne ses ouvrages.
11 parle noblement de l'abjecte journée du 31 octobre , et ce qu'il avoue qu'elle nous a coûté nous est un gage qu'il saura prévenir tout retour d'une si dangereuse ignominie. Il prendra soin que ces hommes-là n'osent pas tenter de recommencer. 11 s'absoudra d'avoir usurpé le pouvoir en ne souffrant pas qu'il nous soit escroqué , et en se réservant riiouneur de le déposer lui-même en temps opportun.
Nous croyons également que la proclamation nous présente des vues très-justes sur la situation de l'ennemi lui-même. Le temps qu'il est obligé de passer devant Paris, dut-il lui apporter la victoire, ne la lui livrera qu'à un prix fort onéreux à sa propre sécurité. Nous n'aurons rien perdu d'irréparable s'il n'en peut saisir son butin qu'au moment où il sera trop faible pour l'emporter, s'il est contraint de dévorer 5ur place son présent et son avenir, et de détruire
lui-même, en suant du sang devant les mon &t Sparte, tout ce qu'il comptait trouver de richesses et de délices dans Capoue. Sparte se relève, et ce a est pas un grand malheur que Capoue maigrisse oi même expire, mais d'une belle mort.
Après tout, le Paris de l'empereur Napoléon Ht* de son baron Haussmann a suffisamment vécu. 0» par sa chute il s'honore et sauve Ta venir de la France, c'est plus qu'il ne méritait. Quand les chacals et k> chiens maigres et les boucs qui ont hurlé et dansé sar les débris de Babylone, en attendant l«*s scorpto* et les sables, quand ils viendraient habiter entre Voltaire et les demoiselles Carpeaux, il vaut mieux qai en soit ainsi, et que Paris souffre et combatte ■ jusqu'à ce qu'il ne puisse plus souffrir ui combattre. • Il y aura une France, elle \ivra, elle sera immortelle ! Klle aura la vengeance qu'elle doit souhaiter, car m vengeance sera de brandir l'épée catholique tf d'abattre la tête principale de l'hydre césarienne, qoi est l'hérésie.
Nous savons très-bien que ce n'est pas ce qn elle prévoit et se propose aujourd'hui. Mais ce quelle prévoit et se propose aujourd'hui importe très-peaf comme ce qu'elle prévoyait et se proposait il yatni» mois. Il s'agit de ce que Dieu dispose. Or, ce qv Dieu dispose, c'est un duel à mort entre la Fiaatf catholique et le césar allemand, pontife de l'héiéne-
II y a deux ans , ce pontife à cheval présidait àm Worms à l'érection de la statue de Luther, Dieu tek avec quelle joie et quelle attente du monde catholique' et du monde antirhrétieu ! Quelle
veille que cet Attila, prédit et souhaité par Voltaire, se vienne briser devant la ville de Geneviève, que ces ineptes croyaient avoir donnée à Voltaire !
Qu'Attila, au pire, entre dans Paris broyé : derrière Paris se lève la France ! JD n'aura que Paris en ruines et les dépouilles du vieil Arago , qui devra, s'il adu cœur, mourir comme il la promis, sur le seuil de l'Hôtel de Ville. Le tombeau vide de la paysanne Geneviève sera cependant victorieux. De cette arche qui n'aura plus rien à garder, une vertu s'envolera et remplira le cœur de tous les paysans de France. Alors le coutre de la charrue labourera tous les chemins de la retraite et deviendra une arme plus redoutable que l'artillerie. Jusque dans le sommeil des enfants et des vierges, il s'élèvera une voix qui criera de tuer l'ennemi de la liberté et des âmes. Tuez-les, reservez leurs enfants pour la mort de Vépée,Juvenes morietitur in ylailio! Le temps de cette mauvaise racine est passé, qu'elle soit coupée et qu'elle sorte du monde ! Ainsi s'est allumée et s'achèvera cette guerre qui est un double châtiment, châtiment d'une douille fraude et d'un double orgueil ; et la France la terminera avec (aide de Dieu, pour la patrie 1
Mais puisqu'il y a ici deux patries en cause, quelle est celle que Dieu voudra aider, sinon celle qui voudra professer et défendre hardiment sur la terre la vérité de Dieu ! Nous sommes plein d'espoir au-delà de tous les désastres possibles, parce que nous croyons que c'est la France qui demeure malgré tout , et qui malgré tout voudra être la patrie de la vérité de Dieu, e'e>t-à-dire la patrie «le Dieu. La France a eu Voltaire,
et elle est précisément aux mains de sa bande. c«4 vrai; mais elle a eu Geneviève, mais Tépée do Cl ai* est restée dans ses trésors, mais elle a Marie et l'Eucharistie, et ses drapeaux portant la Présence Rwl» dans leurs plis furent des tabernacles du Dieu vhant. Ces gloires et ces forces ne sont pas éteintes sut retour ; pour les ranimer nous avons des repentirs* «lu sang, avec T aide de Dieu, pour la pairie!
