‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 48 sur 150 · HAAIS PEKDAXT LE BUtOI · texte numérisé non relu

HAAIS PEKDAXT LE BUtOI

— JStes-voiM marii'w, madame ? dit la bonne nur.

— .Non, in ii sœur, répond la malheureuse. Mon homme «l f.'j|Ju mobile. On t'a envoyé aux avant-postes- Mais il a n- 'onuu notre enfant, car il y a deux ans que je vis avec lui.

— Mourez de faim, si vous le pouvez, mais je ne roui donnerai rien, reprend la bonne sœur. Vous n'arw pas reçu le ttcreinent du mariage.

Et l'cufanl pleurait. 11 avait faim. Mais la boute samrir charité refusait toujours la miette de pain qui pouvait le a» joler1! — Henri Yerlet.

Je me suis rendu hier soir au parvis Notre-Dame afin de voir de mes yeux cette rareté probableateul unique au monde : une sœur de charité capable de répondre à une femme qui l'implore pour son eafaat allumé : Mourez de faim !

Je suis eutré dans un bureau dépendant de l'Assistance publique, où un employé fort obligeant et fort nu courant des choses de l'endroit cl de tout le parvis in'u permis de lui lire cette honnête prose du bon Verlet.Saus prendre aucune information sur la qualité que je pouvais avoir pour l'interroger, il m'a appris:

1° Qu'il n'existe aucune maison ni bureau de sœurs de la charité sur tout le parvis.

2' Qu'il n'existe sur tout le parvis ni maison ai bureau de religieuses, chargées de distribuer des accours, soit de la part de l'administration, soil par 1» rèiile de leur institut.

Je demandai où l'on pensait que le véridique Verlel put avoir pris au moins lu pensée de sa petite unu-hiue.il me fut répondu:» Ce n'est pas sur le parvis : il n'y a de religieuses sur le parvis que les

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dames Augustines, qui desservent ï ' Bôtet-Dieu. Elles sont chargées des malades, et non des pauvres, il en vient une ici pour faire certains pansements et distribuer des remèdes suivant l'ordre du médecin. Si elle outrepasse en quelque chose l'ordonnance, ce n'est pas pour interroger le malade sur son état civil,Vest pour lni donner quelque secours dont elle apprend ou dont elle voit qu'il a besoin. Ce n'est point son office. Ce qu'elle donne, en argent ou en bons, est à elle et nullement à l'administration. Ici l'administration ne met rien à la disposition des sœurs, sauf les objets nécessaires aux pansements et les remèdes. H y a seulement de la soupe toujours prête pour Jes malades et éclopés qui attendent. Quiconque parmi eux en demande est aussitôt servi. U faut être bête pour dire qu'une sœur a refusé de la soupe à une pauvre femme et à un enfant : et d'ailleurs elle n'en aurait pas le droit, en eut-elle la volonté. »

Voilà pour l'histoire du bon Verlet. Je m'en tiens là, et je laisse de côté ce que je pourrais ajouter sur U dignité de fille-mère dont la Patrie en danger semble faire assez de cas. Il est vrai que ces personnes fournissent spécialement la classe de citoyens que les révolutionnaires appellent par excellence les Enfouit de la Patrie ; mais leur condition supérieure n'est encore que le rêve de l'avenir. En attendant qu'elle soit décrétée, il est loisible aux religieuses de leur préférer les vraies mères de famille.

Il y * pour cela des raisons que Verlet peut ignorer et peut rejeter, mais qni n'en sont pas moins

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réelles et très-bonnes. Plus on étudie Verlet, plus ou aperçoit qu'il est iuventif, mais borné.

Passons à l'histoire du Combat. La voici dans le propre style de son inventeur, le citoyen Troubal

(Jules).

Dans la soirée île samedi, je garantis le fait, les religieuse* Je lion -Secours, 20, rue Notre- Dame des-Champs, ont refusé de recevoir un soldat du traiu moribond. Ceu* qui l'appariaient ont été obligés de le déposer sur le trottoir, disant : « A qui voudra le recevoir chez soi! ■

La bannière des ambulances et le mot en grosses lettres désignent pourtant s ufli raniment la porte de ces bonnes dames, mois nous savons trop dans le VI* arrondissement qui la «oti blanche et rouge est une garantie p'iur les monuments cUtiUÊSm plus que pour les malades. Deux catholiques, au moins, bien avérés, sont au gouvernement de la défeusi nationale. .Ne sauraient-ils prêcher la charité chrétienne et humaine à ces établissements de bon secoure, transformes en ambulances, où le» raisins déclarent n'avoir vu entrer jusqu'à ce jour un seul blessé? Ils viennent d'eu donner une nouvelle preuve en en laissant mourir nu à leur porte. — Jules Troc bat.

