M. BAROCHE
M. Barocbe, dont on vient d'apprendre la mort, mérite un dernier regard. Dans le caractère, dans le talent et dans l'œuvre, dans le succès, dans le déclin, dans l'ensemble terno et inutile de la destiuée, il a représenté cette chose de rapide poussée et de chute rapide et totale qu'on appelle le bourgeois révolutionnaire, sorte de légume géant. M. Thiers, M. Gui-
zot, M. Ledru-Rollin, bourgeois et révolutionnaires, n'offrent point ce type complet. Ils sont diversement sortis du cadre, on pourrait dire de la nature. M. Thiers est un artiste mobile et aventureux, qui a cru n'avoir que du bon sens et point de passion, parce qu'il s'est livré à la passion du bon sens; M. Guizot est un théoricien et un sectaire qui s'est Qatté de dominer en lui l'esprit de secte pour avoir tiré de sa secte toute sa théorie ; M. Ledru-Rollin est un garde national craintif qui s'est jeté dans l'émeute pour être en sûreté et que la peur retient dans Témeute où il ne se trouve pas en sûreté. Tout ceci n'est plus le bloc bourgeois et n'a pas plus la sincérité de la teinte révolutionnaire. En matière, dimension et poids, Baroche a été la chose même ; sa vie en résume l'histoire, et c'est pourquoi cette figure capitale de la société moderne est aussi Tune des figures principales do l'avortement et du rien. Je dis l'une des figures principales, car il y en a beaucoup. L'on ne peut nier que le siècle de 89 s'est entendu mieux qu'un autre à varier les procédés de l'avortement et les formes du rien.
Non que Baroche ne fût rien. Le bourgeois natif n'est pas rien ! Un jour, sous la tribune législative, devant mille témoins, M. Hugo connut qu'un homme remuait dans ce bourgeois, que cet homme avait un bras et un poing au bout du bras. C'était gros et dur, les finesses manquaient ; mais quelle grêle ! Plus martelé qu'un vers de Chapelain, le grand poète s'en alla panser d'incurables ecchymoses. Une seule autre fois, à cette même tribune, de la main de Montalem-
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bert, il fut aussi tragiquement conditionné. Ah! Phebus, qu'il était penaud! Cette correction rostrale, légitime d'ailleurs, lui fournit le sujet trop naturel d'un Châtiment; mais il ne put rendre que sur le papier ce qu'il avait reçu droit et roide sur la peau. A la rage du « châtiment, » on devine de quels bleus le fils de l'azur se sentait immortelleinent tatoué. D traite Baroche d'assassin. Véritablement ce fut une manière d'assassinat... à coups de battoir. Il me semble, comme à M. Hugo, que nous y sommes encore.
Barocbe trempait, tordait, battait, retrempait, retordait, reprenait le battoir sonore et impitoyable. Pas un coup à côté ; à chaque coup la victime changeait de forme. Imaginez je ne sais quoi de tordu, d'épandu, d'éperdu et de jaune : ('était Olympîo trempé, tripoté, roulé, battu, aminci sous le battoir. Et Baroche recommençait, mouillait, frottait, tordait, tapait. Ou croyait entend™ craquer le? os, o» frissonnait, ou avait une tentation de crier grâce, et quand il semblait que ce fût fini, il fallait se retenir pour ne point crier : Encore ! Mais Baroche ne finissait pas. Certes, ce ne fut point ce jour-là, iUa diesl qu'apparut au poète cette Olympienne des nies ei des bois, si amoureusement chantée :
du» fille qui, dans la Manie, Lavait «les torrhon» radieux !
Radieux, Baroche l'était sans doute. Par moment*, son baltoir avait des reflets de soleil et des flamboie* ments d'épée ; mais l'objet lavé ne jetait nul rayon.