Hélas ! notre pauvre général ne Ta pas usé diivv lorsque c'est le moment de le crier si haut à la France et au monde. Il a craint de provoquer de stapuit? blasphèmes. Nouvel et plus triste exemple de l'abat** sèment où la politique réduit l'esprit de foi ; nouvel!? preuve de la nécessité de sortir enfin de cette bassesse et de cette misère. Eh! soldat de la France,»}» vous importe le rugissement d'un Bonvalet, et b grimace d'un Glais-Bizoin, d'un Grémieux ou de n'importe quels autres juifs? Ce ne sont pas ces gensqot Dieu verra sur le rempart, et que l'honneur franraû forcera de vous y accompagner. L'honneur français, même lorsqu'il se sépare de la foi française, veutbita vaincre avec Dieu. Parlez suivant votre cœur et seloa le cœur delà France, et invoquez Celui qui donne b force de bien combattre et la grâce de triompher même dans la mort et dans la défaite.
46 novembre.
LA RÉPI RLlOUE DE TOIT LE MONDE. CONVERSATION
AVEC M. PELLETA N.
M. lMlclan, député des fières et joyeuses banlieues île Paris, m'apparut avec une mine plus contente que la mienne lorsque j'eus l'honneur de le rencontrer le 5 septembre dans la rue Taranne, dès le matin. Il était membre du gouvernement d'une république qu'il venait de faire, je me trouvais citoyen de cette république-là. A son sourire, j'admirai que la sécurité fût pour lui, l'inquiétude pour moi. Grâce aux changements qui sont survenus depuis un siècle «huis l'assiette des choses morales et politiques, le mortel tranquille est celui qui prend la responsabilité des grandes affaires. Celui qui devra se laisser conduire jouit d'un sommeil moins calme ; il a davantage la certitude de payer et l'appréhension d'être pendu.
Je connaissais le fonds bienveillant de M.Pelletan. Car dans le moment du plus effroyable péril, on jette trente-cinq millions d'àmes en révolution, on sacrage les lois, l'administration, le trésor, on pille toutes» les ressources, on crève tous les remparts, ou lâche tous les torrents, ou met plus qu'en hasard la fortuite et la vie des citoyens, et le présent et l'ai. 22
venir de la patrie, mais Ton est d'ailleurs un bornu»aimable et gracieux, sans ombre de mauvaise!** rotttitutive. Tout cela n'est que pour prendre le plaiù de ne plus donner à la République le nom de Bonaparte, et de se voir un peu Bonaparte à son tour, ••: rien n'est mieux autorisé par la morale du temp*. Connaissant donc M. Pelletan, j'osai l'aborder. Comme je m'y attendais, je le trouvai l>on prinrv. Nous eûmes un bout d'entretien que je peux conte sans lui nuire.
Tout d'abord, il témoigna sa joie que la République se fut faite sans un coup de fusil. Je laissai passer cria. Je sais qu'en politique, tout coup de foi! qui ne se tire pas dans les rues de Paris ne comptr pas, et que toute mort par la faim et par la mùèr? n'est pas non plus comptée. Ainsi, voilà une révolution qui ne coûte pas un coup de fusil. C'est donné! M. IVlletan y voyait la preuve d'un accord priuripal qui en faciliterait d'autres. — Nous soniines, me ditil, en république depuis environ soixaute ans; seulement nous ne voulons pas en convenir. Le malentendu est édairci: grande commodité pour les arrangements futurs.
