PAK1S 1»KM>4H* LE SIÈGE
intraitable et plus violent qu'il n'en existe dans 1* reste du monde. Chaque peuple se vante de telle ou telle excellence ; l'Allemagne s'est dit et a dit : « Je suis supérieure en tout et j'aurai tout. Je suis César, les autres in'obéiront. » Nulle part ailleurs, parmi les nations modernes , n'a été aussitôt formé , aussi persévéramment repris et suivi le rêve de l'empire. Là, depuis Charlemagne , a été le péril du Christianisme et de l'Europe ! Ce fut le fond de la querelle des investitures, le fond politique de l'hérésie de Jean Uus, le fond de l'hérésie de Luther, et celle-ci séduisit la masse du peuple par le relâchement de sa morale, enveloppée d'un vernis d'orgueil et d'austérité. La Prusse en naquit dès l'origine , fille d'un moine apostat. Il convenait que le nouvel empire païen sortit aussi des flancs de la bête prostituée, et qu'il eût tété les mamelles de la louve , pour prendre sa revanche du vainc fiieur qui a bu au sein de la Vierge Marie.
Dans ce monde particulier de l'Allemagne, où Dieu n'avait point départi de vocatiQn politique déterminée, et où n'existait d'autre sentiment commun que l'orgueil, la Prusse naquit donc comme un larron audacieux, pour faire l'empire et fournir l'empereur. A coup sûr, elle est en voie de remplir cette destinée! Mais sans connaître la fin, et sans pouvoir la deviner, on peut prédire que la Prusse fournira plus sûrement encore le résultat' ordinaire des entreprises de la fraude et de l'orgueil. Arriver au succès est le grand art d'arriver au châtiment.
Or, dans les variétés de vocations et d'aptitudes
qui caractérisent chaque nation parmi la famille des peuples européens, la France avait son caractère, que Ton ne peut méconnaître. La nature propre de ce grand peuple, les circonstances au milieu desquelles il est né et s'est développé, son génie sujet au sommeil, mais sagaec et invieillissable, les mains £piscopales, enfin, qui Tout formée , « comme les abeilles forment la ruche, » ont fait de la France un magistrat. Avec plus de suite, plus d'aptitude et d'un meilleur consentement que tout autre peuple, la France a été l'assesseur et la main forte du magistrat suprême de la chrétienté. Quand l'esprit d'erreur l'emporta, ce fut au-delà , mais dans le sens de cette vocation auguste, sur les voies de l'esprit de domination. De Donald dit cette parole juste et profonde : (i Bonaparte avait un instinct de la fonction que la France doit exercer en Europe, mais il s'est trompé «mi prenant dans un sens matériel ce qui doit être entendu au sens moral, et en mettant une domination à la place d'une magistrature. »
Toute erreur va droit à la ruine des avantages qu'elle, propose à la passion humaine pour éloigner la vérité. Ce résultat est visible dans l'histoire générale des peuples et dans l'histoire de chaque peuple comme dans l'histoire de chaque individu. Dieu nous donne la vocation au bien, l'aptitude à une action particulière qui fait notre satisfaction propre et que nous de\ons diriger au bien général, et enfin la liberté de nous conformer à cette vocation et de Miivre cette aptitude ou de nous y soustraire. Mais nous ne pouvons nous soustraire, homme ou peuple,
-.il;,
I ". sans rencontrer premièrement la liberté <j
qui nous heurte , ensuite la liberté de Dieu qi brise. Il y emploie « ces dispositions cachées misesdans leschoses, r> dit Bossuct, et qui les rai à leur nature, c'est-à-dire à l'accomplissement desseins. Il n'y a point de désordre au foi choses, parce qu'elles ne sont point libres, < restent calmes comme le fond de la mer; i liberté de l'homme met le désordre à la surface surgissent ces retours imprévus, ces catastroj apparence soudaines, ces écroulements et ces drements des fortunes les mieux établies. De terrible à l'homme, et néanmoins plein de i corde, car c'est Tordre même qui se venge. Il la permanence de la justice violée, et il renoua monde.