Plus tard, la poésie vint, boitant pour avoir été trop éeharpée, d'autant plus altérée de vengeance. Comme la perle dans lhuitre se forme des sels cuisants de la mer, ainsi dans le cœur du poète le joyau du « châtiment » se forma des indicibles amertumes que le battoir de Baroche y avait enfoncées à jamais. Grand mystère ! étranges harmonies de la nature ! L'exquise beauté des vers de M. ILigo se trouve être une maladie du poëte, comme l'exquise saveur du foie gras et l'exquise blancheur de la perle sont des maladies de l'oie et de l'huître ! Et moi qui ai vu la scène immortelle du battoir et (fui en ai parlé, j'ai eu aussi, pauvret, mon « châtiment, » rien que pour avoir vu et avoir parlé ; et ce trait encore marque la profondeur où le foie de M. Hugo a été percé par cette horrifique main de Baroche.
Baroche donc était né avec la vaillance et la rude poigne du vieux bon sens bourgeois ; mais le primitif bon sens avait été faussé par l'éducation et la passion révolutionnaire, laquelle, dans la bourgeoisie, est surtout une passion d'ambition ou plutôt une foreur d'avancer. Car ils ont beaucoup rabaissé l'ambition, et ils savent gâter même les vices, sans doute pour marcher d'un pas plus sur à leurs chers avortements.
Il était avocat, c'est de règle , et assez marquant, sans grand luminaire. 11 déguisait, comme ils font tons, rondement et facilement, en dehors de toute grâce et de toute originalité. On dit que, dans les affaires sérieuses, sur le point de droit, il était capable de discuter et de gagner sa cause du consentement
et Ton peut croire que Baroche s'en apercevait. Assuré cjue sa révolution ne souffrirait pas dans les mains du Bonaparte, il faisait son deuil de la République.
Ce fut comme ministre, et déjà napoléonien, qu'il rencontra M. Hugo, lequel, n'ayant pas été ministre et ne comptant plus l'être, n'était plus napoléonien. 11 l'accommoda comme j'ai dit. En d'autres rencontres, le parti rouge tout entier sentit le poids de son éloquence ; le poids , c'est le vrai mot. En écoutant un discours de Baroche, je compris bien pour la première fois que le parti révolutionnaire conservateur ne se laisserait pas faire, et que la vigueur physique, à défaut d'idées, lui fournirait le moyen de rester debout encore un certain temps. Ce jour-là, j'ai vu la bourgeoisie irritée, menaçante, décidée à sauver sa place et sa bourse, dùt-elle jouer sa vie ; et je me suis dit en moi-même : L'Empire est fait.
L'Empire se lit, Baroche n'y nuisit pas, et il en eut sa part. 11 fut beaucoup sous l'Empire, et plus considérable peut-être au fond que Billault et Rouher. Et tout cela ne fut rien, parce que tout cela était révolutionnaire, comme l'Empire lui-même, et ne devait aboutir à rien qu'à reffond renient. Baroche avait bâti un château de cartes où il n'était qu'une carte, et où il ne gardait qu'une carte, qui était son empereur. Il ne sut rien faire, il ne pouvait rien faire, il ne voulait même rien faire pour changer son papier en pierre de taille ni même en carton. Le révolutionnaire a peur «le la solidité; le bourgeois révolutionnaire sent que la solidité nVst pas en lui et craint de la mettre
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eu d'autres. Il se bornait à veiller |x>ur teuir sa construction impériale à l'abri du vent. 11 y employait tout ce qu'il avait pu acquérir de connaissances politiques et d'expérience des hommes et des choses. Mais son expérience et ses connaissances étaient peu et servaient peu, et le vent venait de bien des côtés, et enfin le sol n'était pas ferme. Cela s'effondrait. 11 le sentait, il était triste, il n'essayait rien.
D'ailleurs, la main de la révolution tenait son intelligence et son cœur. Il fut longtemps ministre des cultes et ne vit jamais l'Eglise. Comme révolutionnaire, il n'était pas chrétien; comme conservateur, il était gallican.
Un révolutionnaire exalté, un perdu pourra s'élever jusqu'aux aspirations chrétiennes, et enfin jusqu'à la compréhension et jusqu'à l'amour du Christ. Je ne parle pas d'un Blauqui et de cette séquelle, ce sont des fauves; mais il y en a d une espèce plus intellectuelle et plus généreuse, et j'en connais. Vrais chrétiens à l'envers, dont plusieurs, je l'espère, seront retournés. Le bourgeois révolutionnaire n'a poiut cet envers-là. 11 ne descend pas à la frénésie blanquiste, ou s'en tire pour monter à l'indifférence, pas plus haut. S'il doit néanmoins s'occuper des affaires religieuses, alors il se fait gallican. Avec un sérieux de glace, ou avec un feu oratoire, selon l'occasion, ii assure qu'il est « de la religion de Bossuet. » C'était l'attitude et le discours de Baroche dans les assemblées. Pas du tout chrétien, bon gallican. 11 en a donné une dernière assurance et une dernière
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preuve dnrant la discussion législative qui eut lieu en 1868, à propos du Concile.