Jeu convins. La vérité est qm» nous somme» « république depuis longtemps. Je n'aurais pas ans** facilement avoué que non* y faisons de grands profit4 généraux et particuliers, ni que nos divers essais à* république nous ont mis dans l'état le plus florissant et honorable que nous puissions désirer, ni que non* temms entin la république qu'il i:oiis faut.
— Vingt ou trente républiques, dis-je, el mtot
trente-deux, me conviendraient mieux qu'une seule. J V espérerais plus de place et plus de garantie pour la liberté. La république du 4 septembre me parait devoir être, comme les autres, une grande sotte de fille unique qui aura tout à l'heure besoin d'un tuteur, et aussitôt après d'un mari. Vous vous représentez toujours la république comme un peuplier; elle doit être un buisson. Toute république unitaire nombreuse ne sera jamais qu'une manière imparfaite du cesarisme, et tendra invinciblement à sa perfection, qui est la dictature. Or, la vocation du dictateur est de se solidifier par l'hérédité. Il en est tant sollicité, cela parait si nécessaire, c'est si facile! L'empire est fait, et les tribuns sont sénateurs, jusqu'à ce qu'il pousse d'autres tribuns. Mais les douceurs du Sénat ne disparaissent point sans laisser de souvenir, et la matière première des tribuns s'épuise plus vite que celle des empereurs. Nous sommes un pays où Napoléon III a pu durer vingt ans et quelque chose, et il a fallu qu'il prit beaucoup de peine à se renverser lui-même. Dans les soixante années environ de république, on peut additionner soixante années d'interrègne assez marqué. Il semble bien que nous n'avons pas cessé d'être en monarchie ; seulement, nous ne voulons pas en convenir.
<> n'était pas une discussion à poser sur le trottoir; mon gouvernant ne dit rien. Je crus voir pourtant que l'éventualité d'un nouvel interrègne ne lui pnraistait pas impossible. Je serais surpris s'il croyait qui* les vertus républicaines abondent chez nous, ou qu'elles v vont naître sous l'influence des nouveaux
340 PA1US PENDANT LE SlÉoL.
billets de banque. Plus d'une fois il a traité Paris de Babylone. Il sait que Babylone n'était pas une république. Quand même sa forte imagination l'emporterait jusqu'à considérer les républicains comme une armée de nettoyeurs célestes, un savant tel que loi ne peut ignorer ce que disaient les auges après on fort balayage exécuté dans la cité de Xabuchodonosor : Curavimus Babylonem, et non est sanata! Comme qui dirait : Nous avons mis en tombereau 1* Bonaparte, mais il pleut de l'Arago !
J'exprimai aussi des alarmes touchant la liberté Je l'Eglise. On venait d'entendre à la tribune le bel esprit de moulin, le maître meunier Girapd, qui araif si grossièrement injurié le clergé, montrant l'intention assez claire de le moudre. Ce tiiruud refusait aux pré 1res daller à l'armée comme aumouiers, et voulait qu'ils v fussent envoyés comme soldats. Je M dis rien, par courtoisie, de ceux qui, au lieu dr prendre le fouet, suivant le devoir de, l</ur iuffiiigence, et de cingler l'une rouge, l'avaient, au contraire, imité dans le ruer et dans le braire. Mao interlocuteur, bêlas! en était. Il m'interrompit d'ua mouvement généreux :
— Nous pouvez-vous rroire si stupides, s'écriat-il, que nous voulions gêner qui que ee soit dais son droit et [dans sa liberté, et descendre a persécuter 1'Kglise? Non! religion, famille, propriété, c'est la République. Il faut oublier de vains discours Et quand même vous nous croiriez des persécuteurs, ne voyez-vous pas là Trocbu! Trochu nous a hier, au conseil, pour première parole : « Je suis
tholiquc, et je veux mourir dans ma peau de catholique. » Et certes aucun de nous n'y a vu sujet de l'écarter ou de le contredire. Nous allons d'abord essayer de faire la paix aux conditions les moins mauvaises possibles, et ensuite nous affermirons en toute liberté la bonne république de la liberté.