La France, en trahissant sa fonction, tacil
acceptée parce qu'elle était dans Tordre, a trali
rope et sVst trahie elle-même. L'Europe, qu
i ' vait et même invoquait la magistrature, s'est
» tée contre la domination, et elle a redouté j
a k ji Tinlluem-r, persistante malgré tout. De là un
tuel germe de coalition, une perpétuelle enti contre la France ; île là, en France, l'orgueil
a . saut et de plus on plus périlleux de se senth
duuté; de là, dans le monde entier, et partiel meut en Allemagne, un véritable embrasem tet esprit de domination dont sa politique, «•uni avec sa terreur, ne cessait de nous accu qui est bien plus ancien et bien plus ardent ch
lM \\ que chez nous.
PARIS PEKDÀiNT LE SIÈGE. 395
Eu même temps nous tombions dans un piège , et nous nous préparions un autre châtiment de l'orgueil. Le premier Bonaparte nous avait accoutumés au triomphe de la force; le second, fidèle à l'esprit de son siècle, nous flattait du triomphe de la science et de la matière. Dans Napoléon III , il y avait beaucoup de ce sot maire de Paris, qui affichait récemment que désormais lai science remplacera la théologie dans la direction du monde, et le Napoléon III ne manque pas non plus, hélas ! dans tous ces sots que le 4 septembre a lâchés sur nous. Napoléon III donc n'était pas brillant en théologie, et faisait peu de cas des théologiens; mais il trouvait des canons scientifiques, et il comptait fort sur ces canons, fils derniers nés de la a science* » S'il n'ignorait pas que la tactique du grand Bonaparte était maintenant, avec quelques améliorations, au service de ses anciens vaincus, il croyait que ses canons n'étaient qu'à lui : il voulait faire la guerre, et essayer ses nouveaux engins scientifiques. Naïf progressiste, il ne se disait pas que rien ne passe plus vite à l'ennemi qu'un canon, ou bien il restait convaincu qu'il inventerait toujours un canon nouveau. N'était-il pas l'empereur de la grande exposition universelle ?
11 lit donc la guerre, et il a pu apprendre que la n science » qui fait des canons n'enseigne pas une certaine occasion, de certains motifs et de certaines façons nécessaires de s'en servir. La a science » et ses inventions ne font pas des intelligences guerrières, des chefs vigilants, prévoyants et fermes, des soldats disciplinés, des cœurs qu'un premier revers
:t!'li l'Aïas iTJMiAM u: sitoi:.
ne peut abattre, des peuples fidèles ni <l> raîns qui méritent la fidélité, l'imposent et lient. Tout eela a manqué à l'Empereur et a de la grande exposition universelle. Le pei souverain, s'ils y veulent songer aujourd'l vent avouer que ceux-là n'avaient pas tort disaient de mieux placer leur orgueil ; que la gloire et la vie n'étaient pas là; que peutdc riches étoiles n'habilleraient que la mor de superbes machines ne fabriqueraient que
Napoléon III pouvait espérer mieux, lo certaine révélation de la vraie fonction de I lui faisait revendiquer l'honneur de restitu au Pape, lorsqu'il prononçait ces paroles do lit le momie entier : « Que les bons se rassit les ihévhmits troublent ! » lorsqu'il disait : V r est lu jt'iU. La magistrature de la France i-ore pleinement acceptée au lendemain de i't au lendemain de Solférino; elle l'eût élt demain de Sadowa. Il eût absorbé la Prusse succès que toutes les forces du canon et du ne lui eussent pas également assuré s'il avai lui la Confédération italienne reconstitué! restaurée et à l'abri, l'Autriche encore puiss espérances de la Pologne, du Danemark, novre, de la Saxe, la sécurité de la Hollande Belgique ; et autour de lui, dans tous les cure qui aspire ,i la reconstruction, à la liherli paix de l'ordre chrétien.