11 se louait beaucoup d'avoir fait ce discours 9 et il eut la naïveté d'en donner une réimpression adusum episcoporum. Dans ce même discours , il parlait des bienfaits de l'éducation purement laïque comme en eût pu parler son ancien adversaire M. Hugo; devançant les libéralités de M. Àrago, il pressait la Chambre de fournir à M. Duruy toutes les subventions qu'il fallait pour mettre 1* Université en état d'écraser la concurrence importune de l'Église. U envoyait tout cela aux évêques avec une assurance candide de ne rien dire qui ne leur parût très-bien. Il "se regardait comme leur protecteur et même un peu comme leur chef.
Je ne crois pas cependant que beaucoup l'aient encouragé dans cette erreur. Il ne pensait pas non pi os offenser les évoques qu'il avait proposés, lorsque, répondant à un interrupteur qui lui reprochait de choisir des évêques ultramontains , il s'écriait : Au contraire! Telle est la valeur du principal conseiller de l'Empire en matière de religion. Et il se doutait si peu de son incompétence, qu'il se fût laissé faire ambassadeur auprès du Concile œcuménique, si l'intrigue de ceux qui le portaient à ce poste dans l'espoir de le mener n'avait pas avorté.
Et puis la fatigue vint, les complicationssurgirent, il se mit à l'écart ou s'y laissa mettre, et sentit que c'était terminé. 11 avait été tout, il n'était plus rien qu'un ancien ministre. U commença de mourir, ou plutôt il était mort. Il n'avait rien fait nulle part, rien
laissé de lui. Longtemps ministre , longtemps président du conseil d'État, enrichi peut-être , mais noa pas établi. L'Empereur pouvait faire des ducs, et Baroche eût pu l'être ; mais l'Empereur ni l'Empire ne pouvaient pas faire un patricien, et Baroche ne le fut point et peut-être n'en eut point la belle ambition. Sa fortune même nuisit peut-être à sa famille plus qu'elle ne lui servit. Son fils aine, celui qui vient de mourir au Bourget pour ne pas revenir vaincu, avait été un garçon de grande espérance, bon, généreux, intelligent. La soudaine fortune de son père détourna sa laborieuse jeunesse et le jeta daus des escapades ou des aventures qui brisèrent sa vie. Fils d'un simple avocat, il annonçait un homme tout à fait remarquable ; fils d'un ministre puissant, il fléchit, du moins on le voulut croire, et son nom, le livrant i l'acharnement des haines politiques , lui devint un fléau. Ce nom ne lui permettait pas de porter le poids d'une défaite, même la plus honorable. Il voulut mourir.
Baroche n'eut pas la douleur de connaître la mort de ce fils tendrement aimé et qui lui avait donné des preuves de son amour. Le père et le fils moururent à peu de jours de distance, ignorant réciproquement ce qu'ils étaient devenus ; mais tous deux virent crouler l'Empire, et Baroche connut pleinement la vanité de tout son travail. 11 vit l'Empereur emporté, l'Empire par terre, la France couchée sanglante, ruinée et humiliée dans cette fange de révolution qu'elle peut bien amonceler quelquefois jusqu'à lui donner une figure d'ordre, mais qu'elle ne solidifiera jamais.
Et enfin il est allé mourir fugitif à Jersey , pendant que M. Hugo, son vaincu de 1851 9 revenu de Jersey à Paris, faisait débiter ses Châtiments en plein théâtre par des histrions dont plus d'un , sans doute , il y a quatre mois, se fût fort honoré d'être appelé à exercer sas talents devant le ministre de l'Empire.