Voilà l'entretien. Nous nous quittâmes. Mon gouvernant sentait le besoin de prendre un bain parce que sa nuit avait été laborieuse; je sentais le besoin d'entendre la messe parce que je ne me sentais pas rassuré sur les suites de son travail de la nuit* J'étais extrêmement touché et consolé de sa bonjie volonté pour mes avantages de citoyen et pour mes droits de chrétien; mais cette bonne volonté m'eût laissé quelque petite espérance de plus s'il m'avait dit qu'il irait entendre la messe après son bain, afin de réfléchir devant Dieu à ses devoirs envers moi. Je compte que je ne l'étonné pas trop en lui disant qu'il a des devoirs envers moi. Il sait certainement que je suis une créature humaine, sans défense sérieuse contre lui, dont il a trouvé bon de se confier les intérêts, et qu'en conséquence, il devra compte à Dieu de ma fortune, de mon repos, de ma liberté, de ma vie, de quantité de choses à moi qu'il a prises en sa garde, sans requérir mon consentement. 11 sait aussi que je lui paie un gage pour s'acquitter de ces services, d'autant plus dus qu'ils n'ont pas été demandés.
tiheininant vers l'église, je ne laissai pas de faire des réflexions pénibles jusqu'à l'amertume, — comme il m arrive souvent, — sur ma condition de citoyen
français très-libre et très-affranchi. Pour parier sii cèrement, je trouvais depuis longtemps cette condition assez mortifiante. 11 me parât ce jour-là, 5 septembre 1870, qu'elle tendait à le devenir toujours davantage, qu'elle commençait à friser la dérision et même l'ignominie, et qu'il faudrait bientôt peut-être s'imposer le sacrifice de ne plus passer la frontière, par honte de montrer à l'étranger nu visage français. Je ne pensais pas encore aux coups du Prussien, je ae pensais qu'aux soufflets de la Révolution; l'auront m'en paraissait plus insupportable. Je me voyais fusant le personnage d'un peuple gouverné par Glais- Bizoiu et Cré mieux, et sans en prévoir toute l'horreur, je sentais venir le carnaval aragouin.
Quelle situation pour une âme un peu tière et qui n'avait jamais su encore se défendre de quelque orf^ueil national ! Je remontais à la source de ces flagellations, j'en suivais la longue chaîne, je n'y trouvais pas moins de ridicule que d'horreur, et je connaissais moi, peuple français, pour un des sandres les plus turlupinés et les plus fouaillés qui soient sur les théâtres de foire. Hier, sujet d'un empe* reur que j'avais choisi fort peu librement pour échapper à des maîtres qui s'annonçaient pires que tout; aujourd'hui, citoyen contre mon gré d'une république bâclée sans ma participation par des hommes élss d'eux-mêmes et qui m»* jurent (pie je les appelle ; demain, je ne sais quoi, par décret de je ne sais qui: voilà doue le total de mes immortelles conquêtes df 8Ï) et le fruit de ma souveraineté ! Je suis, dans la personne peu glorieuse «le, mon empereur, traître |
P.tKIS PESDkhT LK SIÉtiK. 343
Dieu, battu par la Prusse, moqué du reste de la terre, y compris l'Italie, le tout contre mon conseil et à mes frais; je suis, dans la personne de la République, exposé à ratifier et à compléter tout cela par des délibérations où je n'entrerai pas. A travers les formes les plus ingénieuses, mes conquêtes et ma souveraineté se réduisent toujours à être corvéable quand là corvée est imposée, contribuable quand la contribution est votée, électeur d'un député déjà nommé, constituant d'une constitution déjà faite. Je n'ignore pas qu'il eu fut toujours ainsi; mais autrefois c'était moins cher, moins fréquent, on ne me faisait pas l'amère plaisanterie de me coiffer d'une couronne, et cette couronne ne se fabriquait pas de l'argent de ma poche, sur mou dos, au feu de ma joue.