Arrêtons-nous in. Nous voulions montrer leur avenir, déjà commencé pour nous : mai
bon expliquer ce qui est dans tous les cœurs? Nos transgressions sont châtiées, et par l'effet du châtiment Tordre se rétablit. La France reprendra sa magistrature, parce que la force des choses la désaveugle de son erreur. En la châtiant, Dieu l'oblige à se sauver. La foudre n'est tombée sur rien d'innocent et sur rien de vital. Elle ne brûle, en vérité, cpie nos lèpres ; à ses clartés nous entrevoyons le sentier Apre mais sûr qui nous sortira de l'abîme. Depuis trois mois, un rejaillissement de la vieille sève française a plus que réparé en bénéGces moraux l'immense dommage matériel que l'infatuation scientifique et l'ensorcellement révolutionnaire nous ont attiré. Que de choses funestes broyées et enterrées dans les fossés de Paris ! Nous voyons que la France ne veut pas cesser d'être, ne veut pas se séparer de ses vrais autels et abdiquer sa fonction. Elle n'acceptera pas d'être un demi-peuple, un reste qui attend la mort. Elle sèmera du blé, elle fera du fer et des hommes, et elle vivra, parce qu'il faut que la vérité et la justice possèdent dans le monde ce bras et ce for.
LXXIU
îti novembre.
Le combat e>t comihencé devant Paris. Nous n'attendrons pas longtemps le mot de Dieu sur la Franc*
et sur l'Europe. Une percée de lumière va éclater dans la nuit.
Les généraux nous parlent noblement des efforts qui ont été faits pour préparer la victoire. Us en remettent plus noblement le succès à Dieu. Us parlent en hommes qui feront leur devoir et qui comptent sur ceux qu'ils commandent. Quelle que soit l'issue de la lutte, on louera toujours le général 1Yo» chu d'avoir su prendre le temps de se faire des murailles et une armée. L'impatience et la sédition lui demandaient la sortie en masse. D a en le mérite d'éviter ce péril, et de gagner l'heure de la sortie en ordre. Voilà sa gloire. Elle est grande; elle grandira à mesure que l'on saura mieux les obstacles qu'il a dû vaincre. Elle lui permet de subir un revers. Dans cette guerre, c'est surtout ce qui nous a manqué.
La sortie en ordre ne nous garantit pas le succès, mais la sortie en masse, telle que la proposaient les impatients et les séditieux, nous assurait la honte, quand déjà la mesure était pleine. La défaite n'est pas de mourir, mais de fuir. Ceux qui meurent ponr une cause juste et sainte ne sont pas vaincus. La Vie est en eux et reste en eux. Elle germe de leurs ossements. La Vie est la même chose que la Justice, et la même chose que Dieu. Il peut plaire à Dieu de sembler vaincu ; mais alors mime il triomphe ; il prend une victoire future.
Espérant inébranlahleinent cette victoire finale par* delà toutes les circonstances formidables que nous traversons, nous souhaitions que Paris résistât. Nous le disions dès avant l'investissement : Iji rMstonre
PARIS HUiDANT LE 8lgG£. 399
de Paris sera la victoire de lame de la France. Quel que soit le résultat de ce jour ou de demain, nous disons aujourd'hui que la victoire a commencé dans le moment où Paris, après tant de désastres, a fermé ses portes et n'a pas désespéré.
On n'avait vu jusqu'alors que la défaillance hideuse et l'écroulement d'un corps corrompu. De ce débris épouvantable on a vu l'âme surgir, pleine de vigueur, délivrée plus qu'abattue ; on l'a vue grandir en constance, se reCaire un corps nouveau et continuer ou plutôt recommencer à combattue, tout en se* forgeant una duilleure armure. Cette Ame généreuse poursuivra m victoire et l'achèvera. Des malheurs peuvent encore survenir, mais ils seront d'un autre ordre. La France re verra Dieu, et les peuples rêver* root la France, la France de Dieu !