Voilà le bourgeois révolutionnaire et la bourgeoisie révolutionnaire, et le métier qu'ils font faire à la France et leproflt qu'ils en tirent pour eux : le rien, l'avortement du ri ; :i , et enfin la honte. De Hugo à Baroche, de Baroche à Hugo!
Barocbe ne sait que chasser Hugo qui revient, Hugo ne sait que chasser Baroche qu'il ramènera. La France va et revient sur cette piste, toujours chargée de quelque Baroche ou de quelque Hugo, toujours fouettée. Et lorsqu'elle aurait besoin d'un archange pour se tirer de l'abject abîme où ces cavaliers l'ont fait broncher, elle n'a encore que le choix entre Hugo et Baroche. Louis de France, priez pour la France! Par le chêne de Vincennes, par l'épée de la Maqpoure, par le frein qui mulctait le blasphème, obtenez que Dieu nous délivre de ces avocats, de ces poètes et de ces bourgeois sarrasins. Alors ceux de Prusse ne resteront pas longtemps, et nous commencerons de songer à les aller voir dans leur forteresse d'hérésie.
22 novembre.
A M. JULES FAVRE, ANCIEN MEMBKK DES CONFÉRENCES DE SAINT-VINCENT DE PAUL, ANCIEN BATONNIER DIS AVOCATS, FONDATEUR DE LA RÉPUBLIQUE PARISIENNE, (UNE ET INDIVISIBLE), VICE-PRÉSIDENT DU GOUVERNE- MENT DE LA DÉFENSE NATIONALE , MINISTRE DES AF- FAIRES ÉTRANGÈRES, MINISTRE DE l'inTÉKIÊUR , L'CB DES QUARANTE DE L*ACADÉMIE FRANÇAISE, ETC., ETC.
Monsieur, Malgré les graves occupations que tant de titres supposent, au fond, vous n'avez rien affaire, et je me permettrai de vous prendre un moment. J'ose dire que j'y mets le prix. Me trouvant déjà assez mal gouverné, je ne sollicitais pas l'honneur de votre tutelle. Vous me l'avez imposée, vous êtes cher, vous nejntf* portez rien, ou plutôt vous emportez tout : je peux bien me passer la grande consolation du peuple souverain, qui est de houspiller ses intendants et de leur montrer à quel point ils savent mal leur métier. C'eet stérile, mais cela soulage. Vous-même en avez pris le passe-temps toute votre vie, sans vous donner autant qu'il l'eût fallu le souci d'apprendre à mieux faire. Au surplus , ce que j'ai à vous dire ne saurait être indifférent ni au fondateur de la République, ni au vire-président de la défense nationale, ni au
ministre des affaires étrangères, ni au ministre de notre petit intérieur ; l'académicien et l'ancien bâtonnier peut s'y intéresser; le ci-devant confrère de Saint-Vincent de Paul n'y restera pas insensible, pour peu qu'il se souvienne de ce premier et meilleur état. Vous m'avez souvent retenu jusqu'à l'ennui sur des objets moins importants.
{Notre civilisation, vous le savez, est affligée de diverses espèces de goujats, toutes très-viles et trèsinsolentes. On a coutume de dire autour de vous que naguère les locaux officiels en étaient remplis , et il parait à beaucoup de gens aujourd'hui que la pire n'y logeait pas. Quoi qu'il en soit, il y a une de ces espèces que votre avènement a débridée et qui pullule. C'est celle des caricaturistes démocratiques. Si elle n'est pas la plus vile et la plus insolente , il s'en faut peu.
Ses œuvres ont leur curiosité> je l'avoue. Elles fournissent les photographies les plus exactes de la déformation morale. Ou y étudie l'intérieur des âmes dépravées, et l'on sait sous quel aspect les choses humaines sont vues physiquement et intellectuellement de Charentou et de Bicétre. Mais la police a raison de ne point laisser Charenton et Bicétre se répandre et prêcher par les rues, et de ne point permettre à la science de disséquer dans les carrefours. D'épouvantables contagions éclateraient aussitôt, qui emporteraient la police, la civilisation et le genre humain.