Ccpeudaut ce n'est rien encore; ce n'est que l'inconvénient de vivre. Si tout se terminait là, je m'en verrais quitte, comme beaucoup de mes semblables de tous les âges, pour avoir fait une mauvaise traversée. Mais il y a quelque chose que je digère moins, et, pour mieux dire, que je ne digère pas du tout.
Moi chrétien catholique de France, vieux en France comme les chênes et enraciné comme eux ; moi fils de la Micur qui arrose la vigne et le blé, tils de la race qui n'a cessé de donner des laboureurs, des soldats et des prêtres, sans rien demander que le travail, 1 Eucharistie et le sommeil à l'ombre de la croix > moi eniin, fidèle à toute la tradition et à tout le cœur de ma vieille patrie pleine de bonne fierté et de bonne gloire, voici mou intolérable affront qui me fait rougir, uou plus à la joue, mais dans l'àme : je suis ron-
stitué, déconstitué, reconstitué, gouverné, régi, taill* par des vagabonds d'esprit et de mœurs qui ne sont ni chrétiens ni catholiques, c'est-à-dire, par le fait. qui ne sont pas Français, n'ayant rien du culte «le la patrie. Ces gens-là sont venus des pays d'hérésie, d* juiverics errantes, de lieux pires encore, des cavernes et des terres maudites où le nom de Jésb- Christ n'est pas connu. Les uns n'ont pas reçu le baptême, les autres l'ont gratté de leur front.
Renégats ou étrangers, ils n'ont ni ma foi, ni du prière, ni mes souvenirs, ni mes attentes. Mon inv n'espère pas avec eux, leurs cœurs ne battent p* avec mon cœur : en quoi donc sont-ils nies voacitoyens? Ou ils ne sont pas Français, ou je ne le soi* plus. Or, ils me gouvernent, ils sont mes maître, il» ont le pied et la main sur ma vie, ils me font sentir l'insolence de leur domination jusque dans c*tV église, le sanctuaire de la patrie, où ils n'entrent jamais. Sur le seuil, ils insultent mon prêtre, ils viendront l'insulter jusqu'à l'autel, ils viendront Y cher de l'autel quand il leur plaira; et si je peux core prier ici ce matin, eu ce moment d'incomparable détresse et d'angoisse mortelle, c'est peut-être parer que, Paris n'ayant pas de moulin, le meunier Gim4 ne s'est pas trouvé député de Paris.
Quand je dis «pie je suis trompé, je m'abuse. Je M suis pas trompé, je suis conquis. Je suis sujet de l'hérétique, du juif, de l'athée et d'un composé de tonte* ces espèces qui n'est pas loin de ressembler i b hruti». Est-ce qui; cela durera toujours?
Telles étaient mes réflexions à la messe, pendant
que M. Pelletan prenait son bain. Il voyait certainement les choses d'un autre œil, et, laissant Dieu à part, puisque ce n'est pas le moment de philosopher, mais de s'occuper de choses sérieuses, il faisait mouvoir en esprit la plus aimable république du monde. En ce moment, le vieux « charbonnier » Arago composait le chœur de ses maires de Paris, et le vieux roi de Prusse marchait sur la banlieue de Paris, qu'il devait étrangement fourrager. Hélas! député Pelletan, depuis ce jour-là, que de choux plantés en Espagne !
11 n'y a guère que deux mois, et depuis deux mois ils ont trouvé le moyen de s'enfoncer si profond et si loin par dessus la tète dans la liquéfaction du pauvre pays de France ! Quelles écumes, sur quels désastres! Quelle mort et que de goujats, et quels goujats pour insulter et dépouiller la mort ! Quant aux catastrophes militaires, on pouvait sans doute tout craindre, sauf la manière totalement imprévue. Il y a le « 3ort des armes » qui n'assure « la fortune » à personne, même lorsqu'elle se prononce et lorsqu'elle est, comme dit êloquemment M. Favre, « fixée par le courage. » Mais qui pouvait prévoir les Arago, les Mottu, les Bonvalet à Paris, lesCrémieux, les Glais-Bizoin et les Esquiros en province, et tous ces tiercelets affolés lancés de tous cdtés contre l'aigle à deux becs et contre l'hydre à sept têtes?