Oui, oui, elle est encore dans la poussière, la grande Séduite et la grande Tombée ! Elle a encore sur la tête des restes de sa parure infâme, sur les lèvres la trace de son péché. En lui . reprochant son adultère, ils l'ont amenée devint le juge, et leurs mains sont chargées des pierres viles dont ils veulent l'écraser. Elle a commis le crime , et le juge ne l'excuse pas, mais il regarde ces accusateurs et leur demande lequel d'entre eux est sans péché. 11 regarde aussi la pécheresse, et dans toute cette foule de pharisiens, c'est à elle seule qu'il peut dire : Ne péchei plus. C'est ce seul cœur qui resle assea^ouvert, et ce seul esprit qui reste assez droit pour recevoir sa parole.
On a prié pour la France, elle a prié elle-même ;
la Justice et la Miséricorde ont parlé pour elle. Elle ne passera point sous le joug, elle sera relevée. Elle sera encore ce bras qui a été le geste du Christ dan» le monde.
Sans doute les signes de son retour à Dieu n'ont encore rien d'éclatant. Ses généraux et ses soldats seulement murmurent le nom de Dieu.
Mais cette voix est celle de son cœur. Qu'importe l'oubli stupide ou plutôt lâche de ceux qui prétendent aujourd'hui la conduire et qu'on appellerait ses hommes d'Etat, si c'était le moment de se moquer. Ceux-là ne sont que les complices qu'elle reniera et chassera bientôt. Leurs noms, qu'ils étalent an bas d'une proclamation oiseuse, ne servent qu'à montrer jusqu'à quoi ses égarements l'avaient abaissée. Qu'on lise cette liste de médiocres avocats et de médiocres journalistes, c'est assez pour savoir combien ils sont peu la France ; mais les soldats font le signe de la croix.
Et de quel droit ces messieurs nous parleraient-ils de Dieu? S'ils en avaient eu la pensée, encore que le tact leur manque comme tout le reste, ils se seraient abstenus par convenance. Lavertujon, Dréo, Durier et les autres nous jettent aux yeux leur poussière et l'exemple de leur vertu !... Mais un sang généreux ruisselle et couvre eet affront.
it
PARIS PENDANT tLK SIÉfifc. 401
20 novenibiv.
La garde nationale de marche s'est distinguée aux combats où elle a été envoyée. Les 72e et 406e bataillons, l'un de Passy, l'autre du faubourg Saint-Germain, se sont rendus à l'appel avec la fermeté civique , ont tenu au feu , qu'ils voyaient pour la première fois, avec la fermeté militaire, et en même temps avec l'ardeur des jeunes troupes. Les autres feront de même, tour à tour.
En réalité, ce qui combat maintenant en France, ce qui défend le sol, ce qui le délivrera d'un ennemi qui a pu comme d'un choc renverser notre vieille et célèbre armée et presque l'honneur de notre drapeau, c'est la garde nationale. Mais combien cette garde nationale, dans son ensemble, diffère de la chose aux trois quarts révolutionnaire et pour plus des trois quarts ridicule qu'on appelait ainsi il y a trois moisi
Qn a taut et depuis si longtemps parlé de la France nouvelle ! 11 y a une France nouvelle en effet, et la voilà. M. de Bismark, qui a si bien étudié la France et qui croit si bien la connaître, ne connaissait point cette France, ne prévoyait point cette nouveauté.
Il faut dire, pour excuser M. de Bismark, que cette France probablement ne se connaissait point ellei. ««
même. Elle se connaît à présent ; et, dès à présent, M. «le Bismark et le momie peuvent compter qu'ils entendront parler d'elle. C'est quelque chose qui se lève sur l'horizon du genre humain. Avant qu'il se passe beaucoup de jours, cet Hercule au berceau aura étouile plus d'un serpent. Le serpent d'Allemagne y passera le premier, et n'est pas Je plus redoutable. Vax autre y passera aussi.