Malgré lu parole d'honneur si formelle du citoyen Trouhut (Jules), j'ai pensé qu'il serait bon d'aller aux renseignements.

L'ambulance des sojurs de Bon-Secours est réservée aux malades (uon blessés) qui lui sont envoyé» du collège Stanislas avec billot. Elle compte douze lits.

Celui de nos collaborateurs qui a bien voulu se charger de vérin' t le récit du citoyen Troubal a luimême coustuté, d'après le registre d'administration, que, depuis le 25, l'ambulance étuit au complet.

11 eët vrai que, le 26, un blessé fut présenté. La sœur tourière répondit qu'il n'y avait plus de place et qu'on s'adressât à la maison voisine, où le blessé serait reçu.

La maison voisine et continue (n° 22) est le collège Stanislas, ambulance militaire de 100 lits, où se trouve aussi le siège de comptabilité de 49 ambulances, sous la direction d'un capitaine-adjudant.

Si les gens qui amenaient le blessé l'ont laissé sur le seuil des religieuses, au n° 20, plutôt que de prendre la peine de le porter au n°22, il fallait qu'ils fussent ou bien las, ou bien ivres, ou animés d'un désir bien blanquiste ou pyatin de fournir un sujet de lettre au citoyen Troubat.

Et que le pauvre blessé soit mort sur le trottoir, à la poite inhumaine des sœurs, c'est difficile à croire, malgré la parole d'honneur du citoyen Troubat. Il doit en donner la preuve et chercher les porteurs, qui auraient alors quelques explications à fourair.

Certainement les intentions du citoyen Troubat sont pures, mais il est sujet à l'erreur. Non-seulement sur le fait du soldat, mais sur tout ce qui regarde les ambulances, pour une cause ou pour une autre', le citoyen Troubat a eu la vue trouble.

Je préviens le citoyen Troubat et le bon Verlet que j'ai l'intention de suivre ces deux affaires, et de voir s'ils en rendront compte avec la loyauté requise.

Voici une parole d'or de M. Blanqui. Nous la tirons du numéro de la Patrie en danger qui a paru demain, 13 frimaire an 79.

Même en temps ordinaire, on s'aperçoit bien toujours de la

*te

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bêtise humaine. Muis les grandes crises Tiennent découvrir des profondeurs inconnues de stupidité. Tout Je monde y puise à pleines mains et dévore. On est pris de pitié à la km et de misanthropie, à contempler les milliers d'aveugles qui s'en vont ainsi inoutonnièreuient à l'abîme les yeux ouverts*

Et malheur au téméraire qui essaie de barrer la route ! Tout le troupeau lui passe en trombe sur le ventre pour à la culbute, sauf après à crier du fond du trou : c N'y }>ersonnc là-haut pour nous tirer d'ici? » Et chacun alors de répondre, en suivant son chemin : « Fallait pas y tomber, unliéciles ! »

Les lecteurs qui fréquentent la Pairie en dealer s'écrieront : Où la vérité va-t-elle se nicher? Mai» la vérité est fine et sait toujours se nicher où il faut. Bu quel lieu cette vérité rétrospective, actuelle et prophétique, saurait-elle apparaître plus incontestable tiue dans ce journal où pontifie M. Blanqui lui-mèM, assisté des Vcrlet et des Brideau, tandis que Eliatin Lafagette, « le front levé sur l'ourse idéale,» \m présente

Et l'encens et le sel ?

Si M. Blanqui veut faire un chef-d'œuvre, il l'a dans la main. Qu'il intitule son journal : Le Bontem en dantjer, et soudain tout s'y trouve à sa plaça» al Verlet et Brideau, et Lafagette aussi , et M. Blanqui comme les autres, et jusqu'à notre superbe ennemi*, madame Louise Michel, dite parmi nous Vomir* Michel, à cause de l'aigreur de ses propos.

La Patrie en danger a publié la lettre suivante, a'uvre de Tune de ses Se vignes, une dame d'épée, oomme on va voir :

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COMITÉ RttHJHJCll.N DK TIQILA.NCK DKS C1TOÏHRNRS W3 XVIIIe ARRONDISSEMENT.