Tout bon sens insulté , toute décence souffletée, toute justice révoltée! Un vieux bohème à la tète de Paris qu'il livre à un tas de rûcleurs de casseroles philosophiques et autres, et vingt gâte-sauco ou gâte-
raison sortant d'en ne sait quels trous pour abolir et confectionner des lois ! Je le demande à ceux qui oit permis cela : qu'ils l'aient compris et l'aient voula. ou qu'ils n'aient ni su le voir ni pu l'empêcher , qur peuvent-ils désormais attendre de notre confiance w espérer d'eux-mêmes et de leur œuvre? Je dis qor leur république ne tardera pas à voir un nouvel interrègne, si elle reste sous leur conduite, passé l'heurt où la France rentrera daûs Paris. Quoi qu'il advienne. par la première porte ouverte, le dictateur entrera d expulsera leur incapacité ; et l'antique araignée cet» rienne commencera de recomposer ses lilets ]>utriii<3 et puissants.
Pour mon compte, c'est ce que je ne voudrais pis. et je crois que Ton peut éviter ce malheur. Après ont si épouvantable série d'aventures mortelles, je m désespère point, et rien ne me semble perdu. Je dira plus : je vais jusqu'à estimer «pie nous avons peutêtre beaucoup fjaijiié, en ce sens que nous somme* beaucoup délivres «le nous-mêmes. Le châtiment e*l certain, l'expiation est rude, mais il y a la miséricorde. Le t:rand bienfait de la miséricorde , ce n'est pas le retour du bien, c'est la sai^e*se, c'est-à-dire le retour au bien! Or, pour annoncer ce qui me reste à dire, je crois à un retour de sagesse, je crois à la France et à la llépubli«|uc.
Prière aux compères du Combat , de la Patrie m ihimjrr , du Sii'tle et autres républicains de ne point encore nous adresser leurs félicitations : il ne s'agit nullement de leur plaire.
PARIS PRNDANT LE SlfcC. $47
t8 novembre.
Certainsdéiailsdelareddition de Meta ne se peuvent lire sans pleurer. On y voit, on y sent la tristesse accablée de l'armée et du peuple. Le représentant de la ville est maîtrisé par sa douleur, il n'achève pas ce qu'il a commencé de dire au nom de cette fière ville qui ne s'était jamais rendue ; sa voix s'éteint dans les sanglots. Larmes inconsolables jusqu'au jour où elles enfanteront la vengeance! Mais parce qu'elles tombent, ce jour viendra.
11 y a quelque chose pourtant de plus triste, parce que Tony peut reconnaître l'obstacle qui Retardera le retour à la vie. C'est la facilité et la fureur du soupçon qui s'allume contre Bazaine malheureux. On le proclame traître, tout simplement. Pourquoi truitre? 11 n'y a aucune preuve ni aucun indice. Tout repos*» sur l'allégation d'un correspondant de journal .malais. Les nombreux combats du maréchal Bazaine attestent qu'il s'est conduit comme l'exigeaient son devoir et sa gloire. Mais on trouve plus vraisemblable qu'il ait trahi. Et ne faut-il pas trahir pour n'être point vainqueur? Est-ce que la France ne lui ordonnait pas de vaincre? Est-ce que le gouvernement n'avait pas envoyé M. (lamhetta, eu ballon, à Tours. |H>ur (assister? Et si néanmoins M. Gambetta ne
PABIS PEUDAM LE SIÈGE. 349
Après le choix que vous avez fait de vos personnes incapables, méticuleuses sans prudence, téméraires sans énergie, vantardes sans fond et sans fierté, c'est la plus sotte et la plus périlleuse des trahisons que ce cri perpétuel de trahison. Laissez ce refrain imbécile au vieux Blanqui, lequel l'exploite aussi contre vous. Vous vtcs gouvernement pour découvrir la trahison si elle est quelque part, pour déjouer ses ruses et empêcher ses forfaits. Mais tâchez seulement de ne plus vous trahir vous-mêmes et avec vous la déplorable sor'tété qui s'est laissée tomber dans vos mains; ne soutirez pas qu'elle soit fusillée par derrière , é^or^ee dans d'immondes traquenards ; ne la découragez pas et ne la dégoûtez pas par vos impérities tyrauniques , et vous aurez beaucoup fait contre la trahison. Quoi ! il faut que vos généraux soient toujours heureux, ou vous crierez qu'ils sont traîtres, et vous les mettrez hors l'honneur et hors la loi ? Prouvez «l'abord que vous leur avez donné des soldats, «1rs armes et des vivres, et ensuite vous aurez quelque raison , au moins pour vous , de leur demander des victoires. Autrement, vous arriverez à les chasser tous , et c'est le général Thomas et le général Floureus que vous chargerez de « fixer la fortune. i>
Voila bien nos avocats et nos gens de lettres, illustres fils de leurs illustres pères de 92, qui guillotinaient les généraux pour cause de trahison, et qui *e guillotinaient entre eux, s'accusant réciproquement de trahir! Quand il vint un général qui voulut enfin vaincre et n être pas guillotiné , il les mit dehors, et
l'a point ravitaillé, ne devait-il pas attendre que M. Gambetta en prît le temps?