Le gouvernement de Napoléon III eut des complaisances pour la caricature. 11 lui livra les mœurs. Par elle il donna droit de cité à la prostitution. La
Je 89,— un Lycurgue façon Arago, mais en jupe plus longue, — ne livra pas tout à la' caricature. Il lui ôta le domaine direct de la politique, de la religion et des personnes. Le caricaturiste n'eut pas tout droit sur toute chose et tout vivant. 11 ne pouvait souiller les vêtements sacrés ; le citoyen conservait contre lui la propriété de son nom et de son visage. Nul n'avait à craindre qu'un drùle pétri de boue, de soif et d'envie, vint l'accrocher à la porjte des cabinets de lecture de son quartier, et le poursuivre d'une injure il la fois inepte et irréfutable sous les yeux de sa femme et de ses enfants. Nul n'était contraint à cette habitude d'ignominie, de fournir son contingent à l'un des procédés les plus actifs du mépris de soi-même et des autres. Car il est malsain pour le public qu'un citoyen doive endurer, sous forme d'affiche, des affronts qu'il pourrait et que peut-être il devrait immédiatement châtier s'il les recevait de vive voix.
Or, dans votre république , monsieur, l'espèce en question devra-t-elle s'imposer au moins quelque forme de respect envers les personnes, la religion et les mœurs, envers les droits de la pudeur et de la conscience d'autrui? Si tel est votre dessein, il n'y parait pas.
L'on vous a signalé le vomissement de caricatures qui depuis votre avènement n'a cessé de salir la ville. En fait d'art, la république de 1870 n'a pas produit autre chose, et jamais rien n'a paru de plus sordidement barbare et bestial. C'est sanguinaire, c'est obscène et c'est bête abominablement. Ainsi l'abject forçat, le relaps condamné pour viol, dessine sur les
murs du bagne avec la pointe d'un clou volé, et divertit le reste de la Vhiourme. A voir ces turpitudes scélérates, on reconnaît une ville immergée dans ses cloaques ; on sent que Tinfàmc clou cjui sert aujourd'hui de burin pourra demain servir de stylet. L'honnête homme dont on insulte ainsi le regard en a le cœur plus flétri que des succès du Prussien. Le Prussien n'a pas pris la ville, «t, s'il la prend, un intarissable flot de sang généreux le forcera de la rendre; mais ces natifs et ces naturalisés de l'égout, ils Font prise, et quand leur sera-t-elle vraiment arrachée? Ils y possèdent leurs retraites inviolables, où l'esprit révolutionnaire les couve et les multiplie. Ils en sortent à l'heure opportune ; vous savez qui leur ouvre la porte ! Ils surgissent, ils sont les maîtres. Un jour l'ennemi de dehors viendra par ce chemin immonde sans cesse élargi. « Paris nous sera ouvert par votre populace, » vous disait M. de Bismark.
Vous avez répondu qu'il n'existait pas de populace à Paris. Le diriez-vous- encore? Et comment donc appelez-vous ceci? ('eux qui font ces choses, ceux qui les vendent, ceux qni les achètent et s'en amusent, et jusqu'à un certain point ceux qui les tolèrent, est-ce un peuple, est-ce le peuple français? Ce peuple alors serait pire qu'une populace ! Mieux vaut encore être la populace crue et sauvage que cette lâche multitude de prétendus gens de bien docile à toutes les violences du mal.
Et si vous n'avez pas oublié tout ce qu'a dft savoir un membre des conférences de Saint-Vincent de Paul, vous avez compris mieux que le ministre prussien
lui-même combien il disait vrai en un sens. Le crime social qui a créé cette populace impie, et qui vous a mis sous le joug, peut ne pas suffire encore pour qu'il soit permis au Prussien de briser nos portes; mais ce sont les conséquences de ce crime qui l'ont attiré, qui lui ont frayé le chemin, qui nous ont divisés, qui nous châtient.
Vous faites écrire sur les murs : République démocratique, indivisible; liberté ', égalité, fraternité, et sous ces mots vous laissez afficher ces œuvres de division, de licence, d'oppression et de haine ! Je vois les traits de nos concitoyens affichés au pilori, dessinés sous le couperet de la guillotine « en attendant que ce soit pour de bon; * je vois l'image d'une femme qui a régné vingt ans et dont la réputation d'honneur n'a reçu aucune atteinte. Elle est souillée des injures auxquelles toute femme préférerait la mort.