Citoyens rédacteurs de la Patrie en danger,

Comme nous ne correspondons qu'avec les journaux honnAtes, l'adresse de l'Univers nous manque. Veuillez donc, nous tous en prions, donner une petite place à ma lettre dan* la Pairie en danger, que M. Veuillot lit si assidûment.

Je maintiens sur une même ligne les ouvroirs religieux et les maisons de prostitution, parce que ce sont deux foyers de corruption.

Lorsque le9 périls de la patrie auront disparu, lorsque !«• temps nous appartiendra, Y Univers pourra s'assurer que les preuves a publier ne manquent pas.

Salut fraternel. — Louise Micbel.

11 nous semble pourtant que cette dame s'arontur* un peu et que sa candeur la met dans un mauvais pas ; car, enfin, où a-t-elle fait ses études, et par <|pellc* expériences sérieuses une même personne atrelle pu réunir les documents nécessaires pour éta^ blir la similitude des deux foyers en question? D m s'agit pas de rapporter ici ce qu'on a pu retenir de tel livre plus ou moins* malsain. Il convient de fourair de bonnes preuves bien positives, des témoignages que personne ne puisse contester.

La difficulté parait sérieuse.

Mais après tout, ce n'est pas pont demain, et après la guerre comme après la guerre !

il reste donc que ees dames de \±P**i*tnêemftr, ayant à pleurer le danger de la patrie, se contentent^ pour le moment, de maintenir a sur une même fegne les ouvroirs religieux et les maisons de prostitution. »

ilti pakis rtNr.AM le siège.

11 y a des choses qui nous étonnent plus qor cette opinion de ces dames nécessairement incompétentes.

LK C1TOÏEX FEUX PÏAT.

Vendant la bataille, M . Pyat s'escrime contre Dïm tant qu'il peut. C'est sa manière de combattre. Il M lui adresse pas beaucoup d'arguments, mais il la crible d'injures. Verlcl et ses amis, « tous habitante de la Yillette, tous républicains et tous alliées, » M feraient pas mieux. Après le certifient do bravovt qu'il a reçu de M. Itoclicfort, M. Pyat ne saurait mieux prouver qu'il est convaincu que Dieu u'extite pas. Il l'insulte eu conséquence, et se moque, mai* plus doucement, des soldais qui prient. Trocbu «I Ducrot l'amusent. Néanmoins il veut passer quelawt chose à ces bonnes vieilles croûtes militaires. D « résolu de « ne quereller personne pour rien, c'est-àdire pour Dieu. »

Tel est son genre de rire. Il lâche quantité de oh gentillesses. A ouvrir le Combat, on se fait une idée du spectacle et des parfums dont furent réjow» ceux qui eurent lu charge d'ouvrir le cercueil Ar Voltaire, l'nu certaine G&con, amazone civile «I

femme de lettres fort débridée, racontant qu'elle recueillit le dernier soupir de l'athée Lalande (celui qui mangeait des araignées), ajoute : a Si ce dernier soupir est une àmc , je dois déclarer que c'est une àmc qui pue. » 0 PyatI ne laissez pas la Gâcon rôder autour de votre esprit. Elle dirait des mots énormes.

Du reste, M. Pyat, n'étant pas muni

D'autant de jugement que de barbe au menton,

peut croire que Dieu s'est donné des torts envers lui. Il a sujet de penser, dans ses moments de doute, que Dieu le fit cruellement pour être sifflé. M. Pyat ne fut point heureux dans la carrière des lettres. Vapereau dit bien qu'il eut d'immenses succès au théâtre, mais il ne le fait pas croire. Un homme qui eut d'immenses succès au théâtre ne demande pas que l'on assassine les rois et que Ton émonde le genre humain. Ce sont les auteurs siffles et nés ad hoc qui ont de ces mélancolies ou biles noires. Les gens à succès veulent se réserver des claqueurs ; les gens à sifflets veulent couper des sifflets. Ce n'est point malice naturelle, c'est plutôt esprit de justice, n'estimant jamais qu'on les ait pu siffler justement. Ils sont tous ainsi. Robespierre, Marat, Collot, cinquante autres ennemis enragés de Dieu et des hommes, tous auteurs et historiens siffles ! Il n'est rien tel que le sifflet pour déranger la cervelle littéraire. On admirera toujours César-Auguste, parce qu'ayant lu à ses courtisans une tragédie de sa façon qu'ils refusèrent d'ad- 1 *7

mirer, il ne les fit pourtant point mourir. C'est la vraie grandeur d'Auguste :

Je suis maître <îc moi comme <lc l'univers.