Les proclamations de M. Gambetta sont véritablement stupides et odieuses et ne s'excusent que par la considération du voyage en ballon! On a dit que les émotions du ballon avaient fortement lézardé ce crâne d'estaminet et de basoebe : il y parait dans ses proclamations! M. Gambetta écrit manifestement sans penser, et imprime sans se relire. Nous avons trois proclamations de Tours sur le fait de la capitulation de Metz : une seule offre quelque correction et quelque décence au moins littéraire; c'est la seule qu'aient bien voulu signer MM. Crémieux et Glais-Bizoin. Les deux autres, signées de Gambetta seul, sont purement Gambcttincs. Le ballon a perdu tout son lest et flotte à la folie du vent.
C'est là l'esprit du gouvernement nouveau comme de l'ancien, l'esprit qui a perdu Sedan et qui n'a qu'à persévérer encore un peu pour perdre le reste. Lorsque le moment de l'histoire sera venu, on verra que cette catastrophe, où il est tant parlé de trahison, n'a été en effet qu'une trahison depuis Wissemhourg et auparavant jusqu'à Metz, et peut-être, hélas! après. Trahison permanente, universelle, et toujours la même; trahison de l'infatuation, de l'ignorance ; trahison d'une immense enflure d'esprit et d'un incroyable aplatissement de co»ur. Vous n'êtes pas trahis, citoyens et frères î vous vous trahissez. Vous livrez tous les jours par tous les bouts à tous vos ennemis le secret de vos faiblesses et de votre désarroi, et vos ennemis vous pillent.
Après le choix que vous avez fait de vos personnes incapables, méticuleuses sans prudence, téméraires sans énergie, vantardes sans fond et sans fierté» c'est la plus sotte et la plus périlleuse des trahisons que ce cri perpétuel de trahison. Laissez ce refrain imbécile au vieux Blanqui, lequel l'exploite aussi contre vous. Vous êtes gouvernement pour découvrir la trahison si elle est quelque part, pour déjouer ses ruses et empêcher ses forfaits. Mais tâchez seulement de ne plus vous trahir vous-mêmes et avec vous la déplorable société qui s'est laissée tomber dans vos mains; ue souffrez pas qu'elle soit fusillée par derrière , égorgée dans d'immondes traquenards ; ne la découragez pas et ne la dégoûtez pas par vos impérities tyranniques , et vous aurez beaucoup fait contre la trahison. Quoi ! il faut que vos généraux soient toujours heureux, ou vous crierez qu'ils sont traîtres, et vous les mettrez hors l'honneur et hors la loi ? Prouvez d'abord que vous leur avez donné des soldats, des armes et des vivres, et ensuite vous aurez quelque raison , au moins pour vous , de leur demander des victoires. Autrement , vous arriverez à les chasser tous , et c'est le général Thomas et le général Flourens que vous chargerez de « fixer la fortune. »
Voilà bien nos avocats et nos gens do lettres, illustres lils de leurs illustres pères de 92, qui guillotinaient les généraux pour cause de trahison, et qui seguillotinaient entre eux, s'accusant réciproquement de trahir! Quand il vint un général qui voulut enfin vaincre et n'être pas guillotiné , il les mit dehors, et
le principal ennemi parut défait ;' on ne parla plu* de trahison. Eux-mèmesapplaudircnt . Ilss'emprefwèrenf autour du général et lui demandèrent tontes le* places imaginables, excepté les places de soldats; et ainsi se termina glorieusement l'immense effort de 92.