Lorsqu'on a vu paraître dans Paris les premières» compagnies de marche équipées selon la rigueur de la tenue de campagne, les guêtres aux jambes, fc havre-sac au dos, surchargé des ustensiles de campement, la cartouchière pleine, le véritable fusil de guerre sur l'épaule; lorsque chaque quartier a reconnu là ses notables ou leurs enfants, les riches, les ehefs de grande famille et de grand négoce, les propriétaires, 1rs avoraN, 1rs médecins pêle-mêle (mais en rang) avec les moindres, avec les petits employas, les domestiques, les concierges, les porteurs d'eau, une surprise Hère et contente, un grand et légitime intérêt se sont manifestés partout. Les rcrars ici se touchent plus encore que les coudes, et l'on sent qu'un immense imprévu s'est accompli.
En fait de chose» très-graves dans le monde, il n*r a guère que l'imprévu qui arrive. Mais pour l'ordinaire, cet imprévu est généralement pressenti, et l'attente générale ne se trompe que sur le chemin par oA il arrivera et la forme sous laquelle il apparaîtra. On regard*» la montagne , et la montagne accouche d'une souris. On se détourne, on regarde ailleurs, et dans ce moment la souris à son tour enfante une mon-
tague. L'imprévu est installé et les présages s'éclairent.
La garde nationale, telle que nous l'avons reçue des flancs de la Révolution, par la main de La Fayette, et telle qu'elle a vécu sous la culture et les arrosages divers de 89 , c'était la souris. Elle tenait fort de ce digne marquis do La Fayette, révolutionnaire modérateur, qui aimait à voir déchaîner des torrents pour voir s'il pourrait les faire filer entre les doigts de sa main fine, et qui, maintes fois pris à ce jeu, croyait toujours qu'il1 pourrait fermer le robinet lorsqu'il en aurait assez. Et véritablement il fermait le robinet. C'est-à-dire que, quand le torrent l'avait culbuté et roulé, lui marquis de La Fayette, et avait ravagé ses rives, et s'était fait lui-même un barrage en accumulant des débris, le marquis de La Fayette se flattait de l'avoir dompté. Alors il ne perdait pas de temps : il s'occupait avec une mémo sagesse et un égal succès à rompre le barrage toujours fragile, et le bonhomme prenait encore une fois le plaisir de voir couler l'eau et crouler les maisons, et d'ètro culbuté. Telle était la garde nationale ; elle s'est ainsi amusée pendant environ cent ans.
Si Von veut une autre image , la garde nationale s'était fait un besoin de prendre la Bastille. Elle prônait donc la Bastille tous les quinze ou vingt ans. La Bastille prise , elle y mettait une cour et montait la garde à la porte. La porte fermée, elle trouvait que c'était encore la Bastille et elle grignottait la porte. La porte tombée et la Bastille prise de nouveau, elle y mettait de nouveau une cour, fermait de nouveau
la portera grignottail de nouveau. Et c'était toujours ainsi, et toujours à ses dépens; mais il lui fallait prendre la Bastille, et il ne semblait pas qu'aucune expérience coûteuse ni aucune leçon terrible la pût jamais dégoùler de ce passe-temps de 89 , dont elle avait besoin par nature. Elle prétendait avoir mission de propager dans le monde le joli jeu de la Bastille prise. C'était sa gloire. El on la flattait beaucoup en lui promettant , il y a quatre mois, de l'acclimater en Allemagne, où il n'était pas assez pris. On est parti au milieu de ses applaudissemcn Is. Elle a profité de l'occasion pour donner l'assaut à la porte déjà grignottée, elle a pris encore la Bastille, et elle a vu entrer, o surprise! les Prussiens et Blanqui.
Comment ce fait imprévu, — et pressenti, — a-t-il subitement changé la nature de la garde nationale? On pourrait l'expliquer, mais ce serait un peu long pour un jour de bataille. Il suffit de le montrer, rt chacun le voit. La garde nationale, cette souris rongeuse et folle, cette trotteuse* des rues uniquement occupée à percer des chat tiéres pour se mettre sous la patte d'un nouveau chat, est donc en train de devenir nette montagne sous laquelle s'enterrera uu monde et sur laquelle s'édiliera un monde. Elle est la Franc* armée, la vraie France, vraie année.