Selon beaucoup de gens, cette grandeur depa** la mesure humaine. Plusieurs qui ont haute les académies et tripots de littérature, disent que la chuât est impossible à moins de quelque miracle, et que certainement Auguste n'avait pas le sens poétique, autrement il eût fait étrangler ses confidents. Les sages Romains se lièrent si peu sur l'exemple d'Anguste, que tous, un peu plus tard, applaudirent avec frénésie les vers et la voix do Néron. Et ils tirent bien.

Pour revenir à M. Pyat, la vérité est qu'il n'eut pas d'immcmes succès au théâtre, mais qu'il eut tTûa*» menées revers en police correctionnelle, toujours pour faits de littérature, autre indice d'uao étoile mal heureuse. Jules Janin d'abord le lit tourmenter par les juges; c'est Vapereau qui le dit, et cela dur» six mois. Ensuite le gouvernement le rechercha fréquemment , mais ne le trouva point. Comme le fameux prince Etienne , notre ci-devant maire, il eet de ceux qui ont toujours la chance d'échapper. Seulement le prince Etienne, tout <*n so cachant, se place. M. Pyat n'a que le génie simple de la cachette. Biais quoique simple, il Ta beau. In jour qu'il avait mis le fou dans Paris (le feu de la sédition) , il eut se garer en pleine eau, chez des blanchisseuses. C'est moine fort qu'Ai ago, mais c'est plus fort que Gribouille. Gribouille «Mit été se cacher tout bêtement dans le Ces.

On reconnaît à de pareils traits un homme qui ne hait point ses sûretés, et ne se lance point sans avoir mûrement songé à la retraite. Comment donc un pareil homme se jette-t-il en tant d'affaires et s'en fait^il une si grosse avec Dieu ? Quant à Dieu , puisqu'il a l'infirmité de croire qu'il n'y croît pas, lout s'explique. Mais quant à la police, il y croit au point de la fuir même avant de l'entrevoir, et il l'affronte.

Il y a ici un mystère couvert à qui ne connaît pas la violente démangeaison qu'on appelle l'amour de la gloire chez les impotents. L'impotent qui a contracté l'amour de la gloire, et l'infortuné qui a pris la gale sont condamnés à publier leur maladie. Dussent-ils en mourir, ils se grattent, et le glorieux plus que le galeux. Le glorieux n'y peut tenir. Il entend d'avance les applaudissements, il voit d'avance éclater la bombe qui va remplir le ciel de la lumière de son nom, et quelle que soit sa timidité de cœur, il se gratte héroïquement. C'est par ce moyen que Dieu, laissant au glorieux la liberté de cacher sa ridicule maladie, fille de l'orgueil , le contraint néanmoins à trahir et à réveiller le sifflet.

Dieu ne demande pas h Yinfelix Pyat de nous dénoncer sans relâche la stérilité de sa pensée, la lourdeur de son esprit et l'infériorité grotesque de sa littérature ; mais l'amour de la gloire le pousse à des saccades impérieuses f et le voilà par les rues , secouant ses castagnettes de bois blanc , jusqu'à ce que la gendarmerie importunée le fasse courir, tout Même, vers l'arche de salut, ce famcttx bateau de blanchisseuses.

êtes sciant. Quoi avantage pouvez-vous trouver à scier le peu de gens de bien qui se croient encore obligés de vous lire quelquefois?

Laissez cela. Vous voilà vieux, et Dieu, qui existe, vous écoute et se souvient.

Il se souvient, notez ce point-là. Un de ces jours il vous enverra l'appariteur. L'appariteur vous trouvera, fussiez-vous dans le bateau. Et toutes les blanchisseuses de la Seine n'auront pas assez de linge sale pour vous cacher ni assez de savon pour effacer vos écritures. Il faudra venir au juge , il faudra être interrogé sur faits et articles, il faudra répondre. Ce sera un mauvais métier éternel d'avoir tant blasphémé.

Homme ami de vos sûretés, munissez-vous de quelque jésuite qui sache vous faire répandre une larme sur tant de mauvaise encre. Un seul jésuite et une seule larme vous seront alors de plus de secours que l'admiration et le savon de dix mille blanchisseuses.

Et comme disent les jésuites : Pensez-y bien l

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