Pour conclure, Bazaine vaut bien qu'on l'écoulé avant de le déclarer traître ; et quoique la France soit en ce moment assez bas, elle vaut bien que M. Gambetta réfléchisse à ce qu'il se fait l'honneur de lui dire. Un ministre de la guerre, tout frais tiré des estaminets du pays latin et s'adressant au pays entier et au monde , a le devoir de réfléchir tout comme on autre lorsqu'il s'agit de déshonorer un maréchal de France. Il faut enfin oublier les usages du café Procope, où Ton dégorge une énormité comme on avale un petit verre et où l'on gagne avec une égale facilité les batailles et les parties de dominos. Et si ces façons continuent, nous demandons que l<> jeune Gambetta soit décrété d'accusation et inculpé de haute trahison : 1° pour s'être fourré sans titre dans le gouvernement de la défense nationale : 2* pour n'en être pas sorti lorsqu'il a eu le temps moral de connaître sa totale incapacité; 3° pour incontinence de proclamations et propagation de bruits injurieux et nouvelles alarmantes , particulièrement redoutables dans la situation actuelle du pays.
Et le vieux Senart qui en est aussi ! Pas un n'y manque de tout ce que la mort nous a voulu laisser. Tout 1848 ressuscite, reparaît, frétille. On a pris
4870 pour une révolution, c'est nue restauration. Seulement, 4848 nous avait donné un hospice, et 4870 nous rend un ossuaire. Ils se hâtent. Comprenant qu'ils n'auront guère que leurs cent jours, ils font leurs cent coups. 4870 : année macahre! De tous les charniers surgissent ces squelettes grotesr ques ; ils prennent quelque chose de la pauvre Franc** et k font valser par pièces autour de quelque trou. El c'est horrible et c'est drôle, et malgré soi l'on hugoMse en en parlant. Non, et cela est écrit : la France révolutionnaire ne sortira pas du bastringue même pour mourir. La défaite, la ruine, la vieillesse , la mort, tout aura son cachet d'abominable bouffonnerie, et la postérité devra sifQer l'enterrement.
Ce vieux Smart, dans la bousculade de 4848, apparut tantôt par la tète, tantôt par les jambes, tantôt au milieu, tantôt au bord du ruisseau. 11 fut un peu président, un peu autre chose. Pour autant qu'on le vit par la tête, c'était déjà un avocat décharné. 11 n'a pas laissé le souvenir dune idée, ni d'un acte, ni d'une parole. Il disparut ensuite dans les greffes. Les présidents savaient son nom : Maître Senart! Et les curieux qui avaient bonne mémoire disaient : Seraitce Senart?... — Lui-même. — Tiens, tiens! il plaide... car cela s'appelle plaider.
Et aujourd'hui, surchargé de vingt ans d'uvocasserie, le vieux Senart, inconnu du inonde, est ambassadeur de la république fraueaise à Florence; «t vers le temps que le Prussien entrait à Metz, le vieux Senart félicitait officiellement le roi Victor-Emmanuel d'avoir f délivré » Rome !
Vieux Senart, si vous trouvez bon que le roi Victor-Emmanuel délivre Rome, comment faites-vous pour trouver mauvais que le roi Guillaume délivre Strasbourg et Metz, l'Alsace et la Lorraine !
Ego quoque in interilu vestro ridebo; et moi aussi à votre enterrement je rirai! C'est une menace de Dieu contre les générations insolentes. Klles deviennent imbéciles, elles obéissent aux nécromants, elles se remplissent de revenants et de larves qu'elles prennent pour la vie et qui les mènent vers la fosse. Un rire strident traverse l'air, les fossoyeurs étaient prêts, la fosse est comblée.
0 miséricorde divine, rends-nous la lumière, et que la vie enfin vienne piétiner ces poussières et planter parmi ces aridités !
10 llOVtMllhlv.