‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 46 sur 150 · LE MENSONGE ET LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

LE MENSONGE ET LA VÉRITÉ

Des mains et des influences diverses ont travaillé le naturel des peuples; elles leur ont fait des caractères différents, plus ou moins manpiés dans le bien et dans le mal, selon leur plus ou moins de fidélité aux qualités primitives qu'ils avaient reçues de Dieu pour le bien commun de la famille humaine et leur propre prospérité.

L'Angleterre était disposée au travail, au commerce, aux vastes entreprises de mer,' afin de nouer entre les hommes les relations de la paix. Elle s'est ouverte à l'hérésie, et elle est devenue le forçat des industries noires et dures, l'àpre marchand doué duns sa boutique, rongé do lèpre sous ses riches vêtements. Elle aies consolations de l'orgue il, pareilles à celles de l'ivresse, qui donnent la mort. Jadis on disait c la joyeuse Angleterre, » et c'est aujourd'hui le peuple de l'ennui. On dit encore « la libre Angleterre : » elle est en effet le plus libre commandeur

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d'esclaves qui soit au monde. On dit aussi c la fière Angleterre. » On no le dira pas longtemps.

L'Italie a plus qu'une autre trahi le don divin. Éclairée de Rome et du soleil, son partage était l'intelligence, son travail l'art, sa récompense terrestre la paix. Elle aété ingrate et orgueilleuse, elle est frivole et sujette. Il n'y a que du mépris parmi les peuples pour cet artiste qui n'a pas le respect de lui-même, essayeur de toutes choses, se jouant de tout; inventeur puissant, devenu par frivolité imitateur misérable; prêtre que l'orgueil a fait impie, et que l'impiété a fait histrion. L'Italie s'est jouée de l'art, de la science, de la politique, de la religion, de l'honneur. Pipant les dés, et trouvant partout des compères, elle a gagné partout. Elle vient de faire, on peut le dire, sauter la banque; et, en même temps et du même coup, elle est tombée aune indigence honteuse. Tout se dégrade comme les hommes et rien ne germe dans ce repaire. Venise était morte, elle est ensevelie; Milan expire; Naples remue et Florence grouille, mais ne vivent pas. On pourrait dès à présent prévoir le destin de Home si le siège de Rome devait durer après celui de Paris, do même qu'il serait facile d'annoncer le destin de Paris si Paris ne devait délivrer Rome. Cependant, retirons un mot trop fort et ne disons pas que l'Italie est un repaire. Du repaire il peut encore sortir des hommes. Le repaire et la barbarie ont leur fécondité. L'escroquerie pullule et n'est point féconde. L'Italie n'est qu'un mauvais lieu, où la corruption multiplie stérilement et insalubremeut, et qui sera balayé.

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On peut appeler la Péninsule ibérique un théologien armé. La doctrine était dans son esprit quelque chose de clair et do ferme, de sobre et de vibrant comme l'épée <[u'il avait danslamain. Dieu lui donna la clef des mondes inconnus pour aller leur porter le dogme de l'unité , dont l'aptitude saxonne devait, par le négoce, leur transmettre les moyens matériel*. Dans ce dessein de Providence, Colomb fut retiré à l'Italie, qui ne pouvait porter un pareil héritage , et les peuples ibériques reçurent ce qu'il leur fallait de grands hommes. Pizarre, Cortès, Vasco de Gama, Albukerque, et plus encore, Ximenès, Ignace de Loyola, François Xavier. Mais, préservée de la grossière hérésie luthérienne, la Péninsule se laissa séduire à sa propre grandeur. L'hérésie de Luther est charnelle. Elle tenta la sensualité saxonne encore barbare, et ne put insurger l'esprit que par la concours impérieux des sens. Le premier prince allemand qui se fit hérétique voulait boire, piller l'Église et îépudier sa femme ou en prendre deux; pareillement le premier prince anglais. Les arguments théologiques ne vinrent qu'en second rang. Le péché des Ihériens fut plus spirituel. Le roi catholique et le roi lidèle dévièrent et voulurent abaisser l'autorité de l'Église, par l'ambition d'y substituer la leur. Us ne furent pas apostats, ne devinrent pas ivrognes ni païens; ils n'ont pas songé à vouer leurs peuples à la matière, pour laquelle ils n'ont pas cessé de marquer un dédain noble. Mais euliu les Ihériens ont désobéi, et, sans se séparer, se sont mis à l'écart pour se grandir. Us n'ont réussi qu'à s'enfler. La

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< jua si- hérésie dont ils se sont laissé atteindre, a fait pulluler parmi eux les congénères do cette vermine qui dévore l'Italie, et qui depuis un siècle les a dégonflés étrangement. Voilà l'Espagne aux Serrano et aux Prini, voilà que le hautain Portugal , devenu colonie anglaise, possède un roi de fabrique constitutionnelle, chevalier de la Légion d'honneur, qui s'exerce à l'art do graver on taille-douce. Sur sa tombe, un roi du vieux Portugal se glorifie d'avoir donné à Jésus-Christ autant de royaumes que Jésus- Christ lui a donné d'années de règne. Le présent roi, chevalier de la Légion d'honneur, ne donnera rien à Jésus. Il travaille, au contraire, à lui retirer le royaume de Goa, dont il est en réalité le pape. Mais pour lui, si quelqu'un d'Europe veut lui retirer la tiare et le sceptre de Goa, il ne les gardera point, et «piant à la couronne du Portugal, il ne l'a plus.

L'Allemagne formait un peuple de nations, plein de vocations mêlées et indécises. Artisan, laboureur, pasteur, poète, savant , immense et heureux peuple de la paix , constitué naturellement pour se défendre et ne pas entreprendre, à l'abri des agressions et des aventures. Peuple central, assis dans ses vastes frontières bien gardées, loin de la mer et loin des révolutions, type de la tranquille famille, formant à lui seul un monde, ayant sur la tète plus de ciel et dans le cœur et dans la vie plus de facilité aux sereines joies qu'aucune autre portion de la race humaine. Mais l'hérésie, qui est surtout l'orgueil, est venue fondre sur l'Allemagne à peine dégrossie par le Christianisme, et Ta remplie d'un orgueil plus

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