Kt il nous faut voir cela accroché sous les portiques du palais où vous lui portiez vos hommages, où habite aujourd'hui le chef de votre gouvernement ! N'avez- vous pas honte de vous laisser ainsi dégrader vous-même? Car l'infâme affront fait à cette femme et à la pudeur retombe plus encore sur vous. Vous vous rendez complice de cette sauvagerie lâche, corrompue et corruptrice. Ce fut par ce procédé surtout qu'on assassina Marie- Antoinette, après avoir assassiné son honneur. Grâce aux diffamations de la caricature, le Paris de vos pères de 93 encourut cet irréparable opprobre. À travers les hurlées da la canaille, en plein jour, une femme auguste et inno-
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Vous avez pu mettre terme au scandale de la criée des pamphlets, vous avez su vous préserver vousmême, vous sauriez interdire tout outrage envers vo» puissants et utiles alliés les souverains étrangers. Pourquoi , ministre des affaires étrangères , permettez-vous qu'on insulte Pie IX? Est-ce parce qu'il n'est plus que souverain pontife? ou ne le trouvez-vous pas encore assez malheureux? ou vous est-il importun comme étant seul entre ces princes à demander à Dieu que la France ne périsse pas?
Je cherche ce qui peut valoir aux caricaturistes la complicité que vous prenez avec eux contre Pie IX, et à vos concitoyens catholiques ce surcroît d'ignominie et de douleur. Car c'est nous surtout qui sommes insultés. Et qui vous sollicitait de nous insulter de cette façon particulièrement révoltante? Personne n'achète ces ignobles représentations, l'avidité même des marchands refuse en général d'y chercher un gain ; j'ai vu des mobiles bretons qui pleuraient en les regardant et qui disaient : « Pour quelle canaille risquons-nous notre vie? »
lie bonne foi , que voulez-vous que nous pensions de vous, nous à qui vous demandez tant et qui vous donnons tout, et que vous abreuvez de telles avanies? Comment! ce n'est pas assez de votre ambassadeur Séuart, de votre généralissime Garihaldi, de votre intime Mazzini, de votre maître d'école Simon et de tout le reste, et il faut encore que nous recevions ces crachats ?
Vous avez tant dit que Napoléon avait lassé la
France ! Et vous donc? quelle rage de verser les dernières gouttes , de désespérer ceux qui voudraient à tout prix faire quelque chose, fût-ce avec vous! Il y a de vos actions dont on serait tenté de vous platndflq, et qui passeraient pour des traits de démence si Ton y reconnaissait moins le conseil de la peur.
Réserve faite de vos personnes, je vous dirai toute ma pensée. Ce n'est pas la plus dure parmi toutes celles qui vous accusent.
Politiquement, vous êtes de pauvres hères, empêtrés d'un vice d'origine, et particulièrement incapables de reprendre les armes que vous avez données contre vous, armes d'ailleurs que l'orgueil ne reprend jamais. Le mauvais pacte a été signé, vous en «durez les clauses. Vous avez mal commencé, mal continué, vous finirez plus mal. «Ce pouvoir subtilement pris dans un corridor, la baïonnette au fourreau, vous sera enlevé dans un carrefour, à poings fermés. Vous servirez une fois de plus à prouver que les peuples ne pardonnent jamais àceux qui les laissent corrompre et ne savent pas les contraindre à respecter la justice et à garder ia pudeur. Même victorieux de l'ennemi du dehors, vous entendrez ce formidable cri qui ne tolère point de réplique, ce cri d'iudignation et d'inanition morale qu'ont entendu tour à tour Louis- Philippe, la République et Bonaparte : Allez-vousen! quoi qu'il arrive, quoi qu'il en coûte, allez-
vous -eiil
Il vous restera, à vous, monsieur Fa*re,à cause du récit de Ferrière, la consolation de Musset :
11 me reste d'aToir pleur6#
Encore fallait-il pleurer davantage, et ce n'est pas assez d'avoir pleuré. Et avec le souvenir de vos larmes, il vous faudra laisser à vos enfants des trophées qu'ils souhaiteront d'enfouir.
Menie date.