M. de Bismark y a servi sans le prévoir et n'en sera pas plus coûtent que M. Blanqui; M. Blanqui y a servi sans le vouloir et n'en sera pas plus charmé que M. de Bismark. M. Blanqui est le second serpent qu'étouffera notre Hercule.
Nous croirions volontiers que H. Blanqui avait plut
PARIS PENDANT LE SlÉGE. 405
que M. de Bismark le pressentiment de cet imprévu. Son flair, plus exercé que celui du second grand Prussien (le premier grand Prussien fut le Frédéric de notre grand-père Voltaire), redoutait la garde nationale depuis qu'il y avait reconnu l'élément provincial et, qui plus est, breton. Appuyé sur le major Flourens, il a voulu être le La Fayette d'une garde nationale perfectionnée dans son sens. Cette entreprise n'a pas réussi, et la garde nationale est devenue à ses yeux un ramas dam/05 et de sacristains. Il faut reconnaître à M. Blanqui ce qui lui appartient, et cette appréciation n'est pas vulgaire. En effet , la garde nationale, telle qu'elle se forge et se constitue présentement au feu du canon, est une force qui non-seulement le vaincra, mais le détruira. Le vaincre n'est pas absolument impossible ni même difficile, et il le sait du reste. Quant à le détruire, il s'en fallait que ce fût également aisé. Cependant l'arme est faite, et l'œuvre se fera.
Si ses méditations ne lui ont pas encore révélé le vrai nom de la garde nationale nouvelle , nous nous faisons un véritable plaisir de le lui dire. Elle en a deux : elle est la république et elle est la contrerévolution.
Qu'il médite bien ces deux noms, tous les deux ; et s'il est l'homme intelligent qu'il croit être, il comprendra que ces deux noms et les deux choses qu'ils signifient le mettent, avec sa physionomie un peu distincte, juste au rang de M. de La Fayette et de M. Crémieux.
11 aura passé toute sa vie dans les géhennes et
dans les geôles, le pauvre homme, pour atteindre enfin ce rang de gloire dans Tordre des esprits et dans l'ordre des puissances.
S'il requiert des éclaircissements, c'est que sa vue est faible. On les lui donnera; mais qu'il les demande lui-même. Il est entouré de gens avec qui Ton ne peut causer.
Quant à M. de Bismark, qui s'étonnait que la France ne voulût point céder d u territoire étant battue, il pourra dire avec M. de Beust que véritablement 1a France « n'est pas une nation comme une autre, qu'elle a son point d'honneur particulier. » Riea n'est plus vrai; et c'est pour cola qu'elle est la France.
Pauvre France ! Elle est encore bien gênée et bien réduite en ce moment. Cependant , si M. de Bismark croit avoir besoin d'un supplément d'Allemanda,qu il les demande à M. de Beust, et que M. de Boust les envoie. Encore que gênée et réduite , la France trouvera la place et le temps «le leur Caire un lieu de repos.
2 dôcenilMv.
M. Dtt.ESCI.rXE.
Qui n'a entendu parler de l'illustre feu Fedeloup, maître do pension dans le quartier Mouflelard, homme
révère, mais juste, lequel sut incomparablement tenir ses élèves au régime des haricots, forçant les récalcitrants à conjuguer le verbe Je me tais en silence?
Cet insigne Podeloup était le précurseur de M. Delescluze, maire d un arrondissement insurgent et directeur <du Méveil^ journal insurgé. Comme Pedeloup, M. Delescluze est venu au monde pour dicter 'la loi et imposer silence. Fidèle à sa vocation, il s'est proclamé et s'est reconnu dictateur.
Sa mairie iusurgente lui donne du tintouin, et sou Réreil insurgé penche à s'endormir éternellement; mais sa dictature est pleine de consolations. Elle' s'exerce sans obstacles; tous les jours le Réveil promulgue ses décrets, et personne ne dit mot.
Véritablement, le digne M. Delescluze est rare par la gravité avec laquelle il se soutient daus cette folie, d'ailleurs commune. On marche sur les dictateurs, mais personne ne l'est comme lui. 11 a sa façon, qui le sort du trivial. U décrète, il confirme ce qu'il a décrété^ il s'obéirait ai on voulait le laisser faire. Le bonhomme Blaaqui, avec sa barbe plus argentée, n'est auprès de lui qu'un folâtre. Blanqui a ce malheureux mérite de sociologue, par où il rentre dans la classe des penseurs, ce qui lui ôte du sérieux. Al. Delescluze, qui ne sait rien, qui ne prouve rien et semble fort ne penser rien, est bien plus dictateur. Il dicte, et voila une loi. Ainsi dictait Pedeloup, jadis immense ; mais M. Delescluze est venu, et Pedeloup n'est plus qu'une figure.
Ne pouvaut faire exécuter ses lois, M. Delescluze se dédommage eu donnant des avis et des avertisse-
ments toujours justes et toujours sévères. 11 en donne beaucoup, il en donne à tout le monde. On Feront*, et en général Ton courbe la tète. Mais l'autre jour il est mal tombé, il a rencontré un récalcitrant. Pedeloup en sursautera dans la tombe !
Un je ne sais qui, un je ne sais quoi, un monsieur de quelque chose, sorti de quelque gentilhommière bretonne, s'était permis de médire du potentissime Duportal, préfet démocratique do Toulouse, et, qui plus est, ami du surpotentissiiue Delescluze.
Le dictateur n'a point d'égaux, mais il avoue des amis. Il a dicté que son ami Duportal méritait des louanges, et il a averti le gentilhomme de rentrer dans sa gentilhommière. Mais le gentilhomme s'est rebiffé, et l'on peut croire que, pour cette fois, c'est le dictateur qui conjuguera le verbe Je me tais en silence. 11 y aura quelque tremblement de terre aux environs du tombeau de Pedeloup!
Nous reproduisons la lettre du gentilhomme comme un document très-supérieur au personnage et à l'incident qui l'ont provoquée. Certainement il n'y aurait pas beaucoup à s'occuper d'une correction reçue par le dictateur Delescluze ; mais la correction ne va pas qu'à lui et elle a une valeur politique trèsréelle. On y voit la vigueur du courant antiterroriste et antirévolutionnaire, et c'est sur quoi nos tiers-àbras ruugesfeiont très-bien de méditer. Qu'ils évitent de se mesurer avec ce courant-là! 11 aurait bientôt fait de monter plus haut que les hottes de Flourens.
S'ils veulent se rappeler ce que nous leur disions avant-hier du caractère de la nouvelle garde natio
sale, il* verront que nous donnions d'exacts indices de son esprit. On entend très-ouvertement et, à notre avis, très opportunément dans cette lettre remarquable. Écoutez bien, citoyens. C'est la France à qui désormais vous avez affaire.
Cette France accepte la République et ne veut pas de tous, et elle est particulièrement ferme sur ce dernier point. Elle ne veut pas de votre ineptie barbare, de votre arrogance, de vos brigandages.
Tenez-le-vous pour dit, rou'ez le chiffon rouge. Le présent carnaval est le dernier. Et ne vous obstinez pas, sinon vous serez empoignés et mis à Charenton jusqu'à guérison parfaite.
3 décembre.
la Patrie en danger et le Combat, petites histoires
POLK FAIKE JkSSASSINER.
Voici deux de ces petites histoires à faire assassiner les gens, où excellent, sans grands frais d'esprit, les artistes de la Patrie en danger et du Combat.
Dans la Patrie en danger, c'est Verletqui travaille. Je le laisse parler avec toutes ses grâces : ,
Oh ï les bonnes !W*urs de charité !
Une pauvre femme se présente au parvis Notre-Dame. Elle demande nourriture imur le petit enfant qui crie entre ses kras.